Ni­co­las Sar­ko­zy.

L’an­cien pré­sident de la Ré­pu­blique squatte la cor­beille du Parc des Princes aux cô­tés de Nas­ser, Pa­trick Bruel et En­ri­co Ma­cias. In­ter­view d’un type qui a pé­té un câble le jour de cette fa­meuse re­mon­ta­da.

So Foot - - SOMMAIRE - –MM

Pour­quoi vous ai­mez le foot­ball? Ce qui est im­por­tant, ce n’est pas pour­quoi, c’est que j’aime le foot­ball. C’est un fait. Alors pour­quoi? Il y a un mil­liard d’ex­pli­ca­tions. C’est un sport col­lec­tif fon­dé sur les ex­ploits in­di­vi­duels, il y a la com­mu­nion avec les stades, c’est ma ma­de­leine de Proust… Mais rien n’est vrai par rap­port à cette réalité: j’aime le foot. Mais une des rai­sons qui pour­raient ex­pli­quer pour­quoi le foot plus qu’un autre sport se si­tue peut-être dans ses règles. C’est un des rares sports où

le meilleur ne gagne pas for­cé­ment. C’est vrai. C’est l’in­cer­ti­tude du sport qui est ma­gique. Mais je ne peux pas vous dire que je l’aime parce que les règles sont comme ça, ce n’est pas ce que je pense. Ça ne di­mi­nue pas ma pas­sion, au contraire. L’amour ne s’ex­plique pas, l’amour se vit. Toute ex­pli­ca­tion sur l’amour est une re­cons­truc­tion ar­ti­fi­cielle d’un sen­ti­ment très pro­fond, ins­tinc­tif, qui vous dé­passe. C’est une iden­ti­té. Et je pense que dans mon iden­ti­té, il y a l’amour pro­fond du sport. C’est

un mé­lange d’his­toire et de sou­ve­nirs qui fait que c’est comme ça. La preuve, c’est que j’aime au­tant l’idée d’al­ler au stade, le mo­ment où je prends ma voi­ture pour y al­ler, ce­lui où j’at­tends le match, que le match en lui-même. Au fond, le foot­ball, c’est une fa­çon de vivre, un mode de vie. Et tous les vrais amou­reux de foot­ball aiment ça… J’ar­rive au stade une heure avant le dé­but du match. Mes fils le savent! J’ha­bite à cinq mi­nutes du Parc, mais s’ils ne sont pas là à 20 heures, je m’en vais. Je ne peux pas être en re­tard au stade. J’aime être tran­quille.

Qu’est-ce que vous faites pen­dant une heure? Ça, c’est un se­cret. On échange avec Nas­ser, que j’aime beau­coup. Et puis il y a tou­jours un co­pain qui est là. Quand Lyon vient, il y a Ber­nard La­combe, et Ber­nard La­combe, Serge Chie­sa, Se­kou Dial­lo, c’est ma jeu­nesse! Je ne m’en­nuie ja­mais. Je vais au Parc des Princes de­puis le dé­but des an­nées 70, et tous mes en­fants viennent avec moi de­puis qu’ils ont quatre ans. Le foot est un lien pour les pères et les fils. Parce que c’est un su­jet com­mun qu’on peut évo­quer sans qu’il y ait l’adulte d’un cô­té et l’en­fant de l’autre. On est sur un pied d’éga­li­té. Un jour pro­chain, j’em­mè­ne­rai ma fille, qui est en­core très jeune. Elle le ré­clame? Tou­jours! Elle me dit: “Em­mène-moi au foot, pour­quoi je n’y vais pas?” Mais elle est en­core trop pe­tite pour sup­por­ter des matchs qui se ter­minent tard ou le froid d’un stade en plein hi­ver. Et sur­tout, nous la pro­té­geons, avec sa ma­man, des pho­tos dans la presse. À quand re­monte le coup de foudre? Quand j’étais tout jeune, chez ma mère, il y avait deux chaînes de té­lé­vi­sion. Je me sou­viens très bien que les matchs étaient le sa­me­di après-mi­di, et j’étais dé­çu quand il y avait un match de rug­by à la place. En­suite quand j’étais ado­les­cent, quand j’ai pu sor­tir seul, puisque per­sonne dans ma fa­mille n’ai­mait le foot­ball, n’ai­mait vrai­ment le sport. Il n’y avait pas cette culture. Je suis al­lé seul à Saint-Ouen, voir jouer le Red Star. Il y avait le père de You­ri Djor­kaeff,

“Tchou­ki”. Quand le Parc des Princes est ar­ri­vé, en 1972, j’avais 17 ans.

“Quand je vois Ca­va­ni et Ney­mar qui veulent ti­rer le pe­nal­ty, je pré­fère ça plu­tôt qu’ils se battent pour ne pas le ti­rer et ne pas prendre leurs res­pon­sa­bi­li­tés”

J’étais au pre­mier match entre l’équipe de France es­poirs et l’URSS

(match de qua­li­fi­ca­tions pour les JO de Mu­nich, ndlr). Cette même an­née, je suis al­lé avec un co­pain aux jeux olym­piques de Mu­nich. À l’époque, on pou­vait partir là-bas sans avoir un seul billet, et comme il y avait eu Sep­tembre noir, les stades étaient vides. Je ren­trais par­tout. Si vous ne pou­vez pas me dire pour­quoi vous ai­mez le foot, est-ce que vous pou­vez m’ex­pli­quer pour­quoi vous pré­fé­rez un joueur comme Pas­tore

à un joueur comme Thia­go Mot­ta, par exemple? J’adore Thia­go. J’aime son in­tel­li­gence. Et je l’aime tel­le­ment que je trouve ça for­mi­dable qu’il soit le pro­chain coach de l’équipe ré­serve. Mais Thia­go, ce n’est pas lui faire in­jure que de dire que ce n’est pas le même jeu que Pas­tore. Thia­go ne fait pas des loo­pings comme Pas­tore, il or­ga­nise, c’est la tour de contrôle. J’adore Lo Cel­so, c’est vrai­ment un joueur qu’il faut suivre de très près. Je trouve Ca­va­ni fan­tas­tique. Moi, j’aime l’avant-centre qui, au cor­ner contre son équipe, est au pre­mier po­teau pour dé­fendre. Il tra­verse com­bien de fois le ter­rain, Ca­va­ni? Je ne peux pas vous ci­ter un joueur qui ne me plaise pas. Moi, je n’ai ja­mais sif­flé une équipe ad­verse. Je ne conçois pas un cham­pion­nat de France sans l’OM. C’est ab­surde. Parce qu’il y a beau­coup de gens qui se dé­fi­nissent comme ça, qui sont tout aus­si contents de voir perdre le club ad­verse que de voir leur équipe ga­gner. Alors nous n’avons pas la même concep­tion du bon­heur. Pour moi, le bon­heur, c’est un plus, pas un moins. Quel se­rait alors votre sou­ve­nir dans le­quel le plus a at­teint son pa­roxysme? J’ai un sou­ve­nir à Chel­sea, il y a deux ans. Je suis dans le stade. Ibra est ex­pul­sé. On est dix et on gagne (le PSG dé­croche ce jour-là le nul 2-2 mais se qua­li­fie grâce au nombre de buts mar­qués à l’ex­té­rieur). J’ai aus­si le sou­ve­nir du match al­ler contre le Bar­ça l’an­née der­nière. Ce qu’a fait Kim­pembe ce jour-là! Mes­si sem­blait être un ju­nior. C’était fan­tas­tique. Qu’est-ce que le sport et le foot­ball en par­ti­cu­lier vous ont ap­pris sur les gens? Vous sa­vez, le foot­ball, c’est la vie en ac­cé­lé­ré avec une loupe. Et ja­mais rien n’est ac­quis. Ja­mais rien n’est per­du. L’équipe va jouer fan­tas­ti­que­ment, va tout ga­gner. Puis tout à coup, ça se dé­règle. Que se passe-t-il alors? J’ai connu ça avec le PSG, la fin de Luis comme en­traî­neur. Pour­quoi? Com­ment? C’est pas­sion­nant, c’est mys­té­rieux. Il n’y a pas de règles. Quand je vois Ca­va­ni et Ney­mar qui veulent ti­rer le pe­nal­ty, je suis content. Je pré­fère ça plu­tôt qu’ils se battent pour ne pas le ti­rer et ne pas prendre leurs res­pon­sa­bi­li­tés. Vous ai­mez le foot au point de vou­loir de­ve­nir, comme cer­tains vous en prêtent l’in­ten­tion, le pré­sident du PSG? C’est ab­surde. Ça n’a au­cun sens. Nas­ser est un re­mar­quable pré­sident. Ça ne m’a ja­mais in­té­res­sé. Je n’ai ja­mais vou­lu exer­cer le moindre rôle, on ne me l’a ja­mais pro­po­sé. Vous vous êtes dé­jà ser­vi du foot au cours d’une dis­cus­sion di­plo­ma­tique?

Ce­la a pu m’ar­ri­ver. No­tam­ment avec la chan­ce­lière An­ge­la Mer­kel. Elle est très au cou­rant! La première fois que j’ai en­ten­du par­ler d’Özil, c’est elle qui m’en a par­lé. Elle m’a dit: “Tu ver­ras, il y a un jeune Al­le­mand d’ori­gine turque qui est in­croyable.”

Quel joueur étiez-vous? Moi? Pieds car­rés. Je pense que c’est le ta­lent qui donne en­vie de tra­vailler, ce n’est pas le tra­vail qui donne le ta­lent. Usain Bolt n’est pas de­ve­nu ce qu’il est parce qu’il a beau­coup tra­vaillé. Il a beau­coup tra­vaillé parce qu’il avait ce ta­lent-là. Je pense l’in­verse de ce qu’on dit gé­né­ra­le­ment. J’aime ça aus­si dans le sport: la dif­fé­rence. Qui fait que Ky­lian Mbap­pé n’a pas les pieds des autres. Quand Bar­ce­lone est ve­nu, j’ai vu Mes­si dans le cou­loir avant qu’il ne rentre dans le ves­tiaire. Vous avez vu son phy­sique? C’est le contraire de la re­ven­di­ca­tion éga­li­taire. Ça ne veut pas dire que je n’aime pas les autres, mais j’aime ces des­tins qui ne s’ex­pliquent par rien d’autre que par le mystère de la des­ti­née et de l’iden­ti­té. J’aime ce que je ne com­prends pas, et après toutes ces an­nées à voir des matchs, je ne com­prends pas tou­jours.

Nig­gas in Pa­ris

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