In­fil­tré.

Au Royaume-Uni, le monde du foot­ball n’a pas at­ten­du An­toine Griez­mann pour se prendre de pas­sion pour les courses hip­piques. S’ils sont plé­thore à être pro­prié­taires de che­vaux, Mi­chael Owen est devenu le pre­mier an­cien foot­bal­leur à s’es­sayer en tant qu

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Mi­chael Owen a par­ti­ci­pé à une course de che­vaux. Pier­rette Brès ne l’avait pas vue ve­nir celle-là, mais nous oui.

Der­rière l’hip­po­drome d’As­cot, sur un ga­zon fraî­che­ment ton­du, le cli­que­tis des ap­pa­reils pho­to s’in­ten­si­fie. La foule s’écarte et un man­teau ca­mel glisse sous les flashs. Cra­vate nouée au mil­li­mètre près, che­ve­lure ar­gen­tée pla­quée sur le côté, le prince Charles s’avance. Ac­com­pa­gné de son épouse Ca­mil­la Par­ker-Bowles, le fils d’Eli­za­beth II est pré­sent pour re­mettre le grand prix de la troi­sième course de sa fon­da­tion, le Prince’s Coun­try­side Fund, qui vise à sou­te­nir le monde ru­ral bri­tan­nique. Quand la main du prince touche celle de Mi­chael Owen, la foule en­di­man­chée sou­rit à l’unis­son. La du­chesse de Cor­nouailles, elle, se fend d’un sou­rire jus­qu’aux oreilles qui fait plis­ser le contour de ses yeux. Le Bal­lon d’or 2001 n’a pas ga­gné, mais tout le monde n’a d’yeux que pour lui. Le vé­ri­table vain­queur, un jeune blond bou­ton­neux du nom de Tom Chat­field-Ro­berts, vé­té­ri­naire au ci­vil, semble lé­gè­re­ment aga­cé qu’on lui vole la ve­dette. Avant de col­lec­ter son prix, fa­ti­gué qu’on lui parle de son dau­phin, il lâche avec un sou­rire en­ten­du: “Il avait juste un bon che­val.”

Saint-Étienne 98 et cha­peau haut-de-forme

En réa­li­té, l’an­cien in­ter­na­tio­nal an­glais a quand même dû cra­va­cher pour être prêt à concou­rir en ce froid jour de no­vembre et réa­li­ser un rêve qu’il ne s’avouait même pas. Un rêve d’en­fant.

En 2013, Owen ex­pli­quait dans The In­de­pendent son at­trait pour les courses: “Mon père pa­riait 50 cents sur trois che­vaux chaque samedi. Le len­de­main, je re­gar­dais les jour­naux pour voir ce que ça don­nait. Au bout d’un mo­ment, j’ai eu le droit de choi­sir mes propres che­vaux. Je me ren­sei­gnais sur cer­tains jockeys, cer­tains en­traî­neurs.” À 18 ans, l’an­née de son mon­dial étin­ce­lant en France, la ve­dette de Li­ver­pool se paie ses deux pre­miers che­vaux, et bap­tiste l’un d’eux Etienne La­dy, en ré­fé­rence à son but my­thique face à l’Ar­gen­tine dans le chau­dron sté­pha­nois. En 2007,

alors ca­pi­taine de New­castle, Owen ac­quiert une étable à bo­vins dans le sud-est de l’An­gle­terre, qu’il trans­forme en écu­ries, les Ma­nor House Stables, où une cen­taine de che­vaux vivent et s’en­traînent au­jourd’hui. Quatre ans plus tard, Brown Pan­ther, l’un des che­vaux éle­vés par Owen, rem­pla­çant de luxe à Man­ches­ter Uni­ted, rem­porte la plus pres­ti­gieuse des courses hip­piques du Royaume, le Royal As­cot. En cha­peau hautde-forme, les larmes aux yeux face aux ca­mé­ras de la BBC, il com­pare ce triomphe à ceux de sa car­rière de foot­bal­leur: “Quand tu marques un but dans un match im­por­tant, c’est de la pure adré­na­line pen­dant dix

se­condes. (…) Mais aux courses, il y a une ner­vo­si­té, un sen­ti­ment de vide qui vient du fait que tu n’as pas le contrôle. Alors quand ton che­val gagne, c’est juste in­croyable. C’est peut-être plus une dé­li­vrance que de l’adré­na­line, mais c’est tout aus­si ad­dic­tif.”

Dix ki­los de per­dus

Ce contrôle semble tou­te­fois man­quer à l’an­cienne star des Th­ree Lions, puisque quand on lui pro­pose d’être sur la grille de dé­part de cette course ama­teur or­ga­ni­sée par le prince, il ac­cepte. “Peut-être avec

quelques verres dans le nez”, avoue­ra-t-il au Mir­ror des mois plus tard. En­traî­neur à la tête des Ma­nor House Stables, Tom Das­combe est na­tu­rel­le­ment choi­si pour pré­pa­rer l’an­cien foo­teux: “Je lui ai dit: ‘Tu veux faire As­cot? Tu es to­ta­le­ment fou! Tu ne sais pas faire de che­val!’” L’ex-flèche des Reds n’a ja­mais fait d’équi­ta­tion, me­sure 1,73 m quand un jo­ckey culmine entre 1,47 m et 1,68 m, mais sur­tout pète les chiffres sur la ba­lance. Qu’à ce­la ne tienne: en quelques mois, il perd près de dix ki­los. Ce qui ne l’em­pêche pas d’être je­té à terre à deux re­prises par son che­val, seule­ment trois se­maines avant As­cot. Alors for­cé­ment, le jour J, Mi­chael Owen est ner­veux: “Je ne sais pas si

c’est cou­ra­geux ou juste stu­pide.” D’au­tant plus que les quelque mil­liers de pas­sion­nés pré­sents dans l’équi­valent bri­tan­nique de Long­champ, dé­co­ré de guir­landes de Noël pour l’oc­ca­sion, ne sont pas for­cé­ment bien­veillants à son égard. Crâne ra­sé, Ste­wart Ste­vens se tient en haut des gra­dins, le torse bom­bé sous son haut de sur­vê­te­ment de Tot­ten­ham qui contraste avec le dress code du lieu. “Je n’ai ja­mais ai­mé Mi­chael

Owen, mar­monne-t-il, Sim­ple­ment parce qu’il ne jouait pas pour les Spurs. Mais ça m’a l’air d’être un bon gars. Je n’ai pas pa­rié pour lui, mais beau­coup ont dû le faire. C’est le plus connu de tous.” Ste­wart a rai­son. Face à d’autres ama­teurs, pour la plu­part is­sus de l’uni­vers hip­pique, la vic­toire d’Owen est co­tée à 5/2, contre 5/1 pour le fa­vo­ri, Gol­den Wed­ding.

“Le vain­queur gueu­lait sur son che­val alors que je par­lais gen­ti­ment au mien. La pro­chaine fois, je lui crie dans l’oreille” Mi­chael Owen, ca­saque ma­rine à car­reaux gris

“Je suis en un seul mor­ceau”

Neuf mois de pré­pa­ra­tion, deux mi­nutes de course: ra­pi­de­ment en tête, Cal­der Prince, mon­té par un Owen en ca­saque ma­rine à car­reaux gris et pan­ta­lon blanc, tient bon. Les gra­dins grondent. Dans la der­nière ligne droite, l’an­cien de Li­ver­pool se fait néan­moins rat­tra­per, puis dé­pas­ser par Gol­den Wed­ding. Owen fi­nit se­cond et semble ra­vi. Quelques mi­nutes plus tard, tou­jours sou­riant, il ra­conte sa folle che­vau­chée: “Je suis en un seul mor­ceau et c’est ça le prin­ci­pal. C’était en­core mieux que ce que je pen­sais. Mais j’étais com­plè­te­ment épui­sé à la fin et il (le vain­queur, ndlr) gueu­lait sur son che­val alors que je par­lais gen­ti­ment au mien. La pro­chaine fois, je lui crie dans l’oreille.” Dans l’opé­ra­tion, Owen a ré­col­té 10 000 livres pour la fon­da­tion. Ça va­lait le coup d’at­tendre trente-sept ans et de faire à peine la taille mi­ni­mum pour par­ti­ci­per au concours de Miss Royaume-Uni. zPAR THOMAS ANDREI / PHO­TO: PA IMAGES

Le mur n’est clai­re­ment pas à 9m15.

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