Joa­quín.

Ses dribbles, ses feintes, ses joa­qui­nin­has –un élas­ti­co qui consiste à faire pas­ser la balle der­rière le pied d’ap­pui– et son foot­ball you­tu­besque, Joa­quín les a trop long­temps ré­ser­vé aux so­cios du Be­tis Sé­ville et à des clubs de se­conde zone. In­ter­view

So Foot - - SOMMAIRE - Par Ra­fael Pi­ne­da pour El Pais – ES­PAGNE – Tra­duc­tion: JPS / Pho­to: Pic­ture-Al­liance/ Dppi

L’un des joueurs es­pa­gnols les plus ex­ci­tants à voir jouer va lais­ser une ter­rible im­pres­sion de gâ­chis au soir de sa car­rière…

Il pa­raît que votre idole, c’était Fi­go.

J’au­rais vou­lu être un foot­bal­leur comme lui, c’était ma ré­fé­rence et ça l’est tou­jours. C’est un grand mon­sieur, et au­jourd’hui, j’ai la chance de pou­voir dire que c’est un ami. Quand il jouait au Real, je lui de­man­dais tou­jours son maillot à la fin des matchs. Chez moi, j’avais aus­si ceux de Beck­ham et d’Ivan Hel­gue­ra. Mais ça, c’était avant que des cam­brio­leurs rentrent chez moi pour me les em­bar­quer.

Vous avez tou­jours été brillant lorsque votre Be­tis af­fron­tait les Ga­lac­ti­cos. Quels sou­ve­nirs gar­dez-vous de vos duels avec Ro­ber­to Car­los?

J’ai tou­jours ai­mé l’af­fron­ter. Le “Ne­gri­to”, je lui met­tais le feu, de la fu­mée sor­tait de sa tête tel­le­ment je le fai­sais ca­va­ler. Dire que j’au­rais pu être son co­équi­pier… Cer­tains rêvent de jouer au Real et d’autres, comme moi, en ont vrai­ment eu l’op­por­tu­ni­té. Ça ne s’est pas fait pour dif­fé­rentes rai­sons, mais je ne me plains pas, parce que j’ai vrai­ment pris beau­coup de plai­sir tout au long de ma car­rière.

Vous avez aus­si re­fu­sé de si­gner à Chel­sea…

Il faut avoir des couilles pour dire non à Mou­rin­ho à 20 ans, hein! À l’époque, j’étais tout pour le Be­tis, et c’est pour ça que je suis res­té. Puis j’ai si­gné dans des clubs im­por­tants comme Va­lence, Ma­la­ga ou la Fio­ren­ti­na. J’ai été per­for­mant par­tout où j’ai joué. Alors oui, j’au­rais pu si­gner dans des grands clubs, mais au fi­nal, j’ai tou­jours fait ce que je voulais.

Vous avez dis­pu­té deux coupes du monde et un Eu­ro, mais vous n’avez pas fait par­tie de cette gé­né­ra­tion do­rée qui a tout rem­por­té avec la Ro­ja. C’est votre plus gros re­gret?

D’où il est, j’es­père qu’il ne va pas mal le prendre, le pauvre, mais j’at­tends tou­jours qu’Ara­gones m’ex­plique pour­quoi il ne m’a pas sé­lec­tion­né pour l’Eu­ro 2008. Je fai­sais par­tie d’une gé­né­ra­tion de tran­si­tion, entre celle des Luis En­rique, Mi­chel, Raul et Sal­ga­do, et celle des Inies­ta, Fa­bre­gas, Torres ou Villa. J’avais joué tous les matchs de qua­li­fi­ca­tion, mais Luis ne m’a pas convo­qué. Le fait de ne pas avoir eu d’explications, c’est peut-être ce qui m’a fait le plus mal. J’en mé­ri­tais une après sept ans pas­sés avec la Ro­ja. J’avoue que j’ai eu du mal à le di­gé­rer, d’au­tant plus que cet Eu­ro-là, ils le gagnent, ces en­foi­rés! Après la fi­nale, Mar­che­na m’avait en­voyé un mes­sage: “Cette coupe est aus­si à toi!”

Quel est le se­cret de votre lon­gé­vi­té?

Les gènes. Je n’ai ja­mais eu de grosse bles­sure. Et puis le fait de jouer deux matchs par se­maine m’a beau­coup ai­dé aus­si. La com­pé­ti­tion, c’est ce qui m’a main­te­nu en forme. Les en­traî­ne­ments, c’est bien, mais rien ne rem­place les matchs. Plus j’en en­chaî­nais et plus j’avais de la confiance pour dé­bor­der.

Cer­tains disent que votre état d’es­prit est la clé de votre réus­site.

J’aime bien me mar­rer, c’est vrai, mais au tra­vail je suis sé­rieux. On ne peut pas squat­ter l’élite pen­dant seize ans en fai­sant le clown. Le foot­ball est un monde de pri­vi­lé­giés et j’en ai bien conscience, alors pour­quoi je fe­rais la gueule? J’es­saie de prendre du plai­sir, c’est ma ma­nière de fonc­tion­ner, mon ca­rac­tère. D’autres joueurs tirent la tronche tout le temps et ça ne les em­pêche pas d’être des phé­no­mènes. Conclu­sion: cha­cun aborde le foot­ball comme il l’en­tend.

Quels sont vos ob­jec­tifs avant de rac­cro­cher les cram­pons?

J’ai­me­rais bien re­trou­ver l’Eu­rope avec le Be­tis, que les per­for­mances de ce club soient en­fin rac­cord avec son in­croyable pu­blic. Et quitte à rê­ver, j’ai­me­rais bien ra­jou­ter une ligne à mon pal­ma­rès. Ce se­rait le point fi­nal idéal à ma car­rière, même si je sais que c’est com­pli­qué.

Votre pe­tite mort vous fait peur?

Non. Je conti­nue­rai à tra­vailler dans ce mi­lieu. En­traî­ner, ce n’est pas mon truc, mais peut-être qu’après une an­née sab­ba­tique, ma femme m’obli­ge­ra à pas­ser des di­plômes pour être coach. Ou alors elle m’achè­te­ra un hé­li­co­ptère pour que j’ar­rête de lui cas­ser les pieds à la mai­son. En vrai, j’ai­me­rais bien faire de la té­lé, avoir mon émission, un truc à mon image: sans prise de tête.

Quels sont vos plus beaux sou­ve­nirs après au­tant d’an­nées?

Le jour où j’ai an­non­cé à mon père que j’al­lais jouer mon pre­mier match en pros et la pre­mière fois qu’An­to­nio Ca­ma­cho m’a ap­pe­lé avec la Ro­ja. Ces deux pre­mières-là res­te­ront à ja­mais gra­vées dans mon coeur car ce sont des mo­ments que j’ai par­ta­gés avec mon père et mon oncle. Ils ont tout fait pour que je puisse réa­li­ser mon rêve. Mal­heu­reu­se­ment, mon oncle est mort avant de m’avoir vu mettre un but, et c’est pour­quoi je lui dé­die tous ceux que je marque. J’ai 35 ans, mais dans ma tête, je suis tou­jours ce ga­min qui traî­nait ses Pa­trick et ses Mu­nich sur les ter­rains vagues. Ce ga­min qui vou­lait être foot­bal­leur.

“Ro­ber­to Car­los? De la fu­mée sor­tait de sa tête tel­le­ment je le fai­sais ca­va­ler”

Un vert so­li­taire.

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