Gros per­so.

So Foot - - SOMMAIRE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR CÔME TES­SIER / PHOTO: PIC­TURE-AL­LIANCE/DP­PI

Clau­dio Pi­zar­ro, meilleur bu­teur étran­ger de l’his­toire de la Bun­des­li­ga, passe au confes­sion­nal. Sans flûte de Pan.

Il a un phy­sique à faire des te­le­no­ve­las, un pas­se­port pé­ru­vien et a pas­sé l’es­sen­tiel de sa car­rière en Bun­des­li­ga. Du Wer­der au FC Co­logne, en pas­sant par le Bayern de Pep et le Chel­sea de Mou­rin­ho, le meilleur bu­teur étran­ger de l’his­toire de la Bun­des­li­ga ra­conte ses vingt an­nées pas­sées loin du Ma­chu Pic­chu.

“Au Pé­rou, j’étais l’un des seuls joueurs blancs. On me sur­nom­mait ‘le Blanc’. J’étais iso­lé. Les autres étaient à la fois plus tech­niques et plus ra­pides que moi…”

• JE ME SENS TOU­JOURS Pé­RU­VIEN, même si j’ai beau­coup ap­pris de l’Al­le­magne et que ce­la fait par­tie de ma culture aujourd’hui. Par bien des as­pects, je m’iden­ti­fie aux Al­le­mands. Je suis de­ve­nu or­don­né, ponc­tuel, comme il faut l’être ici. Au Pé­rou, ce n’est pas du tout pa­reil. Quand on est in­vi­té à dî­ner pour huit heures, on vient plu­tôt à par­tir de neuf heures pour com­men­cer à man­ger. Sur­tout pas avant. Heu­reu­se­ment, mon père, qui tra­vaillait dans l’ar­mée, m’a in­cul­qué le res­pect des ho­raires et de la hié­rar­chie. Ça m’a per­mis de prendre le pli ra­pi­de­ment.

• J’AI COM­MEN­Cé PAR TA­PER DANS LE BAL­LON

à L’ éCOLE, comme n’im­porte qui. En­suite, j’ai été in­té­gré à l’équipe ré­ser­vée aux en­fants d’of­fi­ciers de la ma­rine. Je vi­vais à Li­ma et je de­vais faire ré­gu­liè­re­ment le tra­jet pour m’en­traî­ner. Ce­la ne m’em­pê­chait pas de faire des par­ties dans la rue. Au Pé­rou, il y a plein de parcs, mais on pré­fère jouer sur le bé­ton. Ça fait long­temps, d’ailleurs, que je n’ai plus joué sur cette sur­face, mais je n’ou­blie­rai ja­mais les sen­sa­tions que ce­la pro­cure.

• JE NE SUIS PAS LE SEUL à AVOIR CE PHY­SIQUE AU

Pé­ROU. Il y en a d’autres qui sont grands, grâce à ce mé­lange entre plu­sieurs ori­gines. Au quo­ti­dien, je l’ai vé­cu fa­ci­le­ment, mais dans le monde du football, ça a été plus com­pli­qué, parce que la dif­fé­rence dans le jeu était frap­pante. Au Pé­rou, les jeunes joueurs viennent des Andes. Du coup, j’étais l’un des seuls Blancs, si l’on peut dire. On me sur­nom­mait “le Blanc”. J’étais iso­lé. Les autres étaient à la fois plus tech­niques et plus ra­pides que moi. Heu­reu­se­ment, j’ai pu re­mettre les pen­dules à l’heure en mon­trant ce que je pou­vais faire… mais pas face au but. J’ai d’abord joué mi­lieu dé­fen­sif. C’est seule­ment à par­tir des U20 que j’ai été re­pla­cé en pointe, un an avant mon dé­part pour l’Eu­rope.

• J’éTAIS NER­VEUX EN AR­RI­VANT EN AL­LE­MAGNE. Je ne connais­sais ni la langue, ni à quoi ça res­sem­blait. J’ai donc vou­lu me concen­trer sur le football uni­que­ment. Ce que je mon­tre­rais sur le ter­rain se­rait ma fa­çon de par­ler al­le­mand. Heu­reu­se­ment, les Al­le­mands m’ont ac­cueilli

à bras ou­verts. À Brême, les gens sont par­ti­cu­liè­re­ment sym­pa­thiques et bien­veillants. Ils m’abordent sou­vent dans la rue. Évi­dem­ment, il y a des mo­ments où ça de­vient désa­gréable. Quand je mange au res­tau­rant avec mes en­fants et ma femme, je n’ai pas en­vie d’avoir un in­con­nu qui m’aborde toutes les cinq mi­nutes. Mais en temps nor­mal, les gens ont du res­pect et at­tendent sa­ge­ment que je sorte de table.

• AVEC MON CO­éQUI­PIER AILTON, nous nous sommes bien en­ten­dus dès le dé­but. Nous étions in­sé­pa­rables et nous re­trou­vions sou­vent tous les deux pour des concerts de mu­sique bré­si­lienne, ou alors nous al­lions dans des bars bré­si­liens. Ce n’est pas tou­jours utile, mais avoir le sens du rythme est une bonne chose pour un bu­teur, il faut sen­tir quand bou­ger dans la sur­face. Je crois qu’un at­ta­quant fait quelque chose proche de la sal­sa. C’est ce rythme que j’aime avoir en tout cas.

• BEAU­COUP D’éQUIPES JOUENT AUJOURD’HUI AVEC UNE Dé­FENSE

RES­SER­RéE et comptent sur les contre-at­taques, avec beau­coup de vi­tesse sur les cô­tés. Et pour­tant, il faut bien quel­qu’un dans l’axe qui mette la balle au fond. Il faut avoir un bu­teur sur le ter­rain, au moins un. C’est es­sen­tiel. Il faut un gars égoïste. Non pas que je le sois moi-même, hein, mais… par­fois, il faut l’être un peu.

• PEP GUAR­DIO­LA M’A IM­PRES­SION­Né dans le rôle du stra­tège qui ré­flé­chit tout par­ti­cu­liè­re­ment à la fa­çon d’or­ga­ni­ser son équipe. Même avec toute l’ex­pé­rience que j’avais dé­jà ac­cu­mu­lée, l’in­ten­si­té qu’il donne à son mé­tier m’a pous­sé à m’amé­lio­rer, en­core et en­core. Au dé­but, c’est même dif­fi­cile de le com­prendre. Tout est nou­veau pour les joueurs. Au Bayern, il nous a fal­lu beau­coup de séances d’en­traî­ne­ment pour que cha­cun com­prenne exac­te­ment ce qu’il vou­lait de nous. Et une fois que l’on sai­sit, sou­dai­ne­ment, tout se passe bien sur le ter­rain. Jo­sé Mou­rin­ho, c’est dif­fé­rent. Il n’en­traîne pas de la même ma­nière. Il se pré­oc­cupe beau­coup de ses joueurs. Il veut leur don­ner confiance, les ins­pi­rer. Quand j’étais à Chel­sea, il fai­sait en sorte qu’ils donnent leur meilleur sur le ter­rain. La théo­rie a pris une place pri­mor­diale dans le football. C’est quelque chose qui n’exis­tait pas à ce ni­veau-là avant.

• LORSQUE JE SUIS DE­VE­NU LE MEILLEUR BU­TEUR éTRAN­GER de l’his­toire de la Bun­des­li­ga, j’ai fait faire un DVD avec tous mes buts, pour les re­gar­der en fa­mille. Je vou­lais les mon­trer à mes en­fants. Ils ne les avaient pas vus pour beau­coup d’entre eux, parce qu’ils étaient en­core trop jeunes lorsque je les ai mar­qués. Mon fils a été évi­dem­ment im­pres­sion­né par ce qu’il a vu. Ce n’est pas pour au­tant que je ré­flé­chis au fait de battre de nou­veaux re­cords dès que je suis sur le ter­rain. C’est mon tra­vail et rien d’autre.

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