Gros perso.

So Foot - - SOMMAIRE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR ALEXANDRE DOSKOV, À TOU­LOUSE /

Andy De­lort a la larme à l’oeil en fai­sant le bi­lan de sa car­rière.

Il a les plus gros mol­lets de la ligue 1, une frappe de taureau, est ta­toué jus­qu’aux yeux, et a dé­jà connu huit clubs dif­fé­rents à seule­ment 26 ans. Oui, il était temps que le gad­jo du TFC fasse un pe­tit bi­lan. “Quand je me suis fait ta­touer la larme sous l’oeil, mon père s’est éner­vé: ‘Je vais at­tra­per un cut­ter et je vais te l’ar­ra­cher!’”

JE N’AI JA­MAIS TRA­VAILLÉ MES MOL­LETS DE MA VIE. Mon père et mon fils de quatre ans ont les mêmes. Chaque fois, les pe­tits me de­mandent com­ment je fais, mais c’est na­tu­rel. Je ne peux même pas les tra­vailler, si­non der­rière ils sont trop durs, ça me fait mal!

J’AI SOU­VENT CHAN­GÉ DE CLUB. Je ne peux pas le re­gret­ter, ça ne chan­ge­ra rien. Dans la vie, quand il y a deux portes et que tu es obli­gé d’en choi­sir une, par­fois tu te trompes, par­fois ça marche. Je vais es­sayer de ne plus me gou­rer, et si ça doit ar­ri­ver, ben ce n’est pas grave. Ça fait dé­jà huit ans que je suis pro, donc je suis plus un vieux qu’un jeune dans le ves­tiaire. Au fi­nal, il faut que je me lève le ma­tin en ayant la gaule pour faire mon mé­tier.

À AJAC­CIO, RAVANELLI TROU­VAIT QUE JE N’AVAIS

PAS LE NI­VEAU POUR JOUER EN LIGUE 1. À l’époque, je n’étais pas vrai­ment sé­rieux, je n’étais pas vrai­ment pro­fes­sion­nel avec mon hy­giène de vie, mais Pan­ta­lo­ni, qui était l’en­traî­neur du club avant lui, a tou­jours cru en moi. Quand il était à Tours, il m’a ap­pe­lé pour me dire: “Je sais que Ravanelli ne compte pas sur toi, mais moi, je te veux avec moi.”

J’ai eu mon fils à peu près à cette pé­riode-là, et je me suis dit qu’il fal­lait que je rende à ce mec tout ce qu’il m’avait don­né. Der­rière, je fi­nis meilleur bu­teur du cham­pion­nat de ligue 2, et c’était par­ti.

MON DÉ­PART DE CAEN A ÉTÉ ÉTRANGE. Je me suis en­traî­né tout seul pen­dant trois se­maines en Corse, je n’ai pas eu de nou­velles du club, rien. À un mo­ment, j’ai ré­pon­du à un compte de sup­por­ters du club sur Twit­ter. Ils par­laient de tout et de rien, de ma fa­mille, der­rière leur or­di, ça m’a ga­vé… Je lui ai en­voyé un mes­sage, le mec n’a ja­mais mon­tré sa tête, n’a ja­mais ré­pon­du. Je lui ai aus­si don­né un ren­dez-vous, il n’a pas ré­pon­du non plus…

LES GENS SUR TWIT­TER SONT TRÈS MALSAINS. Leur but, c’est de mettre des ha­sh­tags et de tailler tout le monde pour se faire connaître. Je l’ai vu quand je suis par­ti au Mexique… J’ai aus­si vu pas­ser des trucs sur Pierre Mé­nès quand il était ma­lade. Au lieu de l’en­cou­ra­ger pour qu’il re­vienne bien, les gens le taillaient… C’est mal­heu­reux mais c’est le monde d’au­jourd’hui. Tout le monde parle des autres sans re­gar­der sa propre vie, c’est com­pli­qué d’avan­cer comme ça.

QUAND J’ AI SI­GNÉ À MON­TER­REY, JE ME SUIS DIT: “ÇA VA ÊTRE DANGE

REUX, LES FA­VE­LAS, LES TRUCS COMME ÇA…” En fait pas du tout. On était dans une très grande ville mais on vi­vait dans un pe­tit quar­tier un peu plus riche, plus eu­ro­péen, très sé­cu­ri­sé. Mais ça a vite été com­pli­qué au club, et ma fa­mille se sen­tait un peu seule. Gé­né­ra­le­ment, les joueurs sont un peu des ro­bots, tu sais ce qu’ils vont ré­pondre à la plu­part des ques­tions et il n’y a per­sonne qui dit vrai­ment ce qu’il pense. Dans mon cas, je ne me suis pas ra­con­té d’his­toires: ma fa­mille et moi, on ne se sen­tait pas to­ta­le­ment bien là-bas. Ren­trer était la meilleure so­lu­tion.

GI­GNAC, C’ EST SÛR QUE CE N’EST PAS CRIS­TIA­NO OU MES­SI, MAIS C’ EST

MON IDOLE. Je me suis beau­coup ins­pi­ré de lui et j’adore la per­sonne. Je vou­lais réa­li­ser mon rêve en jouant avec lui et je l’ai fait. C’était ex­tra­or­di­naire, j’ai pro­fi­té au maxi­mum de ces mo­ments avec lui et on a ga­gné un titre en­semble. Je le connais­sais dé­jà avant d’al­ler au Mexique, et là-bas on était très proches. On s’amu­sait, on man­geait tout le temps en­semble, mais pour moi, ça res­tait André-Pierre Gi­gnac. C’est un peu bi­zarre comme re­la­tion, mais c’est comme ça.

QUAND JE ME SUIS FAIT TA­TOUER LA LARME SOUS

L’OEIL, MON PÈRE S’ EST ÉNER­VÉ. IL M’A DIT: “Je vais

at­tra­per un cut­ter et je vais te l’ar­ra­cher!” Mais bon, main­te­nant ça va, c’est pas­sé! Ce ta­touage, ça n’a rien à voir avec un gang. Gi­gnac m’avait dit qu’au Mexique, on al­lait me prendre pour un mec de car­tel, mais non! Je ne suis pas al­lé aux États-Unis, où c’est un peu plus chaud. Avec ma tête un peu bron­zée, ils m’au­raient sans doute pris pour je ne sais pas quoi… Mais bon, un ta­touage, c’est un ta­touage. J’ai aus­si une phrase avec mon fils sur le bras, où il y a mar­qué “Le monde est à nous” en es­pa­gnol. Ce n’est pas pour au­tant que je me prends pour Scar­face, hein. LES GENS ME CASSENT LES COUILLES PAR RAP­PORT AUX GI­TANS.

Chaque fois que j’en parle, après c’est lourd. J’ai la fa­mille, mon fils, ma femme, voi­là quoi. Mais je suis content que Kend­ji Gi­rac ait réus­si à don­ner une image un peu plus agréable des Gi­tans. Quand tu re­gardes un re­por­tage, chaque fois, on te parle des vo­leurs. Les Gi­tans sont en train d’évo­luer, je le vois d’où je viens, la plu­part tra­vaillent, ils sont plus in­té­grés à la so­cié­té, c’est bien. Quand j’étais à Caen, j’étais al­lé voir Kend­ji en con­cert. C’est quelque chose! Il s’est bien en­tou­ré, je connais son gui­ta­riste, c’est vrai­ment de la musique, un ar­tiste. Après, il y a les Gip­sy Kings aus­si, qui sont in­dé­mo­dables. Et le film Snatch, t’es obli­gé de rire, c’est ex­tra­or­di­naire.

PHO­TO: AFP/DPPI

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