Den­nis Crow­ley.

So Foot - - SOMMAIRE - et Leanne Kea­tor

Quand un jeune star­tup­per new-yor­kais à la tête du ré­seau so­cial Fours­quare veut per­sua­der les Amé­ri­cains qu’une vic­toire en coupe du monde n’est pas une uto­pie, que fait-il? Il crée son club, le Sto­ckade FC. Tout sim­ple­ment.

Les an­nées 2000 au­ront vu la “nou­velle éco­no­mie” née dans la Si­li­con Val­ley sau­ver l’éco­no­mie amé­ri­caine de la ré­ces­sion. Les an­nées 2010 ver­ront peut-être les mêmes geeks en jean­bas­kets sau­ver le soccer amé­ri­cain, grand ab­sent de la pro­chaine coupe du monde en Rus­sie. C’est en tout cas la vi­sion de Den­nis Crow­ley, jeune star­tup­per new-yor­kais à la tête du ré­seau so­cial Fours­quare et d’un drôle de club, le Sto­ckade FC. Em­ma­nuel Ma­cron li­kes­this. Par Da­vid Alexan­der Cas­san, à New York et King­ston (États-Unis) Fin d’après-mi­di hu­mide à l’orée des mon­tagnes Cats­kill, ou quelques spec­ta­teurs narguent les nuages pour gar­nir les tra­vées du Dietz Sta­dium de King­ston, au nord de l’État de New York. À deux bonnes heures de route des néons de Times Square, si ça roule. Par­mi les cou­ra­geux, Ste­ven Ber­nas­co­ni a l’hon­neur du badge “Press” qui pend au­tour du cou. À 25 ans, ce bar­bu vo­lu­bile s’est lan­cé dans un Soccer Tour: 48 000 ki­lo­mètres dans le mo­no­space Hon­da de ses pa­rents, 56 matches de soccer à tra­vers le pays, et une flo­pée de posts sur son blog, Twit­ter, Fa­ce­book et Ins­ta­gram. Le tout fi­nan­cé par le crowd­fun­ding, évi­dem­ment. “J’ai tra­vaillé

“Avec l’aide de nos sta­giaires, on a dû construire une pou­lie sur cet autre bâ­ti­ment, là, pour mon­ter des sacs de bé­ton sur le toit et y ins­tal­ler une an­tenne re­lais. C’est comme ça qu’on ‘tire’ notre wi­fi jus­qu’au stade” Kale Ka­po­shi­lin, fondateur de la boîte de lo­gi­ciels Moon­far­mer et res­pon­sable de la con­nexion wi­fi

cinq ans pour les Fort Lau­der­dale Stri­kers en NASL (“équi­valent” de la deuxième di­vi­sion, bien que l’ab­sence de pro­mo­tion/ re­lé­ga­tion rende la com­pa­rai­son ha­sar­deuse, ndlr), et j’ai vu tout ce qu’il ne fal­lait pas faire, ex­plique le ground­hop­per. Je suis ve­nu ici pour voir com­ment

faire les choses mieux.” Qu’estce que le va­ga­bond du bal­lon rond peut es­pé­rer trou­ver au Dietz Sta­dium? Les 1500 places as­sises ne trou­ve­ront même pas pre­neur pour ce match amical de Sto­ckade FC, évo­luant dans l’équi­valent se­mi-pro­fes­sion­nel du qua­trième éche­lon, la Na­tio­nal Pre­mier Soccer League (NPSL). La ré­ponse porte un sweat-ca­puche, un casque de che­veux fa­çon Beatles époque Rub­ber

Soul, et s’ac­tive au rythme des no­ti­fi­ca­tions de son Apple Watch: Den­nis Crow­ley, c’est son nom, a fon­dé les ré­seaux so­ciaux Dodgeball (re­ven­du à Google pour un mon­tant es­ti­mé à 40 mil­lions de dol­lars en 2004) et Fours­quare, une ap­pli­ca­tion qui per­met à ses uti­li­sa­teurs d’in­di­quer leur pré­sence dans un lieu et re­com­man­der des lieux de sortie. Avec le Sto­ckade FC, Crow­ley nour­rit l’ambition un peu folle de réformer le soccer en pro­fon­deur et de­puis la base. Il sem­ble­rait qu’il y ait ur­gence: une pi­teuse dé­faite à Tri­ni­té-etTo­ba­go ayant cou­ron­né un par­cours chao­tique en qua­li­fi­ca­tions, les co­équi­piers de Ch­ris­tian Pu­li­sic man­que­ront la coupe du monde 2018. Une première de­puis 1986.

Food truck, open space et open source

C’est au dixième étage d’un bel im­meuble gris, tout près de la fron­tière in­vi­sible entre Green­wich Village et Lo­wer Man­hat­tan, que Den­nis Crow­ley veille sur ses 229 em­ployés, ses 55 mil­lions d’uti­li­sa­teurs ac­tifs et ses 12 mil­liards de check-ins dans 100 mil­lions de lieux, par­tout dans le monde. L’his­toire de Fours­quare s’écrit à la craie sur la grande ar­doise qui re­couvre un des murs, et les em­ployés peuvent se re­trou­ver au­tour d’un ca­fé, d’une bière ou d’un verre de vin dis­po­nibles, à vo­lon­té, dans la grande ca­fé­té­ria qui sert de pou­mon au lu­mi­neux open space. “Tout ce que vous at­ten­driez d’une boîte de la tech, quoi”, d’après Crow­ley. Chez Fours­quare, per­sonne n’a de bu­reau fer­mé, pas même le fondateur et pré­sident exé­cu­tif, qui pro­mène son siège er­go­no­mique pour s’ins­tal­ler avec dif­fé­rentes équipes. Et trouve quelques mi­nutes d’un em­ploi du temps char­gé à consa­crer au club de foot qu’il a aus­si fon­dé grâce aux rap­pels de son té­lé­phone, à des to

do-lists quo­ti­diennes, et à “un peu de concen­tra­tion”. Loin de ses lo­caux new-yor­kais, au volant de son BMW X5 lan­cé sur les routes bor­dées d’érables géants qui mènent à King­ston, Crow­ley donne une co­hé­rence à ses aven­tures en­tre­pre­neu­riales. “Les gens ont l’im­pres­sion que c’est très dif­fé­rent de Fours­quare, pose-t-il, les

deux mains sur le volant, mais comme Fours­quare, ça com­mence par le lo­cal, par les amis, et ça sert à réu­nir les gens. C’est pour ça que j’ap­pelle ça une pla­te­forme: on a créé la struc­ture, Sto­ckade FC, mais c’est aux gens de construire ce qu’ils veulent des­sus. Vous te­nez un

food truck? Ve­nez! Vous avez une idée d’ani­ma­tion à la mi-temps? Ve­nez!” De­puis tou­jours, l’homme brouille les fron­tières entre réel et vir­tuel:“Vous avez dé­jà joué à SimCi­ty? C’est pa­reil, sauf qu’on est 1000 à jouer en même temps. Ce n’est pas du tra­vail, ce n’est que du

fun!” Pour que sa “pla­te­forme” soit un suc­cès, le pe­tit gé­nie du web so­cial s’en re­met au bon sens et au peu de don­nées qu’il ré­colte, à l’an­cienne, en dis­tri­buant un ques­tion­naire de sa­tis­fac­tion aux joueurs et fans en fin de sai­son. Pour que son pro­jet prenne une di­men­sion ré­vo­lu­tion­naire, il mise sur des va­leurs sou­vent ou­bliées à me­sure que les ca­pi­ta­listes pria­piques ont pris le contrôle d’Internet: la trans­pa­rence et le par­tage. À l’is­sue de la première sai­son, le pré­sident de club a ain­si pu­blié sur son blog un long post dé­taillant dé­penses et re­cettes pour l’exer­cice: 130 000 dol­lars de bud­get et en­vi­ron 20 000 de pertes pour sa poche. “Je veux prou­ver que gé­rer un club, ça ne re­vient pas à mettre le feu à des liasses de billets, jus­ti­fie-t-il. Je vou­drais ra­me­ner tout ça à une équa­tion de maths: vous avez un mar­ché de x per­sonnes dont tel pour­cen­tage vient aux matches, mul­ti­plié par six matches, avec un coach payé tant, des dé­penses de tant… Voi­là le nombre de t-shirts que vous de­vez com­man­der, en quelles tailles, et com­bien vous de­vrez en vendre pour être ren­table, à telle date. Qui­conque vou­dra créer un club n’au­ra pas à ap­prendre ce que j’ai ap­pris.” En créant ce club de foot en open source à quelques ki­lo­mètres de Wood­stock, Crow­ley re­noue peut-être avec l’es­prit des in­ven­teurs en che­mises à fleur du World Wide Web. “Dans la tech, on suit toutes les mé­triques dis­po­nibles, jar­gonne-t-il. La concur­rence nous em­pêche de nous me­su­rer aux autres, mais ce n’est pas vrai pour un club de foot de qua­trième di­vi­sion qui ne gagne pas d’ar­gent…” S’il n’a pas en­core eu le temps de pu­blier le bi­lan de la se­conde sai­son, le fondateur de Fours­quare ré­pand la bonne pa­role au­près d’ap­pren­tis en­tre­pre­neurs de soccer.“Peut-être une fois par se­maine, par té­lé­phone, en al­lant au tra­vail ou en ren­trant chez moi le soir.” Rien de plus na­tu­rel pour un homme ha­bi­tué à in­ter­ve­nir dans les uni­ver­si­tés de la vraie start-up nation, où il dé­livre un mes­sage lim­pide aux as­pi­rants Zu­cker­berg: “Ce n’est pas aus­si dif­fi­cile que ça en a l’air, mais c’est beau­coup plus amu­sant que ça en a l’air.” Oui mais alors, pour­quoi le soccer?

L’Al­gé­rie, un gros la­pin rose et des bars

“J’ai com­men­cé à m’in­té­res­ser au foot­ball avec la coupe

du monde 2002, avoue Crow­ley sans rou­gir, entre deux bou­chées d’une pi­ta dé­gus­tée au Ko­vo Ro­tis­se­rie, le très hip res­tau­rant grec de King­ston. J’ha­bi­tais à New York et on se le­vait à 3 heures du ma­tin pour al­ler voir les matches dans des bars pleins à cra­quer.”

C’est en­core dans un bar qu’il va trou­ver l’oc­ca­sion de

chaus­ser les cram­pons: “C’est après le but de Do­no­van contre l’Al­gé­rie, à la coupe du monde 2010, qu’un pote a dé­ci­dé de créer une équipe. Mes potes avaient tous joué au ly­cée ou à la fac, moi j’étais un manche mais ça me fai­sait du bien: je mon­tais Fours­quare à l’époque et j’ap­pré­ciais de ne plus être ce­lui à qui on demande des ré­ponses. Au foot, on ne vou­lait même pas me faire la passe!” Après quelques an­nées, le souffle court et les che­veux blancs ont rai­son d’Al­pha­bet Ci­ty SC, du nom d’un quar­tier de l’East Village, mais peu im­porte, tant qu’il y a des bières. “En 2015 et avec la même bande de potes, re­place Crow­ley, on a as­sis­té à un match de l’US Open Cup (équi­valent amé­ri­cain de la coupe de France)

entre le NYCFC, qui dé­bu­tait en MLS, et le NY Cos­mos, qui évo­luait en NASL. Le Cos­mos a ga­gné aux tirs au but et, au bar après le match, on s’est de­man­dé com­ment Al­pha­bet Ci­ty SC au­rait pu par­ti­ci­per à l’US Open Cup. Cette idée m’ob­sé­dait, et j’ai com­men­cé à faire des re­cherches.” Germe alors l’idée de créer un club dans la val­lée de l’Hud­son, où Crow­ley vit une par­tie de la se­maine de­puis 2013. Re­fuge de yup­pies re­pen­tis ou épui­sés par “la ville” –com­prendre New York Ci­ty–, King­ston abrite des start-ups, des com­merces en cir­cuit court et, donc, un club de soccer flam­bant neuf. “Il y avait dé­jà Sto­ckade Ta­vern, Sto­ckade Gui­tars… Et c’est

un nom co­ol, non?”, demande le dé­miurge, sa­tis­fait. Potes de la fac et de­si­gners brillants, Doug Jae­ger et Kris­tin Sloan des­sinent le lo­go. Un club est né et vit au tem­po de Crow­ley, la­pin Ener­gi­zer d’un mètre soixan­te­quinze: un jour de match, il dé­charge des caisses en plas­tique rem­plies de pro­duits dé­ri­vés de son 4x4, dis­tri­bue des t-shirts à ses vo­lon­taires, com­mande des piz­zas pour l’équipe ad­verse… Barbe touf­fue et lu­nettes rondes, Kale Ka­po­shi­lin est, lui, res­pon­sable de la con­nexion wi­fi. La bande pas­sante est of­ferte par son en­tre­prise, Moon­far­mer, boîte de concep­tion de sites web ins­tal­lée à King­ston. Il pointe les lo­caux, à une cen­taine de mètres à vol d’oi­seau. “Avec l’aide de nos

sta­giaires, s’amuse-t-il, on a dû construire une pou­lie sur cet autre bâ­ti­ment, là, pour mon­ter des sacs de bé­ton sur le toit et y ins­tal­ler une an­tenne re­lais. C’est comme ça qu’on ‘tire’ notre wi­fi jus­qu’au stade.” L’un des sta­giaires

en ques­tion trouve ça “awe­some”, mais toute la ville ne s’est pas en­core mise au ser­vice du club fa­nion. À com­men­cer par la mu­ni­ci­pa­li­té, qui re­fuse en­core de né­go­cier le contrat d’ex­clu­si­vi­té sur la vente de bois­sons et snacks au stade, en­core ré­ser­vée à Bar­ba­ra, dame blonde en sweat gris in­forme. “C’est sur le par­king et les conces­sions que les clubs ren­tables font leur beurre,

note Crow­ley, pas sur les pro­duits dé­ri­vés. J’ai ten­té de contour­ner l’in­ter­dic­tion en ins­tal­lant un food truck près du stade, der­rière le grillage, et en pre­nant 15 % sur leurs ta­cos. Ça a fait grin­cer des dents, mais la mai­rie

m’a ap­pe­lé pour qu’on dis­cute de la sai­son

pro­chaine…” Bous­cu­ler les pou­voirs pu­blics pour qu’ils avancent à son rythme, la mé­thode est bien connue d’Uber ou Airbnb, au ha­sard.

Matchs strea­més sur Fa­ce­book

Sauf que pour convaincre les édiles de King­ston, et bien­tôt l’Amé­rique, des bien­faits du soccer de di­vi­sions in­fé­rieures, Den­nis la ma­lice doit d’abord s’as­su­rer de la qua­li­té du spec­tacle pro­po­sé sur le ter­rain. Pour l’ins­tant, di­sons que les spec­ta­teurs de Dietz Sta­dium sont bon pu­blic, ca­pables d’ap­plau­dir un dé­ga­ge­ment de la tête de­puis l’en­trée de la sur­face au­tant qu’un bel ar­rêt du gar­dien… Si le pu­blic ne fait pas la fine bouche, c’est aus­si parce que tous les joueurs du club ont le sta­tut ama­teur. Pour pou­voir comp­ter sur des foot­bal­leurs dé­fen­dant les couleurs des uni­ver­si­tés du coin le reste de l’an­née, le strict rè­gle­ment de la NCAA (la fé­dé­ra­tion uni­ver­si­taire) in­ter­dit à Crow­ley de payer ne se­rait-ce qu’un seul de ses li­cen­ciés. Après les matches, c’est donc aux membres du staff ou au pré­sident-fondateur-plieur de t-shirts de payer leur tour­née à Kee­gan Ale’s, la bras­se­rie de King­ston. À l’in­té­rieur, Crow­ley ex­plique com­ment at­ti­rer de meilleurs élé­ments au­tre­ment: “À ce ni­veau, chaque équipe a un su­per­pou­voir, un truc qu’elle fait mieux que les autres. Tel club a un su­per en­traî­neur, tel autre un ter­rain à dis­po­si­tion… Eh bien nous, on est bons à Internet. Les ré­seaux so­ciaux, on fait ça de­puis vingt ans!” Ré­sul­tat jus­qu’ici: plus de 3000 likes/ fol­lo­wers/abon­nés sur Fa­ce­book/Twit­ter/Ins­ta­gram. Autre avan­tage d’être une équipe 2.0, tous ses matchs sont strea­més en live sur Fa­ce­book. “Mes amis et ma fa­mille en Eu­rope me re­gardent jouer et en­voient des mes­sages à la fin des matchs”, se ré­jouit Mi­chael Cres­wick, ve­nu de New­castle. Plus que l’e-re­pu­ta­tion, c’est l’im­pli­ca­tion et le soin du dé­tail de Den­nis Crow­ley et sa bande qui sé­duisent joueurs et en­traî­neur. “L’an­née der­nière, quand on est ar­ri­vés dans le ves­tiaire pour la première fois, pour la toute première sai­son du club, nos noms étaient sur les ca­siers!, s’en­flamme le dé­fen­seur cen­tral et ca­pi­taine Ja­mal Lis-Sim­mons. Même si on ne l’est pas, on es­saie de por­ter ce pro­fes­sion­na­lisme sur le ter­rain.” Conscient de son champ d’ex­per­tise, Crow­ley

“À ce ni­veau, chaque équipe a un su­per­pou­voir, un truc qu’elle fait mieux que les autres. Tel club a un su­per en­traî­neur, tel autre un ter­rain à dis­po­si­tion… Nous, on est bons à internet” Den­nis Crow­ley, fondateur de Sto­ckade FC

“C’est après le but de Do­no­van contre l’Al­gé­rie, à la coupe du monde 2010, qu’un pote a dé­ci­dé de créer une équipe. Je mon­tais Fours­quare à l’époque et j’ap­pré­ciais de ne plus être ce­lui à qui on demande des ré­ponses” Den­nis Crow­ley

laisse le sportif à son coach Da­vid Lind­holm, son staff et son ami de tou­jours Ran­dy Kim, “di­rec­teur sportif” de l’équipe. Les ré­sul­tats sont dé­jà au ren­dez-vous: le tro­phée ar­gen­té des Cham­pions 2017 de l’At­lan­tic White Con­fe­rence, ré­com­pen­sant leur vic­toire au pre­mier tour des play­soffs, trône der­rière le bar en chêne mas­sif de Kee­gan Ale’s. “J’étais tel­le­ment sur­pris d’avoir un tro­phée entre les mains!, sa­voure Crow­ley. Mais je re­tien­drai plu­tôt le match de playoffs sui­vant, per­du dans le New Jer­sey. Le stade était pra­ti­que­ment rem­pli par nos sup­por­ters et même si on a per­du, ils sont res­tés pour conso­ler et en­cou­ra­ger les joueurs, alors que les quelques sup­por­ters ad­verses es­sayaient de

cham­brer…” La vic­toire au tour pré­cé­dent en At­lan­tic White Con­fe­rence au­ra en tous cas per­mis au club de faire ex­plo­ser son re­cord d’af­fluence à do­mi­cile, avec 1393 spec­ta­teurs, “du ja­mais vu” se­lon les em­ployés du stade. À do­mi­cile, Sto­ckade s’ap­puie aus­si sur la “Dutch Guard”, sa propre sec­tion d’ul­tras, très por­tée sur la fan­fare. Nu­mé­ro 9 et star de l’équipe, l’An­glais Cres­wick

a dû s’ha­bi­tuer aux lignes tra­cées sur le syn­thé­tique de Dietz, des­ti­nées au soccer mais aus­si au foot­ball amé­ri­cain, au la­crosse, au hockey sur ga­zon

ou à l’ath­lé­tisme. “C’est dif­fi­cile de com­pa­rer les ni­veaux de jeu, concède-t-il, mais je di­rais qu’on joue dans l’équi­valent de la sep­tième ou hui­tième di­vi­sion en An­gle­terre. Le pro­blème, c’est que si on gagne un titre, cer­tains joueurs de­vront par­tir pour conti­nuer à pro­gres­ser… Le sys­tème de pro­mo­tion/ re­lé­ga­tion est plus ex­ci­tant pour tout le monde, joueurs et spec­ta­teurs.” Son en­traî­neur Da­vid Lind­holm, vain­queur d’un tro­phée pour sa première sai­son au club, re­fuse de jouer la carte an­ti­sys­tème: “Peut-être que si l’on était cham­pions huit fois d’af­fi­lée, je trou­ve­rais ça frus­trant… Mais on n’en est pas là.” Le pro­prié­taire de rap­pe­ler que les 24 000 ha­bi­tants de King­ston ne consti­tue­ront peut-être ja­mais un mar­ché as­sez grand pour fi­nan­cer les droits d’ins­crip­tion su­pé­rieurs de la NASL et les dé­pla­ce­ments à tra­vers le pays.

Sto­ckade FC et les Strokes, même com­bat

Il n’em­pêche, cer­tains ai­me­raient bien voir le soccer adop­ter le sys­tème eu­ro­péen. “La ligue fer­mée, ex­plique Steve Ber­nas­co­ni en connais­seur, ça marche pour la NFL ou la NBA parce qu’ils ont les 30 meilleures fran­chises du monde. Mais si j’ha­bite loin d’un stade de MLS, je pré­fè­re­rais suivre une équipe eu­ro­péenne

“La ligue fer­mée, ça marche pour la NFL ou la NBA parce qu’ils ont les 30 meilleures fran­chises du monde. Mais si j’ha­bite loin d’un stade de MLS, je pré­fère suivre une équipe eu­ro­péenne à la télé” Steve Ber­nas­co­ni, an­cien sa­la­rié des Fort Lau­der­dale Stri­kers en NASL

à la télé ou sou­te­nir le pe­tit club du coin.” S’il par­tage ce diag­nos­tic de sup­por­ter, Den­nis y ajoute la pers­pec­tive du

pa­tron de club, et la mé­ta­phore mu­si­cale: “L’ab­sence de pro­mo­tion/re­lé­ga­tion li­mite le po­ten­tiel de crois­sance: un club de­vrait ga­gner le droit de jouer de meilleures équipes, pas le payer. Quand les Strokes ont dé­bar­qué en 2000, ils jouaient sou­vent à côté de chez moi dans le Lo­wer East Side. C’était comme si on avait mis le feu à la ville. Par­mi des mil­liers de pe­tits groupes, l’un d’eux peut de­ve­nir énorme ; le soccer de­vrait fonc­tion­ner comme ça!” Re­pré­sen­tant de la MLS en Eu­rope, le Fran­çais Jé­rôme Mea­ry ne veut pas en en­tendre parler. “Le mo­dèle des ligues ou­vertes a été es­sayé aux États-Unis et ça n’a ja­mais mar­ché, sou­ligne-t-il. La MLS est la ligue qui s’est le mieux dé­ve­lop­pée ces dix der­nières an­nées, au ni­veau mon­dial! On n’em­pêche per­sonne de rê­ver mais pour l’ins­tant, c’est nous qui avons rai­son.” En ren­trant dans sa pe­tite mai­son co­lo­niale des environs de King­ston, Crow­ley sort des bières ar­ti­sa­nales d’un im­po­sant fri­go gris et demande à Alexa, l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle d’Ama­zon, de jouer de la musique sur ses en­ceintes connec­tées, avant d’ex­pli­quer sa vo­lon­té de voir bour­geon­ner les pe­tits clubs: “Si vous vou­lez créer quelque chose, ne ma­ni­fes­tez pas de­vant les lo­caux de Fa­ce­book pour qu’ils le créent: ras­sem­blez vos amis et faites-le vous-même. Si ça marche, que vous avez des uti­li­sa­teurs, des in­ves­tis­seurs, que vous gran­dis­sez, Fa­ce­book de­vra vous co­pier, vous ra­che­ter ou tra­vailler avec vous. On a fait ça avec Dodgeball et Fours­quare, et c’est ce que je veux faire ici: avec des mil­liers d’équipes qui marchent, qui at­tirent

des spec­ta­teurs en strea­ming, on pour­ra faire pres­sion sur la po­si­tion do­mi­nante de la MLS, et créer un nou­veau sys­tème.” Avant de ren­ver­ser la table, Den­nis Crow­ley fait du bruit. Dé­but août, lui et ses ho­mo­logues du Mia­mi FC (club de NASL dont Pao­lo Mal­di­ni est co­pro­prié­taire et Ales­san­dro Nes­ta en­traî­neur) dé­po­saient un re­cours de­vant le Tri­bu­nal ar­bi­tral du sport, ar­guant que la US Soccer Fe­de­ra­tion ne res­pec­tait pas l’ar­ticle 9 des règles de la Fifa en re­fu­sant d’im­plé­men­ter un sys­tème de pro­mo­tion/re­lé­ga­tion. “Il me semble qu’on a lan­cé un vrai dé­bat sur le su­jet, alors que jusque-là, les gens se conten­taient de râ­ler sur Twit­ter”, note ce­lui qui se cache der­rière la si­gna­ture @dens. Ce der­nier se fend même d’un slo­gan im­pa­rable: “L’Amé­rique adore le sport, et l’Amé­rique adore le ca­pi­ta­lisme. À nous de trou­ver un moyen de les faire vivre en­semble, de la fa­çon la plus fun

et ou­verte pos­sible.” En at­ten­dant, Sto­ckade or­ga­nise son pre­mier camp d’en­traî­ne­ment pour jeunes en no­vembre. Pas ano­din dans un pays trau­ma­ti­sé par la qua­li­fi­ca­tion man­quée à la coupe du monde, où les voix s’élèvent (en­fin?) contre le

“Pay to Play”. En de­man­dant plu­sieurs mil­liers de dol­lars par an aux pa­rents qui vou­draient ins­crire leurs en­fants dans un club, ce sys­tème ré­serve le soccer aux en­fants –blancs– des ban­lieues hup­pées. Ab­surde, pour le sport le plus po­pu­laire au monde. “Je vou­drais avoir des équipes U10, U12, U14 qui soient fi­nan­cées par l’équipe première, an­nonce Crow­ley, ce qui est évi­dem­ment dif­fi­cile avec le sys­tème de ligue fer­mée. On a be­soin que plus de gosses, de tous les mi­lieux, jouent toute l’an­née et hors de l’école: c’est pour ça qu’il faut bais­ser la bar­rière à l’en­trée. On n’en ti­re­ra les bé­né­fices que dans une di­zaine d’an­nées, mais c’est au­jourd’hui qu’il faut le faire.” Au bout du che­min, l’en­tre­pre­neur rêve d’une vic­toire fi­nale des États-Unis à la coupe du monde, “avant [sa] mort, di­sons d’ici cin­quante ans.” To make Ame­ri­ca great again?

Rus­ty trom­bone.

Ça a chan­gé Guan­ta­na­mo.

Mayor of the “Po­teau de cor­ner”

/ Photos: Ro­ger Kis­by

TOUS PRO­POS

Un run­ning­back au duel avec un li­ne­ba­cker.

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