L’ama­teur du mois.

So Foot - - SOMMAIRE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR FLORIAN LE­FÈVRE / PHO­TO: RE­NAUD BOU­CHEZ

Ké­vin Du­val de l’US Saint-Pierre-la-Cour a une frappe de mule, un jo­lie sur­nom, “Pa­ta­tor”, mais aus­si et sur­tout, une sa­crée des­cente.

Avec sa frappe de mam­mouth, Ké­vin se plaît à faire cla­quer les fi­celles des buts de la Mayenne. Mais à 24 ans, ce que l’at­ta­quant de l’US Saint-Pierre-la-Cour pré­fère, c’est en­core payer des tour­nées au bar. Quitte par­fois à perdre le contrôle… “Il re­pré­sente 70% des re­cettes de la bu­vette” Christophe, co­équi­pier de Ké­vin à l’Union Spor­tive Saint-Pierre-la-Cour

Un bu­teur digne de ce nom se doit de por­ter un sur­nom qui claque. C’est le cas du “Pis­to­le­ro” Sua­rez au Bar­ça, du “Ma­ta­dor” Ca­va­ni au PSG, mais aus­si de Ké­vin “Pa­ta­tor” Du­val à l’Union Spor­tive Saint-Pierre-la-Cour. Avec son nu­mé­ro 11 dans le dos, cet at­ta­quant de 24 ans sé­vit entre l’équipe première, qui évolue en di­vi­sion dé­par­te­men­tale 1, et la B, qui joue deux éche­lons plus bas. Si Ké­vin ne paye pas de mine avec son mètre soixante-treize et sa tech­nique toute re­la­tive, sa frappe de balle ex­plo­sive fait des ra­vages au sein de ce club ni­ché dans la cam­pagne la­val­loise, à deux pas de la Bre­tagne. L’avè­ne­ment du sur­nom “Pa­ta­tor” re­monte à un dé­pla­ce­ment à Écom­moy, dans la Sarthe, en U19. Ce jour­là, l’USSP est me­née 3-0 à la de­mi-heure de jeu lorsque Ké­vin tente sa chance de loin. Presque du mi­lieu de ter­rain. Par deux fois, le bal­lon ter­mine au fond des fi­lets. Qu’im­porte la dé­faite 4-3, c’est ce dou­blé pied droit­pied gauche qui res­te­ra dans les mé­moires. “Pa­ta­tor, il frappe comme une mule et ré­flé­chit après”, se marre Christophe, son par­te­naire d’at­taque. Un bour­rin comme un autre? Pas vrai­ment.

L’Aus­tra­lie et les tour­nées de ro­sé

De l’avis gé­né­ral, Ké­vin est le co­équi­pier idéal, tou­jours po­si­tif avec ses par­te­naires. Sur le ter­rain, la Mo­by­lette mul­ti­plie les courses et n’hé­site pas à al­ler au char­bon face au stop­peur ad­verse. “Il se prend tout le temps des coups. S’il ne boi­tille pas à la fin des matchs, c’est que ça ne va pas”, pré­cise son en­traî­neur, Ba­boun, presque ad­mi­ra­tif. Sur­tout que son joueur as­sure bien au-delà des 90 mi­nutes. Il n’est ain­si pas le der­nier quand il s’agit de s’en je­ter un der­rière la cra­vate. Signe qui ne trompe pas, sa date d’an­ni­ver­saire est men­tion­née sur le ta­bleau blanc du club-house du stade Jean-Claude-Bout­tier. Alors, en at­ten­dant le jour J, Ké­vin a dé­jà ra­me­né trois litres de whis­ky en guise d’happy hour. “C’est ré­gu­liè­re­ment mon an­ni­ver­saire”, se marre ce­lui qui est très à l’aise avec le le­ver de coude. “Il re­pré­sente 70 % des re­cettes de la bu­vette”, chambre Christophe, avec l’ap­pro­ba­tion de Mi­chel, pré­po­sé au ser­vice der­rière le bar. Li­cen­cié à l’USSP de­puis l’âge de cinq ans, Ké­vin, qui tra­vaille comme ma­ga­si­nier dans une co­opé­ra­tive agricole, n’a lou­pé qu’une seule sai­son au club. C’était en 2014-2015, quand il est par­ti faire le tour de l’Aus­tra­lie en tra­vaillant dans des fermes. À son re­tour, Ké­vin ne pré­vient per­sonne et dé­barque le jour de la fête du club. Ce jour-là, les tour­nées à la bu­vette se suc­cèdent, et ce jus­qu’à épui­se­ment des stocks. “J’ai dû payer pour 200-250 eu­ros de ro­sé”, re­met Ké­vin, un verre à la main, fi­dèle à son hy­giène de vie.

La voi­ture dans le fos­sé et le trac­teur

Heu­reu­se­ment, Ké­vin sait faire la part des choses. En­fin presque. Cette an­née, le tournoi de jeunes de Saint-Pierre est tom­bé un samedi où Ké­vin tra­vaillait. Alors, entre deux dé­char­ge­ments de ma­té­riel d’amé­na­ge­ment ex­té­rieur à la co­opé­ra­tive agricole, Pa­ta­tor a pro­fi­té de la pause-dé­jeu­ner pour s’en­quiller six bières au comp­toir du club. “Quand je suis re­par­ti au bou­lot, j’avais chaud”, ex­plique ce­lui qu’on sur­nomme aus­si “Mon­sieur fûts”. Et pour cause: “On leur a lais­sé les clés de la bu­vette, pré­cise Céline, bé­né­vole. Comme ça, ils res­tent ici et il n’y a pas de risques sur la route en ren­trant.” Le pro­blème, c’est que per­sonne ne pense ja­mais à re­ti­rer les clés de ba­gnole de Ké­vin… Un soir, “un vendredi, for­cé­ment”, Pa­ta­tor plante sa Golf. “Il n’était pas tard –une heure et de­mie, deux heures–, j’ai glis­sé sur les gra­viers en étant en première. Je n’étais pas fier… Comme mon té­lé­phone était dé­char­gé, je suis al­lé ré­veiller mon père. Je rentre dans la chambre: ‘Pa­pa, j’ai un pe­tit sou­ci, j’ai fou­tu la voi­ture dans le fos­sé.’ On est sor­tis cher­cher le trac­teur et on a ti­ré la ba­gnole jus­qu’à la mai­son.”

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