“Je n’ai au­cun mo­dèle d’en­traî­neur à part moi”

So Foot - - SO FOOT_CAHIER INTERNATIONAL - Par Fi­lipe San­ta-Bar­ba­ra pour GQ – POR­TU­GAL

Il est va­ni­teux, cha­ris­ma­tique, pro­vo­ca­teur et am­bi­tieux. Et pour cause, en 2015, Jorge Je­sus rem­porte le cham­pion­nat et la coupe de la ligue avec le Ben­fi­ca, puis la su­per­coupe avec le Spor­ting. Sur la scène eu­ro­péenne, en re­vanche, ça coince: le coach por­tu­gais reste sur deux dé­faites en fi­nale de ligue Eu­ro­pa. Mais la re­con­nais­sance eu­ro­péenne vien­dra. À condi­tion de lui confier les clés d’un gros ca­mion.

Au­de­là de ma pro­fes­sion, je le per­çois comme un spec­tacle et une in­dus­trie. C’est de­ve­nu une réelle ac­ti­vi­té cultu­relle. C’est un spec­tacle que tout le monde connaît un peu et, pour cette rai­son, il est plus cap­ti­vant et pas­sion­nant que les autres sports. de­mi-fi­nales et mes fi­nales en ligue Eu­ro­pa. C’est vrai que je n’ai ja­mais at­teint le der­nier car­ré et en­core moins une fi­nale en ligue des cham­pions, et je doute qu’en res­tant au Por­tu­gal ce­la ar­ri­ve­ra. Mais si je quitte le Por­tu­gal, je n’ai au­cun doute sur le fait que j’at­tein­drai ce ni­veau du pre­mier coup. Ici, à par­tir des hui­tièmes de fi­nale, voire des quarts, c’est com­pli­qué. À terme, il de­vien­dra tout aus­si com­pli­qué pour les clubs por­tu­gais d’at­teindre une fi­nale de ligue Eu­ro­pa. Moi, j’en ai fait deux de suite, et une de­mie avant ça. Vous ne pou­vez pas dire que je ne suis qu’un en­traî­neur taillé pour le Por­tu­gal. Par ailleurs, quand je suis ar­ri­vé à Ben­fi­ca, le club était vingt-sep­tième au clas­se­ment de l’UEFA, et quand j’en suis par­ti, il était cin­quième. Mais je me de­mande quel en­traî­neur va me­ner une écu­rie por­tu­gaise en fi­nale de ligue des cham­pions. Je vais mou­rir et, entre-temps, per­sonne n’at­tein­dra ce stade de la com­pé­ti­tion au Por­tu­gal.

La vic­toire est l’éva­lua­tion, la note maxi­male de ton tra­vail. Tu tra­vailles pour ga­gner, pas pour faire des nuls ou perdre. Même si tu ne gagnes pas tout le temps, tu sais que c’est vers ce ré­sul­tat que tu dois tendre. Un en­traî­neur qui ne gagne pas sou­vent n’est pas sûr de son tra­vail.

Comme une le­çon dif­fi­cile et stres­sante pour pro­gres­ser. Quand je perds, je n’aime être avec per­sonne, je m’isole, du moins les pre­mières heures qui suivent la dé­faite. Le jour sui­vant, je cherche à com­prendre pour­quoi j’ai per­du.

Au­jourd’hui, non. Je ne vois per­sonne à part moi. Mais il est de no­to­rié­té pu­blique que, quand j’ai com­men­cé dans ce mé­tier, j’étais fas­ci­né par la ma­nière dont évo­luaient les équipes de Cruyff. L’Ajax puis le Bar­ça. Mais au­jourd’hui, il n’y a per­sonne, non.

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