WES AN­DER­SON

EN UNE POI­GNÉE DE FILMS CULTES, WES AN­DER­SON ET SA BANDE ONT IN­VEN­TÉ UN PAN EN­TIER DE LA POP CULTURE, DE LA DÉ­CO­RA­TION D’IN­TÉ­RIEUR À LA MODE EN PAS­SANT PAR L’ANI­MA­TION. LE TOUT, SOUS LE HAUT PA­TRO­NAGE DE SAINT BILL MUR­RAY ET SAINT JAMES L. BROOKS. ANDERSO

So Film - - Sommaire - PAR FER­NAN­DO GANZO

Cou­ver­ture. En une poi­gnée de films cultes, Wes An­der­son et sa bande ont in­ven­té un pan en­tier de la pop culture, de la dé­co­ra­tion d’in­té­rieur à la mode en pas­sant par l’ani­ma­tion. Le tout, sous le haut pa­tro­nage de saint Bill Mur­ray et saint James L. Brooks. An­der­son, c’est aus­si une es­thé­tique de mai­son de pou­pées im­mé­dia­te­ment iden­ti­fiable, à l’in­té­rieur de la­quelle il fa­brique des films à la fois hy­per-mo­dernes et hors du temps. L’homme a ac­cep­té de se li­vrer ici avec co­quet­te­rie, mais sans fausse pu­deur.

Pour trou­ver un ci­néaste aus­si iden­ti­fié à son ap­pa­rence, il fau­drait sans doute re­mon­ter à la sil­houette d'Al­fred Hit­ch­cock. Che­veux longs, roux et fins, nez ef­fi­lé, re­gard en­fan­tin et veste en tweed : Wes An­der­son est plus qu'un look, c'est une marque. Une marque qu'il a ex­por­tée ré­cem­ment en tour­née avec ses potes – Ja­son Sch­wartz­man et Ro­man Cop­po­la – et leurs trois com­pagnes. Ber­lin, Ita­lie, Mar­seille, Ma­drid, Bor­deaux… Ils sont par­tis sur la route, en bus, comme un bon vieux groupe de rock. Mais mal­gré son look et sa pa­role ferme, le per­son­nage An­der­son re­lève moins de la star mi-dan­dy, mi-Flo­wer Po­wer que d'une es­pèce de Prince My­ch­kine du ci­né­ma : une cer­taine gêne et la peur de ne pas être sin­cère l'em­pêchent d'en dire trop sur son propre ci­né­ma. Cher­chant en per­ma­nence le mot juste, il re­grette par­fois ou craint d'en avoir trop dit. Le tout dans une langue et une élo­cu­tion for­cé­ment cool et so­phis­ti­quées, ce qui lui per­met d'avoir l'air élé­gant en toute cir­cons­tance même quand il laisse échap­per deux-trois ex­pres­sions d'ar­got, ou quand il lâche son rire fri­pon un peu en­fan­tin. C'est peut-être aus­si qu'au fond, Wes, le cos­mo­po­lite qui a quit­té Man­hat­tan pour le quar­tier de Mont­par­nasse à Pa­ris, n'a ja­mais ces­sé d'être un gar­çon du Sud, un pe­tit gars de Hous­ton. Un coin où l'élé­gance et la ga­lan­te­rie ont tou­jours fait par­tie de l'édu­ca­tion des hommes de bonne fa­mille. C'est peut-être aus­si pour ce­la que ses films et ses per­son­nages ont tou­jours été tein­tés d'une pointe d'hu­ma­nisme. Si dans Moon­rise King­dom, les en­fants se com­por­taient comme des adultes et in­ver­se­ment, dans L’Île aux chiens, ce sont les chiens qui agissent comme des hu­mains et les hommes qui passent pour des clé­bards. Dif­fi­cile de faire plus po­li­tique. De sa vi­sion du monde, de son ex­pé­rience avec les ac­teurs et des fans, Wes An­der­son parle li­bre­ment en si­ro­tant une eau mi­né­rale. Dans un verre à pied, na­tu­rel­le­ment.

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