LIO

Quand la brune Lio chan­tait « Ba­na­na Split » dans les an­nées 80, beau­coup pen­saient avoir trou­vé une ré­ponse pop aux émois sus­ci­tés par la blonde Bar­dot. Fi­na­le­ment, quand elle s'est tour­née vers le ci­né­ma, elle a pré­fé­ré prê­ter sa can­deur in­quiète au cin

So Film - - Sommaire - PAR JEAN-VIC CHAPUS – PHO­TOS : DR

Ex­tra. Quand la brune Lio chan­tait « Ba­na­na Split » dans les an­nées 80, beau­coup pen­saient avoir trou­vé une ré­ponse pop aux émois sus­ci­tés par la blonde Bar­dot. Fi­na­le­ment, quand elle s'est tour­née vers le ci­né­ma, elle a pré­fé­ré prê­ter sa can­deur in­quiète au ci­né­ma d'art et es­sai. Ré­sul­tat : un sta­tut de mo­dèle fé­mi­nin pour Chan­tal Aker­man et aus­si un re­gret nom­mé Ca­rax.

Vous dites que le ci­né­ma a au­tant contri­bué à fa­çon­ner votre ima­gi­naire que la mu­sique. Ça com­mence com­ment ? Comme beau­coup, j'ai dû com­men­cer par Walt Dis­ney. Après, est-ce que Dis­ney, ça m'a rem­plie d'une sé­rie d'images mer­veilleuses, pas du tout. Quand j'y re­pense je me dis que ces des­sins ani­més m'ont beau­coup plus ter­ri­fiée que fas­ci­née en fin de compte. Pour moi Blanche-Neige et sur­tout Pi­noc­chio, ce n'est pas du ci­né­ma pour les en­fants : c'est plu­tôt une sen­sa­tion de pur ef­froi. Vous avez des ob­jets qui prennent vie, des mu­siques or­ches­trales an­xio­gènes à vous don­ner des cau­che­mars. Quelle hor­reur ! Quand on m'em­me­nait voir des Dis­ney, je hur­lais dans les ci­né­mas, je pleu­rais. Mes pa­rents étaient obli­gés de me faire sor­tir de la salle, à Char­le­roi en Bel­gique, avant même la deuxième moi­tié du film. Mon con­seil, si vous êtes pa­rents : n'ex­po­sez pas vos en­fants à des Walt Dis­ney. Ou alors, te­nez leur la main. Vos pa­rents vous ont éle­vée dans un cadre idéo­lo­gique d'ex­trême gauche. Ça ne les gê­nait pas de vous ex­po­ser aux des­sins ani­més of­fi­ciels pro­duits par Hol­ly­wood ? Leur dis­cours, c'était plu­tôt : « Nos en­fants ont le droit de choi­sir leur propre culture du mo­ment et d’en re­ti­rer une ex­pé­rience per­son­nelle forte. » Par exemple, ils m'ont lais­sée voir à l'âge de 8 ans, Et Dieu créa la femme. Je le dis bien vo­lon­tiers, mais la dé­cou­verte de Bri­gitte Bar­dot à cet âge, ça me si­dère et ça me rend presque amou­reuse. Donc je pous­sais des pe­tits cris d'ex­tase à cha­cune de ses ap­pa­ri­tions, des « Oh ! » , des « Ah ! » . À 8 ans, vous com­pre­nez la sexua­li­té qui se dé­gage du per­son­nage de Bar­dot dans Et Dieu créa la femme ? Avec Bar­dot, on com­prend tout – la li­bé­ra­tion de la femme, l'af­fir­ma­tion de la sexua­li­té –, mais on ne le ver­ba­lise pas. Moi, je com­prends qu'en tant que fille on a le droit d'ac­cueillir un gar­çon dans son lit, de se ca­cher sous les draps avec lui… Bar­dot avait l'air de trou­ver ça fa­cile et lu­dique. Quand mes pa­rents me dé­couvrent en train de m'ex­ta­sier de­vant elle, ils réa­lisent qu'un en­fant est aus­si une créa­ture sexuée. Pas seule­ment un pe­tit ange in­no­cent. Je suis per­sua­dée que les films avec Ma­ri­lyn Mon­roe, ceux avec Bar­dot, ont ré­vé­lé des pul­sions chez les en­fants, et les ont même sti­mu­lés, mais je ne suis pas cer­taine que cette sti­mu­la­tion ait été une si bonne chose que ça… Au dé­but de votre car­rière de chan­teuse pop vous em­prun­tez un peu de l'ima­ge­rie de ces icônes du ci­né­ma comme Bar­dot, non ? La chou­croute dans le clip de « Ba­na­na Split », par exemple, c'est bien sûr un em­prunt à Bri­gitte Bar­dot et à Ron­nie Spec­tor. Mais c'était tel­le­ment mal­adroit. Moi, j'étais vrai­ment une en­fant d'im­mi­grés por­tu­gais qui jouait avec les codes du gla­mour amé­ri­cain sans les com­prendre vrai­ment. L'autre jour, un fan m'a fait par­ve­nir tout un tas d'images et d'ex­traits de vieilles émis­sions té­lé. J'avais un sou­ve­nir de moi dans le­quel j'étais Beyon­cé et quand j'ai vi­sion­né ces images je me suis ex­cla­mée : « Qu’est-ce que je res­semble à une cre­vette por­tu­gaise. » En­core au­jourd'hui, vous con­ti­nuez à nour­rir la même fas­ci­na­tion pour ces icônes six­ties du ci­né­ma ? Non, je suis pas­sée à autre chose. J'ai réa­li­sé que toutes ces femmes qui m'ont ai­dée à me construire n'étaient que des ac­trices émo­tion­nelles. Quand elles ap­pa­rais­saient sur un écran, elles dé­ga­geaient une émo­tion brute. Il n'y a pas de ré­flexion ou de pen­sée der­rière Ma­ri­lyn, Bar­dot ou, di­sons, Jean Se­berg et An­na Ka­ri­na. Main­te­nant, les co­mé­diennes qui m'in­té­ressent ce sont des femmes qui dé­gagent un rap­port plus sen­ti­men­tal à leur image : Cate Blan­chett, Ju­lianne Moore, Til­da Swin­ton. Elles sont par­fai­te­ment dans le sens de l'his­toire. Elles sont des femmes éman­ci­pées car elles mettent une dis­tance in­tel­lec­tuelle avec leur jeu, avec leur fa­çon de se dé­pla­cer lors des avant-pre­mières. Pour moi elles sont dans l'al­té­ri­té. Est-ce que c'est vrai que c'est votre vieux com­pa­gnon de route et com­po­si­teur, Jacques Du­val, qui vous a ini­tiée au ci­né­ma quand vous étiez ado­les­cente ?

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