édito

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En foot­ball, le mé­rite est devenu une af­faire de cy­nisme. Dans un sport qui éva­lue de plus en plus les joueurs, les en­traî­neurs et leurs di­ri­geants en fonc­tion des trois points, ceux qui s’in­ter­rogent sur la ma­nière plus que sur le ré­sul­tat fi­nal sont bien sou­vent consi­dé­rés comme des pes­ti­fé­rés. Mar­ce­lo Biel­sa fait par­tie de ceux-là. Ses dé­trac­teurs lui re­prochent de ne pas rem­por­ter de titres, de ne pas sou­rire, de te­nir des dis­cours alam­bi­qués… Plu­tôt que d’es­sayer de dé­chif­frer les rai­sons de son échec au Losc, la France du foot­ball s’en est fé­li­ci­tée. OK, le type est le men­tor de Pep Guar­dio­la, mais bon, il porte des lu­nettes de grand-mère, s’as­soit sur une gla­cière pour suivre les matchs et ne parle pas fran­çais. Le con… Seule­ment voi­là, alors que cer­tains de ses confrères pré­fèrent re­je­ter la faute d’une dé­faite sur leurs joueurs, sur l’ar­bitre, sur l’état du ter­rain ou sur la mé­téo, “El Lo­co” s’in­ter­roge. Sur tout ce cirque, sur l’échec, sur le suc­cès, sur la no­tion de res­pon­sa­bi­li­té. Sur ce mé­rite que beau­coup s’at­tri­buent après une vic­toire qui ne voit pas plus loin que de prendre les matchs les uns après les autres. Biel­sa, lui, en en est re­ve­nu de­puis long­temps. En 2000, alors qu’il est à la tête de la sé­lec­tion ar­gen­tine, l’en­traî­neur est in­vi­té par un pro­fes­seur du col­lège Sa­gra­do Co­ra­zon de Ro­sa­rio à don­ner sa vi­sion de la vie, donc du foot­ball, à des élèves âgés de 13 à 17 ans. Mar­ce­lo ac­cepte, à la condi­tion qu’au­cun jour­na­liste ne soit pré­sent. Ra­té, ce jour-là, un gratte-pa­pier se fait pas­ser pour un pa­rent d’élève et en­re­gistre le speech. Bé­ni soit-il:

“Les mo­ments de ma vie où j’ai le plus ap­pris sont cor­ré­lés à la dé­faite. Ceux où j’ai ré­gres­sé ont à voir avec le suc­cès. Le suc­cès dé­forme, en­cou­rage la pa­resse, trompe et rend mé­diocre. Avec lui, nous de­ve­nons ex­ces­si­ve­ment amou­reux de nous-mêmes. C’est tout le contraire avec l’échec. Il est for­ma­teur, il so­li­di­fie, il nous rap­proche de nos convic­tions et ren­force la co­hé­rence. Nous jouons pour ga­gner et je fais ce que je fais parce que j’ai en­vie de l’em­por­ter, mais si je n’ar­ri­vais pas à dis­tin­guer ce qui est réel­le­ment for­ma­teur de ce qui est se­con­daire, je se­rais en train de me trom­per. Le foot­ball est conçu comme ça, il faut qu’il y ait une grande joie ou une grande tris­tesse. La dé­faite ou la vic­toire, le sang ou des ap­plau­dis­se­ments sont des va­leurs chères à l’être hu­main. Dans l’échec, je souffre beau­coup de l’in­jus­tice avec la­quelle je suis trai­té, c’est quelque chose que je n’ai ja­mais su do­mi­ner, mais j’ai réus­si à ne ja­mais me fier à la du­rée du suc­cès. Quand tu gagnes, les mes­sages d’ad­mi­ra­tion sont tel­le­ment confus et sti­mulent tel­le­ment ton amour-propre qu’ils fi­nissent par dé­té­rio­rer tout le reste. Quand tu perds, c’est tout le contraire, les gens bas­culent dans cette ten­dance mor­bide à te dis­cré­di­ter, à t’of­fen­ser. Ce qui im­porte vrai­ment, c’est le che­min par­cou­ru, la di­gni­té avec la­quelle il a été em­prun­té. Tout le reste n’est qu’un conte qu’on nous vend comme une réa­li­té qui ne l’est pas…”

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