Le Cas­ting du mois

En un do­cu­men­taire de 50 mi­nutes et une ex­po mul­ti­mé­dia au BAL à Pa­ris, Clé­ment Co git ore (re­mar qué p our­son pre­mier film, Ni le ciel, ni la terre) s’est im­mer­gé tête bais­sée au sein de l’étrange fa­mille Bra­guine qui vit en au­tar­cie com­plète au fin fond

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J'ai fait deux voyages, le pre­mier de six jours, sans ca­mé­ra, et le sui­vant de dix jours. Ça com­mence en 2012, je vou­lais faire un film sur l'en­fance et la fo­rêt, le monde sau­vage, avec l'idée d'uto­pie, d'un monde un peu re­cu­lé... Une jour­na­liste russe m'a alors par­lé des «Vieux-Croyants », une confes­sion or­tho­doxe mi­no­ri­taire en Rus­sie qui re­monte au XVIIe siècle, une com­mu­nau­té qui s'est en­fon­cée de plus en plus loin dans les bois pour échap­per à l'au­to­ri­té de l'Eglise et de l'Etat. Les Russes ont re­trou­vé cer­taines de ces com­mu­nau­tés à la fin des an­nées quatre-vingt. C'était la si­dé­ra­tion to­tale, ils étaient tom­bés sur des gens qui avaient à peine en­ten­du par­ler de l'Union so­vié­tique et de la Se­conde Guerre mon­diale, qui par­laient un russe qua­si­ment an­cien... Ils se sont pris de pas­sion pour ces gens qui leur rap­pe­laient la Rus­sie des tsars. Je me dis : pour­quoi pas, mais on se rend compte que c'est un peu comme les Amish : une com­mu­nau­té très fer­mée avec un dogme re­li­gieux fort et qui re­fuse tout ce qui vient de la ci­vi­li­sa­tion, ce qui rend com­pli­quée l'ar­ri­vée d'une ca­mé­ra et d'une équipe. Mais la jour­na­liste en­tend par­ler d'un homme qui a échap­pé à cette com­mu­nau­té pour fon­der son propre monde. Il est dans la Si­bé­rie des ba­gnards, donc c'est un en­fer cli­ma­tique été comme hi­ver.

On a les co­or­don­nées GPS de sa com­mu­nau­té. À par­tir de là, on se lance dans un pre­mier voyage de quatre jours sans s'ar­rê­ter de­puis Mos­cou, d'abord en avion dans le sens in­verse de la ro­ta­tion de la terre, à l'heure du cré­pus­cule. En­suite, on re­monte un fleuve en ba­teau pen­dant une jour­née, puis on tra­verse la taï­ga en pick-up sur des pistes dé­fon­cées pour at­teindre le der­nier point de ci­vi­li­sa­tion qui sert pour ra­vi­tailler les hé­li­co­ptères des scien­ti­fiques et des mi­li­taires de la ré­gion. Là on pro­fite d'un vol d'hé­li­co­ptère so­vié­tique, une es­pèce de char d'as­saut avec un pi­lote qui sent la vod­ka. Le truc pas très ras­su­rant, mais en gros, c'est l'aven­ture, c'est le Far West. Les plans de vol, ça n'existe plus.

On ne sa­vait même pas si la com­mu­nau­té était tou­jours là et s'ils se­raient d'ac­cord pour nous ac­cueillir. L'hé­li­co a fi­ni par nous je­ter, il n'a même pas pu se po­ser parce qu'il n'avait pas as­sez d'es­sence et le sol n'était pas as­sez stable. Donc on a sau­té de l'hé­li­co et on s'est re­trou­vés sur cet en­droit qui est l'île où jouent les en­fants. En fait, c'est l'en­droit où les adultes les dé­posent au dé­but de la jour­née, avec des chiens-loups, pour les pro­té­ger des bêtes sau­vages. C'est le lieu d'une es­pèce de ré­créa­tion per­ma­nente mais aus­si une sorte de pri­son. On se re­trouve avec cinq chiens-loups qui nous aboient des­sus. Les hommes sort--

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