Em­ma­nuel Ade­bayor.

On le croyait ter­mi­né pour le bal­lon, en­glué dans un rè­gle­ment de comptes fa­mi­lial sur les ré­seaux so­ciaux. Er­reur. Le linge sale la­vé en sta­tuts pu­blics a res­sus­ci­té Em­ma­nuel Ade­bayor. L’ac­tuel bu­teur d’Is­tan­bul Ba­sak­se­hir dé­roule le fil d’une odys­sée mi

So Foot - - SOMMAIRE - Pro­pos re­cueillis par Ro­nan Bo­scher et Gad Mes­si­ka, à Is­tan­bul

L’in­ter­na­tio­nal to­go­lais a connu la mi­sère, un attentat ter­ro­riste, le froid mes­sin, Thier­ry Hen­ry, le pré­sident d’Is­raël et une ri­bam­belle de clubs. At­ten­tion, in­ter­view à sa hau­teur.

Tes pa­rents sont Ni­gé­rians, et toi, pour­tant, tu es To­go­lais. (Il coupe) Je parle cou­ram­ment le ni­gé­rian mais je suis né au To­go, qui, dans ma tête, a tou­jours été mon pays. Toutes mes dé­cou­vertes se sont faites là-bas: mon pre­mier foot, ma pre­mière co­pine, tout! L’amour que j’ai pour mon pays est énorme, même si je dois dire qu’à Lo­mé, j’ai eu une en­fance à la fois triste et jo­viale.

C’est-à-dire? En­fant, je jouais aux cartes et je fai­sais des trois contre trois de­vant les mai­sons. On ap­pe­lait ça “le jeu des pe­tits po­teaux”. J’étais content, mais d’un autre cô­té, c’était vrai­ment triste parce que ma fa­mille était très pauvre. On avait un toit troué, quand il pleu­vait, c’était la ga­lère. Comme j’étais le plus jeune de la fa­mille, je de­vais cher­cher des bols pour les mettre en des­sous des fuites. À la mai­son, on n’avait pas non plus d’élec­tri­ci­té ou de toi­lettes. Pour se mettre à l’aise, il fal­lait al­ler à la plage et faire tes af­faires de­vant tout le monde. C’était com­pli­qué…

Ils fai­saient quoi tes pa­rents? Ma mère ven­dait des viandes à la fron­tière entre le To­go et le Gha­na et mon pa­pa était mon­nayeur. Il chan­geait les de­vises. Il ga­gnait cinq cen­times, mais ça lui per­met­tait de s’oc­cu­per un peu. Mon en­fance n’a pas été ter­rible, mais ce n’est pas cette pé­riode qui compte, c’est ce que tu de­viens qui est im­por­tant. Grâce aux dif­fi­cul­tés, je suis de­ve­nu ce que je suis aujourd’hui. Quand les gens me cri­tiquent lorsque j’ai ra­té une oc­ca­sion dans un match im­por­tant, je leur dis: “Si vous aviez eu mon en­fance, vous com­pren­driez que ce n’est pas aus­si im­por­tant que de sur­vivre.” Ça a été dur jus­qu’à ce que j’in­tègre le centre de for­ma­tion de Metz. Quand je ren­trais au pays, il m’ar­ri­vait de me prendre la tête avec la fa­mille pour cette his­toire de toi­lettes. Je leur di­sais: “Je ne peux pas re­ve­nir d’Eu­rope pour al­ler faire mes af­faires

à la plage.” Du coup, j’uti­li­sais les toi­lettes des amis d’à cô­té. Puis j’ai com­men­cé à ga­gner un pe­tit sa­laire, à de­ve­nir vrai­ment un homme. J’ai dû prendre dès mes 15 ans des dé­ci­sions im­por­tantes pour ma fa­mille, je leur di­sais quoi faire à la mai­son. Il a même fal­lu que je tape du poing sur la table parce que dans la fa­mille afri­caine, dès qu’il y a de l’ar­gent, tout le monde fait ce qu’il veut. Per­sonne ne veut tra­vailler mais tout le monde veut être le pa­tron. J’ai même été obli­gé d’al­ler en guerre contre mon grand frère, ma grande soeur ou ma mère afin de réa­li­ser ce que je vou­lais faire.

Jus­te­ment, en mai 2015, tu ex­pliques sur Fa­ce­book, qu’un de tes frères t’a me­na­cé au cou­teau et que ta fa­mille pille ton ar­gent. Pour­quoi en ar­ri­ver là? Quand je me lève le ma­tin, je dois me dire: “Je suis beau, je suis grand, j’ai la chance d’être pro.” Je ne vais pas me plaindre. Quand tu as des gens qui ne t’aiment pas, qu’est-ce que t’en as à foutre? Mais quand c’est ta fa­mille qui est contre toi et que tu tra­vailles pour la sor­tir de la ga­lère, c’est dur… J’ai tou­jours dit aux pe­tits frères, en Afrique, qu’on se fai­sait ma­ni­pu­ler par nos fa­milles. Ils m’ont quand même dit

ou­ver­te­ment que, sans eux, je n’étais rien. Ce ma­tin, je me suis en­traî­né, pas eux. Demain, ce ne sont pas eux qui se­ront fa­ti­gués ou qui vont de­voir s’éti­rer, c’est moi. Ils ma­ni­pulent tel­le­ment que tu fi­nis par pen­ser que si tu ne les ap­pelles pas, tu ne vas pas mar­quer. Là, j’ai pris deux-trois co­pains d’en­fance et je leur ai dit: “Les gars, on va fonc­tion­ner comme ça, comme ça et comme ça. Si vous ne faites pas ce que je dis, vous tom­bez

du ba­teau, tant pis.” C’est ain­si que je me suis concen­tré sur mon bou­lot. Sou­vent, ma fa­mille es­saye de me contac­ter, mais dès qu’ils ar­rivent à avoir mon nu­mé­ro, je le change di­rect. Ils ne m’ap­pellent pas pour prendre des nou­velles mais pour me de­man­der de l’ar­gent. Je me suis vrai­ment ren­du compte de ça quand je me suis re­trou­vé à l’hô­pi­tal après m’être pé­té les is­chios à Tot­ten­ham. Ils m’ont ap­pe­lé du­rant mon scan, pour me dire: “On n’a pas en­core payé l’école de ce pe­tit, ce­lui-ci est ma­lade…” J’ai ré­pon­du: “Mais ma­man, je suis bles­sé!” “OK, mais dès que t’as

fi­ni ton truc, en­voie-nous de l’ar­gent.” De­man­de­moi des nou­velles de ma san­té d’abord! À leurs yeux, je n’ai pas d’im­por­tance, ils ne s’in­té­ressent qu’à ce que je gagne. Si j’ai pos­té ce mes­sage sur Fa­ce­book, c’est parce que ma fa­mille me­na­çait d’al­ler voir la presse. Alors j’ai pris les de­vants, comme ça tout ce qu’ils pour­raient dire dans les mé­dias ne pour­rait plus me tou­cher.

Qu’est-ce que t’as res­sen­ti au mo­ment de vi­der ton sac? Un sou­la­ge­ment. En­core meilleur que ma cé­lé­bra­tion de but contre Ar­se­nal à l’Eti­had, parce que ça, c’est le bou­lot. Le foot, dans trois­quatre ans, c’est fi­ni. Par contre, le nom de fa­mille reste, ain­si que la per­sonne. J’ai gar­dé ça pen­dant tel­le­ment d’an­nées. Com­bien de fois j’ai eu l’idée de me sui­ci­der… Je suis dé­goû­té d’en être pas­sé par là, mais je suis sou­la­gé de l’avoir fait parce que si je dois par­tir, s’il m’ar­rive quelque chose comme ce qui s’est pas­sé au Ca­bin­da (le bus du To­go a été at­ta­qué à la mi­traillette, ndlr),

je touche du bois, tout le monde connaît mon his­toire dé­sor­mais. Aujourd’hui, il pa­raît que la femme et les en­fants de Marc-Vi­vien Foé sont obli­gés de men­dier pour man­ger. On di­sait qu’il était bien avec sa fa­mille, mais à ce qu’on m’a ra­con­té, c’étaient des conne­ries. Aujourd’hui, la réa­li­té est là et Foé n’est plus là pour té­moi­gner. Si main­te­nant on dit qu’Ade­bayor était bien avec sa fa­mille, il fau­dra dire que ce n’est pas vrai.

Ce qui est vrai en re­vanche, c’est que tu as com­men­cé à mar­cher pour la pre­mière fois, à l’âge de six ans, dans une église. En Afrique, on

“Aux yeux de ma fa­mille, je n’ai pas d’im­por­tance, ils ne s’in­té­ressent qu’à ce que je gagne”

aime mar­cher, mais moi je n’y ar­ri­vais pas. Mes pa­rents étaient in­quiets, ils trou­vaient ça che­lou qu’un en­fant de mon âge ne sache pas le faire et ils ont com­men­cé à consul­ter des char­la­tans, des ma­ra­bouts. Ils sont aus­si al­lés dans des mos­quées, mais c’est fi­na­le­ment dans une église que j’ai eu la chance de mar­cher. Au dé­part, le

pas­teur avait dit à ma mère: “Ra­mène-nous le pe­tit lun­di et on prie­ra pour lui jus­qu’à di­manche. S’il n’ar­rive pas à mar­cher après ça, il res­te­ra

comme ça toute sa vie.” Ils ont prié ma­tin, mi­di et soir, mais le jour J, rien. Je me sou­viens que j’étais ac­crou­pi sur le sol de l’église quand j’ai en­ten­du le bruit d’un bal­lon. De­hors, des joueurs se cha­maillaient pour une faute. Et là, j’ai vu une balle ar­ri­ver. Elle a fait cinq re­bonds, puis elle est pas­sée de­vant moi. J’ai crié par peur, je ne sais pas pour­quoi. Et là, je me suis le­vé et j’ai com­men­cé à mar­cher. Un mi­racle! Avoir des sen­sa­tions dans les jambes, ça a été très émou­vant, tout le monde était en pleurs. Voi­là pour­quoi je suis très ch­ré­tien.

Tou­jours? Une vi­déo cir­cule lais­sant croire que tu se­rais de­ve­nu mu­sul­man… Non, je porte tou­jours une croix. En fait, un ami mu­sul­man ve­nait de perdre sa mère. Je suis al­lé à l’en­ter­re­ment en djel­la­ba. C’est la cou­tume, et en plus c’est très confor­table. Après la cérémonie, de­vant sept cents per­sonnes, l’imam me lance: “Ma­nu,

veux-tu de­ve­nir mu­sul­man?” Po­li, je lui ré­ponds: “Peut-être un jour.” Il me de­mande de le ju­rer. Je le fais. L’imam fait alors une prière et me prend par les épaules de­vant les fi­dèles. Voi­là. Mal­gré ce­la, je suis ch­ré­tien et je lis la Bible tous les ma­tins. C’est la pre­mière chose que tu vois dans ma chambre. Quand je de­mande à ge­noux quelque chose à mon bon Dieu, je trouve tou­jours la so­lu­tion ra­pi­de­ment. J’ai eu de la chance dans ma car­rière. Quand les gens disent que je suis fi­ni, c’est là que je res­sors plus fort! Com­bien de fois ils ont vou­lu me brû­ler vi­vant? Mais com­bien de fois je suis sor­ti heu­reux, vic­to­rieux? Si tu de­mandes à un To­go­lais comment est Ade­bayor, il te ré­pon­dra qu’Ade­bayor est spé­cial. Mon bon Dieu est de mon cô­té, je n’ai peur de per­sonne. Si je dois at­ta­quer mon pré­sident, je le fais, car mon bon Dieu se­ra tou­jours de mon cô­té. C’est lui qui me donne la force de prendre des dé­ci­sions com­pli­quées.

Comme celle de quit­ter le To­go pour l’Eu­rope? Mon oncle Dji­ma Oya­wo­lé a joué à Metz (à la fin des an­nées 90). C’est lui qui m’a ame­né là­bas. C’est même lui qui m’a em­me­né dans mon pre­mier club à Lo­mé, le CDS. Ce n’était pas vrai­ment une aca­dé­mie, il n’y avait ni thunes ni équi­pe­ments, mais tout le monde l’ap­pe­lait le “Centre”. Au dé­part, il m’a dit d’y al­ler moi­même. J’étais maigre, tout pe­tit et je por­tais un

“Com­bien de fois les To­go­lais ont vou­lu me brû­ler vi­vant? Mais com­bien de fois je suis sor­ti heu­reux, vic­to­rieux?”

sur­vêt et des cram­pons Go­la. Le coach vient me voir et me dit: “Jongle!” Je n’en fais pas plus de trois et il me sort: “T’es trop maigre, si je souffle, tu vas t’en­vo­ler. Tu ne peux pas être foot­bal­leur, rentre chez toi.” J’ai pleu­ré comme si on m’avait an­non­cé un dé­cès. Ce soir-là, j’ai at­ten­du mon oncle de­vant chez lui, puis on est re­tour­nés voir le coach en­semble. Il a été clair: “C’est mon ne­veu, tout le monde dit qu’il est bon mais je ne l’ai pas vu jouer. J’ai­me­rais qu’il s’en­traîne avec

vous, et s’il n’est pas bon, vous le ren­voyez.” En re­ve­nant pour la deuxième fois, l’en­traî­neur a vu que j’étais mo­ti­vé. Il le fal­lait. Le ter­rain était à quinze ki­lo­mètres de chez moi. J’y al­lais à pied car j’aime bien prendre mon temps. Je suis grand, mais je marche très len­te­ment, alors quand l’en­traî­ne­ment était à 15 heures, je par­tais à 13 heures. Je ne suis ja­mais ar­ri­vé en re­tard.

Comment tu fai­sais avec l’école? À 14 ans je n’y al­lais plus, je suis en­tré au CDS tout de suite après. En jouant là-bas, on avait plus de chances d’être ap­pe­lé en équipes de jeunes to­go­laises. C’est comme ça que je par­ti­cipe à un tour­noi U15 au Bur­ki­na Fa­so. On a fi­ni der­niers bien comme il faut, mais j’ai quand même été élu meilleur joueur du tour­noi… Il fau­dra m’ex­pli­quer comment ça fonc­tionne en Afrique! (Rires) Après ce tour­noi, je de­vais faire un stage à l’Ajax, mais ça ne m’in­té­res­sait pas de bou­ger. J’étais tel­le­ment sa­tis­fait de moi-même que je n’ai pas pris la peine de rem­plir les pa­piers pour le vi­sa, je les ai je­tés à la pou­belle! Trois mois plus tard, il y a un autre tour­noi, en Suède cette fois. C’est là que Fran­cis De Taddeo, de Metz, me re­père. Je fais seule­ment deux matchs, car j’avais des am­poules. Les ki­nés, chez nous, ils ont juste des gla­çons et du pa­ra­cé­ta­mol. Comme je vou­lais vrai­ment jouer la fi­nale, je suis par­ti voir un des ki­nés des Gi­ron­dins U17. Il me dit: “Mets une double peau!” “C’est quoi ça? Tu vas cou­per de la peau et la mettre par-des­sus la mienne?” En ren­trant au pays, j’avais tein­té mes che­veux et les filles ve­naient me voir, du genre: “Tu m’as ra­me­né quoi d’Eu­rope?” J’étais l’en­fant ché­ri du quar­tier. J’avais 15 ans et j’étais dé­jà le meilleur joueur du To­go, avant même d’avoir joué le championnat. Tout le pays com­men­çait à dire qu’il te­nait son Ka­nu. Lui, c’était mon idole. Je met­tais des cro­chets ba­nanes comme lui (le nom

don­né par les Ni­gé­rians à la vir­gule). À mon ar­ri­vée à Metz, j’en avais di­rec­te­ment mis un à un mec. Je sa­vais dé­jà que j’al­lais res­ter.

Ça ne te fai­sait pas peur de quit­ter si jeune le

To­go? Non, j’étais content. À mon dé­part, il de­vait y avoir 250 per­sonnes avec les tam-tams à l’aé­ro­port. C’est le roi qui par­tait, en fait. Je dé­barque à Metz le 5 oc­tobre 1999. C’est le froid qui m’ac­cueille! J’ai ou­vert mon sac et j’ai en­fi­lé toutes mes af­faires. Ar­ri­vé au centre d’en­traî­ne­ment, les jeunes ri­ca­naient, j’ai eu honte. Tu vois un jeune de 15 ans, tout mince, qui fait cin­quante ki­los, por­tant dix-huit tee-shirts, trois che­mises, deux bon­nets et une cas­quette… En­suite, ma­dame Lo­pez, la se­cré­taire du club, m’a ra­me­né des sur­vê­te­ments. En fait, je pen­sais qu’il fe­rait froid seule­ment quelques jours, mais non. Le jour de la si­gna­ture de mon contrat, j’ai ap­pe­lé Fran­cis pour lui dire que je ne pou­vais pas… Je ne sen­tais ni mes jambes, ni mes pieds. Je ne voyais pas le bal­lon, j’avais le nez qui cou­lait. Le coach me di­sait de cou­rir pour me ré­chauf­fer. Mais où?

“Ma­nu, parle”, il me sortait. Mais par­ler de quoi?

Mes lèvres étaient conge­lées. Qu’est-ce que je vais de­ve­nir avec le froid, si ce n’est un pois­son dans le congé­la­teur? Là, je ré­flé­chis. Si je rentre au pays, je vais être la star pen­dant un mois, je vais me bros­ser les dents trois fois par jour, ma mère va me pré­pa­rer à man­ger, mais quand mes 400 francs se­ront épui­sés, je vais faire comment? J’al­lais me faire gi­fler pour al­ler cher­cher à man­ger, ouais… Du coup, j’ai rap­pe­lé De Taddeo pour lui dire que je res­tais. Au fur et à me­sure, je suis de­ve­nu le meilleur joueur du centre de for­ma­tion, je jouais en CFA. Il y avait Bu­telle, Agoua­zi ou Franck Bé­ria, qui était le ca­pi­taine. Lui, si tu lui met­tais un pe­tit pont, il te gi­flait.

Lors de tes pre­miers matches en pros, Metz des­cend en ligue 2 et tu restes. C’est la meilleure

dé­ci­sion de ta car­rière? Peut-être bien. En ligue 1, j’ai la chance de jouer dix matchs avec des gars comme Ba­ticle, Mey­rieu, Gaillot. Tous les clubs me vou­laient: la Juve, Mi­lan, Chel­sea,

Man­ches­ter, Ar­se­nal, mais j’ai sui­vi les conseils de De Taddeo, à qui je dois 99 % de ma car­rière. “Reste en­core une sai­son en D2 pour mon­trer à tout le monde que tes matchs en D1 ne sont pas dus au ha­sard. De­viens ti­tu­laire et tu iras en­suite

dans un club qui joue­ra des titres.” En D2, ça marche bien. En plus, ils me ra­mènent un “frère”, Ma­ma­dou Niang. Tu lui met­tais une sale passe entre quatre joueurs, il y al­lait les yeux fer­més. Un taureau. Avec lui, on a su di­rect qu’on al­lait mon­ter en D1. Le plan de De Taddeo se vé­ri­fie, puisque tu files à Mo­na­co. C’était soit l’An­gle­terre, soit Mo­na­co. Des­champs, on sait tous comment il parle, hein.

(Il imite la voix et le sou­rire de DD) “Mon­sieur Ade­bayor, je pense que t’es en­core jeune, t’as en­core beau­coup à ap­prendre, viens chez moi.” Sur place, je cô­toie Mo­rientes, Non­da, Prso, Ro­then et ce fou­fou de Giuly. Quand t’es court, ton cer­veau l’est aus­si! Il fait 1 mètre 02 mais c’est un bon gars, il m’a beau­coup ai­dé. Il y avait un autre fou aus­si, de­ve­nu aujourd’hui “I love this game”: Évra. La pre­mière sai­son, même si on ne gagne rien, j’ap­prends beau­coup. Et puis Gui­do­lin est ar­ri­vé alors que j’étais en sé­lec­tion. À mon re­tour, je vais le voir et il me dit: “Vous

êtes qui? Je ne vous connais pas.” Pouyouyou… En clair, je n’al­lais ja­mais jouer. J’ai fait quelques mois et je suis par­ti.

Comment Ar­se­nal te contacte? Je suis ren­tré au To­go pour la trêve, et là on me dit que Wen­ger veut me par­ler. Je tchipe et je rac­croche le té­lé­phone. Ça sonne de nou­veau, c’est bien Wen­ger. “Coach, qu’est-ce que je peux faire pour vous?” “Ça t’in­té­res­se­rait de jouer chez nous?”

Il vou­lait que je ne le dise à per­sonne, mais

im­pos­sible. “Je vais jouer dans le même club que Ka­nu, mon idole, et vous me dites de ne rien dire?” “Oui, parce que ce n’est pas en­core fait.” “Pour moi, si! Sa­voir que vous me vou­lez, c’est dé­jà un ordre.”

Tu as ap­pris quoi à Ar­se­nal? Le tra­vail de fi­ni­tion, après chaque séance, avec Ti­ti. Il m’avait dit: “Il n’y a pas de se­cret. Les gens croient que je suis trop fort, mais ils ne com­prennent pas que je fais

entre cent et deux cents bal­lons tous les jours.” La plu­part de mes buts sont des frappes en­rou­lées, pas les mêmes que Ti­ti, mais j’ai gar­dé ça dans mon ré­per­toire. Au fi­nal, tu chopes le truc, les bons ap­puis. Aujourd’hui, je sais avant même d’en­rou­ler si je vais mar­quer ou pas. En si­gnant au Bar­ça, Ti­ti me dit: “Je te laisse les clés du club.”

Il était comment Wen­ger avec toi? Tou­jours très cor­rect. Ce n’est pas un pote, mais c’est un bon coach. Il y a juste mon dé­part qui a tout faus­sé. Moi, je ne vou­lais pas quit­ter Ar­se­nal, on était tout le temps en Cham­pions et Ci­ty ne la jouait pas en­core. Mais Wen­ger m’a dit que je ne fai­sais plus par­tie de ses plans. Ça m’a sur­pris car il n’y avait que Van Per­sie qui ne m’ai­mait pas, et c’était ré­ci­proque d’ailleurs, mais sur le ter­rain, on s’en­ten­dait comme des pros.

Pour ton pre­mier match contre Ar­se­nal avec Ci­ty, tu marques et tu cours cé­lé­brer ton but de l’autre cô­té du ter­rain de­vant les fans des Gun­ners. Pour­quoi ce

coup de fo­lie? L’adré­na­line. Après coup, on m’a dit que la fé­dé an­glaise vou­lait me mettre une belle amende. Mais même si j’avais dû payer deux mil­lions d’eu­ros, par rap­port à ce que j’ai vé­cu, je l’au­rais fait quand même. Je n’al­lais pas res­ter là, à en­tendre cinq mille per­sonnes in­sul­ter ma fa­mille, alors qu’elle n’avait rien à voir là-de­dans. Sur le mo­ment, j’avais l’im­pres­sion de faire vingt ki­los, alors qu’avant ce match, j’en pe­sais deux mille. Quand je com­mence à cou­rir, Wright-

“À Metz, je me di­sais: ‘Qu’est-ce que je vais de­ve­nir avec le froid, si ce n’ est un pois­son dans le­con­gé­la­teur?’”

Phil­lips es­saye de m’at­tra­per. Lui, comme il est pe­tit, avec un pe­tit coup d’épaule, je l’ai mis loin. Puis il y a eu Ga­reth Bar­ry, très lent: une feinte de corps, c’était fi­ni. Ko­lo Tou­ré était dans le rond cen­tral, il a com­pris qu’il fal­lait me lais­ser faire. Quand je glisse sur les ge­noux et que j’écarte les bras face aux sup­por­ters, j’ai l’im­pres­sion d’être in­tou­chable. Les gens me je­taient n’im­porte quoi: des té­lé­phones, des bou­teilles d’eau… Je n’ai ja­mais bou­gé la tête, tout me pas­sait à cô­té. Fiou, fiou, comme dans les films! C’est ma­gni­fique cette sen­sa­tion d’être en pri­son de­puis des an­nées et que tout à coup on te dit: “Mon frère, prends la porte et sors. Main­te­nant, tu es libre.”

C’est ce que j’ai res­sen­ti, une dé­li­vrance.

Ci­ty a dé­pen­sé beau­coup d’ar­gent pour rem­por­ter la Cham­pions League. Comment tu ex­pliques

qu’ils n’y soient pas en­core par­ve­nus? Quand j’ar­rive à Ci­ty, ils me disent qu’ils veulent si­gner des grands joueurs, mais je ne pen­sais pas que ça al­lait être dix par sai­son. Les grands clubs comme le Real, le Bar­ça ou Man­ches­ter Uni­ted ne changent pas tout d’une sai­son à l’autre. Il faut plein d’élé­ments pour rem­por­ter la C1, pas seule­ment des noms. En ache­ter, c’est bien pour le bu­si­ness, vendre des maillots, mais pas pour ga­gner la CL. Ci­ty, par exemple, il leur fau­dra en­core vingt ans. Pa­ris, c’est ma­gni­fique, mais pa­reil, ils ne vont pas la ga­gner avant ces cinq pro­chaines an­nées. Quand tu joues contre les équipes qui sont ha­bi­tuées à la ga­gner, ce n’est pas la même chose qu’en championnat. C’est bien de re­cru­ter Mbap­pé, il est très fort, il fait des cro­chets pas pos­sibles, mais il a 18 ans, il n’a ja­mais fait de fi­nale de C1, et il n’a ja­mais été confron­té à Ser­gio Ra­mos… Avec Ney­mar, c’est plus fa­cile en ligue 1, mais qu’on ne vienne pas me dire qu’avec lui, Pa­ris va l’em­por­ter contre le Real. C’est pos­sible, mais ce n’est pas si évident que ça. Et puis, que va faire le PSG avec Di Ma­ria et Pas­tore? Lors­qu’un ves­tiaire n’est pas content, tout peut chan­ger. Parce que Ney­mar ai­me­rait bien que ses com­pa­triotes jouent, et Lu­cas, par exemple, il va al­ler chez Ney­mar pour lui dire des choses à l’oreille… Pa­reil avec les Ar­gen­tins.

À l’époque, t’étais conscient qu’en al­lant à Ci­ty, t’avais moins de chance de ga­gner la Cham­pions

qu’avec Ar­se­nal? Je sa­vais dé­jà qu’à Ar­se­nal, on n’al­lait pas la ga­gner. En fi­nale, en 2006, il y a Ash­ley Cole, Ljung­berg, Berg­kamp, Hen­ry, Camp­bell… Les hommes étaient là pour en­ca­drer les en­fants. Moi, quand j’étais là-bas, la moyenne d’âge était de 15 ans. On était forts parce qu’on était jeunes et qu’on avait en­vie, mais lors­qu’on jouait contre Chel­sea, avec John Ter­ry, Iva­no­vic, Drog­ba, qui fait ma taille et 87 ki­los, ils nous met­taient des gifles! J’étais le plus cos­taud de mon équipe alors que je fai­sais 73 ki­los. En plus, Chel­sea avait Essien et Bal­lack au mi­lieu, tu vas pas­ser où? Nous, on avait Ro­si­cky. Lui, tu lui di­sais “ça va?” et il était bles­sé deux mois et de­mi. C’était dur. Dans les pe­tits matchs, le ta­lent

“Pa­ris, ils ne vont pas la ga­gner avant ces cinq pro­chaines an­nées, la C1. Mbap­pé, il est très fort, mais il a 18 ans, il n’a ja­mais fait de fi­nale de C1 et n’a ja­mais été confron­té à Ser­gio Ra­mos…”

fait la dif­fé­rence, mais tu ne peux pas ga­gner avec des en­fants à Old Traf­ford. À Ar­se­nal, il y a des très bons joueurs, mais le joueur avec le plus de ri­gueur, il fait 1 mètre 20. Ça ne m’étonne pas qu’ils soient en Europa League. On a tou­jours dit qu’il fal­lait ache­ter des joueurs.

Jus­te­ment, comment se com­por­tait le ves­tiaire

de Ci­ty, avec tous ces mer­ca­tos agi­tés? C’était dif­fi­cile. Le coach, Ro­ber­to Man­ci­ni, n’avait pas la main sur le ves­tiaire. Il avait éner­vé les vingt-cinq joueurs en fai­sant n’im­porte quoi. Man­ci­ni était un grand joueur, mais pas un grand en­traî­neur. Jus­qu’à pré­sent, il a ga­gné quoi? Dans chaque club où il va, il achète qua­rante joueurs. Quand Mou­rin­ho a re­pris l’In­ter après lui, il avait qua­rante in­ter­na­tio­naux. Qu’est-ce que t’en fais? À Man­ches­ter, j’étais là et il a pris Dze­ko, Ba­lo­tel­li, Te­vez, Agüe­ro… Cinq at­ta­quants de classe mon­diale. S’il m’avait dit de par­tir, je l’au­rais fait. Mais il me dit: “J’ai be­soin de toi.” Je joue, je marque, et le len­de­main, il me sort:

“C’est bien, mais contre Man­ches­ter Uni­ted, on va jouer au­tre­ment…” Les joueurs parlent entre eux, et per­sonne ne vou­lait jouer pour lui. Avec Des­champs à Mo­na­co, ce n’était pas comme ça, hein.

Tu as connu le Real Ma­drid. C’était vrai­ment un

autre monde? C’est… vrai­ment loin! Les ves­tiaires, les spon­sors, les aides à do­mi­cile, l’ac­cueil, tout… Là-bas, t’es con­si­dé­ré comme un dieu vi­vant. Mon ar­ri­vée au centre d’en­traî­ne­ment m’avait vrai­ment bluf­fé. C’était un ma­tin. Je vois une pile énorme d’équi­pe­ments. Je pen­sais que c’était pour toute la sai­son, sur­tout que j’avais un nu­mé­ro dif­fé­rent pour la Li­ga et la C1. Sauf qu’à cô­té de moi, pour le nu­mé­ro 7 de Ro­nal­do, j’en vois une de la même taille. J’ai de­man­dé à Lass Diar­ra: “Vous êtes pas sé­rieux, vous. Tout ça, c’est

quoi?” Je com­mence à dé­plier les af­faires: deux dé­bar­deurs, en co­ton et en ny­lon, des tee-shirts à col en V, nor­maux, sans manches, manches longues, un sous-col, deux sortes de maillots d’en­traî­ne­ment, trois sweats, K-Way, col­lants, slips bleus, blancs, short, sur­vêt cou­pé, le trois­quarts, les chaus­settes, soc­quettes, chaus­sons, et deux paires de cla­quettes. En fait, t’as juste à prendre ta brosse à dents le ma­tin. Quand tu re­tournes dans ta chambre, t’ouvres l’ar­moire et il y a tout de­dans. Un tee-shirt pour dor­mir, un tee-shirt pour les soins, un autre pour man­ger. À Ar­se­nal, je pen­sais être dans un grand club, mais à Ma­drid… Tu ar­rives le ma­tin et on te de­mande si t’as un en­fant. On te ra­mène des pous­settes. Le len­de­main, une té­lé 100 pouces, et on te dit que Sam­sung t’en file une car c’est un nou­veau pro­duit. Je n’al­lais ja­mais quit­ter ce club! (Rires)

T’es sur­pris quand le Real te pro­pose de ve­nir pi­ger

chez eux? Car­ré­ment. Je ne jouais plus à Ci­ty, mais mon agent me dit que Mou­rin­ho a ap­pe­lé. Je n’y croyais pas. Le len­de­main, en sor­tant de ma douche, je vois un ap­pel en ab­sence. Je rap­pelle, et là, j’en­tends la voix de Mou­rin­ho: “Hey Ade­bayor, how are you? It’s Jo­sé, The Spe­cial One.” Il me de­mande si je veux ve­nir à Ma­drid. Par­fois, je pense que les en­traî­neurs se foutent de la gueule du monde. Comme si j’al­lais dire: “Non, non, le Real ne m’in­té­resse pas.” Tu ne peux pas re­fu­ser ce club. J’y ai même croi­sé Shi­mon Peres, le pré­sident is­raé­lien, et le pré­sident du Pa­kis­tan.

Tu leur as dit quoi, à ces pré­si­dents? Peres m’a de­man­dé ce que ça fai­sait de jouer au Real, parce qu’il m’a avoué que c’était son rêve. Pour bla­guer, je lui ai dit que moi je rê­vais d’être pré­sident! Il est sé­rieux? Mon gars, tu es pré­sident d’Is­raël et tu veux jouer à Ma­drid? Tu voyages avec des avions pri­vés rem­plis de gardes du corps et tu me dis que tu as tou­jours rê­vé de jouer au Ber­na­beu? Mais viens, on échange nos postes, juste pour vingt-quatre heures!

Tu ne te vois pas un des­tin comme ce­lui de George

Weah au Li­be­ria? Ja­mais. Avec les cel­lules ter­ro­ristes, tu ne peux pas être à l’aise, tu ne peux pas conduire des dé­ca­po­tables, et tu ne peux pas al­ler voir des amis. En tant que foot­bal­leur, je suis libre, je teins mes che­veux ou ma barbe quand j’en ai en­vie. Les gens me disent: “Ma­nu, t’es

un am­bas­sa­deur.” Et puis quoi en­core? Je suis foot­bal­leur, et quand j’ar­rê­te­rai, je pren­drai mes en­fants pour leur ex­pli­quer comment gran­dir. En ce mo­ment, le To­go est se­coué car ils disent que le pré­sident doit par­tir. Cer­tains jeunes sont morts pen­dant des ma­nifs. Pour­quoi? Si demain, une autre per­sonne de­vient pré­sident, il va al­ler voir les fa­milles? Non. Pense d’abord à ra­me­ner quelque chose pour les tiens avant de pen­ser à ton pays. Les To­go­lais me de­mandent mon opi­nion, ils me disent de prendre la pa­role. Mais vous vou­lez que je parle de quoi? J’y connais quoi en po­li­tique? En quoi ça me concer­ne­rait, une nou­velle Cons­ti­tu­tion? Je ne la connais même pas, ça ne m’in­té­resse pas. Si le pré­sident part, les gens qui n’ont pas de bou­lot en trou­ve­ront-ils plus fa­ci­le­ment? Pas sûr. On a l’exemple de la Li­bye avec Kadha­fi. On a vu ce pays avec et sans lui. Les Li­byens sont en train de re­gret­ter! La dia­spo­ra to­go­laise de Pa­ris qui parle des marches, pre­nez l’avion et al­lez au pays si vous vou­lez mar­cher!

Pour re­ve­nir au foot, tu n’as pas de re­grets d’être res­té à peine une sai­son au Real? Mou­rin­ho vou­lait me gar­der à tout prix, mais ça ne s’est pas fait. “Je

peux même te mon­trer tous les mes­sages”, qu’il me di­sait. De l’autre cô­té, j’avais Har­ry Redknapp qui me vou­lait à Tot­ten­ham. Il m’avait dé­jà son­dé lors d’un match de C1 contre le Real. Jo­sé m’a conseillé d’al­ler là-bas. Ça s’est su­per bien pas­sé pen­dant deux sai­sons. Redknapp, il est spé­cial, dif­fé­rent. Il ve­nait te voir et di­sait: “Ça va? Je te

sens fa­ti­gué, prends deux jours off. Va à Pa­ris et on se voit mer­cre­di.” Der­rière, il de­man­dait à une se­cré­taire de me prendre un billet. Je re­ve­nais le mer­cre­di: “Ça va? Tu veux t’en­traî­ner? Va te faire mas­ser et fais vingt mi­nutes de vé­lo.” Je m’en­traîne nor­ma­le­ment le jeu­di et, le ven­dre­di, il te dit: “J’ai vrai­ment be­soin de toi demain. Tu vas man­ger les dé­fen­seurs, tu es plus fort que tout le monde, le meilleur at­ta­quant de ce championnat,

meilleur que Roo­ney.” Au dé­but, tu sais qu’il joue, mais il réus­sit à ren­trer dans ta tête. Le sa­me­di, je mets deux buts et il me fait: “Bon, Ma­nu, on se

voit jeu­di!” Redknapp fonc­tionne à l’an­cienne. C’est don­nant-don­nant. Les joueurs ont be­soin de ces jours off pour dé­con­nec­ter. Donc tu te donnes à 200 % pour les avoir. Et puis cette équipe des Spurs: Bale, Mo­dric, Van der Vaart, Len­non… Ça al­lait à dix mille à l’heure. Quand Redknapp a été vi­ré, ça a été plus com­pli­qué. Tu as vé­cu le drame de Ca­bin­da avec le To­go. On parle beau­coup d’at­ten­tats en ce mo­ment. La Tur­quie n’est pas épar­gnée. As-tu hé­si­té, au vu de ton his­toire per­son­nelle, à si­gner au Ba­sak­se­hir? Si je dois mou­rir, je mour­rai. Tôt ou tard. Où et comment, je ne sais pas. Mes amis me disent de faire at­ten­tion car les at­ten­tats touchent aus­si les stades. Pour­tant, d’autres sont morts dans des res­tau­rants. Qui ne mange pas? Ils ont at­ta­qué aus­si les aé­ro­ports, gares, hô­tels, mais qui ne voyage pas? Où est-on safe aujourd’hui? La mort est sous nos pompes. Tant que je me lève le ma­tin, que je fais ma prière et que je donne mon es­prit au Sei­gneur, le reste…

“Shi­mon Peres m’a de­man­dé ce que ça fai­sait de jouer au Real, car c’était son rêve. Il est sé­rieux? Mon gars, tu es pré­sident d’Is­raël et tu veux jouer à Ma­drid?”

Photos: En­gin Gu­ney­su/Agence Le Jour­nal, Afp/Dp­pi, Pa­no­ra­mic, Icon­sport et PA Images/Icon­sport

Ac­teur stu­dio.

Fi­fi Brin­da­cier

“Qua­dri­co­lor, les quatres cou­leurs pri­maires.”

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