Si vous de­viez... In­car­ner Amy Wi­ne­house au ci­né­ma, par Ca­mé­lia Jor­da­na

par Ca­me­lia Jor­da­na, ac­trice et chan­teuse

So Film - - Sommaire - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR JEAN-VIC CHA­PUS

Elle par­tage ac­tuel­le­ment le haut de l’af­fiche avec Yvan At­tal dans Le Brio. Pour au­tant Ca­mé­lia Jor­da­na n’en ou­blie pas ses pre­miers (et vé­ri­tables) amours : la mu­sique où son timbre jaz­zy em­porte le mor­ceau. Est-ce pour cette rai­son qu’elle se ver­rait bien pas­ser, un jour, der­rière la ca­mé­ra et jouer dans le pre­mier bio­pic pu­re­ment sub­jec­tif de son hé­roïne, Amy Wi­ne­house ?

Pour jouer Amy Wi­ne­house, il fau­drait que je perde 15 ki­los et que je chope cette fa­çon d'avan­cer sa mâ­choire. Ça et le son na­sal de sa voix quand elle chante et parle. Der­rière cette at­ti­tude très re­lâ­chée, je vois une na­na qui pense : « Ne m'em­mer­dez pas. Je n'ai rien à prou­ver à per­sonne. » C'est juste une ga­mine de la ban­lieue de Londres un peu ba­dass qui va de­ve­nir Ma­ri­lyn Mon­roe, Billie Ho­li­day ou Kurt Co­bain. Un bio­pic d'Amy Wi­ne­house, je pense que ce se­rait une sé­rie de fla­sh­backs dans sa vie pour re­ve­nir, à chaque fois, au même point : elle, ava­chie sur un ca­na­pé. Dé­fon­cée. La meuf est à l'ar­rêt, elle vient de se prendre un shoot. Elle est éclai­rée par une lu­mière su­per tra­vaillée. Il faut que ce plan soit très beau donc il faut le confier à un grand chef op'. Pour­quoi pas Da­rius Khond­ji. Tout sim­ple­ment ! Après ce plan, di­rect, on « cut ». Le pre­mier fla­sh­back, c'est elle avec sa soeur qui est plu­tôt bonne élève, presque en­fant mo­dèle. A la mai­son, la mère n'est pas su­per dé­mons­tra­tive, mais on sent qu'elle pré­fère la soeur à Amy. Mal­gré tout, les deux s'adorent, elles font des conne­ries de pré-ado­les­centes an­glaises. Dans ces pre­miers re­tours en ar­rière, le per­son­nage im­por­tant c'est le père. C'est un tai­seux ty­pique comme il y en a dans les wes­terns. Il n'ar­rête pas de lui faire écou­ter de la mu­sique : jazz, soul, blues. Le seul rap­port qu'ils ont en­semble est for­mé par ces mo­ments muets où les deux écoutent des disques. Ça per­met de sug­gé­rer la suite : Amy se met à chan­ter pour en­tre­te­nir un peu de com­mu­ni­ca­tion avec ce père ab­sent. Re­tour à la fa­meuse scène avec elle dans les limbes, puis deuxième fla­sh­back : elle est tou­jours four­rée avec ses deux meilleures co­pines, elle ap­prend le jazz. En dé­bar­deur et jeans ser­rés, elle se fait son pre­mier pier­cing, se tar­tine la tronche avec du ma­quillage dé­gueu­lasse. On bas­cule en ca­mé­ra sub­jec­tive, quand elle ren­contre son mec, Blake Fiel­der-Ci­vil. Ça se passe dans une boite de nuit et c'est fil­mé en 35 mm. A par­tir de cette his­toire d'amour, je veux que le spec­ta­teur soit à sa place quand elle écrit ses chan­sons, quand elle se fait bous­cu­ler par les pa­pa­raz­zi, quand elle voit pour la pre­mière fois un mec se shoo­ter. C'est une suc­ces­sion de pe­tits flashes ef­frayants et at­ti­rants qu'on doit re­gar­der à tra­vers ses yeux.

Une vie vio­lente

J'ai en­vie de fil­mer l'ori­gine de son cra­quage (sic) et mettre en scène son dé­clin en plans sub­jec­tifs. Der­rière ce choix, il y a l'idée de la faire té­moi­gner de toute la vio­lence de sa vie. Il faut ça pour ne pas trop ver­ser dans la thèse que dé­fen­dait le do­cu­men­taire sur elle ( Amy d'Asif Ka­pa­dia, 2015) et qui consis­tait à dire : le par­cours de cette femme c'est quand même un en­chaî­ne­ment de mau­vaises ren­contres, de mau­vais choix. A mon avis, l'ori­gine du dés­équi­libre est plu­tôt à cher­cher du cô­té de la re­la­tion avec son père. Ce manque d'amour, et de re­con­nais­sance, c'est ça qui va l'ame­ner à trop in­ves­tir dans son his­toire avec son mec Blake. La fin du film, je ne sais pas : Estce qu'elle meure d'over­dose ou est-ce que je ré­écris l'his­toire à la fa­çon de Ta­ran­ti­no dans In­glou­rious Bas­terds ? Fran­che­ment, j'hé­site. J'opte donc pour la fin ou­verte avec l'écran qui de­vient noir au mi­lieu d'une scène… Comme Amy Wi­ne­house est morte su­per jeune, à 27 ans, il faut lais­ser au spec­ta­teur le droit d'ima­gi­ner ce qui au­rait pu se pas­ser après.•

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