Si vous de­viez...

Alors que Da­mien Bon­nard s’épa­nouit comme ja­mais dans la dé­li­rante co­mé­die po­li­cière de Pierre Sal­va­do­ri, En Li­ber­té ! (dé­cou­vert à la Quin­zaine des réa­li­sa­teurs cette an­née), il s'ima­gine ici dans son rôle idéal : ce­lui d'un co­mé­dien in­vi­sible.

So Film - - Sommaire - par Da­mien Bon­nard, ac­teur PRO­POS RE­CUEILLIS PAR IDIR SERGHINE

Jouer l'homme in­vi­sible, par Da­mien Bon­nard

L’idée d'être in­vi­sible m'a tou­jours fas­ci­né. Ça offre la pos­si­bi­li­té de voir le monde tel qu'il est, de dé­cou­vrir des se­crets mais aus­si la vraie so­li­tude. Ça pour­rait être une ma­lé­dic­tion. J'ima­gine l'his­toire d'un co­mé­dien qui sor­ti­rait d'un cas­ting ra­té pour jouer le rôle d'un po­li­cier ré­cur­rent dans une sé­rie genre Le juge est une femme. Il est au bout du rou­leau lorsque des pe­tits mal­frats lui font le coup du bi­jou per­du (vieille ar­naque qui consiste à te rendre un bi­jou qui t'ap­par­tient pas, que tu crois de va­leur et du coup il te de­mande de l'ar­gent en échange). Bon, le voi­là avec une bague qu'il en­file et là, comme par ma­gie, il de­vient in­vi­sible, sauf que ça ne se passe pas comme dans Le Sei­gneur des an­neaux. Une fois in­vi­sible, im­pos­sible de re­ve­nir en ar­rière. À peine le temps de pa­ni­quer qu'il re­çoit un coup de té­lé­phone en nu­mé­ro mas­qué. Une voix rauque lui dit : « Si tu veux exis­ter à nou­veau, trouve la ma­tière. Va à Athènes, c'est là que tout a com­men­cé. » Ni une, ni deux, le voi­là à l'aé­ro­port où les doua­niers pa­niquent lors­qu'ils voient pas­ser à tra­vers leur scan­ner un sque­lette sans voir la pré­sence du voya­geur in­vi­sible. S'en­suit un vol pé­nible où il est obli­gé d'évi­ter les pas­sa­gers, les ste­wards et de ta­per dans les as­siettes pour se nour­rir. À Athènes, les pre­miers jours sont com­pli­qués. Les chats et les chiens er­rants n'ar­rêtent pas de le suivre et il a un peu l'im­pres­sion d'être le joueur de flûte des Frères Grimm, sauf que les ha­bi­tants ne com­prennent pas ce que suivent les ani­maux. Notre pauvre hé­ros fi­nit par se de­man­der ce qu'il fait là jus­qu'à ce qu'une af­fiche sur un mur de la ville at­tire son at­ten­tion. Un film fan­tas­tique est en train d'être tour­né aux alen­tours de l'Acro­pole.

Des stars et des dieux

Le titre : The Re­turn of the Gods. Der­rière la ca­mé­ra, c'est les frères Bog­da­noff qui réa­lisent là leur pre­mier film sur le thème « et si les dieux de l'Olympe étaient des ex­tra­ter­restres ». Au cas­ting, Bill Mur­ray en Zeus, Amal­ric en Arès, Ariane La­bed en Athé­na et Fin­ne­gan Old­field en Dio­ny­sos avec des pe­tites pattes de chèvre et cu­bis de rouge à por­tée de la main. N'ou­bliant pas son pas­sé de co­mé­dien ra­té, notre homme in­vi­sible dé­cide de se ven­ger de ma­nière un peu mes­quine en han­tant le tour­nage. Il re­touche les dia­logues, jette des pe­tits cailloux sur le vi­sage des ac­teurs, les dé­coiffe. Très vite, tout le monde fi­nit par croire qu'une ma­lé­dic­tion s'abat sur leur film. Comme ce­la amuse beau­coup notre hé­ros fa­cé­tieux, il dé­cide d'al­ler dans la chambre d'hô­tel où logent les frères Bog­da­noff et de leur faire vrai­ment peur. Sauf que là, il as­siste à une scène in­croyable. Les ju­meaux sont en vé­ri­té des corps mé­ca­niques pi­lo­tés par des mi­ni Bog­da­noff d'en­vi­ron trois cen­ti­mètres, lo­gés dans le crâne de leur ver­sion gran­deur na­ture. D'abord ef­frayé, il dé­cide de leur ré­vé­ler sa pré­sence et de les faire chan­ter. Pour leur part, les fran­gins n'ont pas l'air très sur­pris. Ils viennent d'une autre pla­nète et lui an­noncent : « Dans le mi­lieu du ci­né­ma, on est plein. » Com­pre­nant l'em­bar­ras dans le­quel notre hé­ros se trouve de­puis qu'il est in­vi­sible, ils lui pro­posent de le rendre vi­sible en lui don­nant une mix­ture à boire. Sans hé­si­ta­tion, il ac­cepte. Après ab­sorp­tion, il re­de­vient ins­tan­ta­né­ment vi­sible… mais tout pe­tit à son tour donc pas très vi­sible en dé­fi­ni­tive. Les frères Bog­da­noff lui pro­posent alors un deal en échange de son si­lence. Il est peut-être pos­sible de lui don­ner un corps à pi­lo­ter. Ils jettent un coup d'oeil sur l'in­ven­taire et pro­posent le corps d'un ac­teur cé­lèbre en main­te­nance. Quelques jours plus tard, le voi­là dans la peau de John Mal­ko­vich*. *J'adore ce film •

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