DA­VID RO­BERT MIT­CHELL

En huit ans, l'Amé­ri­cain de 44 ans a si­gné trois longs mé­trages. À chaque fois, un genre dif­fé­rent, des prix, et une sé­lec­tion of­fi­cielle au der­nier Fes­ti­val de Cannes pour Un­der the Sil­ver Lake. Tou­jours aus­si, des sa­cri­fices : pour ar­ra­cher des bud­gets,

So Film - - Sommaire - PAR LU­CAS MINISINI – PHO­TO : AU­RÉ­LIE LAMACHÈRE ( POUR LA SE­MAINE DE LA CRI­TIQUE)

Por­trait. En huit ans, l'Amé­ri­cain de 44 ans a si­gné trois longs mé­trages. À chaque fois, un genre dif­fé­rent, des prix, et une sé­lec­tion of­fi­cielle au der­nier Fes­ti­val de Cannes pour Un­der the Sil­ver Lake. Tou­jours aus­si, des sa­cri­fices : pour ar­ra­cher des bud­gets, as­sou­vir son ob­ses­sion, mettre en image ses am­bi­tions. Et puis sur­tout, ne pas se lais­ser man­ger le cer­veau par la fo­lie qui rampe à Los An­geles. Pas tou­jours simple.

Àchaque fois que les deux ac­teurs tentent de s'em­bras­ser, tout s'ef­fondre. Et Ju­lie Anne Wight le sait. La jeune réa­li­sa­trice leur a bien sug­gé­ré de « se dé­tendre » , d'ou­blier qu'ils sont face à une ca­mé­ra mais non, im­pos­sible. Chaque prise est « étrange » . Et ra­tée. Nous sommes en 2001 et Wight di­rige son pre­mier court mé­trage : Kiss. Une his­toire d'ado re­lé­guée au rang de pa­ria à cause d'une poi­trine peu dé­ve­lop­pée et d'un dé­fi­cit de pré­ten­dants mas­cu­lins dans les cou­loirs du ly­cée. Mais bien dé­ci­dée à re­joindre « le club des femmes » , la jeune fille couche sur pa­pier une sé­rie de noms po­ten­tiels pour son pre­mier bai­ser. Sa « kiss list » , comme elle l'ap­pelle. Sauf que la scène fi­nale las­cive tombe à l'eau. Avec seule­ment 750 dol­lars de bud­get en poche, elle est à court de so­lu­tions. « Da­vid Ro­bert Mit­chell sa­vait, lui, que ça ne fonc­tion­ne­rait pas » , re­vit la jeune femme, près de dix-sept ans plus tard. De­puis quelques se­maines, l'as­pi­rant réa­li­sa­teur s'est at­te­lé à pro­duire le pro­jet de son amie. Au pied le­vé, il lui pro­pose deux so­lu­tions : em­bras­ser la gêne de la scène et aban­don­ner net toute la ten­dresse in­di­quée dans le script. Ou « en­fer­mer les ac­teurs dans un pla­card pour qu’ils s’em­brassent là-de­dans, et que la gêne dis­pa­raisse » , glisse-t-il. Ma­lin. Et ef­fi­cace, puisque Wight boucle sa scène peu de temps après. « À l’époque dé­jà, Da­vid avait une vi­sion, éclaire la jeune femme, et il s’y dé­diait tout en­tier. Il était prêt à tout pour la mettre en image ! »

Même chose pour son der­nier pro­jet en date, Un­der the Sil­ver Lake, en sé­lec­tion of­fi­cielle à Cannes cette an­née. En deux heures et trente mi­nutes très ryth­mées, l'Amé­ri­cain de 44 ans em­pile les scènes per­chées sur les hau­teurs de Los An­geles. Les séances de voyeu­risme de­puis un bal­con om­bra­gé suivent les pous­sées com­plo­tistes du per­son­nage prin­ci­pal, Sam. 33 ans, sans em­ploi, bien­tôt éjec­té de son pe­tit ap­par­te­ment d'East L.A. mais pas for­cé­ment cham­bou­lé à l'idée de tout perdre dans le tour­billon de l'en­ter­tain­ment à l'amé­ri­caine. « Ce film est une vi­sion cau­che­mar­desque du monde » , pose sim­ple­ment Da­vid Ro­bert Mit­chell de­puis la ter­rasse d'un pa­lace can­nois. Le « hé­ros » du film peut ai­sé­ment y ta­bas­ser un groupe de ga­mins trop oc­cu­pés à rayer quelques voi­tures ga­rées sur un bout de trot­toir. Et tout aus­si fa­ci­le­ment ten­ter de per­cer l'énigme d'une carte ap­proxi­ma­tive fi­gu­rant au dos des pa­quets de cé­réales pour élu­ci­der une mys­té­rieuse dis­pa­ri­tion. Un peu comme un « film noir hol­ly­woo­dien clas­sique » . Genre au­quel Da­vid Ro­bert Mit­chell rend hom­mage, à l'aide de plans ins­pi­rés par les plus grands. C'est ain­si qu'il vou­lait mettre en scène cette his­toire de « mar­gi­nal tou­jours oc­cu­pé à épier les autres, à es­pé­rer ou à ja­lou­ser » . Ex­pli­ca­tion : « Fe­nêtre sur cour, d’Hit­ch­cock, voi­ci mon film pré­fé­ré ! Plus que tous les autres. Je l’ai vu un mil­lion de fois. » Ja­mais las­sé, il jette de­puis tout pe­tit un oeil sur les clas­siques de l'hor­reur à la Da­rio Ar­gen­to, mais aus­si Jules et Jim de Fran­çois Truf­faut – une sug­ges­tion de sa mère. De quoi mettre sur pied une jo­lie pe­tite culture ci­né, vite trans­for­mée en vé­ri­table « ob­ses­sion » pour le jeune homme du Mi­chi­gan. « J’ai même mis la main sur le bou­quin d’en­tre­tiens entre Truf­faut et Hit­ch­cock à un mo­ment don­né, ra­conte-t-il, et je l’ai étu­dié en dé­tail. » Un ma­nuel de ci­né­ma donc, et une échap­pa­toire toute trou­vée à la mo­ro­si­té d'une vie d'ado plan­tée en plein Mid­west amé­ri­cain. Sam Rai­mi et di­no en plas­tique

Claw­son, État du Mi­chi­gan. Une ban­lieue molle comme il en existe des mil­liers à tra­vers les États-Unis d'Amé­rique. La sub­ur­bia et ses en­fi­lades de lo­tis­se­ments aux pe­louses tou­jours bien en­tre­te­nues. Un en­droit à quelques di­zaines de ki­lo­mètres de la grande ville de De­troit où « vrai­ment pas grand monde ne fait de films » . À part peut-être son oncle, Scott Mit­chell. L'homme file ré­gu­liè­re­ment un coup de main sur tout un tas de pro­jets made in Mi­chi­gan. En­tou­ré de poin­tures nais­santes comme les ac­teurs Bruce Camp­bell, Scott Spie­gel et le cé­lèbre réa­li­sa­teur Sam Rai­mi, il bosse sur des ex­pé­ri­men­ta­tions in­dé comme Thou Shalt Not Kill... Ex­cept en 1985. Et en fait pro­fi­ter son ne­veu. « Il m’em­me­nait aux avant-pre­mières de leurs films, dans toute la ré­gion, rem­bo­bine DRM. Je pas­sais du temps au­tour d’eux à me ré­pé­ter : “At­tends, ils ont pu faire un film ? Mais c'est dingue !” » Le tonton ci­né­phile et le père du jeune Da­vid em­ploient le reste de leur temps libre à la construc­tion d'une table d'ani­ma­tion dans le sous-sol de la mai­son fa­mi­liale. Grâce à des pa­quets d'ar­ma­tures en mé­tal, ils font même sor­tir de terre plu­sieurs di­no­saures ré­qui­si­tion­nés pour des courts mé­trages en stop-mo­tion. Comme un grand frère « bien plus cool » qu'il ne le se­ra ja­mais, dixit Mit­chell, l'oncle plante dans la tête de son ne­veu un man­tra : « Il faut faire des films, quoi qu’il ar­rive. » Dès le ly­cée, il se lance en em­bar­quant une bande d'amis as­sez fi­dèles pour le suivre. Comme cette fois dans un cours d'eau en bor­dure de la ville, en plein hi­ver, où le per­son­nage prin­ci­pal doit trou­ver la mort, noyé. Fa­cile. « Mes amis ont vrai­ment dû me dé­tes­ter à l’époque. » Sur­tout que Da­vid n'est pas sa­tis­fait de la pre­mière prise, il faut re­jouer le plon­geon. Plu­sieurs fois d'af­fi­lée. « Je n’avais même pas de ser­viette pour lui. J’étais un connard ! Il au­rait vrai

ment pu mou­rir dans cette ri­vière » , rit-il dou­ce­ment. Pour as­su­rer un mi­ni­mum de sé­cu­ri­té et ga­gner en ex­pé­rience, Da­vid Ro­bert Mit­chell file à la Flo­ri­da State Uni­ver­si­ty au tour­nant du mil­lé­naire. C'est là, au mi­lieu de tous ces gens « fous de ci­né­ma » qu'il com­mence à se faire la main en deux an­nées d'un pro­gramme in­tense. Deux ans où il fait vite la dif­fé­rence. Ju­lie Anne Wight s'échi­nait sur les mêmes le­çons à l'époque, et pour elle, tout était

« Fe­nêtre sur cour d'Hit­ch­cock, voi­ci mon film pré­fé­ré ! Plus que tous les autres. » Da­vid Ro­bert Mit­chell

dé­jà clair. « Dans la classe, tout le monde sa­vait qu’il était des­ti­né à de grandes choses » , dé­clare-t-elle. Ses ca­ma­rades « tombent amou­reux » de ses images, et des pro­jets où il dé­cor­tique pre­miers amours et bai­sers fou­gueux chez des ado­les­cents en pleine crise exis­ten­tielle. « C’était le thème qui le gui­dait dans cha­cun de ses tra­vaux, ana­lyse Ju­lie, et c’est comme ça qu’il a dé­ve­lop­pé toute son es­thé­tique. » Des pis­cines fil­mées sous tous les angles, des dé­cors en­tou­rés d'eau – « comme l’État du Mi­chi­gan » – et une re­cherche de la beau­té, peu im­porte la forme. Wight : « Il par­lait tout le temps des soeurs Na­gy quand on était en cour. C’étaient des ju­melles par­fai­te­ment iden­tiques qui

vi­vaient près de chez lui à Claw­son. Elles le fas­ci­naient… » Deux soeurs qui lui ins­pirent plu­sieurs per­son­nages de films, et une at­mo­sphère qui forme la base de son tra­vail. Ce « réa­lisme ma­gique » ci­né­ma­to­gra­phique qui lui sert de carte d'iden­ti­té ci­né­phile. « Tout est très terre à terre, à en croire Wight, mais il ajoute une di­men­sion oni­rique à tout ce qu’il fait. Ses per­son­nages de­viennent presque my­tho­lo­giques dans chaque film. » Des fi­gures dé­ve­lop­pées à force de longues soi­rées pas­sées avec la pe­tite « com­mu­nau­té » consti­tuée au coeur du « Sun­shine State » . Dans la classe, vingt-deux étu­diants, tous bien dé­ci­dés à faire leur trou dans le mi­lieu du ci­né­ma. Ra­pi­de­ment, deux bandes dis­tinctes se forment. D'un cô­té la par­tie « com­mer­ciale » de la fac de ci­né, et ses his­toires « plus di­rectes » . De l'autre, Da­vid Ro­bert Mit­chell et l'équipe des « pro­jets in­dé, ses his­toires plus ma­tures où les choses sé­rieuses se dé

rou­laient » . Wight glane son in­tro­ni­sa­tion dans cette troupe dès le dé­but de la deuxième an­née. Nous sommes en 2001 et le pays vient d'en­cais­ser le 11 sep­tembre. Un mo­ment tra­gique qui a « sou­dé » le pe­tit groupe de jeunes, se­coués pen­dant plu­sieurs mois. « Peu après, on a dû faire face à une énorme inondation, re­late Wight, notre fac de ci­né était dans un bâ­ti­ment col­lé au gi­gan­tesque stade de foot­ball amé­ri­cain sur le campus, un peu en contre­bas. La moi­tié de la classe a per­du sa voi­ture. Celles qui n’étaient pas noyées, on les a toutes pous­sées en­semble hors de l’eau. » Une rai­son de plus de ne ja­mais se quit­ter pour ce vé­ri­table « groupe d’amis proches » ras­sem­blés au­tour de Da­vid Ro­bert Mit­chell. Des gens dont les noms sont au­jourd'hui en­core as­so­ciés au réa­li­sa­teur: le mon­teur Ju­lio Pe­rez, le chef opé­ra­teur Mike Gou­lia­kis ou la pro­duc­trice Adele Ro­mans­ki. « On a tous tel­le­ment chan­gé pen­dant cette pé­riode tous en­semble, sou­rit le ci­néaste, on n’ar­rê­tait pas, on dor­mait à peine, tra­vail constant, pas mal de fêtes, on avait l’im­pres­sion que le temps s’était ra­len­ti… Ces deux ans ont comp­té plus pour moi que n’im­porte quelle ex­pé­rience sur les tour­nages d’après. » Jacques Tour­neur et les jeux vi­déo Ce­la fait bien­tôt deux ans que Da­vid Ro­bert Mit­chell lutte. Un peu avant l'été 2009, il ne réus­sit pas à le­ver les fonds suf­fi­sants pour son pre­mier pro­jet de long mé­trage, The Myth of the Ame­ri­can Slee­po­ver. Le jeune homme tra­vaille tou­jours d'ar­rache-pied. Le jour, il est mon­teur pour une boîte de pro­duc­tion new-yor­kaise. La nuit, il peau­fine son script. « J’éco­no­mi­sais la plus grosse par­tie de mon sa­laire à l’époque » , se sou­vient-il. Pour Adele Ro­mans­ki à la pro­duc­tion, même chose. Ces ef­forts com­muns leur per­mettent de mettre 35 000 dol­lars sous le ma­te­las, de quoi es­pé­rer que cette his­toire d'ados pro­fi­tant de la fin de l'été dans la ban­lieue de Dé­troit puisse en­fin voir le jour. Mais loin d'être suf­fi­sant pour qu'on les prenne au sé­rieux. « On nous pre­nait même pour des fous, rit au­jourd'hui le réa­li­sa­teur, c’était bien en des­sous de ce que les gens à peu près sains d’es­prit nous conseillaient pour dé­mar­rer. » Le film re­quiert des di­zaines de lieux de tour­nage, et une pe­tite quin­zaine de per­son­nages à l'écran. L'ac­trice Aman­da Bauer y joue Clau­dia, jeune fille au com­por­te­ment pas for­cé­ment stable. « Je tra­vaille tou­jours sur des pro­duc­tions in­dé, et tout le monde dit : “Oh non, on a un tout pe­tit bud­get”, mais ce n’est rien com­pa­ré à The Myth of the Ame­ri­can Slee­po­ver » , pré­cise la jeune femme. À peine la ving­taine à l'époque,

elle se plonge dans ce tour­nage aux al­lures de « pro­jet fa­mi­lial » où les re­pas sont pré­pa­rés dans la cui­sine d'amis de la ré­gion, et par­ta­gés as­sis sur le sol. Elle rit : « On était si peu nom­breux que les membres de l’équipe tech­nique s’im­pro­vi­saient fi­gu­rants, et les ac­teurs de­ve­naient as­sis­tants de

pro­duc­tion sur cer­taines scènes. » Cette fois, Da­vid Ro­bert Mit­chell prend soin de son équipe, et reste concen­tré sur le film. Pas de prix en vue, ni de « fes­ti­val de ci­né­ma cool » pour pro­je­ter son oeuvre. Fi­na­le­ment, la pel­li­cule tape dans l'oeil de la Mecque des gens de culture à barbes longues et cas­quettes larges, le fes­ti­val South by Sou­th­west à Aus­tin, Texas. Mais aus­si dans ce­lui du co­mi­té de sé­lec­tion de la Se­maine de la cri­tique à Cannes, cu­vée 2010. Une at­ten­tion ac­com­pa­gnée de nou­velles op­por­tu­ni­tés, et de près d'un mil­lion de dol­lars pour réa­li­ser le sui­vant : It Fol­lows. Un film d'hor­reur sans ef­fets spé­ciaux, ou presque, où une mys­té­rieuse forme pour­suit des tas de jeunes condam­nés après un simple rap­port sexuel. Un nou­veau dé­fi pour le réa­li­sa­teur vers qui tous les yeux se tournent dé­jà. Et un nou­veau genre. Richard Vree­land était com­po­si­teur de jeux vi­déo comme Fez, jus­qu'à ce que Da­vid Ro­bert Mit­chell l'ap­pelle pour son in­cur­sion dans le ci­né­ma d'hor­reur. Il n'a alors que trois pe­tites se­maines pour peau­fi­ner la bande ori­gi­nale du pro­jet. Da­vid lui en­voie des scènes, et pas le temps pour de longues dis­cus­sions. « Il fal­lait li­vrer la mu­sique » , re­vit Di­sas­ter­peace, son pseu­do de mu­si­cien. Pour lui don­ner des al­lures de film à la « Jacques Tour­neur meets John Car­pen­ter », Richard doit « faire des sa­cri­fices » . Rien d'anor­mal pour Da­vid Ro­bert Mit­chell, tou­jours dé­ter­mi­né à être « aus­si bon que pos­sible » à en croire son ami. « J’ai at­teint un état proche de la fo­lie »

À l'ar­ri­vée, nou­veau suc­cès, nou­velle pro­jec­tion à la Se­maine de la cri­tique, cu­vée 2014 cette fois. Et nou­velles am­bi­tions. Da­vid Ro­bert Mit­chell ré­side dé­sor­mais à Los An­geles : « En ar­ri­vant, j’avais quelques courts mé­trages as­sez bons, des scripts prêts donc je pen­sais que tout le monde m’ac­cueille­rait avec une tonne d’ar­gent. J’étais si naïf ! Ça ne s’est pas du tout pas­sé comme ça. J’étais stu­pide. » À East L.A., dans le quar­tier gen­tri­fié de Sil­ver Lake, le jeune homme ma­rié évo­lue au mi­lieu d'ar­tistes en tout genre. « Les gens viennent à Los An­geles évi­dem­ment pour de­ve­nir quel­qu’un d’autre, pour se mé­ta­mor­pho­ser, ra­conte-t-il, c’est un en­droit très di­vi­sé aus­si, avec un ni­veau d’ar­gent et de cé­lé­bri­tés presque in­dé­cent et en même temps qui pro­cure un sen­ti­ment de dan­ger constant. » Ça se­ra le su­jet d'Un­der the Sil­ver Lake, où le bal­let su­per­fi­ciel de l'in­dus­trie du film mène le per­son­nage prin­ci­pal vers des « apé­ros par­ties d’échecs » chez un ac­teur de sé­ries B, cé­lèbre de­puis un rôle « entre les cinq et sept pre­miers mois de sa vie » . « Ce que j’ai vu en ar­ri­vant à L.A., c’était pas très loin de ces ab­sur­di­tés que j’ai mises dans le film, avoue le ci

néaste en lais­sant pas­ser un drôle de fris­son. Cette ville est com­plè­te­ment folle. » Vrai. Mais quand on est un en­fant du Mi­chi­gan, il y a for­cé­ment, un jour ou l'autre, un pacte faus­tien à pas­ser avec le grand nulle part. Quitte à flir­ter avec un état proche « de la crise de fièvre » ou être « proche de la fo­lie » à me­sure que les pages de script s'amon­cellent sur son bu­reau, que les ca­fés rem­placent les nuits de som­meil et que les cernes ap­pa­raissent sur le vi­sage pour­tant en­core ju­vé­nile de Da­vid Mit­chell. Pour quel ob­jec­tif ? La com­pé­ti­tion à Cannes en sé­lec­tion of­fi­cielle ? « Je rê­vais de ce mo­ment, je pen­sais que ça al­lait être in­croyable et fi­na­le­ment peut-être pas tant que ça. Comme beau­coup de choses dans la vie, je fan­tas­mais un pe­tit peu. Il y a de la joie, des cé­lé­bra­tions, mais à la fin… à la fin… » Une pause sus­pen­due : « À la fin, il faut tout de suite vi­ser autre chose, j’en ai be­soin! » •

« J'avais quelques courts mé­trages as­sez bons, des scripts prêts donc je pen­sais que tout le monde m'ac­cueille­rait avec une tonne d'ar­gent et des pro­jets. Ça ne s'est pas du tout pas­sé comme ça. » Da­vid Ro­bert Mit­chell

It Fo­lows

Un­der The Sil­ver Lake

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