Uli Hoeness.

À la fa­veur d’une li­bé­ra­tion condi­tion­nelle, Uli Hoeness, condam­né à trois ans et de­mi de pri­son en mars 2014 pour fraude fis­cale, est sor­ti en fé­vrier 2016. L’au­tomne der­nier, il a été confor­ta­ble­ment ré­élu à son poste de pré­sident du Bayern Mu­nich. Avec

So Foot - - SOMMAIRE - Par Sven Wes­ter­schulze pour TZ – AL­LE­MAGNE – Tra­duc­tion: Ali Fa­rhat / Pho­to: Imago/Panoramic

Depuis qu’il est sor­ti de ca­bane, ce bon vieux Uli a re­trou­vé ses pe­tites ha­bi­tudes, son poste de pré­sident du Bayern et son dis­cours am­bi­tieux.

Per­tur­ba­tions dans la politique al­le­mande, élec­tion de Do­nald Trump, vague d’at­ten­tats en Al­le­magne: la fin 2016 a été mou­ve­men­tée. Qu’est-ce qui vous fait le plus ré­flé­chir? Pour moi, la grosse sur­prise de 2016, c’est qu’on ne peut plus vrai­ment faire confiance aux son­dages. En politique, ils sont nom­breux à n’avoir au­cune idée de ce que pensent vrai­ment les gens. Rien que ça, ça per­met à un par­ti comme l’AfD (par­ti eu­ros­cep­tique d’ex­trême droite, ndlr), qui fait comme s’il met­tait le doigt sur des su­jets sen­sibles, d’en­gran­ger des suc­cès aux élec­tions. Néan­moins, de mon point de vue, ces gens n’ont pro­po­sé au­cune al­ter­na­tive. Leurs hommes et leurs femmes po­li­tiques font par­tie des “je-sais-tout” et non pas des “je-fais-mieux”. Il faut tout faire pour les dé­mas­quer. C’est très im­por­tant que nous n’ayons pas de ma­jo­ri­té d’ex­trême droite en Eu­rope. C’est pour­quoi je sou­haite que les par­tis tra­di­tion­nels re­pré­sentent conve­na­ble­ment les ci­toyens.

Peut-être qu’il fau­drait une se­cousse, afin que la so­li­da­ri­té soit plus forte que le fait d’être les uns contre les autres... Notre so­cié­té est à un tour­nant et cer­taines va­leurs vont de nou­veau prendre de l’im­por­tance. Il faut se ser­rer les coudes. Être en­semble, ça ne veut pas dire pas­ser des heures sur son smart­phone, se lais­ser gui­der par des gros titres en tous genres –qui sont par­tiel­le­ment mal écrits– et en par­ler. Je vou­drais que les gens laissent leurs smart­phones de cô­té et dis­cutent entre eux. Qu’ils parlent des pro­blèmes de notre so­cié­té avec un res­sen­ti qui leur est propre, et non pas en se lais­sant ma­ni­pu­ler par les news.

Pour­quoi est-ce que des va­leurs comme la li­ber­té, la jus­tice ou la to­lé­rance semblent de moins en moins im­por­tantes dans notre so­cié­té? Parce que beau­coup de gens s’in­forment en ne li­sant que les gros titres. Du coup, ils n’abordent cer­tains su­jets que de ma­nière su­per­fi­cielle. Dans notre so­cié­té, on ne fait que grat­ter à la sur­face, on ne s’in­forme pas as­sez en pro­fon­deur, pour avoir un avis qui nous soit propre. Nous avons aus­si be­soin de plus de paix dans le monde en­tier. Nous de­vons faire en sorte que la peur de la ter­reur soit tou­jours moins im­por­tante.

Comment est-ce fai­sable? Un gros pro­blème selon moi, c’est la ma­nière dont nous, les Al­le­mands, cri­ti­quons la Rus­sie, la ma­nière dont nous les ra­bais­sons et les met­tons de cô­té. Il y a un cli­mat an­ti-russe en Al­le­magne. Je sais bien qu’en Rus­sie, il n’y a pas que des bien­fai­teurs et de bons sa­ma­ri­tains, Une douche et Uli. mais ce se­rait ma­lin de prendre les pro­blèmes de ce monde à bras-le­corps en com­pa­gnie des Russes et des États-Unis. Si ces trois puis­sances –Eu­rope, États-Unis et Rus­sie– tra­vaillaient en­semble, plu­sieurs pro­blèmes pour­raient se ré­soudre très vite. S’ils ne le font pas, alors la si­tua­tion ac­tuelle, qui ne fait qu’em­pi­rer, ne va pas s’amé­lio­rer.

Quelle est la part de res­pon­sa­bi­li­té d’un club comme le FC Bayern dans la trans­mis­sion de va­leurs, l’in­té­gra­tion ou la pro­po­si­tion de pers

pec­tives pour les jeunes? Ça, ce n’est pas quelque chose que le foot­ball peut faire. Mais il peut y avoir des pa­rades, comme ef­fec­tuer un rap­pro­che­ment entre les peuples. Le foot­ball peut ras­sem­bler des gens de na­tions dif­fé­rentes dans un contexte ab­so­lu­ment pas politique. L’Eu­ro en France en est un bon exemple. Les gens ont fait la fête en­semble, ont dis­cu­té les uns avec les autres et ont fait preuve de com­pré­hen­sion en­vers au­trui. Beau­coup d’ami­tiés sont nées de cet évé­ne­ment. Je dis tou­jours que les gens qui dia­loguent ne mènent pas de guerres.

Que sou­hai­tez-vous ac­com­plir du­rant votre nou­veau man­dat de pré­sident du Bayern? Je n’ai plus rien à prou­ver à per­sonne. Je n’ai pas de pro­jet spec­ta­cu­laire en tête qui fe­rait en sorte qu’on m’ac­clame en­suite. Je veux être le pa­tron de ce club et être un pré­sident pour tout le monde. Je veux être là pour les fans, prendre leurs sou­cis au sé­rieux et dia­lo­guer avec eux. C’est pour ça que je vais re­mettre en place les séances d’en­tre­tien où les membres au­ront la pos­si­bi­li­té de me pré­sen­ter leurs pro­blèmes. Je vais aus­si rap­pe­ler aux joueurs que nous fai­sons notre tra­vail quo­ti­dien pour les fans, que nous de­vons les ser­vir. Le club ap­par­tient aux membres. Mal­gré la glo­ba­li­sa­tion, nous ne de­vons pas ou­blier d’où l’on vient. Il nous faut maî­tri­ser ce grand écart. Nos ra­cines se trouvent à Wald­krai­burg, Deg­gen­dorf et Freyung (des bleds de Ba­vière, pas loin de Mu­nich, ndlr).

À part des titres, qu’at­ten­dez-vous de 2017? J’ai 65 ans et Karl-Heinz (Rum­me­nigge) en a 61: notre tâche la plus im­por­tante, c’est d’em­me­ner le club dans le fu­tur. Pas seule­ment spor­ti­ve­ment, mais aus­si au ni­veau de la di­rec­tion. Nous de­vons pré­pa­rer le club à l’ave­nir, il nous fau­dra prendre de bonnes dé­ci­sions bien ré­flé­chies au cours des pro­chaines an­nées. Nous de­vons mettre en place la gé­né­ra­tion qui va di­ri­ger notre club du­rant les quinze, vingt pro­chaines an­nées.

“Il y a un cli­mat an­ti-russe en Al­le­magne. Nous, les Al­le­mands, nous cri­ti­quons la Rus­sie, nous les ra­bais­sons et les met­tons de cô­té. C’est un gros pro­blème”

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