Yannick Car­ras­co.

Bran­ché sur cou­rant al­ter­na­tif à Mo­na­co, Yannick Car­ras­co (qu’il ne faut plus ap­pe­ler Fer­rei­ra) a pris du muscle et de la consis­tance sous les ordres de Die­go Si­meone. Mais à 24 ans, l’ai­lier belge veut dé­sor­mais de­ve­nir in­con­tour­nable avec l’At­lé­ti­co Mad

So Foot - - SOMMAIRE - Par Alexandre Pe­dro, à Ma­drid / Photos: Gian­fran­co Tri­po­do, Panoramic et Iconsport.

Le Belge de l’At­lé­ti­co Ma­drid dribble tout ce qui bouge, et c’est bien là le pro­blème. Voi­là pour­quoi il n’a pas pu nous re­fu­ser un pe­tit un contre un.

C’est une his­toire belge, sans chute mais avec une ba­raque à frites et Yannick Car­ras­co pour nar­ra­teur, re­de­ve­nu un ins­tant l’ado­les­cent de 16 ans pen­sion­naire du centre de for­ma­tion du RC Genk. “Je m’en rap­pelle en­core. Je ve­nais de com­man­der mes frites et je vois un nu­mé­ro in­con­nu qui m’ap­pelle. Là, je dis ‘al­lô’, un peu comme si je ré­pon­dais à un pote. (Il prend l’ac­cent fla­mand) ‘Ah oui, bon­jour, je suis Fran­ky Ver­cau­te­ren, j’ai ap­pris que tu al­lais quit­ter Genk, je vou­lais sa­voir

si c’était tou­jours ton in­ten­tion.’ Je lui ai dit que j’avais pris ma dé­ci­sion,

que je par­tais à Mo­na­co. ‘Très bien, je com­prends, bonne chance à toi.’ Deux mi­nutes après, il me rap­pelle pour de­man­der si c’est spor­ti­ve­ment ou fi­nan­ciè­re­ment que je pars et me fait com­prendre qu’ils peuvent faire un ef­fort sur le sa­laire. Mais ce n’était pas ça le pro­blème, j’avais en­vie d’un

nou­veau chal­lenge.” Fin d’ap­pel. Com­ment, entre deux frites, un ga­min peut-il en­voyer gen­ti­ment ba­la­der un homme qui pèse 63 sé­lec­tions avec la Bel­gique et en­traîne l’équipe première du club où il est cou­vé de­puis quatre ans? À l’époque, cer­tains hurlent sur cette jeu­nesse qui ne res­pecte rien, lui ra­conte tou­jours cette anec­dote avec ce na­tu­rel aus­si dé­con­cer­tant que ses cro­chets sur le ter­rain. S’il a dé­ci­dé de re­joindre la Prin­ci­pau­té, rien ne le fe­ra dé­vier. Comme rien ni per­sonne ne l’a em­pê­ché de quit­ter Bruxelles, son quar­tier de Vil­vorde, sa mère et ses quatre frères et soeurs pour ga­gner Genk la fla­mande à tout juste 12 ans. Et tant pis si An­der­lecht, qui le drague, est à por­tée de mé­tro: “Ils s’in­té­res­saient à moi, mais je

n’avais pas en­vie d’y al­ler.” Pas plus com­pli­qué que ça. Car­ras­co trace sa route, celle qui le mène vers ce qui n’est pas un rêve, mais un but: de­ve­nir foot­bal­leur pro. Les autres doutent, lui très peu. On le di­sait trop por­té sur

l’es­thé­tique, pas as­sez dis­ci­pli­né pour l’ar­mée de Die­go Si­meone à l’At­lé­ti­co. Il est au­jourd’hui un par­fait sol­dat du “Cho­lo”, même s’il n’est pas tou­jours ti­tu­laire. C’est juste une ques­tion de temps pour ce­lui qui avait dé­jà re­lé­gué sur le banc un Lu­cas Ocam­pos dé­bar­qué avec un tout autre sta­tut que lui à Mo­na­co: “Il était ar­ri­vé pour 13 mil­lions en ligue 2 et, au fi­nal, c’est moi qui jouais alors que je sor­tais de la CFA”, ex­plique cal­me­ment le Belge. Im­pa­rable.

Le père ab­sent et l’in­dif­fé­rence de Genk

Mais d’où vient cette froide dé­ter­mi­na­tion, as­sez dé­con­cer­tante au pre­mier abord? La rai­son est peut-être à cher­cher du côté de son état ci­vil. À son ar­ri­vée en Es­pagne en juillet 2015, Yannick re­tranche pour de bon sur sa fiche LFP ce “Fer­rei­ra” qui lui col­lait au pa­tro­nyme. Fer­rei­ra comme le nom de ce

père ab­sent. Si le joueur n’évite pas le su­jet, il ex­pé­die l’af­faire sans dé­tails ni tré­mo­los dans la voix: “Je ne vois pas pour­quoi je por­te­rais son nom. Il n’a pas don­né de nou­velles de­puis que je suis tout pe­tit. Tout le mé­rite de mon édu­ca­tion re­vient à ma mère et à mes grands-pa­rents ma­ter­nels. Mon père n’a rien à voir

avec ma car­rière, et son nom non plus.” Yannick est un Car­ras­co, un pe­tit-fils d’im­mi­grés an­da­lous. Point. À l’école, il parle fla­mand, mais passe du fran­çais à l’es­pa­gnol sans mal, no­tam­ment pour dis­cu­ter avec ce grand-père dont la pa­ra­bole est constam­ment tour­née vers la Li­ga. Le Por­tu­gal du père n’est qu’un voyage par­mi d’autres, “pour les matchs de coupe d’Eu­rope”. De cette ab­sence, il dit en avoir ti­ré sa force pour

“être un homme plus tôt” et ai­der sa mère, Car­men, ré­cep­tion­niste pour la chaîne RTL. “Yannick a vou­lu de­ve­nir très jeune le chef de fa­mille pour prendre la place lais­sée par son père”, avance Sté­phane Pau­wels, re­cru­teur en Bel­gique pour l’AS Mo­na­co. Ce der­nier l’a dé­cou­vert lors d’un Luxem­bourg-Bel­gique chez les moins de 16 ans. Outre son “corps de cre­vette”, Pau­wels noir­cit son car­net d’éloges et conti­nue d’ob­ser­ver l’ai­lier am­bi­dextre “en ca­chette” pen­dant plu­sieurs mois avant de l’abor­der. Lors­qu’il se dé­cide à le faire, le scout dé­couvre un ado “qui ne pense qu’au foot, n’en dé­vie pas et sait ce qu’il veut”. Quand il part pour Genk, Car­ras­co demande ain­si à être pla­cé dans une fa­mille d’ac­cueil plu­tôt qu’en in­ter­nat. Un meilleur cadre pour son épa­nouis­se­ment, pense-t-il. Pen­dant deux ans,

“Ver­cau­te­ren était en co­lère qu’il parte à Mo­na­co, mais je lui ai ré­pon­du: ‘Il était chez vous et vous ne le re­gar­diez même pas.’ Yannick tou­chait 250 eu­ros par mois” Sté­phane Pau­wels, an­cien re­cru­teur pour l’ASM

“Cris­tia­no Ro­nal­do est un exemple à suivre dans le tra­vail, l’ath­lète qu’il est devenu, mais je n’ai pas en­vie de me dire: ‘OK, j’ai le bal­lon, je fais une remise et je vais de­vant les cages pour mar­quer’” Yannick Car­ras­co, foot­bal­leur ro­man­tique

un cer­tain Ke­vin De Bruyne oc­cupe le lit d’à côté. On ima­gine les deux fu­turs Diables Rouges unis tels des frères de sang par cette co­lo­ca­tion. Bah non. “Ke­vin? Je ne suis pas plus ami avec lui qu’un autre. Les an­nées sont pas­sées et on a tous les deux tra­cé notre route.”

L’ami­tié est en op­tion quand on est en concur­rence pour ob­te­nir ce pre­mier contrat pour le­quel on a tout quit­té, tout pla­ni­fié.

Alors pour­quoi, à la dif­fé­rence d’un Thi­baut Cour­tois ou de De Bruyne, le fu­tur Ma­dri­lène dé­cide-t-il de prendre son en­vol loin du Lim­bourg? Peut-être parce que ses di­ri­geants ne croient pas vrai­ment en lui. À l’époque, quand il s’agit de dres­ser la liste des fu­turs cracks qui se­ront chè­re­ment re­ven­dus à l’étran­ger, ils omettent sys­té­ma­ti­que­ment le nom de Car­ras­co. Pour Sté­phane Pau­wels, on est dans le re­gistre du cher­cheur d’or qui re­jet­te­rait dans la ri­vière une pierre qui ne de­man­dait qu’à être grat­tée. “Ver­cau­te­ren était en co­lère qu’il parte à Mo­na­co, mais je lui ai ré­pon­du: ‘Il était chez vous et vous ne le

re­gar­diez même pas.’ Yannick tou­chait 250 eu­ros par mois et Genk ne lui pro­po­sait rien.” Cette in­dif­fé­rence du club à l’égard de Car­ras­co, Ma­thias Schils l’a éga­le­ment res­sen­tie. “À Genk, on fai­sait da­van­tage confiance à la gé­né­ra­tion sui­vante, les Lim­bombe, Croux, Praet, ex­plique l’an­cien ca­ma­rade de pro­mo au centre de for­ma­tion. C’est pour ce­la qu’il est par­ti à Mo­na­co. Mais j’avoue que moi-même je ne m’at­ten­dais pas à ce qu’il de­vienne aus­si fort.” Il faut dire que le drib­bleur est sus­pect dans un foot­ball ga­gné par la froide pas­sion des chiffres im­por­tée des sports amé­ri­cains. Trop de bal­lons per­dus et pas as­sez de ki­lo­mètres par­cou­rus. Car­ras­co n’agit que par intuition quand l’époque est ré­gie par la rai­son. Mais comme il n’a ja­mais dé­vié de son ob­jec­tif, Yannick Car­ras­co ne va pas non plus re­nier sa na­ture première. “Dès que j’ai tou­ché un bal­lon, mon des­tin m’a dit de drib­bler”,

ju­rait l’ota­rie De­nil­son. Le Bruxel­lois semble avoir en­ten­du la même pe­tite voix –“J’ai tou­jours eu ça en

moi”–, et il n’est pas le seul dans son pays. Avec Ha­zard, Mer­tens, De Bruyne et quelques autres, le foot­ball belge vit d’es­quives, de pe­tits ponts et de chan­tilly.

“Comme en Hol­lande, tu joues beau­coup dans la rue et dans les parcs chez nous, théo­rise Car­ras­co. Tu peux al­ler dans un parc et tom­ber sur un gros lard qui au­ra un tou­cher de bal­lon que tous les maigres n’au­ront pas dans d’autres pays.” Lui a com­men­cé à user ses se­melles sur le ci­ty stade en bas de l’ap­par­te­ment fa­mi­lial, avec le grand-père “qui ve­nait avec son chien

pour [le] sur­veiller”. Mal­gré ses an­nées de for­ma­tion à Genk puis à Mo­na­co, et les ré­pri­mandes d’en­traî­neurs qui cher­chaient à rendre son ta­lent plus ra­tion­nel, le mi­lieu of­fen­sif a tou­jours gar­dé la rue en lui. Une sorte de ma­de­leine de Proust où s’en­tre­mê­le­raient ins­tinct et convic­tions. “Une fois sur le ter­rain, je ne pen­sais plus trop à ce qu’on pou­vait me conseiller. Si on me di­sait de dé­ga­ger le bal­lon alors que j’étais de­vant ma sur­face et que je sen­tais que je pou­vais par­tir en dribbles, bah je drib­blais.”

Dans le fri­go de l’AS Mo­na­co

C’est à prendre ou à lais­ser. Pour son pre­mier en­traî­ne­ment à l’ASM, le nou­veau met deux dé­fen­seurs sur les fesses. Trop fa­cile. La réa­li­té est bien dif­fé­rente et le ti­ming moyen puis­qu’il dé­barque dans un club

sur le point de som­brer en ligue 2. “L’adap­ta­tion a été un peu com­pli­quée. Je de­vais jouer en CFA, mais je suis des­cen­du avec les moins de 19 ans, et même là, j’étais sou­vent sur le banc.” La faute à ce dé­chet propre à son jeu, mais aus­si à la ja­lou­sie de cer­tains de ses ca­ma­rades: “C’est un peu la men­ta­li­té à cet âge-là. Quand j’ai dé­bar­qué, ils de­vaient se dire: ‘C’est qui ce type à qui on file tout de suite un contrat pro?’ Donc on ne me met­tait pas à l’aise. À l’en­traî­ne­ment, on jouait dur sur moi, on ne me don­nait pas la balle.” Au­cune plainte der­rière, le gar­çon ac­cepte, as­si­mile les codes de son mi­lieu et fait avec. Et puis il peut tou­jours comp­ter sur l’ap­pui de son “grand frère”, Na­bil Di­rar, pas­sé par la Bel­gique comme lui, pour le prendre sous son aile et, ac­ces­soi­re­ment, lui évi­ter d’at­tendre le bus pour des­cendre de La Tur­bie après les en­traî­ne­ments. Ce même Di­rar au­quel Car­ras­co pique un coup franc pour ses dé­buts chez les pros contre Tours en août 2012 en ouverture de la sai­son de ligue 2. “L’his­toire ne

s’est pas pas­sée comme ça, rec­ti­fie-t-il. Na­bil tire dans le mur mais l’ar­bitre le donne à re­faire. Alors je lui ai de­man­dé si je pou­vais le prendre.” Fi­celle et vic­toire 4-0 sous les yeux de sa mère Car­men, dé­bar­quée une heure avant à Mo­na­co: “J’ai ap­pris que j’étais ti­tu­laire le jour même, alors je l’ai ap­pe­lée dans l’après-mi­di

pour qu’elle vienne me voir.” Dans son contrat, le Belge a ob­te­nu dix al­lers-re­tours pour que sa ma­man vienne prendre place sur un des sièges jaunes de Louis-II. La né­go­cia­tion est plus com­pli­quée quand il demande une re­va­lo­ri­sa­tion salariale à l’au­tomne 2014, après un dé­but de sai­son pé­ta­ra­dant. Dé­bute alors un bras de fer entre le jeune at­ta­quant avec une sai­son de L2 dans les jambes et le vice-pré­sident, Va­dim Va­si­lyev. Entre no­vembre 2013 et mai 2014, l’an­cien de Genk est mis au fri­go. Ni bles­sé, ni sus­pen­du, il guette son nom dans le groupe de Clau­dio Ra­nie­ri. “Je m’en­ten­dais su­per bien

avec lui, as­sure-t-il. Mais je sa­vais que je pou­vais être Ro­nal­din­ho à l’en­traî­ne­ment et ne pas jouer le wee­kend. Par­fois, j’étais dans le groupe, le coach me met­tait ti­tu­laire le ma­tin, mais trois heures avant le match, je re­tour­nais en tri­bunes. Ra­nie­ri m’a dit une fois: ‘Dé­so­lé Yannick, je pen­sais que ça s’était ar­ran­gé avec le club.’

À l’époque, je de­man­dais même à dis­pu­ter des matchs avec la CFA tel­le­ment j’avais en­vie de jouer.” Car­ras­co s’en­tête à res­ter dans ce no man’s land et n’évoque ja­mais la so­lu­tion d’un prêt. Son obs­ti­na­tion lui coûte la coupe du monde au Bré­sil, mais fi­na­le­ment les deux par­ties tombent d’ac­cord sur une re­va­lo­ri­sa­tion salariale. “C’est nor­mal de de­man­der le sa­laire que l’on pense mé­ri­ter, ex­plique l’in­ter­na­tio­nal des Diables

Rouges. On est dans un mi­lieu où on est tous en concur­rence. Si quel­qu’un fai­sait le double du tra­vail d’un col­lègue qui gagne mieux que lui, peut-être qu’il pé­te­rait un câble aus­si. Pour­quoi, lorsque les sommes sont plus im­por­tantes, il ne faut rien dire? C’est nor­mal

(il tape du poing sur la table) d’avoir des exi­gences. Je fais telles per­for­mances, je mé­rite ce sa­laire.”

Les in­sultes de Die­go Si­meone

Si le gar­çon est bien un pro­duit de son époque, il est moins à l’aise dans le per­so­nal bran­ding, si bien “as­su­mi­lé” par un Pog­ba ou par son co­équi­pier de l’At­lé­ti­co An­toine Griez­mann, trans­for­mé de­puis l’Eu­ro en per­son­nage de BD pour les 7-14 ans. Quand Yannick Car­ras­co reçoit en short et tee-shirt de sa sé­lec­tion dans sa vil­la aux al­lures de mai­son té­moin dans une

fin­ca d’Alar­con, au sud-est de Ma­drid, il pré­vient de son peu de goût pour l’exer­cice mé­dia­tique. À Mo­na­co, le club avait dé­li­mi­té un cor­don de sé­cu­ri­té entre lui et les jour­na­listes. La peur qu’une cer­taine in­cli­na­tion pour la fran­chise lui porte pré­ju­dice. D’ailleurs, dès que le su­jet dé­cadre avec le rec­tangle vert, il épure ses ré­ponses au pos­sible. Le Belge est plus à l’aise quand il ra­conte l’in­té­gra­tion d’un drib­bleur comme lui au mi­lieu des gro­gnards de Die­go Si­meone. “Avec

lui, tu dois mouiller le maillot à fond et ap­prendre à souf­frir pour ton co­équi­pier. Quand tu perds un bal­lon, le co­pain va s’ar­ra­cher pour le ré­cu­pé­rer, alors toi, tu

fais pa­reil.” Si Car­ras­co ne manque pas d’im­pli­ca­tion, le coach ar­gen­tin le voit en­core comme un jo­ker, cen­sé dy­na­mi­ter les dé­fenses ad­verses lorsque les choses se corsent au Wan­da Me­tro­po­li­ta­no. Le fac­teur X belge par­vien­dra-t-il un jour à de­ve­nir un ti­tu­laire in­dis­cu­table dans une équipe qui pense avant tout à dé­fendre? Peut-être. Après tout, Griez­mann ou Die­go Costa avaient long­temps ci­ré le banc avant d’être lo­bo­to­mi­sés par les pré­ceptes du “Cho­lo” et d’être

in­dis­cu­tables à ses yeux. “Les équipes de Si­meone changent peu. Si vous pre­nez son onze type au­jourd’hui, sept joueurs étaient dé­jà là il y a trois ans, note Luis Del Te­so, le scoot qui a sui­vi Car­ras­co pour les Col­cho­ne­ros. Ce n’est pas évident de ren­trer dans une équipe qui se connaît aus­si bien. Mais Yannick a été très vite ti­tu­laire et le se­ra sans doute à l’ave­nir.” À son ar­ri­vée, il s’était per­mis de glis­ser sa pré­fé­rence pour le côté gauche de l’at­taque à son en­traî­neur. Ré­sul­tat: ce der­nier l’avait en­voyé voir à droite si l’herbe y était plus verte. De­puis, le mes­sage est pas­sé et l’ai­lier semble

avoir ap­pri­voi­sé le vé­ri­table pa­tron des lieux. “Si­meone n’est pas du genre à dé­lé­guer les en­traî­ne­ments à son ad­joint et à croi­ser les bras comme d’autres coachs peuvent le faire, ex­plique Car­ras­co. Il est tou­jours à fond, et en match, c’est pire. Il t’en­cou­rage, il t’in­sulte, il te dé­fend, il y a toutes les émo­tions qui passent avec lui. Par­fois, tu te dis même qu’il va ren­trer sur le ter­rain pour ve­nir ta­cler ton ad­ver­saire. Quand tu signes à l’At­lé­ti­co, tu sais où tu mets les pieds, tu connais le style de jeu. Je me di­sais que je pou­vais m’adap­ter et ap­por­ter quelque chose avec mes dribbles et ma vi­tesse.”

Une chose est cer­taine: de­puis son ar­ri­vée à Ma­drid, le mi­lieu de ter­rain semble avoir pas­sé un cap. Fi­ni les coupes de che­veux dou­teuses et les dribbles pour amu­ser la ga­le­rie. Car­ras­co a ga­gné en consis­tance de­puis qu’il a en­fi­lé le bleu de chauffe que lui a don­né “El Profe” Or­te­ga, l’in­fer­nal pré­pa­ra­teur phy­sique du club. Devenu plus in­ci­sif de­puis qu’il fait parler une VO2max au-des­sus de la moyenne, l’in­ter­na­tio­nal des Diables Rouges semble pe­tit à pe­tit s’ap­pro­cher de ce que lui demande Si­meone. “Yannick est un joueur très com­plet, il pro­gres­se­ra tant qu’il vou­dra écou­ter, af­firme ‘El Cho­lo’. Il suit le bon che­min. De toute fa­çon, il n’y en a pas d’autre.” S’il est prêt à faire des conces­sions pour plaire à l’Ar­gen­tin, Car­ras­co af­firme pour­tant qu’il ne lais­se­ra ja­mais de côté ses dribbles. D’ailleurs, quand on lui parle d’une évo­lu­tion pos­sible à la Cris­tia­no Ro­nal­do, dé­bar­qué feu fol­let du Spor­ting et devenu im­pla­cable ma­chine à sta­tis­tiques avec Man­ches­ter Uni­ted, il marque une pe­tite moue désap­pro­ba­trice. “Fran­che­ment, c’est un exemple à suivre dans le tra­vail, l’ath­lète qu’il est devenu, mais moi, je n’au­rais pas seule­ment du plai­sir à me concen­trer sur les buts. Je n’ai pas en­vie de me dire: ‘OK, j’ai le bal­lon, je fais une remise et je vais de­vant les cages pour mar­quer.’” Sans pré­ve­nir, l’ai­lier livre un dis­cours cri­tique sur ce foot

où les chiffres ont tou­jours rai­son à la fin. “Au­jourd’hui, mar­quer, c’est ce qui fait tout. Tu as le Bal­lon d’or parce que tu es ce­lui qui a le plus mar­qué. Bien sûr que j’ai en­vie de mar­quer et que je dois le faire plus, mais prendre le bal­lon, drib­bler un, deux ou trois joueurs c’est vrai­ment ce que j’aime.”

“C’est nor­mal de de­man­der le sa­laire que l’on pense mé­ri­ter. Si quel­qu’un fai­sait le double du tra­vail d’un col­lègue qui gagne mieux que lui, peut-être qu’il pé­te­rait un câble aus­si…” Yannick Car­ras­co, né­go­cia­teur

Fer­rei­ra Rocher.

Vous con­nais­sez la blague du Belge qui s’as­seoit sur une chaise?

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