Oranje sans pulpe.

So Foot - - SOMMAIRE - Par Emi­lien Hof­man et Mat­thieu Ros­tac, à Am­ster­dam / Pho­tos: VI Images/Iconsport, Pro­shots/Panoramic et Imago/Panoramic

Berg­kamp, See­dorf, Stam, Klui­vert, Co­cu, De Boer, Da­vids et com­pa­gnie: la Hol­lande des an­nées 90 peut se tar­guer d’avoir connu l’une des gé­né­ra­tions les plus pro­met­teuses. Sauf qu’au fi­nal, rien, au­cun titre. La faute aux ego des uns et des autres, à quelques frasques ex­tra­spor­tives et à ce fi­chu point de pe­nal­ty…

Ils avaient le po­ten­tiel pour de­ve­nir cham­pions d’Eu­rope et du monde. À l’ar­ri­vée, la gé­né­ra­tion hol­lan­daise des Berg­kamp, See­dorf, Klui­vert, Frank et Ro­nald de Boer, Over­mars, Co­cu, Stam, Van der Sar, Da­vids et consorts a fi­ni bre­douille. La faute à pas de chance? Plu­tôt à un manque d’en­du­rance. Re­tour sur le plus gros gâ­chis de la fin du XXe siècle, entre ten­sions ra­ciales, sor­ties en jet-ski et point de pe­nal­ty mau­dit.

Août 1996, hôtel Hil­ton, à quelques jets de pierre de l’aé­ro­port d’Am­ster­dam, Schi­phol. Deux mois plus tôt, l’équipe des Pays-Bas est re­ve­nue d’An­gle­terre avec une dé­faite en quarts de fi­nale de l’Eu­ro face à la France. Un ré­sul­tat

ho­no­rable pour une sé­lec­tion “pas­sée d’un sta­tut de bar­ra­giste face à l’Ir­lande à ce­lui de fa­vo­ri pour la vic­toire fi­nale à l’Eu­ro”,

dixit Ro­nald de Boer. Pour­tant, dans cette salle de réunion du Hil­ton où la dé­lé­ga­tion

oranje vient de prendre place, l’am­biance est lourde, ten­due. La rai­son: mé­dia­ti­que­ment, les Ba­taves ont to­ta­le­ment ra­té leur Eu­ro. Après leur deuxième match contre la Suisse, lors du­quel le sé­lec­tion­neur Guus Hid­dink a choi­si de lais­ser sur le banc Ed­gar Da­vids et Pa­trick Klui­vert, puis de sor­tir Cla­rence See­dorf à la 26e minute après un carton jaune re­çu pré­ma­tu­ré­ment, Da­vids, le “Pit­bull” à lu­nettes, a mon­tré les crocs en confé­rence de presse: “Hid­dink de­vrait ar­rê­ter d’en­fon­cer sa tête dans le cul des autres joueurs.” Tra­duc­tion: Frank de Boer et Dan­ny Blind dé­ci­de­raient du onze de dé­part. Tra­duc­tion bis: les joueurs d’ori­gine su­ri­na­mienne –Da­vids, See­dorf, Klui­vert– ain­si que ceux de cou­leur –Rei­zi­ger et Bo­garde– se­raient dis­cri­mi­nés. Du ra­cisme? Ro­nald de Boer ne veut pas en en­tendre par­ler, même au­jourd’hui. “La vé­ri­té, c’est qu’il n’y avait pas de dif­fé­rends entre Blancs et Noirs. Si See­dorf, Klui­vert et Da­vids traî­naient en­semble, c’est parce qu’ils avaient le même âge et jouaient dans la même équipe, ex­plique

le ju­meau de Frank. L’ori­gine du pro­blème, c’est une simple his­toire d’ar­gent. À l’époque, l’Ajax fixait un sys­tème de ba­rème de sa­laires de Aà C, et cer­tains gars comme See­dorf ou Da­vids, qui étaient en feu à l’époque, n’avaient qu’un sa­laire B. Ils ont em­por­té ça avec eux à l’Eu­ro et ça a mis une mau­vaise am­biance dans le groupe.” Alors, dans cette salle de réunion pour cadres en sé­mi­naire, les Hol­lan­dais s’ex­pliquent entre hommes pour tout mettre à plat, juste avant le dé­but des qua­li­fi­ca­tions pour le mon­dial 98. Un rè­gle­ment de comptes en forme d’acte fon­da­teur pour cette gé­né­ra­tion. “On a tous com­pris ce jour-là que le plus im­por­tant, c’était de for­mer une équipe, ré­sume le ca­pi­taine de l’époque, Frank de Boer. Et pour y par­ve­nir, on n’avait pas be­soin d’être les meilleurs amis du monde.”

His­to­ri­que­ment, l’émer­gence du foot­ball néer­lan­dais s’ex­plique à tra­vers un prisme so­cio-géo­gra­phique simple: depuis tou­jours, le pays le plus den­sé­ment peu­plé d’Eu­rope s’est pré­oc­cu­pé d’amé­na­ger son ter­ri­toire ré­duit et de l’organiser de fa­çon op­ti­male. En trans­po­sant la do­mi­na­tion de l’es­pace au foot­ball, les Néer­lan­dais ont ac­cou­ché du foot­ball to­tal. Lors­qu’il de­vient sé­lec­tion­neur des Oranje en 1994, Guus Hid­dink am­bi­tionne de re­nouer avec cet ADN footballistique. Tout en l’ac­tua­li­sant, dé­ci­dant ain­si de contrô­ler les ego sur­di­men­sion­nés de ses joueurs non pas en les bri­dant, mais en of­frant à cha­cun un es­pace de li­ber­té qui s’ar­rête là où com­mence ce­lui des autres. Après s’être as­su­ré que ses joueurs ne se bouffent plus entre eux en éta­blis­sant un rè­gle­ment in­té­rieur digne des ly­cées au­to­gé­rés, Hid­dink met en place ce qui de­vien­dra sa marque de fa­brique en sé­lec­tion de Co­rée du Sud et de Rus­sie: jouer vite et bien. “Guus était un très bon ar­ran­geur, ex­plique Jaap Stam. Il n’avait pas beau­coup de temps pour nous rendre meilleurs ou nous faire in­té­grer un nou­veau sys­tème, il s’est donc conten­té de nous don­ner l’im­pres­sion que nous étions la meilleure équipe du monde. On l’a cru.” Et ce, mal­gré les ten­ta­tives de la presse de ra­vi­ver les fan­tômes du pas­sé. Ed­win van der Sar se sou­vient de la po­lé­mique du mon­dial en France: “Après le hui­tième contre la You­go­sla­vie (vic­toire 2-1, ndlr), on s’est tous sau­té des­sus. Le pro­blème, c’est que quel­qu’un a com­men­cé à mettre son bras au­tour de mon cou. J’étais en train d’étouf­fer. Je me suis éner­vé et j’ai mis quelques coups pour me dé­ga­ger. C’est là que je me suis ren­du compte qu’il s’agis­sait

“Hid­dink de­vrait ar­rê­ter d’en­fon­cer sa tête dans le cul des autres joueurs” Ed­gar Da­vis, alias ‘Le Pit­bull’

“Après la vic­toire contre la You­go­sla­vie, on s’est tous sau­té des­sus. Le pro­blème, c’est que j’étais en train d’étouf­fer. J’ai mis quelques coups pour me dé­ga­ger. C’est là que je me suis ren­du compte qu’il s’agis­sait en fait de Wins­ton Bo­garde. Deux jours plus tard, la presse ti­trait: ‘Les Noirs contre les Blancs’” Van der Sar, an­cien gar­dien des Pays-Bas

en fait de Wins­ton Bo­garde. C’était un simple mal­en­ten­du, mais ça n’a pas em­pê­ché la presse de ti­trer deux jours plus tard: ‘Les Noirs contre

les Blancs’. Ça nous a fait du mal pour rien.”

Ba­nane gon­flable et Renault Clio

Pour rien, car avec Hid­dink, le groupe vi­vait plu­tôt pas mal, et sur­tout jouait bien. En gref­fant les ta­lents du PSV –Co­cu, Zen­den ou Stam– sur le noyau dur de joueurs ayant soulevé la C1 en 1995 avec l’Ajax, Hid­dink semble en tout cas avoir trou­vé la for­mule ga­gnante lors des matchs de qua­li­fi­ca­tion, où les Pays-Bas roulent sur le pays de Galles (7-1) et collent un al­ler-re­tour aux voi­sins belges (3-0 puis 3-1). C’est donc gon­flés à bloc qu’ils dé­barquent en France, en 1998. Sur le ter­rain, même s’ils font deux nuls en poule, ils pra­tiquent un voet­bal proche du to­taal,

in­fli­geant même une ma­ni­ta à la Co­rée du Sud au Vé­lo­drome. “On était les en­fants de la Hol­lande 74. On fai­sait en sorte de jouer comme eux, sou­tient Ro­nald de Boer. On jouait au sol, sans ba­lan­cer de grands bal­lons de­vant, on com­bi­nait avec les ai­liers, et nos dé­fen­seurs cen­traux étaient ca­pables de jouer comme des mi­lieux de ter­rain. On a peut-être même ren­du ça un peu plus beau, parce que si on s’at­tarde sur les vi­déos de matchs du foot­ball to­tal, on se rend compte que les mecs mar­chaient sur le ter­rain.” En de­hors, les Ba­taves se la coulent douce, pro­fi­tant à fond des plages de la Côte d’Azur. Le lieu de ral­lie­ment? Le Beach Club de Monte-Car­lo. Un en­clos suf­fi­sam­ment grand et luxueux pour que l’har­mo­nie tant re­cher­chée par Hid­dink règne en­fin dans son groupe. “On était dans un hôtel à Ro­que­bru­neCap-Mar­tin, au-des­sus de Mo­na­co, au mi­lieu des ro­chers. In­croyable. On ma­tait les filles, on jouait aux cartes, on se re­po­sait”, s’ex­ta­sie en­core Ro­nald de Boer. Dans ce Club Med im­pro­vi­sé, les clans ne s’af­frontent plus pour des luttes de pou­voir mais pour les jet-skis mis à dis­po­si­tion par l’hôtel. “Je n’en ai ja­mais fait au­tant de ma vie qu’au Beach Club, se

marre Marc Over­mars. Je me sou­viens qu’on a croi­sé Sté­pha­nie ou je ne sais plus quelle prin­cesse du Ro­cher… Ça ne nous avait pas mar­qués. Tout ce qui nous in­té­res­sait, c’était les jet-skis. On se bat­tait pour les en­four­cher.” Dans l’eu­pho­rie, cer­tains comme Nu­man en ou­blient même les fon­da­men­taux sur les dis­tances de sé­cu­ri­té. Le dé­fen­seur du PSV est ain­si à quelques cen­ti­mètres de ci­sailler la jambe de Frank de Boer. Plus anec­do­tique, Bou­de­wi­jn Zen­den perd son sli­bard après une vi­rée mou­ve­men­tée en ba­nane pneu­ma­tique. Peu en­clin aux ba­lades aqua­tiques, aux par­ties de cartes ou aux one-man-shows que Pierre van Hooi­j­donk im­pro­vise à la can­tine, Ed­win van der Sar pré­fère, quant à lui, en­fer­mer son double mètre dans une Renault Clio pour vi­si­ter la Pro­vence en com­pa­gnie de sa femme

An­ne­ma­rie. “À cô­té des Porsche et des Fer­ra­ri, on ne se sen­tait pas for­cé­ment à notre place”,

ri­gole ce­lui qui, comme ses co­équi­piers, fai­sait les dé­pla­ce­ments pour les matchs en hé­li­co:

“On en em­prun­tait une di­zaine et vroum, on était à Mar­seille en qua­rante-cinq minutes,

s’émer­veille l’an­cien gar­dien de l’Ajax. C’était gé­nial. Sauf pour Berg­kamp, qui res­tait au sol à cause de sa pho­bie de l’avion.”

Après quelques heures pas­sées dans les TER de la ré­gion Pa­ca, Berg­kamp fi­ni­ra tout de même par vo­ler lui aus­si. Contre l’Ar­gen­tine. Déjà bu­teur en hui­tième de fi­nale contre la You­go­sla­vie, l’at­ta­quant réa­lise au Vé­lo­drome un en­chaî­ne­ment ma­gis­tral dans les der­niers ins­tants de leur quart de fi­nale: contrôle en por­te­man­teau, cro­chet in­té­rieur sur Ro­ber­to Aya­la et ex­té­rieur du pied qui vient cru­ci­fier Car­los Roa. 2-1, score fi­nal. Après des nou­veaux tours de jet-ski, la bande à Hid­dink af­fronte le Bré­sil de Ro­nal­do, Ro­ber­to Car­los, Be­be­to et Ri­val­do en de­mie. “Ce match, c’était le point culmi­nant de ma car­rière in­ter­na­tio­nale. Pas seule­ment parce que c’était une de­mi-fi­nale de coupe du monde, mais aus­si parce qu’on jouait au Vé­lo­drome avant qu’il ne soit refait. À l’époque, tout le stade était ou­vert, et voir le cré­pus­cule tom­ber sur Mar­seille pen­dant le match, ces cou­leurs jaune et ocre, c’était ma­gni­fique”, s’émeut le poète Van der Sar. Ce soir-là, au bout de cent vingt minutes de dé­mons­tra­tion face à la Se­le­çao, les Oranje tombent fi­na­le­ment aux tirs au but, et doivent

ou­blier leurs rêves de fi­nale, pour le plus grand bon­heur du pays hôte. “De re­tour à Ar­se­nal, Pa­trick Viei­ra m’avait confié que la France pré­fé­rait ren­con­trer le Bré­sil en fi­nale, se sou­vient Over­mars. C’était un com­pli­ment: on était l’équipe qu’il ne fal­lait pas af­fron­ter.” Frank de Boer va plus loin: “On avait l’im­pres­sion que l’on pou­vait battre n’im­porte qui. Si on avait vrai­ment vou­lu croire qu’on pou­vait être cham­pions du monde, peu­têtre qu’on l’au­rait été.” Voi­là cer­tai­ne­ment la dif­fé­rence avec la gé­né­ra­tion 88. Car au-de­là de leur ta­lent, c’est la vo­lon­té de ga­gner à tout prix qui a per­mis aux Gul­lit, Rij­kaard, Van Bas­ten et Koe­man de dé­pu­ce­ler le pal­ma­rès des PaysBas en com­pé­ti­tion in­ter­na­tio­nale. En 2007, le dé­fen­seur Bert Kon­ter­man a pu ex­pé­ri­men­ter cette dif­fé­rence in­ter­gé­né­ra­tion­nelle des men­ta­li­tés lors du ju­bi­lé du Rou­main Ioan

Sa­bau. “Notre équipe était com­po­sée d’an­ciens de ma gé­né­ra­tion et de celle de 88. À la pause, on me­nait 5-0 et on s’est dit qu’on ne pou­vait pas ve­nir hu­mi­lier les Rou­mains comme ça en direct à la té­lé­vi­sion et sur leur propre ter­rain. Deux joueurs seule­ment n’étaient pas fa­vo­rables à ce qu’on lève le pied: les cham­pions d’Eu­rope 88, Hans van Breu­ke­len et Er­win Koe­man. Ils n’ar­rê­taient pas de dire: ‘On s’en fout, s’il faut ga­gner 10-0, on le fait!’

Fi­na­le­ment, coïn­ci­dence ou non, on a fait 5-5. Koe­man et Van Breu­ke­len étaient les seuls à être en co­lère… La voi­là, la dif­fé­rence entre eux et nous: c’était des vrais tra­vailleurs, des ga­gneurs, alors que ma gé­né­ra­tion avait plus de scru­pules et était peut-être plus gâ­tée.”

“On sa­vait déjà qu’on al­lait perdre”

Après le mon­dial 98, Frank Rij­kaard re­prend le flam­beau de Guus Hid­dink, par­ti au Real Ma­drid. “Quand il était joueur, il était plu­tôt du genre fai­néant:

‘Oh non, je n’ai pas en­vie de faire cet exer­cice’, mais en tant que coach, il était à 100 %, se sou­vient

Over­mars. Il était proche des joueurs et ex­pli­quait vrai­ment bien à cha­cun pour­quoi il jouait ou non.” Si la no­mi­na­tion du coach aux dread­locks fait l’una­ni­mi­té par­mi les joueurs, sur le ter­rain, les Ba­taves, as­su­rés d’être qua­li­fiés pour l’Eu­ro 2000 en tant que pays hôte, mul­ti­plient les matchs ami­caux in­si­pides. “Ces ren­contres de pré­pa­ra­tion ne rem­placent pas la vé­ri­table com­pé­ti­tion. On a dé­joué et les mé­dias ont

com­men­cé à se mon­trer né­ga­tifs”, re­grette Bert Kon­ter­man, qui fait ré­fé­rence aux at­taques ré­pé­tées du Te­le­graaf et de Voet­bal

In­ter­na­tio­nal. Mal­gré le cli­mat dé­lé­tère avant la com­pé­ti­tion et une en­trée en lice dé­li­cate contre la Ré­pu­blique tchèque (1-0), les Néer­lan­dais par­viennent à se dé­les­ter des cri­tiques de Cruyff et de la pres­sion po­pu­laire en dé­rou­lant face au Da­ne­mark (3-0) puis en ta­pant le cham­pion du monde fran­çais (3-2). Pre­miers de leur poule, les Oranje réa­lisent même une dé­mons­tra­tion de force en in­fli­geant une cor­rec­tion à la You­go­sla­vie, en quarts de fi­nale (6-1). Alors que le pays s’en­flamme pour son équipe, See­dorf, Rei­zi­ger, Van Hooi­j­donk et les ju­meaux de Boer dé­cident de faire le mur pour al­ler fê­ter ça, et se bourrent la gueule. Une es­ca­pade noc­turne que Rij­kaard goûte peu. Fu­rieux, ce der­nier im­pro­vise une réunion de crise pour in­for­mer ses joueurs qu’il compte dé­choir Frank de Boer du ca­pi­ta­nat, pour le confier à Ed­gar Da­vids. Ce jour-là, l’équipe en­tière se range du cô­té de son ca­pi­taine, obli­geant Rij­kaard à cé­der. En même temps, il n’avait pas trop le choix, selon Ro­nald de Boer.

“Mon frère a dit au coach: ‘Comment vas­tu ex­pli­quer à la presse que tu changes ton ca­pi­taine en plein mi­lieu de com­pé­ti­tion? Si tu me prends le ca­pi­ta­nat, tu peux me consi­dé­rer comme bles­sé pour le reste de la com­pé­ti­tion. On joue in­croya­ble­ment bien, on est une fa­mille heu­reuse… Pour­quoi tu veux nous mettre une amende et créer un conflit dans le groupe?’” Si l’au­to­ri­té de Rij­kaard n’en sort pas gran­die, cet épi­sode a au moins le mé­rite de ren­for­cer la co­hé­sion d’un groupe qui se voit déjà en fi­nale de son Eu­ro, avant même d’avoir af­fron­té l’Ita­lie en de­mie. L’ex­pul­sion de Gian­lu­ca Zam­brot­ta à la 33e minute ne fait que les confor­ter dans ce sens. Les Hol­lan­dais

“Si on avait vrai­ment vou­lu croire qu’on pou­vait être cham­pion du monde, peut-être qu’on l’au­rait été” Frank de Boer, an­cien ca­pi­taine des Néer­lan­dais

“On a croi­sé Sté­pha­nie ou je ne sais plus quelle prin­cesse du Ro­cher… Ça ne nous avait pas mar­qués. Tout ce qui nous in­té­res­sait, c’était les jet-skis. On se bat­tait pour les en­four­cher” Marc Over­mars, à propos du mon­dial 98

pro­duisent un jeu du feu de Dieu, comme d’ha­bi­tude, mais fi­nissent par perdre, comme tou­jours, après avoir lou­pé deux pe­nal­tys

dans le temps ré­gle­men­taire... “Nous avons vrai­ment dé­truit les Ita­liens dans le jeu. Mais ils ont été bien meilleurs que nous dans la ges­tion du match… Et bien mieux pré­pa­rés pour les pe­nal­tys”, re­grette Over­mars. Éli­mi­nés aux tirs au but par la France à l’Eu­ro 96, et

vic­times des pe­nal­tys lors du mon­dial 98, les Oranje sont trau­ma­ti­sés au mo­ment d’af­fron­ter Tol­do. “À ce mo­ment-là, on sa­vait déjà qu’on

al­lait perdre”, lâche même Frank de Boer. Le ca­pi­taine n’est pas le seul à avoir ra­té son tir. Quelques se­condes après, Paul Bos­velt foire à son tour, alors que Stam avait préa­la­ble­ment en­voyé le cuir sur Mars. “Le bal­lon re­bon­dit

en­core”, en ri­gole Ro­nald de Boer. Pour­tant, selon Van der Sar, ses co­équi­piers avaient tout fait pour ten­ter de vaincre en­fin ce mau­dit signe in­dien. “Le point de pe­nal­ty du ter­rain d’en­traî­ne­ment était bien abî­mé à force de ve­nir mettre les pieds des­sus, confie-t-il. Mais on ne s’en est peut-être pas as­sez mé­fié.”

Cette de­mi-fi­nale per­due à la mai­son signe la fin d’un cycle pour une gé­né­ra­tion qui rentre dans la tren­taine sans ja­mais avoir connu la gloire. Fi­ni les jet-skis, les blagues pour­ries et les beu­ve­ries. Place au spleen. Et à Van Gaal, un homme qui ne fait pas dans les états d’âme pour ses re­trou­vailles avec des joueurs qu’il a pour la plu­part lan­cé à l’Ajax. “Quand il a rem­pla­cé Rij­kaard pour les qua­lifs du mon­dial 2002, il était en­core très strict, très

exi­geant, souffle Van der Sar. Le pro­blème, c’est qu’on n’était plus les jeunes joueurs qu’il avait eus à l’Ajax: il nous de­man­dait tel­le­ment de concen­tra­tion du­rant l’en­traî­ne­ment qu’on avait plus de jus les jours de match.” Au fi­nal, les Pays-Bas, dou­blés par le Por­tu­gal et l’Ir­lande, échouent à se qua­li­fier pour la coupe du monde asia­tique. “Nous au­rions pu être une gé­né­ra­tion do­rée si nous avions rem­por­té un titre, re­grette Jaap Stam, l’ac­tuel en­traî­neur de Rea­ding. Au fi­nal, je di­rais juste qu’on était une bonne équipe, voire une équipe gé­niale,

mais pas plus.” Si le gol­goth ba­tave semble être pas­sé à autre chose, ce n’est pas vrai­ment le cas de Marc Over­mars. Mal­gré son poste de di­rec­teur spor­tif de l’Ajax et un blaze qui res­te­ra à ja­mais au top du swag, l’an­cien feu fol­let n’a tou­jours pas di­gé­ré ses échecs à ré­pé­ti­tion en sé­lec­tion. “Ga­gner un tro­phée eu­ro­péen ou mon­dial n’était pas une ob­ses­sion, mais c’était tout comme. J’étais ja­loux de la France des Viei­ra et Hen­ry que je croi­sais par la suite à Ar­se­nal, je me di­sais: ‘Fu­cking!’ S’il y avait un seul mo­ment pour rem­por­ter un titre, c’était à cette pé­riode-là.”

Oranje, ô déses­poir.

Oranje is the new black.

Den­nis Berg­kamp.

En chaus­settes blanches et cla­quettes, le di­rec­teur du foot­ball du PSG.

Très mau­vaise si­mu­la­tion de Vé­ron.

Peaux d’Oranje.

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