Centre de for­ma­tion Stade de Reims

Pre­mier géant du foot fran­çais dans les an­nées 1950, le Stade de Reims peine à re­nouer avec son glo­rieux pas­sé. Après un retour en Ligue 1 de 2012 à 2016, les Sta­distes ont re­chu­té en L2 avec la vo­lon­té de ne pas trop s'y éter­ni­ser. Pour ce­la, le club de

So Foot Club - - SOMMAIRE - PAR ADRIEN HÉMARD, À REIMS. PHOTOS: RENAUD BOUCHEZ

Pre­mier géant du foot fran­çais dans les an­nées 1950, le Stade de Reims peine à re­nouer avec son glo­rieux pas­sé. Pour ce­la, Reims compte bien s'ap­puyer sur son com­plexe de vie flam­bant neuf.

“Je n'ai rien contre Louis Blé­riot, mais le nom de Ko­pa iden­ti­fie d'avan­tage le centre avec l'his­toire du club.” Co­ren­tin Ba­taille, di­rec­teur du centre de for­ma­tion

Si Au­guste-De­laune est l’un des der­niers stades en centre-ville du pays, pour son centre de vie, le Stade de Reims a op­té pour la ban­lieue nord, à plus de sept ki­lo­mètres de son écrin. Après avoir tra­ver­sé le centre-ville, quelques friches in­dus­trielles et la ban­lieue pa­villon­naire de Bé­the­ny, ap­pa­raît le com­plexe des Rouge & Blanc, entre champs de blé et zone com­mer­ciale. Au moins, les Sta­distes y sont au calme. Mais il y a bien une rai­son der­rière le choix de ce lieu: le be­soin de place. Car avec treize hec­tares de ter­rain et un bâ­ti­ment de 3 300 mètres car­rés, le SDR a vu grand. Le centre de vie Ray­mond-Ko­pa fait ain­si par­tie des plus éten­dus du pays. Lo­gique pour “l’Ins­ti­tu­tion de foot­ball” que re­ven­dique être ce club fon­dé en 1931.

Après des an­nées de dé­brouille, le Stade de Reims tient donc en­fin son joyau pour po­lir sa jeu­nesse. Li­vré à l’été 2014, le centre de vie Louis Blé­riot s’est im­plan­té sur un com­plexe spor­tif bien connu des foot­bal­leurs ama­teurs mar­nais. Mais fi­ni l’ama­teu­risme, puisque le SDR s’est ap­pro­prié dix des treize ter­rains du site, ac­co­lé à leur nou­veau centre, re­bap­ti­sé du nom de Ray­mond Ko­pa le 29 août der­nier. “Ce nom re­pré­sente tout ce qu’on veut in­cul­quer ici, que ce soient les va­leurs ou le style de jeu”, ex­plique Da­vid Guion, en­traî­neur des pros. Co­ren­tin Ba­taille, di­rec­teur du centre de for­ma­tion, pour­suit: “Je n’ai rien contre Louis Blé­riot ( pion­nier

de l’avia­tion fran­çaise, ndlr), mais le nom de Ko­pa iden­ti­fie d’avan­tage le centre avec l’his­toire du club. Ce­la cor­res­pond aus­si plus à notre phi­lo­so­phie de jeu of­fen­sif at­trayant et per­for­mant.” Un nou­veau nom pour une nou­velle vie. Dé­sor­mais, les jeunes pousses ré­moises et les pros sont re­grou­pés dans un lieu com­mun, même si chaque sec­tion dis­pose de sa propre aile: d’un cô­té les pros, de l’autre la for­ma­tion, réunis

au mi­lieu par la can­tine. “L’idée de base était de dé­ve­lop­per un centre de vie pour re­grou­per toutes les com­po­santes du club, et pas seule­ment d’avoir un centre de for­ma­tion dis­tinct des bu­reaux au stade”, ex­plique Mathieu La­cour, di­rec­teur gé­né­ral. Un nou­vel ou­til à la hau­teur des am­bi­tions du club Il faut dire que les di­ri­geants ré­mois ont eu le temps de ré­flé­chir à ce qu’ils vou­laient. Fon­dé en 1931, le Stade de Reims n’a ja­mais eu de vé­ri­table centre. Avant d’em­mé­na­ger au nord de la ville, le club dis­po­sait d’ins­tal­la­tions aus­si ru­di­men­taires que nom­breuses: “Nous étions dis­per­sés dans tout Reims, sur cinq ou six stades. On per­dait beau­coup de temps dans les trans­ports”, ra­conte Co­ren­tin Ba­taille. Cette si­tua­tion po­sait aus­si de gros pro­blèmes pour la for­ma­tion, puisque les édu­ca­teurs ne se voyaient pas, ain­si que sur le plan hu­main se­lon Mathieu: “Les jeunes étaient lo­gés au CREPS, donc

ils n’étaient pas di­rec­te­ment sous notre sur­veillance. On n’avait pas la main sur eux, donc on ne pou­vait pas les for­mer comme on vou­lait. Pour ré­su­mer, avant ce centre, c’était de la lo­gis­tique per­ma­nente. On pas­sait notre temps à or­ga­ni­ser, mais pas à

for­mer.” Fa­ti­gués par ce fonc­tion­ne­ment som­maire, les Ré­mois voyaient en plus de ce­la les meilleurs joueurs lo­caux fi­ler à Troyes, ou pire, chez l’en­ne­mi se­da­nais. De retour en Ligue 1 en 2012, après 33 ans d’ab­sence, il était donc plus que temps pour le Stade de Reims d’of­frir à sa jeu­nesse un centre digne de ce nom: “Après le cap spor­tif, il fal­lait pas­ser ce­lui des ins­tal­la­tions. C’était de­ve­nu in­gé­rable et nos in­fra­struc­tures nous em­pê­chaient d’avoir un pro­jet spor­tif, sco­laire et édu­ca­tif co­hé­rent pour nos jeunes”, conclut Mathieu La­cour.

L’équipe di­ri­geante vi­site alors des ins­tal­la­tions sem­blables en France et en Eu­rope, his­toire de bros­ser le por­trait du centre de vie idéal. Mé­tho­di­que­ment, le Stade de Reims ré­dige un ca­hier des charges ul­tra pré­cis pour les ar­chi­tectes, tout en dé­mar­chant pa­ral­lè­le­ment la ville pour ob­te­nir un ter­rain. Trois ans plus tard, le centre de vie est en­fin li­vré. Le dé­but d’une nou­velle vie pour le SDR. “Ce qui est aus­si sym­pa avec le dé­mé­na­ge­ment, c’est que c’est nous qui l’avons fait, on a por­té les car­tons, se

marre Co­ren­tin. Ça a chan­gé la vie du club. Au­jourd’hui, je ne pour­rais même plus ex­pli­quer com­ment on fonc­tion­nait avant (rires).” Coïn­ci­dence ou pas, c’est aus­si lors de ce dé­mé­na­ge­ment qu’éclot une gé­né­ra­tion do­rée. Fi­na­listes mal­heu­reux de la coupe Gam­bar­del­la 2013-2014, Jor­dy Sie­bat­cheu, Gre­john Kyei et Ré­mi Ou­din in­ves­tissent le centre et le re­placent sur la carte de France. Une sai­son plus tard, les U19 ré­mois sont sa­crés champions de France à la sur­prise gé­né­rale. Franck Cha­len­çon, en­traî­neur, se sou­vient: “Nous sommes ar­ri­vés comme les pe­tits pou­cets face à Lille, Nantes et Tou­louse au tour­noi de clô­ture. Tout le monde nous voyait bons der­niers. Ré­sul­tat: on fi­nit champions de France après avoir bat­tu Nantes en fi­nale.” Au- de­là de la ré­com­pense, ce titre en­voie Reims en Youth League, et ré­com­pense sur­tout son centre de for­ma­tion.

Trois bacs S mention très bien et un titre de cham­pion de France

Mine de rien, ce pas­sage ex­press en Youth League marque le “retour” du Stade de Reims en coupe d’Eu­rope, après ses fi­nales de C1 per­dues en 1956 et 1959: “C’était plus un clin d’oeil au pas­sé du club qu’un vé­ri­table retour en Coupe

d’Eu­rope” tem­père Franck Cha­len­çon. Mais la jeu­nesse do­rée ré­moise sort dès le pre­mier match contre Midd­les­brough ( 5-3, 0-2). La fin d’une aven­ture hu­maine, mais la confir­ma­tion du re­nou­veau du centre de for­ma­tion. Pro­fi­tant de sa po­si­tion géo­gra­phique et de la proxi­mi­té du PSG, Reims se sert dans le vi­vier pa­ri­sien, tout en prô­nant le lo­cal: “Pour nous, la proxi­mi­té de l’Île de France est une chance in­croyable, tout comme la nou­velle di­men­sion du PSG. Grâce à ce­la, on peut main­te­nant concur­ren­cer Pa­ris sur cer­tains dos­siers parce que les fa­milles craignent que l’ave­nir de leur en­fant y soit bou­ché. D’au­tant qu’ici, les jeunes for­més au club ont

“Ce qui est aus­si sym­pa avec le dé­mé­na­ge­ment, c'est que c'est nous qui l'avons fait, on a por­té les car­tons.” Co­ren­tin Ba­taille, di­rec­teur du centre de for­ma­tion

vrai­ment l’op­por­tu­ni­té de jouer avec l’équipe pre­mière, et on pri­vi­lé­gie aus­si l’édu­ca­tion”, avoue Mathieu La­cour. Là est pré­ci­sé­ment la nou­velle force de la for­ma­tion ré­moise,

une fier­té pour Mathieu: “On forme avant tout des hommes. Sou­vent, je dis aux pa­rents que leur fils n’est pas sûr de de­ve­nir pro, mais qu’en sor­tant du centre, on le leur ren­dra avec le goût du tra­vail et le bac.”

Pour ap­puyer sa vo­lon­té de “for­mer des

hommes”, le SDR a donc mis en place une po­li­tique très fa­mi­liale dont se fé­li­cite le di­rec­teur gé­né­ral du club: “À Reims, on ne dé­ra­cine pas les ga­mins. On paye toutes les ve­nues de la fa­mille, parce que l’équi­libre et la proxi­mi­té fa­mi­liale sont des fac­teurs de réus­site. Au­tre­ment dit, on n’est pas dans la sur­en­chère fi­nan­cière, mais on met les moyens pour lais­ser le joueur dans son tis­su

fa­mi­lial.” Outre la fa­mille, le SDR s’ap­puie aus­si di­rec­te­ment sur les en­traî­neurs du centre, qui sont tous char­gés d’un rôle sco­laire pré­cis en re­la­tion avec le ly­cée St Mi­chel de Reims, où sont sco­la­ri­sés les joueurs. Coach des U19, Franck Cha­len­çon est ain­si res­pon­sable des classes de ter­mi­nale et as­siste à tous les conseils de classe. Et ça marche. Avec trois ba­che­liers scien­ti­fiques mention très bien la sai­son der­nière, Reims a fait presque mieux que toute la Ligue 1 réunie.

Un atout pour ra­me­ner le club en L1

Des ré­sul­tats brillants qui font de la for­ma­tion un nou­vel atout pour le club, comme l’avoue Mathieu: “À Reims, on ne pour­ra ja­mais ache­ter un at­ta­quant à dix mil­lions, donc il faut qu’on réus­sisse

à le for­mer.” De son cô­té, Da­vid Guion re­con­naît que “la for­ma­tion est main­te­nant un pi­lier sur le­quel le club peut s’ap­puyer”.

D’ailleurs, sa no­mi­na­tion cet été à la tête du groupe pro sou­ligne la vo­lon­té du club de va­lo­ri­ser sa jeu­nesse. En ef­fet, avant de prendre les rênes du groupe pro, Guion a di­ri­gé pen­dant cinq ans le centre et donc as­su­ré la tran­si­tion dans les nouveaux

lo­caux. “Pour moi, la for­ma­tion, c’est la sta­bi­li­té, j’ai donc mis en place une po­li­tique spor­tive pour que le tra­vail soit plus ef­fi­cace au quo­ti­dien. Quand j’ai pris la for­ma­tion, je vou­lais une vi­sion jus­qu’aux portes du groupe pro. On a dé­fi­ni des va­leurs spor­tives et édu­ca­tives, en gar­dant la vo­lon­té de prendre le maxi­mum de jeunes Ré­mois”, ra­conte-t-il. Des ef­forts pour l’ins­tant pas ré­com­pen­sés par la FFF, qui, la sai­son der­nière, clas­sait le centre de Reims à la vingt-hui­tième place sur trente- cinq. Peu im­porte pour Mathieu, confiant quant à l’ave­nir de son joyau: “Ici, tout est nou­veau, il fau­dra voir dans plu­sieurs an­nées. Notre dy­na­mique est très ré­cente, et ce­la prend du temps pour rem­plir tous les cri­tères de la FFF. En plus, on marque deux fois moins de points en L2.” Sur le ter­rain en tout cas, les ef­forts ré­mois portent dé­jà leurs fruits avec neufs joueurs issus du centre au sein du groupe pro, dont la tri­plette of­fen­sive Kyei- Sie­bat­cheuOu­din. D’ailleurs, Da­vid Guion ne s’en cache pas, l’am­bi­tion ul­time du centre de for­ma­tion est de contri­buer au retour de Reims en L1: “On a des struc­tures de haut ni­veau, des ins­tal­la­tions d’un club de L1 avec une équipe de L2, donc la conti­nui­té, c’est de p. re­trou­ver l’élite ra­pi­de­ment, et la for­ma­tion

eut nous y ai­der.” Le mes­sage est pas­sé. TOUS PRO­POS RECUEILLIS PAR AH

Co­ren­tin Ba­taille, di­rec­teur du centre et en­traî­neur des U17 en pleine cau­se­rie d'avant-match.

U16 et U17 à l'échauf­fe­ment avant un match ami­cal contre Va­len­ciennes.

Franck Cha­len­çon

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