Curb your en­thu­siasm, une sé­rie de Lar­ry Da­vid

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briques rouges. Les lo­caux de Wein­stein sont au troi­sième étage. Le reste de l'im­meuble abrite le Tri­be­ca Film Cen­ter, une salle de projection ou en­core une com­pa­gnie d'agents de stars. « Au bu­reau, les gens sont en­core sous le choc, to­ta­le­ment dé­goû­tés. C’est ter­rible de dé­cou­vrir qu’il a pu agres­ser des femmes entre ces murs et qu’on ne s’en est pas ren­du compte, s'in­digne Ed­ward, qui re­fuse de don­ner le nom de son en­tre­prise. Mais le plus ter­ri­fiant c’est que ce­la ait pu du­rer si long­temps. » Vi­si­ble­ment ému, le jeune homme, res­serre les bre­telles de son sac à dos et conclut : « Main­te­nant, il est per­so­na non gra­ta ici. »

Un cas­ting Tin­der

Les al­lées et ve­nues sont in­ces­santes sous le large dra­peau amé­ri­cain qui orne la porte d'en­trée et pro­jette son ombre sur le trot­toir. Cour­siers, vi­si­teurs, sa­la­riés, peu ac­ceptent de par­ler, met­tant en avant leur clause de confi­den­tia­li­té. « Nous tra­vaillons dans le même im­meuble, mais ça s’ar­rête là, ré­pond un sa­la­rié du Tri­be­ca Film Cen­ter qui sou­haite res­ter ano­nyme. Notre en­tre­prise est plu­tôt ma­triar­cale, avec beau­coup de femmes à des postes à res­pon­sa­bi­li­tés. C’est un en­vi­ron­ne­ment très sain. Après, je suis dans ce mi­lieu de­puis plus de vingt ans, j’ai vé­cu à L.A. On a tous en­ten­du des his­toires sur lui » , conclut-il en che­vau­chant son vé­lo. La nuit tombe sur le sud de Man­hat­tan. À quelques rues de là, l'im­mense tour de verre et d'acier du One World Trade Cen­ter, la Free­dom To­wer, s'illu­mine. Après plu­sieurs heures d'at­tente, Adam, un an­cien sa­la­rié de Wein­stein, ac­cepte de se confier. Ve­nu as­sis­ter à une projection, il s'éloigne de l'im­meuble pour ra­con­ter comment il a com­men­cé sa car­rière ici il y a quatre ans, comme as­sis­tant. « L’at­mo­sphère était ex­trê­me­ment pe­sante. Quand il en­trait dans une pièce, tout le monde se tai­sait. Il fai­sait ré­gner la ter­reur. Je fai­sais bien at­ten­tion à ne ja­mais croi­ser son re­gard, ne ja­mais lui adres­ser la pa­role sans être in­vi­té à le faire. Il pou­vait être violent. » La tren­taine, barbe de trois jours et lu­nettes en écailles, le jeune homme se dit très per­tur­bé par les ré­vé­la­tions. Per­tur­bé mais, lui aus­si, pas vrai­ment éton­né. « Avec mon res­pon­sable, nous de­vions pré­pa­rer des DVD avec des vi­déos de jeunes man­ne­quins pour lui. C’était cen­sé être pour Pro­ject Run­way (émis­sion de té­lé réa­li­té met­tant en scène une com­pé­ti­tion entre plu­sieurs as­pi­rants sty­listes, ndlr), mais mon ma­na­ger me di­sait que c’était sur­tout pour re­pé­rer des filles et les in­vi­ter à sor­tir » , dé­crit-il. Un cas­ting Tin­der en quelque sorte. Mais quoi qu'il ait vu ou soup­çon­né à l'époque, im­pos­sible, se­lon lui, d'en par­ler à cause d'une clause de confi­den­tia­li­té dans son contrat. Il quit­te­ra fi­na­le­ment l'en­tre­prise pour tra­vailler comme as­sis­tant mon­teur à son compte. Pour­quoi un tel scan­dale éclate-t-il main­te­nant ? Pour­quoi ces femmes ont-elles dé­ci­dé de par­ler à ce mo­ment pré­cis ? « C’est l’abou­tis­se­ment d’un pro­ces­sus » , pointe De­bra Zim­mer­man, di­rec­trice gé­né­rale de Wo­men Make Mo­vies, une in­fluente ONG new-yor­kaise qui pro­meut et sou­tient des films in­dé­pen­dants faits par et à pro­pos des femmes. Pour elle, tout com­mence en 2015 avec le mou­ve­ment #Os­carsSoW­hite, ce ha­sh­tag lan­cé sur Twit­ter pour dé­non­cer l'ab­sence de no­mi­nés is­sus de la di­ver­si­té aux Os­cars. Très vite, cer­tains lancent à leur tour un #Os­carsSoMale. « Et puis un an après, Ro­ger Ailes (le PDG de Fox, ndlr) se fait li­cen­cier, sui­vi par Bill O’Reilly (pré­sen­ta­teur star de Fox News, ndlr) puis Trump est rat­tra­pé par un scan­dale pen­dant la cam­pagne et main­te­nant Wein­stein. C’est ahu­ris­sant ! » Une suc­ces­sion d'af­faires qui au­rait li­bé­ré la pa­role, se­lon elle : « Les vic­times ont peur d’être dé­truites si elles parlent et que la per­sonne en face en sorte in­demne. [...] Chaque fois qu’une per­son­na­li­té de cette en­ver­gure tombe de son pié­des­tal, ce­la donne à ces femmes la force de par­ler. » « Les hommes en po­si­tion de pou­voir pensent qu’ils peuvent ti­rer pro­fit des jeunes femmes qui tra­vaillent pour eux et sont sans re­cours » , com­plète El­len Burs­tyn co-pré­si­dente du cé­lèbre Ac­tors Stu­dio, ba­sé à New York et Los An­geles. Trump l’a dit lui-même : “Quand vous êtes une star, vous pou­vez leur faire ce que vous vou­lez.” C’est cet es­prit pa­triar­cal qu’il faut com­battre. Et le mo­ment est ve­nu de le faire. » Mes­sage re­çu cinq sur cinq à l'Ac­tors Stu­dio Dra­ma School, ce pro­gramme au sein de la Pace Uni­ver­si­ty à New York, qui pré­pare les as­pi­rants

El­len Burs­tyn, ac­trice et co-pré­si­dente de l’Ac­tors Stu­dio « Trump l’a dit lui-même : “Quand vous êtes une star, vous pou­vez leur faire ce que vous vou­lez.” C’est cet es­prit pa­triar­cal qu’il faut com­battre. »

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