WES SIDE STO­RY

Des an­nées que cer­tains constatent la gen­tri­fi­ca­tion de New York. Et si le grand dan­ger qui guet­tait Big Apple, c'était plu­tôt la WesAn­der­so­ni­sa­tion ? À coup de gi­lets tri­co­tés et de re­frains mous si­gnés par des groupes rock à la peau pâle. New-yor­kais pe

So Film - - En Couverture - PAR FAUS­TINE SAINT- GENIÈS ILLUSTRATION: DAN GRISSOM PHO­TOS : LANEE BIRD

«On se croi­rait dans un film de Wes An­der­son ! » Quand un client lance ce cri d'éton­ne­ment, Brad, la qua­ran­taine, vi­sage pou­pon, s'amuse beau­coup. Il tra­vaille au Bo­we­ry Ho­tel, de­puis l'ou­ver­ture des lieux, en 2007. Dans le lob­by, ar­tistes, tou­ristes, hommes d'af­faires et fa­shio­nis­tas se croisent et s'ob­servent. Cer­tains se pré­lassent en si­ro­tant leur cock­tail Smo­ky Pa­lo­ma ou Bar­rel Old Fashion. Quand on lui fait re­mar­quer que cet éta­blis­se­ment sor­ti de terre dans le quar­tier où la bohème punk avait ses ha­bi­tudes (du temps du cé­lèbre club CBGB) semble rac­cord avec l'es­thé­tique du ci­néaste, il opine de la tête. D'ailleurs le pro­prié­taire des lieux, le magnat de l'im­mo­bi­lier Sean MacP­her­son, ne s'en cache pas : il a tout pom­pé dans les films de Wes. Du reste, l'homme qui re­des­sine l'hô­tel­le­rie de Man­hat­tan ne s'est pas ar­rê­té en si bon che­min. En 2014, il inau­gure sa nou­velle créa­tion, le Jane Ho­tel, avec sa salle de bal ins­pi­rée du Grand Bu­da­pest Ho­tel, et ses chambres cou­chettes fa­çon Au bord du Dar­jee­ling Li­mi­ted. Mais MacP­her­son est loin d'être un ex­cen­trique iso­lé : hô­tels, bars, cock­tails, dé­co­ra­tion d'in­té­rieur « à la ma­nière de Wes An­der­son » se sont mul­ti­pliés ces der­nières an­nées à New York. C'est une évi­dence : La « Big Apple » se we­san­der­so­nise. Une suite de l‘his­toire d'amour entre le ci­néaste et sa ville d'adop­tion ?

« THE NEXT MAR­TIN SCOR­SESE »

Une his­toire d'amour qui com­mence avec un ado­les­cent roux et mai­gri­chon, trop fin, trop long et trop so­phis­ti­qué pour se sen­tir bien à Hous­ton, Texas. Quand on res­semble plus à Da­vid Bo­wie qu'à Garth Brooks, on ne s'at­tarde en gé­né­ral pas trop dans ces ré­gions in­hos­pi­ta­lières. « Dé­jà en classe de se­conde, il ré­cu­pé­rait des exem­plaires du New Yor­ker et les col­lec­tion­nait. Il rê­vait de ce monde qu’il dé­cou­vrait sur les pages de pa­pier gla­cé », dé­crit Whit­ney Dilley, au­teure du Ci­né­ma de Wes An­der­son – Don­ner vie à la nos­tal­gie, en 2017. « Il était comme Su­zy dans Moon­rise King­dom qui em­porte par­tout avec elle ses livres dans sa pe­tite va­lise. » La ren­contre s'opère à la fin des an­nées 90. Wes est dé­jà un jeune tren­te­naire, tou­jours en er­rance capillaire mais sûr de lui. À son cré­dit, la réa­li­sa­tion de deux films qui ont fait pas mal de bruit dans le mi­lieu du ci­né­ma in­dé­pen­dant : Bot­tle Ro­cket en 1996, adap­ta­tion d'un pre­mier court mé­trage re­mar­qué au fes­ti­val de Sun­dance, puis Rush­more en 1998. Un réa­li­sa­teur pro­met­teur sur­nom­mé « the next Mar­tin Scor­sese » par… Mar­tin Scor­sese. « Il sait si bien et avec quelle in­ten­si­té trans­mettre les joies et les in­ter­ac­tions simples entre les gens », écrit-il dans le ma­ga­zine Es­quire en 2000. An­der­son se pointe donc à NYC à la conquête de nou­veaux ho­ri­zons, du ta­lent et des idées plein la tête. « La pre­mière fois que je l’ai vu, c’était en 1999 ou en 2000, il y a près de vingt ans », se sou­vient son tailleur, Vah­ram Ma­teo­sian, pa­tron de Mr. Ned, son ate­lier si­tué au qua­trième étage d'un im­meuble étroit de la Cin­quième ave­nue. « Il est ve­nu avec son propre tis­su et m’a de­man­dé de lui tailler un cos­tume. Je ne sa­vais pas qui il était, en toute hon­nê­te­té. J’ai juste pen­sé que c’était un type avec une drôle de dé­gaine et un style étrange », s'amuse Ma­teo­sian, plus ha­bi­tué à l'époque aux jeunes loups de Wall Street et aux part­ners de ca­bi­nets de con­seil. « Ce­ci dit, il a dû ai­mer le cos­tume parce qu’il est re­ve­nu. » À tel point qu'An­der­son va le sol­li­ci­ter pour ha­biller les per­son­nages de son film La Fa­mille Te­nen­baum. Et il constat: ni­veau cos­tume, An­der­son sait de quoi il parle : « Beau­coup de gens ont une vi­sion en tête mais sont in­ca­pables de vous l’expliquer. Wes ve­nait avec des pho­tos et des des­sins. Tout était là. »

BA­BY WES AN­DER­SON BOOM

Il faut dire que der­rière l'al­lure du dan­dy va­gue­ment so­cio­pathe, Wes An­der­son dé­teste être seul, tra­vailler seul. En somme, il a be­soin d'un clan. Même à New York, il conti­nue à tra­vailler avec Owen Wil­son, son ami texan de tou­jours, avec qui il co-écrit à dis­tance La Fa­mille Te­nen­baum, et Ja­son Sch­wartz­man, ren­con­tré lors du cas­ting de Rush­more. Très vite, il va s'en­tou­rer de nou­veaux ta­lents et de nou­velles sources d'ins­pi­ra­tion. En 1998, Hu­go Guin­ness, re­con­nais­sable en soi­rée à sa te­nue so­phis­ti­quée, quin­tes­sence de la bri­tish touch, et connu pour ses des­sins dans le New York Times, fait la connais­sance à tra­vers un ami com­mun d'un jeune homme ti­mide et in­tel­li­gent qui n'ar­rive tou­jours pas à mas­quer son pe­tit ac­cent texan. Il n'ar­rête pas de par­ler d'un film qu'il veut faire, l'his­toire d'une fa­mille qui ha­bite dans un grand ma­noir et qu'il veut fil­mer à New York : La Fa­mille Te­nen­baum. For­cé­ment, il tilte en dé­cou­vrant le tra­vail de Guin­ness. Ce der­nier de­vient ain­si l'un des membres illustres d'une autre fa­mille, celle qu'An­der­son « a créée au­tour de lui, faite d’ar­tistes et de ta­lents », comme l'ex­plique Gre­go­ry Crewd­son, cé­lèbre pho­to­graphe new-yor­kais très proche de Wes, et témoin de pre­mière main de la force et de la por­tée des ten­ta­cules d'An­der­son : « C’est Wes qui m’a pré­sen­té Noah Baum­bach, alors que j’ai gran­di à Brook­lyn !, s'amuse Crewd­son. Ils traî­naient tous les deux tout le temps au res­tau­rant Bar Pit­ti. Tu pou­vais les croi­ser là-bas qua­si­ment pour chaque dé­jeu­ner et dî­ner. » Il faut sa­voir que le Bar Pit­ti n'est pas n'im­porte quel rade. Ce res­tau­rant ita­lien est en fait une ins­ti­tu­tion de Green­wich Vil­lage, au sud de Man­hat­tan. Nor­mal que le dan­dy texan et le gars sen­sible de Brook­lyn dé­cident d'en faire leur QG. De­vant son plat fé­tiche – penne à la sau­cisse de dinde, pe­tits pois frais et « une pointe de crème » – Wes An­der­son et son spar­ring part­ner re­font le monde du ci­né­ma en long, en large et en tra­vers. Ob­jec­tif simple : tra­vailler en­semble à de fu­turs scé­na­rios. « On a com­men­cé à s’échan­ger nos scripts et à se les cor­ri­ger à tour de rôle. Un jour, Wes m’a fait lire La Fa­mille Te­nen­baum et, en échange, je lui ai pas­sé le scé­na­rio de mon film, Les Berk­man se sé­parent », confiait à So­film en 2012 Noah Baum­bach, qui co-si­gne­ra les scé­na­rii de La Vie aqua­tique et Fan­tas­tique Mr Fox. L'un des réa­li­sa­teurs my­thiques de New York et grand ama­teur lui aus­si de bouffe ita­lienne com­men­ce­ra à fré­quen­ter ces dé­jeu­ners : Brian De Pal­ma. Le sep­tua­gé­naire frin­gant avec son éter­nelle barbe et sa veste de sa­fa­ri, va bien­tôt les re­trou­ver chaque se­maine pour dî­ner. Gre­go­ry Crewd­son a fait par­tie des hap­py fews conviés à cette table : « La plu­part du temps, j’étais sim­ple­ment heu­reux d’écou­ter, d’ap­prendre et de sa­vou­rer ces ins­tants. Et non seule­ment tu pou­vais ren­con­trer Brian De Pal­ma, mais aus­si d’autres gens pas­sion­nants, comme Pe­ter Bog­da­no­vich... la liste est in­fi­nie. » Le pho­to­graphe marque la pause : « De toute ma­nière quand tu de­viens son ami, tu rentres dans le monde de Wes An­der­son. »

Mais il n'y a pas que des des­si­na­teurs chics, pho­to­graphes stars, in­tel­los juifs de Brook­lyn et ci­néastes hol­ly­woo­diens : le monde de Wes An­der­son, c'est aus­si des lieux. Il y en a un qui se­ra par­ti­cu­liè­re­ment im­por­tant : une an­cienne usine de bou­tons du quar­tier d'East Vil­lage de­ve­nue un re­paire d'ar­tistes, où il s'ins­talle au dé­but des an­nées 2000. C'est ici que le poète beat­nik Al­len Gins­berg est mort en 1997. Ici aus­si qu'ont ha­bi­té, entre autres, le néo-da­da Jean Du­puy ou le cé­lèbre sculp­teur John Cham­ber­lain, un homme as­sez com­pé­tent dès qu'il s'agit de cus­to­mi­ser de la vieille fer­raille de ba­gnole à sa guise. « Wes An­der­son était vrai­ment ex­ci­té de l’ap­prendre parce qu’il connais­sait l’oeuvre de Cham­ber­lain et l’ap­pré­ciait beau­coup, ra­conte l'ar­tiste Tom Burck­hardt, ré­sident de­puis 1995. Il était très ins­pi­ré par l’his­toire de cet im­meuble. Je ne sais pas si c’est un sen­ti­ment ro­man­tique, j’ai sur­tout l’im­pres­sion qu’il aime cette éner­gie par­ti­cu­lière que dé­gage New York comme lieu de créa­tion. » C'est peut-être grâce à cette éner­gie, mais il se trouve que les dé­lires de ci­né­phile d'An­der­son com­mencent à plaire au pu­blic. La Fa­mille Te­nen­baum (2001), son seul vé­ri­table film « newyor­kais », ré­colte 42 mil­lions d'eu­ros de re­cettes seule­ment aux États-Unis (pour un bud­get de 17 mil­lions). Le film se dé­roule dans un Man­hat­tan idéa­li­sé, ins­pi­ré des ré­fé­rences de son en­fance et de son ado­les­cence. « Il ne nomme ja­mais New York dans le film, et il re­tire dé­li­bé­ré­ment tous les mo­nu­ments de la ville, comme la sta­tue de la Li­ber­té, s'en­thou­siasme Whit­ney Dilley. À la place, il crée une im­pres­sion de nos­tal­gie grâce à des lieux fic­tifs qui sonnent comme la quin­tes­sence de New York (Ar­cher Ave­nue, the Lind­bergh Pa­lace Ho­tel, the 375th Street Y). »« C’est la “Big Apple” rê­vée par une jeune per­sonne qui n’y a ja­mais mis les pieds et qui ne la connaît sans doute que par ouï-dire, à tra­vers des sources lit­té­raires, ci­né­ma­to­gra­phiques et mu­si­cales, ana­lyse Matt Zol­ler Seitz, au­teur d'un livre d'en­tre­tiens de ré­fé­rence, The Wes An­der­son Col­lec­tion. Et quelles sources ! Les films Midnight Cow­boys, The French Con­nec­tion, les mu­siques de Si­mon and Gar­fun­kel, la sa­ga de la fa­mille Glass de J.D. Sa­lin­ger… » Cette fa­çon d'ima­gi­ner comme un rêve d'ado la ville où il ha­bite fait de Wes An­der­son le ci­néaste culte au sein de la gé­né­ra­tion post­ba­by boom. « C’est le pre­mier grand réa­li­sa­teur de cette gé­né­ra­tion, il en est le porte-voix, croit sa­voir Zol­ler Seitz. Il leur plaît aus­si parce qu’il in­sert dans ses films des ré­fé­rences de sa propre en­fance qui sont par­ta­gées par toute cette gé­né­ra­tion. » C'est alors un nou­veau boom, qui dé­flagre cette fois-ci au sein de la pop culture. Vah­ram Ma­teo­sian, son tailleur et créa­teur des cos­tumes pour le film, en est l'un des pre­miers té­moins quand il com­mence à voir les fans dé­fer­ler dans son ate­lier : « ll y a quinze-vingt ans, quand il a com­men­cé à por­ter des cos­tumes très cin­trés et skin­ny, ce­la ne se fai­sait qua­si­ment pas. Il y a eu beau­coup plus de mo­dèles de ce style après ça. Au­jourd’hui, presque vingt ans après, des gens viennent en­core me voir parce qu’ils savent que j’ai fait les cos­tumes pour lui et pour le film. » Mais ça ne va pas s'ar­rê­ter au ni­veau des cos­tumes…

TRICOTER DES GI­LETS SUR BELLE AND SE­BAS­TIAN

Ce 31 oc­tobre 2016 est un soir d'Hal­lo­ween presque comme les autres à Man­hat­tan. Sor­cières, spi­der boys et quelques pe­tits po­ke­mons ont en­va­hi la ville en quête de frian­dises. Mais dans cette ruelle de l'an­cien quar­tier punk East Vil­lage, sur­gissent tout à coup une ar­mée de Mar­gaux Te­nen­baum en man­teau de four­rure et une ri­bam­belle de Steve Zis­sou, bon­net rouge vis­sé sur le crâne, la moue fleg­ma­tique de Bill Mur­ray en moins. Ils ne sont plus tout pe­tits et les frian­dises qu'ils es­pèrent ré­col­ter res­semblent plu­tôt à des cou­pettes de cham­pagne en plas­tique, comme celles qu'on sert au ver­nis­sage de Bad Dads, une ex­po­si­tion ins­pi­rée de l'oeuvre de Wes An­der­son. Dans la ga­le­rie Spoke Art, les portraits pop de l'équi­page du Be­la­fonte cô­toient des af­fiches an­ciennes et des es­tampes des ani­maux de Fan­tas­tic Mr. Fox. Pour Ken Har­man, le fon­da­teur de l'ex­po en 2010, le su­jet al­lait de soi : « À cette époque, per­sonne n’avait fait ce type de tra­vail sur Wes

« DE TOUTE MA­NIÈRE QUAND TU DE­VIENS SON AMI, TU RENTRES DANS LE MONDE DE WES AN­DER­SON. » GRE­GO­RY CREWD­SON

An­der­son et nous avons pen­sé qu’il fal­lait le faire. Et le titre Bad Dads a émer­gé très vite parce que cha­cun de ses films pré­sente un per­son­nage de mau­vais père d’un cer­tain genre. Ce sont tous des pères que l’on adore dé­tes­ter. » Née à San Francisco, l'ex­po­si­tion connaît un tel en­goue­ment qu'elle per­met à ce fan de la pre­mière heure de Wes An­der­son de quit­ter son tra­vail dans un res­tau­rant pour ou­vrir trois ga­le­ries d'art, dont celle de New York. Le réa­li­sa­teur lui-même est ve­nu ap­por­ter sa bé­né­dic­tion aux ar­tistes et s'est fé­li­ci­té de ces ins­pi­ra­tions croi­sées. Il y a de quoi être flat­té : en huit ans, plus de quatre cents plas­ti­ciens se sont ap­pro­prié son uni­vers. « Il y a cette es­thé­tique dé­li­bé­ré­ment mar­quée, dans la ma­nière dont il filme, jusque dans la ty­po­gra­phie des gé­né­riques, avec des in­trigues et des per­son­nages uniques qui se prêtent fa­ci­le­ment à des ré­in­ter­pré­ta­tions », s'en­thou­siasme Greg Gossel, au­teur d'un por­trait de Steve Zis­sou et qui a dé­ci­dé, lui aus­si, de faire du ci­né­ma de son idole un open bar où l'on pioche sans ar­rêt. « L’art fon­dé sur la pop culture a ce­la de ré­vo­lu­tion­naire qu’il fait des­cendre les élé­ments que l’on aime des films, de ce pié­des­tal in­at­tei­gnable » , théo­rise Brigh­ton Metz, qui elle, s'est ins­pi­rée de Rush­more pour conce­voir un jeu de ta­rot. En roue libre, la voi­là qui se change même en py­thie in­sou­mise : « Ce­la per­met aux fans et aux ar­tistes comme moi de faire par­tie de cette com­mu­nau­té et de se l’ap­pro­prier, sans se conten­ter des pro­duits de consom­ma­tion mon­dia­li­sée comme les DVD. »

Parce que Wes An­der­son res­sem­ble­rait à l'an­ti-Ikea du ci­né­ma ? Pas im­pos­sible, même si rien n'échappe ja­mais to­ta­le­ment

« IL NE NOMME JA­MAIS NEW YORK DANS LE FILM, ET IL EN­LÈVE DÉ­LI­BÉ­RÉ­MENT TOUS LES MO­NU­MENTS DE LA VILLE, COMME LA STA­TUE DE LA LI­BER­TÉ.» WHIT­NEY DILLEY

aux griffes de la mon­dia­li­sa­tion. Ré­cem­ment, la Wes An­der­son ma­nia a fi­ni par en­va­hir les ré­seaux so­ciaux. Pour preuve ce nou­veau phé­no­mène pho­to­gra­phique « Ac­ci­den­tal(ly) Wes An­der­son », qui a ex­plo­sé l'an der­nier en quelques mois sur les ré­seaux so­ciaux Red­dit et Ins­ta­gram. Concept ? Par­ta­ger des pho­tos de lieux exis­tants qui rap­pellent l'es­thé­tique du réa­li­sa­teur. Fu­ni­cu­laires, phares, am­phi­théâtres et autres pièces au dé­cor sur­an­né. De­puis son lan­ce­ment en juin 2017, le compte Ins­ta­gram du même nom a ga­gné plus de 280 000 abon­nés, à la sur­prise de son créa­teur, Wal­ly Ko­val, ins­tal­lé à Brook­lyn de­puis onze ans, qui tra­vaille dans le mar­ke­ting et l'évé­ne­men­tiel et dont le look de book­ma­ker ne lais­sait pas ima­gi­ner qu'il de­vien­drait un ac­teur du ré­seau Wes. « Au dé­part, j’ai vu toutes ces pho­tos, à l’in­ter­sec­tion entre un de­si­gn très par­ti­cu­lier et une his­toire unique, et j’ai vou­lu les réunir et creu­ser, pas seule­ment dire : “Re­gar­dez la pho­to sty­lée que j'ai trou­vée” », ra­conte le tren­te­naire, col­lier de barbe et che­veux fon­cés cou­pés ras sur le cô­té, si­ro­tant son thé au ci­tron dans un di­ner ty­pique du quar­tier bran­ché de William­sburg à Brook­lyn. Avec sa fian­cée Aman­da, il a éga­le­ment créé un site sur le­quel chaque pho­to est ré­fé­ren­cée avec son his­toire. Ils re­çoivent dé­sor­mais des cen­taines de sug­ges­tions par jour, ve­nant du monde en­tier. Les lieux sont même de­ve­nus des étapes de pè­le­ri­nage pour la com­mu­nau­té d'adeptes de saintWes. Sauf que cette Église n'ar­rête pas de gran­dir et, lo­gi­que­ment, ce­la peut cris­per cer­tains. Le qua­li­fiant d'in­die­wood, con­trac­tion d'in­dé­pen­dant et d'Hol­ly­wood, An­der­son est mé­pri­sé par ceux qui trouvent sus­pect un ci­né­ma fi­nan­cé par les grands stu­dios et adu­lé par les hips­ters. Jus­qu'à sa­tu­ra­tion. « C’est as­sez lé­gi­time de voir Wes An­der­son comme le ci­néaste pré­fé­ré des hips­ters, pose cal­me­ment Whit­ney Dilley. Dé­jà parce que ce mou­ve­ment hips­ter est né au dé­but des an­nées 2000 et c’est l’époque où ses films ont dé­col­lé. Comme lui, les hips­ters ré­cu­pèrent les ob­jets du pas­sé et dé­ve­loppent un at­ta­che­ment par­ti­cu­lier au vin­tage, avec une ma­nière iro­nique de se l’ap­pro­prier. » Dans la bouche de l'au­teur du Ma­nuel des hips­ters, Ro­bert Lanham, le constat peut même prendre des ac­cents plus acides : « Wes An­der­son ? Il ne fait plus de films. Il crée des ta­bleaux ex­ces­si­ve­ment pré­cieux ha­bi­tés d’hommes-en­fants émasculés qui tricotent des gi­lets sur la mu­sique de Belle and Se­bas­tian, en fan­tas­mant qu’ils sont as­sez vi­rils pour dé­pe­cer un ca­ri­bou avec un ca­nif. » Et à la fin de la jour­née tout le monde peut al­ler si­ro­ter un des cock­tails hors de prix du Bo­we­ry Ho­tel. •

« WES AN­DER­SON ? IL CRÉE DES TA­BLEAUX EX­CES­SI­VE­MENT PRÉ­CIEUX HA­BI­TÉS D’HOMMESENFANTS ÉMASCULÉS QUI TRICOTENT DES GI­LETS SUR LA MU­SIQUE DE BELLE AND SE­BAS­TIAN. » RO­BERT LANHAM, AU­TEUR DU MA­NUEL DES HIPS­TERS

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