“Quand je dis ama­teurs, on était vrai­ment ama­teurs de chez ama­teurs”

So Foot - - INDEX - PHO­TO: PA­NO­RA­MIC – PRO­POS RECUEILLIS PAR PAUL BEMER /

L’édi­tion 2010-2011 est le théâtre d’un ex­ploit: ce­lui de Cham­bé­ry, pre­mier club de CFA2 à sor­tir trois clubs de Ligue 1, à sa­voir Mo­na­co, Brest et So­chaux. Une aven­ture sur la­quelle Da­vid Guion, le coach sa­voyard, re­vient avec plai­sir.

C’était un match très dif­fi­cile, car très lo­cal entre guille­mets. Entre Ses­si­net et Échi­rolles, dans la ban­lieue de Gre­noble, il y avait une vraie ri­va­li­té. C’est pour ça qu’on a eu pas mal de dif­fi­cul­tés à se sor­tir du ti­rage ré­gio­nal. À l’époque, on était une équipe de CFA2 qui se met­tait en place tout dou­ce­ment. Je ve­nais de re­prendre l’équipe au mois d’août et il y avait beau­coup de tra­vail. Les prin­cipes et l’iden­ti­té de jeu n’étaient pas en­core an­crés comme ils ont pu l’être sur la deuxième par­tie de sai­son. Toute la dif­fi­cul­té, c’était que l’ob­jec­tif prio­ri­taire du club était la mon­tée en CFA. Mais on s’est pris au jeu de la coupe et ça a pro­vo­qué un en­thou­siasme dé­bor­dant sur Cham­bé­ry. Il fal­lait que je gère tout ça pour des ama­teurs. Et quand je dis ama­teurs, on était vrai­ment ama­teurs de chez ama­teurs. Il n’y avait pra­ti­que­ment pas de contrats fé­dé­raux, mes joueurs bos­saient toute la jour­née, etc.

La vic­toire aux tirs au but contre Mo­na­co en 32e de fi­nale, c’est l’élé­ment fon­da­teur de votre épo­pée? Pour moi, la vé­ri­table ge­nèse de cette his­toire se dé­roule en plein mois de juillet, pen­dant notre stage de co­hé­sion. Pen­dant trois jours ex­cep­tion­nels, on par­court les som­mets des Alpes, on dort pra­ti­que­ment à la belle étoile et on met au point des jeux de rôle par­ti­cu­liè­re­ment in­té­res­sants. C’est-à-dire que j’ai de­man­dé à mon groupe de gar­çons d’avoir une vi­sion sur la sai­son, de se pro­je­ter au 30 juin. Et ce qui a été puis­sant, c’est que ce qu’ils avaient ima­gi­né –une mon­tée en CFA et un beau par­cours en coupe de France dans un stade plein– s’est réa­li­sé dix mois plus tard. Après, oui, cette vic­toire face à Mo­na­co, je l’avais beau­coup dé­mys­ti­fiée, et je sa­vais que mon groupe était ca­pable de se su­bli­mer. Mais c’est vrai qu’elle nous a don­né un surplus de mo­ti­va­tion et de concen­tra­tion pour la suite. On avait une énorme confiance en nos ti­reurs et un gar­dien, Guillaume Be­me­nou, qui s’est ré­vé­lé au fur et à me­sure de la sai­son, no­tam­ment grâce à la coupe de France.

Sei­zième de fi­nale face à Brest et re­be­lote, en­core des tirs au but… Ce qui est in­té­res­sant sur ce match, c’est qu’on a pri­vi­lé­gié l’as­pect spor­tif en ac­cord avec mes di­ri­geants. Eux vou­laient rem­plir le Stade des Alpes de Gre­noble, mais moi, je sa­vais que c’était jouable seule­ment si on jouait chez nous. D’ailleurs, je re­mer­cie en­core le pré­sident, Pa­trick Da­voine, de m’avoir fait confiance et d’avoir ac­cep­té qu’on joue sur place. Je sais très bien que jouer à 14h un di­manche après-mi­di, en plein hi­ver et dans un stade un peu chaud, ce n’est pas vrai­ment ce que les pros pré­fèrent. Ce sont de pe­tits res­sorts comme ceux-là qui per­mettent tout dou­ce­ment d’aug­men­ter ses chances. Fran­che­ment, c’est là qu’on a fait notre vé­ri­table ex­ploit. Avec les Bou­de­bouz, les Mar­tin, c’était une grosse poin­ture qui se pré­sen­tait à nous. Mais au-de­là de ce match, sor­tir trois L1 de suite quand, entre-temps, vous avez des matchs à rat­tra­per le mer­cre­di, que vous jouez tous les week-ends sur des ter­rains où vous êtes at­ten­dus, pfff… Les gar­çons ont été exem­plaires et, à chaque fois, je leur di­sais que le plus dur, ce n’était pas d’af­fron­ter les clubs de L1 mais d’al­ler jouer la mon­tée tous les di­manches.

Non parce que à par­tir de là, on est en quart de fi­nale et je sais qu’on a dé­jà fait plus que notre job. Donc je vais voir mon pré­sident et je lui dis qu’on peut al­ler jouer au Stade des Alpes, avec toutes les dif­fi­cul­tés émo­tion­nelles, d’en­vi­ron­ne­ment, d’ap­pré­hen­sion que ce­la peut en­gen­drer. Sa­chant qu’en plus, j’avais pas mal de joueurs ori­gi­naires de Gre­noble dans mon ef­fec­tif… Le seul re­gret, c’est qu’à ce mo­ment-là, je cours deux lièvres à la fois et je ne peux pas éco­no­mi­ser mes joueurs. Pour ne rien ar­ran­ger, j’ai mon at­ta­quant qui se fait ex­pul­ser en cham­pion­nat. Et quand on joue ce genre de matchs, il faut être au com­plet et que vos meilleurs joueurs soient très pré­sents le jour J. Même si, à mon sens, le score est un peu sé­vère, il faut re­con­naître qu’An­gers avait par­ti­cu­liè­re­ment bien pré­pa­ré son coup.

Der­rière, c’était une de­mi-fi­nale face au PSG… Oui, c’est vrai que ça au­rait été l’apo­théose de re­ce­voir le PSG. Mais on a vé­cu tel­le­ment de choses ex­tra­or­di­naires qu’on ne peut pas se per­mettre d’être dans le re­gret. On s’est tous sen­tis pri­vi­lé­giés de pou­voir vivre ça, et ce­la doit res­ter ain­si.

Tout le monde se sou­vient de vos vic­toires contre des clubs de L1. Pour­tant, au hui­tième tour, vous avez failli vous faire sur­prendre par un tout pe­tit pou­cet, Seys­si­net-Pa­ri­set, club de DHR… Du coup, c’était presque une for­ma­li­té contre So­chaux?

Après avoir sor­ti trois clubs de l’élite, pas trop ra­geant d’en prendre trois contre An­gers, pen­sion­naire de L2?

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.