LA FO­LIE WA­KA­LI­WOOD

UN STU­DIO OUGANDAIS

So Film - - Sommaire - PHO­TO RE­POR­TAGE PAR FRÉ­DÉ­RIC NO YÀWAKALIGA( OU­GAN­DA)

Port­fo­lio. Il s'ap­pelle Isaac God­frey Geof­frey Na­ba­wa­na. À Wa­ka­li­ga, quar­tier po­pu­laire pé­ri­phé­rique de Kam­pa­la, en Ou­gan­da, il a po­si­tion­né son pays sur la map­pe­monde du ci­né­ma glo­bal. L'homme s'est fait une spé­cia­li­té des films truf­fés de pour­suites en voi­ture, d'at­taques d'hé­li­co­ptères, de com­bats de kung-fu et de gey­sers d'hé­mo­glo­bine. Le mieux ? Le bud­get ne dé­passe ja­mais les 200 dol­lars. Bien­ve­nue à Wa­ka­li­wood.

Il s'ap­pelle Isaac God­frey Geof­frey Nab­wa­na. À Wa­ka­li­ga, quar­tier po­pu­laire pé­ri­phé­rique de Kam­pa­la, ceux qui le connaissent ont vite fait de le re­nom­mer IGG. Pour dire les choses comme elles sont, IGG jouit d'une cer­taine ré­pu­ta­tion dans son Ou­gan­da na­tal. Peut-être parce qu'il a réus­si un ex­ploit sans équi­valent : po­si­tion­ner son pays sur la map­pe­monde du ci­né­ma glo­bal. Pas un mince ex­ploit si l'on s'en tient à la ré­pu­ta­tion de l'Ou­gan­da en­core mar­qué dans sa chair par les an­nées de dic­ta­ture san­gui­naire d'Idi Amin Da­da. Si cette pé­riode a ins­pi­ré à Hol­ly­wood un bio­pic avec Le Der­nier Roi d’Écosse, le ci­né­ma que pro­meut IGG, lui, trouve son ins­pi­ra­tion au­tant chez Georges Mé­liès que chez Ro­bert Ro­dri­guez. L'homme s'est fait une spé­cia­li­té des films truf­fés de pour­suites en voi­ture, d'at­taques d'hé­li­co­ptères, de com­bats de kung-fu cho­ré­gra­phiés dans les­quels on ne lé­sine ni sur les ex­plo­sions, ni sur les gey­sers d'hé­mo­glo­bine. Le mieux ? Le bud­get ne dé­passe ja­mais les 200 dol­lars. Du vrai ci­né­ma « gué­rilla », en somme. Car Isaac God­frey Geof­frey Na­ba­wa­ma reste un prag­ma­tique. Preuve en est la so­cié­té de pro­duc­tion spé­cia­li­sée dans les films à très pe­tits bud­gets qu'il a mon­tée. Dans un pre­mier temps, cette aven­ture s'ap­pelle Ra­mon Film Pro­duc­tion (RFP), avant de prendre le nom plus ru­ti­lant de « Wa­ka­li­wood », his­toire d'as­so­cier le quar­tier tout en­tier à cette his­toire de ci­né­ma afri­caine. En 2010 donc, IGG et sa troupe ter­minent leur pre­mier long- mé­trage, Who Killed Cap­tain Alex ? Par­ti­cu­la­ri­té : chaque ac­teur, ré­gis­seur, ac­ces­soi­riste, cos­tu­mier et cas­ca­deur a gar­dé son bou­lot de ven­deur sur le mar­ché, coif­feuse ou pro­fes­seur d'arts mar­tiaux. Pour­quoi ? Car en Ou­gan­da, le piratage tue sou­vent en une à deux se­maines la dis­tri­bu­tion d'un film. Les ventes se font alors au porte-à-porte, le plus ra­pi­de­ment pos­sible, avant que le mar­ché ne soit inon­dé de co­pies pi­rates. Et si, dans cette éco­no­mie ba­sée avant tout sur la dé­brouille, un ci­né­ma lo­cal (sous la forme d’un écran de té­lé po­si­tion­né dans un ga­rage obs­cur, ndlr) se dé­cide à pro­gram­mer le film, c'est qua­si le jack­pot. Pour Who Killed Cap­tain Alex, tout a com­men­cé avec une bande-an­nonce sur You­Tube de­ve­nue vi­rale. S'en­suivent des ap­pels du monde en­tier pour IGG. Par­mi eux, ce­lui de l'Amé­ri­cain Alan Hof­ma­nis. Ce der­nier tra­vaille dans le monde du ci­né­ma aux États-Unis. Après avoir vu qua­rante se­condes du tea­ser à Man­hat­tan, il lâche cette pro­po­si­tion, di­sons, aven­tu­reuse : il est prêt à tout aban­don­ner pour re­joindre l'Ou­gan­da et ai­der le stu­dio à se dé­ve­lop­per. Du pain bé­ni pour IGG qui peut ain­si pour­suivre son rêve : tour­ner des films d'ac­tion ca­pables de plaire au plus grand nombre. Re­jouer en vrai cette époque loin­taine où, en­fant, son frère lui mi­mait les films vus au « ci­né­ma » avec Sch­war­ze­neg­ger, Stal­lone, Bruce Lee ou Chuck Nor­ris entre autres… Le tout en di­rect de son quar­tier de Wa­ka­li­ga, de plus en plus connu dé­sor­mais en tant que Wa­ka­li­wood.

Les Wa­ka Starz, un groupe d'en­fants pra­ti­quant le kung-fu, s'en­traîne dans la conces­sion fa­mi­liale qui ap­par­tient à Isaac God­frey Geof­frey Nab­wa­na, le créa­teur de Wa­ka­li­wood, à rai­son de deux fois par se­maine. Apprentis co­mé­diens, les en­fants ont te­nu les pre­miers rôles dans le film Cra­zy World dont le grand su­jet reste… les crimes ri­tuels d'en­fants. De­puis qu'il fait des films, les gens croient Isaac riche car il re­çoit la vi­site de beau­coup de Blancs. Crai­gnant que ses en­fants soient kid­nap­pés sur le che­min de l'école, contre ran­çon, il les en­cou­rage donc à ap­prendre à se dé­fendre.

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