Gon­za­lo Higuaín.

So Foot - - SOMMAIRE - Pro­pos re­cueillis par Pierre Bois­son et Lu­cas Du­ver­net Coppola, à Tu­rin / Photos: Re­naud Bou­chez, Ima­go/Panoramic, In­si­de­fo­to/Panoramic, Pho­to­shot/Iconsport et Ge­pa/Panoramic

L’Ar­gen­tin de la Juve n’est pas un foot­bal­leur, mais un bu­teur. Un mé­tier par­fois in­grat lorsque ce mau­dit bal­lon ne veut pas ren­trer dans les fi­lets. Com­ment “El Pi­pi­ta” vit-il l’op­probre? Ré­ponse avec l’un des plus grands avants-centres de sa gé­né­ra­tion.

An­née après an­née, Gon­za­lo Hi­guain en­file les buts, au Real, à Naples et au­jourd’hui à la Juve. Comme un at­ta­quant ana­chro­nique, par­fois en sur­poids, peu spec­ta­cu­laire, pré­fé­rant se dé­mar­quer sur un pas que de mou­li­ner des pas­se­ments de jambe. Et puis viennent les fi­nales. En quatre ans, l’at­ta­quant ar­gen­tin a per­du une coupe du monde, deux Co­pa Ame­ri­ca et une ligue des cham­pions. Tout le monde a ou­blié les buts mar­qués mais per­sonne ne lui a par­don­né les autres, ceux qui ont ter­mi­né dans le pe­tit fi­let ou à droite des cages de Ma­nuel Neuer. Com­ment “El Pi­pi­ta” vit-il l’op­probre? Ré­ponses avec l’un des plus grands at­ta­quants de sa gé­né­ra­tion.

“Quand la France est ve­nue me cher­cher, j’avais vé­cu dix-huit ans de ma vie en Ar­gen­tine, et dix mois en France… La dé­ci­sion était plus qu’écrite…”

(Tu as gran­di entre Bel­gra­no et Pa­ler­mo, à Bue­nos Aires, deux quartiers plu­tôt ai­sés, mais qui ont beau­coup chan­gé au cours des der­nières an­nées. Tu re­con­nais ta

ville quand tu rentres à la mai­son? En réa­li­té, j’ai gran­di à Cogh­lan, un quar­tier dans le même coin. C’est là où j’ai pas­sé la plus grande par­tie de ma vie. L’Ar­gen­tine change constam­ment. Comme n’im­porte quel pays, sans doute. Quand tu es pe­tit, tu veux voir ta fa­mille, tes amis, et tu ne t’in­té­resses pas vrai­ment au reste. Mais quand tu gran­dis, tu com­mences à plus t’y in­té­res­ser, tu te rends da­van­tage compte des chan­ge­ments.

Quels chan­ge­ments as-tu vus à Bue­nos Aires par exemple?

L’amé­lio­ra­tion des tun­nels. C’était tou­jours dans les rues qu’il y avait de gros em­bou­teillages. Je crois que c’est ce qui éner­vait le plus les gens, tous ces bou­chons… Les tun­nels qu’ils ont faits avec cette nou­velle pré­si­dence, pas seule­ment sous les voies fer­ro­viaires mais aus­si sous les rues, ont beau­coup as­sou­pli le tra­fic. Et ce n’est pas une conne­rie parce que pour moi, c’est le genre de truc qui me stresse, prendre tant de temps pour al­ler d’un en­droit à un autre. En­suite, j’ai­me­rais beau­coup qu’on amé­liore la sé­cu­ri­té en Ar­gen­tine, ça, oui, c’est de pire en pire. Ne pas se sen­tir en sé­cu­ri­té, ne pas prendre soin d’un pays qui est pour moi l’un des plus beaux du monde, c’est du gas­pillage.

Pa­ler­mo, c’est le quar­tier de Bor­gès, de Cor­ta­zar. Tu t’en ren­dais

compte? Quand j’étais pe­tit, la vé­ri­té, c’est qu’il y avait le bal­lon, et pas grand-chose d’autre. (rires) Je vou­lais être joueur de foot, ce qui comp­tait, c’était jouer constam­ment. Après, je sais qu’en Ar­gen­tine il y a des coins avec un bouillon­ne­ment ar­tis­tique et cultu­rel im­por­tant. C’est le cas de La Bo­ca, de Pa­ler­mo Chi­co ou de Pa­ler­mo Vie­jo, et de tant d’autres lieux, mais ça ne me pas­sait pas beau­coup par la tête quand j’étais jeune.

Pour­tant ta mère est peintre… Elle peint de­puis tou­jours mais ce n’est que de­puis ré­cem­ment qu’elle s’y consacre vrai­ment. Il y a des gens qui naissent avec un ta­lent par­ti­cu­lier et elle est née avec ce­lui-ci. Elle l’a ex­ploi­té tar­di­ve­ment, parce que ça fait long­temps que je lui dis de s’y mettre, mais bon elle est en train de le faire, elle est très heu­reuse.

Ton père, un an­cien foot­bal­leur, était plus un mo­dèle pour toi?

Non, j’ad­mi­rais les deux. En gran­dis­sant, j’es­sayais de ti­rer le meilleur de cha­cun d’entre eux. Mon pa­pa c’était la per­son­na­li­té, la men­ta­li­té de ga­gnant, se battre en per­ma­nence, s’en­traî­ner au maxi­mum. Il se don­nait corps et âme pour le foot­ball. Ma­man, c’est la classe, elle a une âme d’ar­tiste, elle in­nove sans cesse. Chaque fois qu’on jouait au foot­ball ou n’im­porte quoi d’autre, elle nous de­man­dait de le faire avec notre âme, avec le coeur. Je suis un peu un cock­tail de mes deux pa­rents. Bon, j’ai 29 ans et il me reste en­core beau­coup à ap­prendre mais je crois qu’ils peuvent aus­si ap­prendre de moi. Ce n’est pas parce qu’ils ont 60 ans que c’est fi­ni. Moi, je suis per­sua­dé qu’on peut ap­prendre de tout le monde, des jeunes comme des plus an­ciens. C’est quelque chose qui ne se fait pas trop, ou ne s’ac­cepte pas trop, mais j’ado­re­rais avoir 60 ans et qu’un jeune vienne et m’en­seigne quelque chose. C’est comme ça que la so­cié­té avance et pro­gresse.

Qu’est-ce que tu as ap­pris de la pein­ture? J’ad­mire les peintres, no­tam­ment ceux qui réa­lisent des fresques énormes sur les pla­fonds des églises pen­dant tant de temps. La pa­tience qu’il faut avoir… Je ne suis pas un ex­pert en pein­ture, mais je crois que ça res­semble au foot­ball dans la dé­ter­mi­na­tion qu’il faut pour réa­li­ser une oeuvre par­faite, la re­cherche de la pré­ci­sion. Un ar­tiste ne peut pas peindre une fresque im­mense en deux heures, pas plus qu’il ne peut por­ter la faute sur quel­qu’un. Comme en foot­ball, s’il échoue, il ne peut s’en vou­loir qu’à lui-même. En fait, j’ap­pré­cie énor­mé­ment quand quel­qu’un fait quelque chose en cher­chant la per­fec­tion.

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