Jé­ré­mie Bré­chet

So Foot - - COMPO - PAR CA­MILLE ABI­LY, FLORENT BAL­MONT, JÉ­RÉ­MIE BRÉ­CHET, YOUS­SOUF HAD­JI ET CÉ­DRIC VAR­RAULT, AVEC FLO­RIAN CADU ET GAS­PARD MANET

est double cham­pion de France avec l’OL et in­ter­na­tio­nal fran­çais. Alors qu’il pro­fite de ses beaux jours de foot­bal­leur bien­tôt qua­dra au Ga­zé­lec Ajac­cio en Corse, il a échan­gé avec Ca­mille Abi­ly (OL), Yous­souf Had­ji (Nan­cy), Florent Bal­mont et Cé­dric Var­rault (Di­jon) sur les évo­lu­tions de ce sport qu’ils pra­tiquent de­puis plus de quinze ans à haut ni­veau.

“Le jeune de­vait être meilleur que tout le monde pour ga­gner le res­pect du groupe. Si­non… Bah, tu fer­mais ta gueule et tu res­tais dans ton coin” Yous­souf Had­ji

Jé­ré­mie Bré­chet: Avec plus de quinze ans de haut ni­veau dans les pattes, qu’est-ce qui a le plus chan­gé dans le foot se­lon vous? Ca­mille Abi­ly: Pour nous, le pro­fes­sion­na­lisme, le fait de jouer dans de vrais stades de foot. Avant, on avait l’ha­bi­tude d’évo­luer dans des en­ceintes, di­sons, cham­pêtres. Alors que là, que ce soit avec l’OL ou l’équipe de France, ce sont sou­vent de grands stades, avec du monde. C’est une vraie évo­lu­tion.

Cé­dric Var­rault: Ce n’est pas pour jouer l’an­cien ou le vieux sage mais, per­son­nel­le­ment, je trouve que les ef­fec­tifs se sont consi­dé­ra­ble­ment ra­jeu­nis, com­pa­ré à mes dé­buts. Dé­sor­mais, on donne fa­ci­le­ment un sta­tut as­sez éle­vé aux jeunes sans qu’ils aient for­cé­ment mon­tré quoi que ce soit. Le long terme n’est plus in­dis­pen­sable pour être consi­dé­ré comme un bon joueur.

Florent Bal­mont: C’est vrai. Au­pa­ra­vant, il fal­lait faire une cen­taine de matchs de ligue 1 pour être per­çu comme un bon joueur, alors que main­te­nant, tu peux de­ve­nir la nou­velle co­que­luche du club en seule­ment dix ren­contres.

CV: Quand j’ai dé­bu­té, il fal­lait que le sta­giaire ou le jeune pro prouve sa va­leur à chaque en­traî­ne­ment pour res­ter dans le groupe. Main­te­nant, avec les grosses sommes d’ar­gent qu’il y a en jeu, les jeunes sont di­rec­te­ment re­liés à une énorme va­leur mar­chande.

FB: Il y a dé­sor­mais tout un cô­té mar­ke­ting qui n’exis­tait pas. La ré­flexion, c’est ça: on sent qu’il y a du po­ten­tiel chez le ga­min, on va es­sayer de le mon­trer pour ré­cu­pé­rer de l’ar­gent avec une re­vente.

CV: Du coup, on leur donne très vite un sta­tut de joueur important…

JB: Les clubs n’ont pas le choix en même temps, ils se pro­tègent. Par exemple Ibra­hi­ma Ko­na­té, de So­chaux, est par­ti en Al­le­magne sans avoir si­gné pro. Si les di­ri­geants l’avaient fait si­gner à 16 ans, il se­rait res­té plus long­temps et le club l’au­rait en­suite ven­du plus cher.

Yous­souf Had­ji: De toute fa­çon, au­jourd’hui, un joueur qui fait une bonne de­mi-sai­son va être contac­té par tout le monde. Trois ou quatre bons matchs et les gros clubs sont sur lui. Alors qu’avant…

CV: Un Sid­ney Go­vou qui marque deux buts contre le Bayern Mu­nich au­rait eu des chances de par­tir au Real le mois sui­vant s’il avait plan­té son dou­blé à notre époque… Au lieu de ça, il a dû en­quiller les bonnes pres­ta­tions pen­dant des an­nées avant d’ob­te­nir un simple sta­tut d’in­ter­na­tio­nal.

JB: Là, on est dans l’ère du “Foot­ball Cir­cus”. C’est de la faute des jour­na­listes. Grâce à eux, on est plus connus, mieux payés, on va dans de meilleurs clubs. Reste qu’un mec qui fait une bonne sai­son mais dont on ne parle ja­mais dans les jour­naux, bah 70 % des clubs eu­ro­péens ne le connaî­tront ja­mais, alors que ce­lui qui fait deux matchs, un dou­blé, et la une… Bam! Sa cote s’en­vole.

FB: Dé­but 2000, un Ky­lian Mbap­pé n’au­rait ja­mais été ache­té contre une grosse somme après quatre bons mois. Il lui au­rait fal­lu au moins deux ans pour convaincre.

YH: Vrai. Même si Mbap­pé est un cas un peu à part, c’est vrai­ment un phé­no­mène. Le vrai truc, ce sont tous les joueurs moyens qui tapent di­rec­te­ment des trans­ferts à plus de cinq mil­lions, par­fois dix, alors qu’un trans­fert de cet ordre-là ne concer­nait au­pa­ra­vant que des joueurs de classe mon­diale. Un mec comme Zi­né­dine Zi­dane, qui est par­ti de Bor­deaux à 24 ans, tu re­mets son pre­mier bon match à Cannes au­jourd’hui, il re­çoit une offre de l’étran­ger di­rect.

JB: Les in­ves­tis­seurs se sont dit: “Merde, un

“Les ré­seaux so­ciaux, c’est le plus gros dan­ger pour un joueur au­jourd’hui” Florent Bal­mont

joueur de foot c’est mieux que le dia­mant, tu le vends qua­rante mil­lions et tu en prends quatre

dans ta poche.” Al­lez hop, c’est par­ti pour le tra­ding de joueurs! Nice s’y met, Lille s’y met… Le Losc va d’ailleurs tom­ber à cause de ça. In­ves­tis­seur, ren­de­ment, for­ma­tion… C’est une co­quille vide. Pourquoi ils ont pris Biel­sa? Car c’est un for­ma­teur ex­tra­or­di­naire. On met un su­per for­ma­teur, on prend des jeunes joueurs en de­ve­nir, ils vont pas­ser de 15 à 35 mil­lions en un ou deux ans, on va rem­bour­ser tous les in­ves­tis­seurs et faire de la thune. Le foot, c’est un mar­ché. Et nous, on fait par­tie de ce bu­si­ness. Li­mite, on s’en fout que le mec soit bon, tant qu’il montre qu’il sait drib­bler quatre joueurs à un mo­ment don­né. Le PSG sait très bien qu’il sur­paie Ney­mar et Mbap­pé. Man­ches­ter Uni­ted avec Paul Pog­ba, pa­reil. Mais der­rière, il y a une lo­gique éco­no­mique avec les droits té­lé en Asie et les ventes de maillot.

CV: C’est du ga­gnant-ga­gnant. Ça per­met aux jeunes de tou­cher plus ra­pi­de­ment leurs rêves, d’ac­cé­der plus fa­ci­le­ment au plus haut ni­veau, d’avoir de bons contrats. Même si ça peut faire tour­ner cer­taines têtes. Mais prendre le me­lon, ça a tou­jours exis­té. Quand j’ai com­men­cé, cer­tains à cô­té de moi se sont en­flam­més. C’est pour ça qu’il ne faut pas s’en­fon­cer dans un dis­cours de vieux con.

YH: Je trouve que la ges­tion des joueurs par l’en­tou­rage a, elle aus­si, pas mal chan­gé. CV: C’est de­ve­nu un peu fou. Les agents sont de plus en plus nom­breux. Il y en a énor­mé­ment. Sans doute trop. Si cer­tains aiment vrai­ment leur mé­tier, d’autres dé­barquent dans le mi­lieu juste parce qu’ils voient qu’il y a de l’ar­gent à se faire, des com­mis­sions à prendre, des jeunes sur les­quels spé­cu­ler.

YH: Avant, l’agent gé­rait tout de A à Z. Main­te­nant, tu as l’en­tou­rage qui s’en mêle, que ce soit le grand-frère ou le pa­pa. Ça peut par­fois être une bonne chose, mais il ne faut pas tout mé­lan­ger. Tu as des gens qui sont spé­cia­li­sés dans cer­tains do­maines et il faut lais­ser ces gens­là faire leur taf. Il ne faut pas que la fa­mille rentre dans tous les trucs. Quand tu vois que cer­tains pères sont agents tout en étant conseillers fi­nan­ciers, il y a dan­ger. Moi, mon père ne vou­lait même pas que mon grand-frère rentre au centre. Pour lui, foot­bal­leur n’était pas un mé­tier.

CV: Per­son­nel­le­ment, au dé­but de ma car­rière, je n’em­ployais qu’un agent, qui n’in­ter­ve­nait qu’au mo­ment où je si­gnais dans un autre club. Dingue, non?

YH: Alors que là, tu as des jeunes qui né­go­cient des primes à la si­gna­ture! Im­pos­sible à une autre époque. Mais il faut bien avoir conscience que plein de clubs sur­en­ché­rissent sur le même jeune. Tout le monde a des yeux par­tout, Les émis­saires sont pré­sents sur toute la France, à l’étran­ger, et plus seule­ment concen­trés sur la ré­gion pa­ri­sienne. La com­mu­ni­ca­tion est plus fa­cile. Même en Ita­lie, ils sont au cou­rant s’il y a un bon joueur en ligue 2.

FB: En re­vanche, je ne crois pas que les trans­ferts et l’ar­gent changent quelque chose à la no­tion d’amour du maillot.

CV: Il ne faut pas flip­per: il y au­ra tou­jours des joueurs d’un seul club. Et on ne peut pas en vou­loir à un jeune joueur d’un club mo­deste de vou­loir par­tir dans une plus grosse équipe. On a tou­jours en­vie d’al­ler plus haut, c’est na­tu­rel. Ce n’est pas nou­veau. Le foot reste un bu­si­ness, avec des car­rières courtes. Il n’y a pas que l’as­pect fi­nan­cier à prendre en compte, mais aus­si l’am­bi­tion spor­tive. Jouer la coupe d’Eu­rope, être ap­pe­lé en équipe de France, ça passe par des trans­ferts dans des gros clubs.

FB: Ce qui n’em­pêche pas de se dé­fon­cer pour son club. Pre­nons l’exemple d’Eden Ha­zard, avec qui j’ai joué au Losc: il sa­vait très bien qu’il al­lait par­tir à un mo­ment, vu son po­ten­tiel, mais il s’écla­tait sous le maillot lil­lois. Et re­gar­dez son der­nier match: il se donne à fond pour re­mer­cier son club for­ma­teur. Il marque un dou­blé pour fi­nir en beau­té. Il est tou­jours res­té dans l’es­prit et a joué le jeu jus­qu’au bout alors qu’il n’était pas obli­gé. Pas mal de joueurs sont comme Eden: ils savent qu’ils doivent par­tir pour gran­dir, mais fi­nissent leur mis­sion.

CV: C’est comme le res­pect des jeunes à l’égard des an­ciens, qui se se­rait soi-di­sant per­du. Il ne faut pas ou­blier que dans le sens in­verse, les an­ciens étaient très durs avec les jeunes. YH: À Nan­cy, il y a un jeune qui fai­sait des bê­tises au centre, et un des édu­ca­teurs a dit: “Ah non, il ne faut pas trop lui ta­per des­sus, son père va se

plaindre.” Nous, on pre­nait des coups tous les jours, nos pa­rents n’étaient pas au cou­rant.

CV: Ci­rer les pompes des vieux, ça ne se fait plus. Que les jeunes portent les bal­lons à l’en­traî­ne­ment, de moins en moins…

FB: C’est clair, al­ler por­ter les buts à la fin de l’en­traî­ne­ment, ra­mas­ser les plots, c’était pour nous. On avait des ré­flexes que les jeunes n’ont plus. Au­jourd’hui, c’est à l’en­traî­neur de le ré­cla­mer. Il y a eu une forme de lais­ser-al­ler, qu’il ne faut ce­pen­dant pas confondre avec du laxisme.

YH: Moi, je me sou­viens que les an­ciens ne nous met­taient pas du tout à l’aise. Ils ne fai­saient pas d’ef­fort. Le jeune qui ar­ri­vait de­vait être meilleur que tout le monde pour ga­gner le res­pect du groupe. Si­non… Bah tu fer­mais ta gueule et tu res­tais dans ton coin.

FB: Ce n’était pas for­cé­ment mieux. Moi, je n’ai ja­mais eu de sou­ci avec la nou­velle gé­né­ra­tion. Peut-être que je suis tom­bé sur de bons groupes… En tout cas, les jeunes joueurs m’ont tou­jours ac­cor­dé un réel res­pect. JB: Tout le monde dit ‘‘les jeunes ce­ci, les jeunes

ce­la’’, mais ils se sont juste adap­tés à leur époque. La hié­rar­chie de ves­tiaire a com­plè­te­ment chan­gé. Avant, c’était l’âge et l’an­cien­ne­té qui pri­maient. Au­jourd’hui, c’est la va­leur et le po­ten­tiel. Ce­lui qui est ca­pable de faire ga­gner son équipe est le plus important. Si à un mo­ment, il ne dé­fend pas et qu’un an­cien vient lui dire,

“Oh, tu te fous de ma gueule?!”, il va lui ré­pondre qu’il marque des buts. Et il au­ra rai­son, car il va se bar­rer trois mois plus tard pour un gros

“Un Sid­ney Go­vou qui marque deux buts contre le Bayern Mu­nich au­rait eu des chances de par­tir au Real le mois sui­vant, à notre époque” Cé­dric Var­rault

contrat. Ça ne se pas­sait pas comme ça il y a quinze ans, mais c’est une évo­lu­tion lo­gique. FB: Je crois qu’on a su s’adap­ter, aus­si… CV: Il faut vivre avec son temps: le foot évo­lue, et il faut l’ac­cep­ter. On passe des bons mo­ments en­semble, même si on a vingt ans d’écart. Et c’est pour ça que je conti­nue à jouer à 38 ans. D’autres ont mal vé­cu cette dif­fé­rence entre les gé­né­ra­tions et ont pré­fé­ré tout stop­per pour cette rai­son. Il faut que les jeunes soient à notre écoute, mais il ne faut pas qu’on en abuse. C’est une al­chi­mie à trou­ver, tout sim­ple­ment.

YH: Au­jourd’hui, dès qu’un jeune ar­rive dans le groupe pro, on le met su­per à l’aise. On parle avec lui, on le chambre. Et le jeune se sent tout de suite bien. Donc c’est plus fa­cile pour lui de se mon­trer. Après, il faut faire at­ten­tion car les jeunes peuvent vite te monter des­sus et te man­quer de res­pect. Mais quand c’est bien fait, le club est vrai­ment ga­gnant.

JB: Je suis d’ac­cord avec Yous­souf. C’est nor­mal qu’on fa­ci­lite l’in­té­gra­tion des jeunes. D’ailleurs, ce qui m’a per­mis de te­nir aus­si long­temps, c’est l’aven­ture hu­maine. Ça, c’est fa­bu­leux. Il n’y a rien de plus fort que les émo­tions col­lec­tives, si­non j’au­rais fait du squash.

FB: Là, pour me mettre à la page, je me suis mis aux ré­seaux so­ciaux.

CV: Alors ça, c’est vrai­ment un truc qui n’exis­tait ab­so­lu­ment pas avant. L’avan­tage, c’est que ça per­met aux joueurs de s’ex­pri­mer, et c’est important parce qu’à l’époque, si la presse n’avait pas en­vie de dif­fu­ser la pa­role du joueur, il se re­trou­vait comme un con. L’in­con­vé­nient, c’est que c’est sa­cré­ment casse-gueule, car pro­pice aux dé­ra­pages. On ne peut pas se per­mettre de dire tout et n’im­porte quoi.

FB: Ne nous voi­lons pas la face: c’est l’un des plus gros dan­gers pour un foot­bal­leur, comme pour l’image du club. C’est vrai­ment le nou­veau truc qui peut flin­guer une car­rière, ou du moins la frei­ner sé­rieu­se­ment. On l’a vu avec Serge Au­rier, même s’il s’en tire bien: l’éti­quette est très dif­fi­cile à dé­col­ler. Si après une dé­faite, tu sors en boîte lors des mêmes soi­rées qu’on or­ga­ni­sait sans pro­blème avant, et qu’une pho­to sort sur Twit­ter, c’est la po­lé­mique.

YH: Il n’y a pas que la com­mu­ni­ca­tion qui a pris de l’am­pleur: les staffs se sont éga­le­ment élar­gis. JB: C’est vrai qu’ils sont plus im­por­tants qu’avant. Ac­tuel­le­ment, un en­traî­neur ne peut pas gé­rer tous les fac­teurs de per­for­mance. Il y en a des di­zaines. Que ce soit sur le plan phy­sique, tac­tique, technique, men­tal, psy­cho­lo­gique… Il faut presque une per­sonne pour chaque do­maine.

CA: Chez les femmes, c’est hal­lu­ci­nant. Je me rap­pelle qu’à la der­nière coupe du monde, il y avait treize per­sonnes dans le staff. Pour nous, c’était tout sim­ple­ment énorme. Il y avait la presse, le ki­né, les mé­de­cins… Tout. Des staffs de plus en plus com­plets. Ça per­met d’être en­core meilleures. Moi, quand j’ai com­men­cé, en club, il y avait un en­traî­neur et bas­ta.

YH: Avant, l’en­traî­neur fai­sait tout, mais vrai­ment tout. Le mec était en­traî­neur, pré­pa­ra­teur phy­sique, en­traî­neur des gar­diens, ad­joint… Quand j’étais jeune, en D1, je me sou­viens que les séances spé­ci­fiques de gar­dien, c’était le di­rec­teur du centre de for­ma­tion qui s’en char­geait. Main­te­nant les gar­diens ont leur en­traî­neur, leur pré­pa­ra­teur jus­qu’en CFA ou CFA 2.

JB: On a com­pris qu’on ne pou­vait pas gé­rer un dé­fen­seur comme on gère un gar­dien. Pourquoi les gar­diens ne se blessent ja­mais et font tou­jours par­tie des meilleurs joueurs de l’équipe quand celle-ci tourne bien? Parce qu’ils ont un coach par­ti­cu­lier qui en­traîne deux ou trois gar­diens maxi­mum. C’est un en­traî­ne­ment in­di­vi­dua­li­sé du dé­but à la fin.

CV: Ces en­traî­ne­ments in­di­vi­dua­li­sés dé­fi­nis en fonc­tion des ca­rac­té­ris­tiques de cha­cun touchent de plus en plus les joueurs de champ. On est de­ve­nu per­fec­tion­nistes et on s’ar­rête sur des choses dont tout le monde se fou­tait.

JB: Chose qui amé­liore, la ré­cu­pé­ra­tion, et qui nous per­met d’être en­core là à 38 ans.

YH: En dé­but de sai­son, tu fais des tests phy­siques pour sa­voir dans quel groupe tu vas évo­luer. Avant, tu avais telle dis­tance à faire et tout le monde de­vait la faire, peu im­porte ses ap­ti­tudes. On ne s’en ren­dait pas compte, mais il y avait cer­tains joueurs qui se cra­maient à cause de ça. Le gar­dien qui fait trois ki­lo­mètres par match, et le mi­lieu dé­fen­sif qui en fait treize, étaient lo­gés à la même en­seigne. Ce qui n’a pas de sens. Dé­sor­mais, on s’adapte aux ca­pa­ci­tés et aux be­soins du joueur. Ça per­met à cha­cun de mieux te­nir une sai­son, d’être plus per­for­mant.

JB: Là-des­sus, je suis en­tiè­re­ment d’ac­cord avec toi, Yous­souf. La pré­pa­ra­tion in­di­vi­duelle est dé­ter­mi­nante dans le foot­ball, tant l’as­pect phy­sique s’est dé­ve­lop­pé au plus haut point dans ce sport. Sur le long terme, tu es plus per­for­mant car on res­pecte da­van­tage tes ca­pa­ci­tés, ton rythme bio­lo­gique, et même ton pa­tri­moine gé­né­tique. Et c’est d’ailleurs pour ça qu’on trouve de plus en plus de tren­te­naires qui jouent en­core. Avant, à cet âge-là, tu si­gnais ton der­nier contrat, alors qu’au­jourd’hui, des mecs de 32 ans signent en­core des piges de trois ans.

CV: De toute fa­çon, on n’a plus le droit d’être bles­sé. Pourquoi? Parce que la concur­rence, ren­for­cée par l’ar­ri­vée pré­coce des jeunes, a lar­ge­ment gon­flé. Rai­son pour la­quelle les bains froids, par exemple, ont fait leur ap­pa­ri­tion.

JB: De­puis deux ans, je fais le Dôme, un sau­na ja­po­nais à in­fra­rouges: j’ai di­mi­nué par trois ou quatre le nombre de mes pe­tites ten­di­nites. Je n’ai plus du tout de contrac­tures mus­cu­laires. Ça me per­met d’en­chaî­ner les matchs sans me bles­ser. Les grands clubs sont, li­mite, de­ve­nus

“La hié­rar­chie de ves­tiaire a com­plè­te­ment chan­gé: avant, c’était l’âge et l’an­cien­ne­té qui pri­maient. Au­jourd’hui, c’est la va­leur et le po­ten­tiel” Jé­ré­mie Bré­chet

des so­cié­tés de re­cherche scien­ti­fique, tou­jours à la re­cherche d’amé­lio­ra­tion.

YH: Moi, quand j’ai com­men­cé dans le monde pro­fes­sion­nel, tu avais mas­sage-ja­cuz­zi et c’était ter­mi­né. Tu n’étais même pas sûr d’avoir de la place chez le ki­né. Là, tu as la cryo­thé­ra­pie, chaque joueur a son Game Rea­dy, ce truc pour gla­cer les ar­ti­cu­la­tions. Cer­tains joueurs ne peuvent pas faire de se­maine sans plon­ger dans l’eau ge­lée, ça per­met de ré­cu­pé­rer su­per vite en éli­mi­nant toutes les in­flam­ma­tions, tous les pe­tits bo­bos. Même d’un point de vue mé­di­cal, tu as des exa­mens obli­ga­toires, tu as deux prises de sang par sai­son, ça n’a plus rien à voir. Tu sens vrai­ment la dif­fé­rence.

JB: Autre chose: les da­ta. Ça doit faire moins de dix ans qu’elles sont uti­li­sées dans le foot mais le prin­cipe s’est réel­le­ment dé­mo­cra­ti­sé, même au sein des pe­tits clubs. On les uti­lise pour le re­cru­te­ment, pour la lec­ture des matchs, pour ana­ly­ser les en­traî­ne­ments…

FB: Tous ces cap­teurs qui cal­culent tout et qu’on doit por­ter… Dé­but 2000, la pré­pa­ra­tion, c’était avec un ch­ro­no­mètre et point barre. Au­jourd’hui, on nous donne notre test car­dio, la dis­tance qu’on a par­cou­rue… On re­trouve ces cap­teurs dans les stades pour dé­chif­frer le nombre d’ac­cé­lé­ra­tions, l’in­ten­si­té des courses… Ça peut être bien, mais il faut y faire at­ten­tion. Et ne sur­tout pas se ba­ser que sur ça. Les en­traî­neurs aiment bien les stats, mais ce n’est pas parque je cours treize bornes que j’ai fait un bon match. Dans cer­tains cham­pion­nats, c’est même l’équipe qui court le moins qui gagne le plus.

JB: Au­jourd’hui, le foot est plus dur pour les joueurs car la no­tion phy­sique a dé­pas­sé la no­tion tac­tique. C’est de­ve­nu trop important. Les mecs courent plus vite, plus long­temps, ils sautent plus haut. Tout est cal­cu­lé.

CA: Même s’il y a moins de moyens que chez vous, le foot féminin a va­che­ment évo­lué là­des­sus. Après, toutes les équipes ne sont pas lo­gées à la même en­seigne. C’est d’ailleurs pour ça que le ni­veau reste hé­té­ro­gène. Mais les stats sur le nombre de bal­lons tou­chés, per­dus ou ré­cu­pé­rés, ce sont des choses qu’on n’avait pas avant, et ça per­met d’amé­lio­rer la per­for­mance in­di­vi­duelle.

CV: Ni­veau équi­pe­ment, on ne peut pas pas­ser à cô­té de l’évo­lu­tion des chaus­sures.

FB: Quelle trans­for­ma­tion! Avant, il y avait un, voire deux mo­dèles disponibles dans l’an­née. Main­te­nant, les grosses marques sortent cinq ou six paires cha­cune dans la même sai­son. Et ce n’est pas pour em­pê­cher les bles­sures, c’est juste du mar­ke­ting. Ils savent que de belles chaus­sures avec des co­lo­ris qui flashent in­citent les joueurs ama­teurs et les en­fants, comme mon ga­min, à ache­ter la nou­velle paire. Si­non, concer­nant les bi­joux, je pou­vais gar­der mon al­liance. Ce qui n’est plus le cas. Il y a eu la pé­riode strap, entre les deux. Glo­ba­le­ment, on fai­sait moins de chi­chis. Les ar­bitres ne pas­saient pas des plombes à nous re­lu­quer. Au­jourd’hui, quand je mets un tee-shirt sous mon maillot, il faut qu’il soit d’une cou­leur pré­cise. Quant au bal­lon, ce n’était pas de la pierre, mais on peut dé­sor­mais s’amu­ser à lui don­ner des tra­jec­toires plus sur­pre­nantes. Quand on frappe, on peut vrai­ment faire des trucs sym­pas. C’est agréable pour nous. Moins pour les gar­diens, qui ne peuvent plus trop an­ti­ci­per. JB: Et les maillots trop larges, on en parle? FB: Non, ça ne m’a ja­mais cho­qué, moi. Il y avait plu­sieurs tailles disponibles, quand même! Si la lar­geur d’un maillot nous dé­ran­geait, il suf­fi­sait qu’on prenne une taille en-des­sous. Il ne me semble pas qu’il y avait une grosse dif­fé­rence par rap­port à main­te­nant. Non, c’est une lé­gende!•

Dans l’en­fer de Guan­ta­na­mo.

Une chose est sûre, on ne re­gret­te­ra pas les cadres pho­tos nu­mé­riques.

Sid­ney (à) Poi­tiers.

À l’époque Ben­ze­ma avait la ba­nane.

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