L'État-ma­jor du block­bus­ter :

Le scé­na­rio se­cret de l'usine à rêves ( at­ten­tion spoi­lers !)

So Film - - Sommaire - PAR IDIR SERGHINE

Aven­gers : In­fi­ni­ty War

INT. JOUR / 9 h 04 AM

Un bu­reau ovale au 28e étage d’un buil­ding sur le­quel est po­sé un ther­mos de ca­fé, des chou­quettes, des go­be­lets avec un ro­bot de Pa­ci­fic Rim II en im­pri­mé et un or­di­na­teur por­table éteint. As­sis au­tour, on re­trouve John, Sa­rah, Pe­ter, Ste­ven et Louis. Sur un mur, une carte du monde. L’at­mo­sphère est lourde.

SA­RAH (TRISTE) :

Alors, c’est cet or­di­na­teur qui risque de nous rem­pla­cer ?

STE­VEN (ABAT­TU) :

Oui. Le big boss a dit qu’ils al­laient vi­rer la moi­tié des scé­na­ristes de la boîte.

PE­TER (DÉSES­PÉ­RÉ) :

Ste­phen Haw­king nous avait pré­ve­nus : on peut rien faire contre l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle...

STE­VEN (SA MAIN SUR L’ÉPAULE DE SA­RAH) :

Je t’ai­mais bien quand même tu sais...

LOUIS (LES LARMES AUX YEUX) :

La nuit der­nière, j’ai rê­vé que j’étais you­tu­beur, c’est peu­têtre un signe du des­tin.

John tape dans ses mains.

JOHN (DÉ­TER­MI­NÉ) :

Les gars, faut pas aban­don­ner ! Je suis sûr qu’on peut y ar­ri­ver. Vous sa­vez, ça fait dix ans que je suis dans la boîte, dix ans que j’écris des his­toires pour la compagnie. J’ai re­le­vé des dé­fis bien plus com­pli­qués vous sa­vez.

LOUIS : Comme quoi ?

JOHN (FIÈ­RE­MENT) : Écrire le re­boot de To­tal Re­call, par exemple.

En en­ten­dant ce­la, Louis fond en larmes.

SA­RAH :

Le pro­blème, c’est le nombre de su­per-hé­ros : 26 au to­tal. C’est

trop com­pli­qué pour un cer­veau hu­main.

JOHN :

Non 25. Ant-Man est pas dans le film.

SA­RAH :

Il a la taille d’une four­mi. Qu’il soit dans le film ou pas…

STE­VEN (SANS TROP Y CROIRE) :

Peut-être qu’on pour­rait les sé­pa­rer les uns des autres ? Genre un groupe dans l’es­pace, un autre sur une pla­nète, etc...

PE­TER :

De toute fa­çon on sait plus qui est avec qui, qui fait quoi... Par exemple, elle est dans quelle équipe Jen­ni­fer La­wrence ?

SA­RAH :

Jen­ni­fer, elle est pas dans Aven­gers mais dans les X-Men...

PE­TER : Et ?

LOUIS (TOU­JOURS EN LARMES) :

Ben ça n’a au­cun rap­port !

Louis pleure de plus belle.

STE­VEN (DÉSABUSÉ) :

Cette his­toire de su­per-hé­ros, de­puis le dé­but je dis que c’est une mau­vaise idée.

PE­TER :

Pour­tant le de Sam Rai­mi, c’était pas mal quand même.

Spi­der­man

STE­VEN :

Oui et re­garde où on est main­te­nant. Dix ans que ça dure.

Tous baissent la tête de dé­pit sauf John.

JOHN (FERME) :

Bon, on laisse de cô­té les su­per-hé­ros et on se concentre sur le mé­chant, Tha­nos. C’est quoi ses ca­rac­té­ris­tiques ?

SA­RAH (IRO­NIQUE) :

Il a le men­ton hy­per­fri­pé. On di­rait une paire de…

Ste­ven et Pe­ter sou­rient. JOHN (BLASÉ) : Et si­non ? Louis sèche ses larmes. LOUIS : De­puis le dé­but, on sait pas ce qu’il veut ce type ! À part mettre une ra­clée à tout le monde... PE­TER : C’est un peu Do­nald Trump mais en gris­vert. Le re­gard de Sa­rah s’illu­mine. SA­RAH : Et si on di­sait que, jus­te­ment à l’in­verse, c’est un Trump qui vou­drait faire ré­gner la jus­tice ? STE­VEN (PER­PLEXE) : En cas­sant la gueule à tout le monde ? LOUIS (IRO­NIQUE) : Vive la COP 21… Tha­nos est san­gui­naire mais il est aus­si un peu éco­lo. Il fait ça pour le bien de l’hu­ma­ni­té. PE­TER (SARCASTIQUE) : On a qu’à le faire pleu­rer aus­si tant qu’on y est... JOHN (À SA­RAH) : C’est pas trop cré­dible ton truc... Un court si­lence… SA­RAH (SÛRE D’ELLE) : Moi je dis : de­man­dons à l’or­di­na­teur ce qu’il en pense ! Ses col­lègues n’en croient pas leurs oreilles. SA­RAH (LANCANT UN RE­GARD DE DÉ­FI) : Vous avez peur de quoi ? Va bien fal­loir qu’on s’y ha­bi­tue. CUT Tous sont main­te­nant réunis au­tour de l’écran de l’or­di­na­teur al­lu­mé. Ils sont vi­si­ble­ment éton­nés du ré­sul­tat. PE­TER (À JOHN) : T’es sûr que t’as bien rentré toutes les don­nées ? Trump, Cop 21, 25 su­per-hé­ros... John ac­quiesce. STE­VEN : Je crois que l’I.A. est vrai­ment stu­pide. On est pas prêt d’être vi­rés… LOUIS : Bu­ter tous les su­per­hé­ros, c’est chaud quand même. Sur­tout qu’il doit y avoir une suite, non ? SA­RAH : On a qu’à en sau­ver quelques-uns. Qu’estce que t’en penses John ? John reste si­len­cieux. Il ne quitte pas l’écran des yeux. PE­TER : Se­lon quel cri­tère ? On tire à pile ou face ? STE­VEN : Je vous cache pas que moi, per­so, y a un pa­quet de per­son­nages, je me de­mande vrai­ment à quoi ils servent. Comme l’autre là avec son bras en fer… John fixe l’écran de l’or­di­na­teur, du­bi­ta­tif puis tout à coup… JOHN : Vous sa­vez ce que je crois ? C’est que l’I.A. n’est pas com­plè­te­ment dé­bile. En tuant tout le monde, ça offre la pos­si­bi­li­té de faire des cen­taines de re­boot. De tous les su­per-hé­ros... LOUIS (EF­FRAYÉ) : T’es… t’es sé­rieux, John ? John re­ferme l’écran de l’or­di­na­teur por­table. Il re­garde ses par­te­naires, le re­gard grave. Tous fi­nissent par sai­sir la ter­rible vé­ri­té : les su­per-hé­ros, c’est par­ti pour du­rer. •

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