Vi­kash Dho­ra­soo

So Foot - - COMPO - Par Vi­kash Dho­ra­soo / Pho­tos: Iconsport et PA Images/Iconsport

a fil­mé tout le par­cours de l’équipe de France à la coupe du monde 2006 de­puis le banc de touche. Nom­mé au Fes­ti­val de ci­né­ma de Ber­lin, l’an­cien Mi­la­nais était tout in­di­qué pour prendre la ré­dac­tion en chef d’un ma­ga­zine de foot­ball, culture et so­cié­té. Il réa­lise deux en­tre­tiens XXL: ce­lui de Yoann Gour­cuff (Page 50) et l’in­ter­view croi­sée entre les cou­sins Si­na­ma-Pon­golle et Le Tal­lec

En 2003, An­tho­ny Le Tal­lec et Florent Si­na­ma-Pon­golle avaient à peine 19 ans et fai­saient leurs pre­miers pas sous les cou­leurs de Li­ver­pool, au­réo­lés d’un titre de cham­pion du monde U17. Quinze ans plus tard, le pre­mier joue en L2 à Or­léans, et le se­cond en Thaï­lande. Entre-temps, ces ex-grands es­poirs ont connu, à eux deux, plus de vingt clubs, onze pays et trois conti­nents. For­més au Havre Ath­le­tic Club, comme Vi­kash Dho­ra­soo, les deux cou­sins éloi­gnés font, avec leur aî­né, le bi­lan de leurs car­rières si­nueuses. Cal­me­ment, se re­mé­mo­rant presque chaque ins­tant, comme s’ils avaient 50 ans…

Vi­kash Dho­ra­soo: Flo, la pre­mière fois que je t’ai vu au HAC, c’était avec les pu­pilles, tu avais 11 ans. On a tout de suite de­man­dé: “Mais qui c’est lui?” Et très vite, on a ap­pris que vous étiez cou­sins.

Florent Si­na­ma-Pon­golle: Oui, cou­sins éloi­gnés. On l’a ap­pris lors d’un tour­noi à la Réunion. Il avait été nom­mé meilleur joueur et moi meilleur bu­teur, ou vice ver­sa. À un mo­ment don­né, son pa­pa veut nous prendre en pho­to tous les deux et me de­mande com­ment je m’ap­pelle. Je lui dis mon nom, il me re­garde bi­zar­re­ment: “T’es sûr, Si­na­ma-Pon­golle?” Il s’avère que la tante d’An­tho­ny est une Si­na­maPon­golle! Ce qui est gé­nial, c’est que le père d’An­tho­ny n’est pas quel­qu’un qui va vers les gens (rires). Il peut pas­ser deux jours sans par­ler à per­sonne. Je crois beau­coup au des­tin.

En­suite, vous vous re­trou­vez au Havre. FSP: Quand on s’est ren­con­trés à la Réunion cette an­née-là, j’ai si­gné un ac­cord mais je ne suis pas ve­nu tout de suite. Avec An­tho, on s’ap­pe­lait de temps en temps, mais c’était sur­tout nos pa­rents qui res­taient en contact. Et la deuxième an­née, quand son équipe est re­ve­nue et qu’on les a en­core ta­pés (rires), tout s’est fi­na­li­sé. An­tho­ny Le Tal­lec: Comme Flo était as­sez jeune, Jean

Pierre Lou­vel (pré­sident du HAC de 2000 à 2015, ndlr) a de­man­dé à mes pa­rents si on pou­vait l’hé­ber­ger une an­née, le temps qu’il ar­rive en centre de for­ma­tion. Tout na­tu­rel­le­ment, on a ac­cep­té.

FSP: Et heu­reu­se­ment que j’étais chez lui! J’ai ga­lé­ré, An­tho­ny peut vous le dire. Je suis ar­ri­vé au mois d’août au Havre et j’ai fait mon pre­mier match sept mois après. Une tra­gé­die.

“Dès qu’on en­tend mon nom, on me parle de Li­ver­pool ou de Si­na­maPon­golle. C’est comme dans Google et les re­cherches as­so­ciées” An­tho­ny Le Tal­lec

“Notre pre­mier ren­dez-vous avec Li­ver­pool pour par­tir en stage de pré­sai­son, on ar­rive en re­tard. Ima­gine deux gosses de 18 ans qui montent dans le bus avec tous les autres qui sont dé­jà là: Owen, Gerrard, Car­ra­gher… Heu­reu­se­ment, j’étais pas blanc” Florent Si­na­ma-Pon­golle

Fa­ra­tas, sa­mous­sas, rou­gail sau­cisse, tu n’avais plus tout ça…

FSP: Chan­ge­ment de nour­ri­ture, de cli­mat, d’en­traî­ne­ment… Chan­ge­ment de tout. Mon corps… laisse tom­ber! J’étais fra­gile. En­torse d’un pied, frac­ture de l’autre, cla­quage d’un cô­té, un truc de fou… À un mo­ment, j’étais en fau­teuil rou­lant. Je me rap­pel­le­rai tou­jours de mon pre­mier match. C’était à Fon­taine-laMal­let, le 5 mars. Ima­gine si j’avais été tout seul!

Quand vous le ra­con­tez, on di­rait un conte de fée dans le­quel tout le monde se re­trouve.

ALT: C’était un peu ça, la belle his­toire. On a ce lien, même si c’est très éloi­gné. À chaque fois que je dis que c’est mon cou­sin, on me traite de my­tho

(rires). Au­jourd’hui en­core, on me de­mande: “Mais c’est quoi vrai­ment votre his­toire?”

FSP: C’est lo­gique. On n’est pas cou­sins de sang, on le de­vient par ma­riage. ALT: Au­jourd’hui, dès qu’on en­tend mon nom, on me parle de Li­ver­pool ou de Si­na­ma-Pon­golle. C’est comme les re­cherches as­so­ciées dans Google. La pre­mière fois que vous êtes as­so­ciés jus­te­ment, com­ment ça se passe? FSP: On est as­so­ciés dès mon pre­mier match, di­rect! ALT: On a ga­gné 5-0. Flo marque cinq buts et je lui fais cinq passes.

FSP: Le conte de fée dure trois se­maines. Après ce match, on joue Of­fran­ville à De­laune, on gagne 3-0. Pa­reil: je mets trois buts, il me fait trois passes dé­ci­sives. Le week-end sui­vant, on joue contre une autre équipe, pa­reil. Tout est par­ti de là.

ALT: Je com­prends qu’on va de­ve­nir pro quand Flo vient chez moi et qu’on va à l’école à Saint-Jo en cin­quième. Quand je vois que le HAC met tout à dis­po­si­tion pour nous deux, que le mi­di on va man­ger à la Ca­vée Verte (stade de l’équipe ré­serve du HAC) avec les Boum­song, Beu­ze­lin, la ré­serve, les pros. On te voyait t’en­traî­ner d’ailleurs, Vi­kash…

Quand vous com­men­cez à jouer à Li­ver­pool, est-ce que vous vous dites que vous al­lez faire une car­rière comme les frères Der­rick dans Olive et Tom?

FSP: Fran­che­ment, oui. Parce que je signe après lui. An­tho fait deux-trois vi­sites avant. D’ailleurs, tu signes à ta pre­mière vi­site?

ALT: À la deuxième. Avant, j’ai fait Man­ches­ter, j’avais vu Wen­ger à Cannes, et Gé­rard Houl­lier, deux fois.

FSP: Moi j’avais fait Ar­se­nal, j’avais vi­si­té High­bu­ry, le centre, et man­gé avec Wen­ger. Deux jours après, j’ap­prends qu’An­tho­ny a si­gné à Li­ver­pool. Je de­vais al­ler à Man­ches­ter et vi­si­ter Li­ver­pool juste der­rière. Au fi­nal, mon agent a an­nu­lé Man­ches­ter et on a di­rec­te­ment vi­si­té Li­ver­pool. Quelques jours après, j’ai si­gné là-bas.

Donc vous n’avez pas été ache­tés en­semble! C’est pas du tout l’his­toire qu’on nous a ra­con­tée.

FSP: C’est comme quand on se jus­ti­fie à chaque fois sur notre départ du Havre aus­si tôt. On n’avait pas le choix. On avait une clause in­com­pré­hen­sible dans notre contrat qui di­sait que ce n’était pas pos­sible de faire une an­née en L2. Une fois que le club re­des­cend, on doit au­to­ma­ti­que­ment al­ler à Li­ver­pool. Ça, les gens ne le savent pas.

ALT: Et ce que le HAC n’a pas dit, c’est qu’ils avaient vrai­ment be­soin d’ar­gent. Ils se sont fait dix mil­lions d’eu­ros quand-même. Et quand vous ar­ri­vez à Li­ver­pool, vous vi­vez en­semble aus­si? FSP: Non, on ha­bi­tait sé­pa­ré­ment. Tu vou­lais qu’on ha­bite les deux couples en­semble? Oh, ça va al­ler! (rires) Dé­jà qu’en An­gle­terre, la ré­pu­ta­tion des Fran­çais, c’est le li­ber­ti­nage…

Qu’est-ce que c’est de jouer à Li­ver­pool, en­semble? Est-ce que tout seul, à 18 ans, c’est fai­sable?

ALT: Oui, je pense que c’est très fai­sable parce que tu as tout à dis­po­si­tion. On s’oc­cupe de toi de A à Z. Mais ça a vrai­ment ai­dé qu’on soit deux. En plus, il y avait onze joueurs qui par­laient fran­çais, et le staff, avec Gé­rard Houl­lier. À cause de ça, la pre­mière an­née, je ne par­lais pas du tout an­glais, je ne fai­sais pas d’ef­forts.

FSP: Pour le pre­mier ras­sem­ble­ment, en pré­sai­son, on par­tait en Thaï­lande. On avait ren­dez-vous le ma­tin, on nous de­mande si on veut qu’on vienne nous cher­cher et, su­per confiants, on ré­pond: “Non, t’in­quiète, on va trou­ver.”

ALT: On a ga­lé­ré... FSP: On ar­rive en re­tard pour le départ, on re­joint le groupe sur la route pour l’aé­ro­port. Ima­gine deux gosses de 18 ans qui ar­rivent dans le bus avec tous les autres qui sont dé­jà là: Owen, Gerrard, Car­ra­gher… Heu­reu­se­ment, j’étais pas Blanc. La honte! Vous pas­siez beau­coup de temps en­semble en de­hors du ter­rain? ALT: On était tout le temps en­semble. Sauf quand Flo vou­lait faire ses conne­ries. FSP: Moi j’ai ap­pris l’an­glais un peu plus vite, tu vois?

T’as pu dra­guer des meufs, c’est ça? FSP: Ouais voi­là. Moi je parle toutes les langues. J’ai trou­vé la so­lu­tion, c’est une femme dans chaque pays! (rires)

Est-ce qu’avoir une meuf, ça vous a éloi­gnés un peu? FSP: Non, parce qu’elles étaient comme des soeurs. Mon ex-femme et celle d’An­tho­ny, c’est toute une his­toire! En plus, Ophé­lie, la femme d’An­tho­ny est Black, mon ex-femme était Blanche, donc c’était comme si elle était la soeur d’An­tho­ny et qu’Ophé­lie était ma soeur. C’était drôle, je te jure! Avec elles, on pas­sait en­core plus de temps en­semble.

Vous êtes co­pains, mais vous êtes aus­si en concur­rence d’une cer­taine ma­nière, même si on vous n’aviez pas le

“C’est dom­mage qu’on n’ait pas fait un club tous les deux en ligue 1, qu’on nous mette tous les deux de­vant et qu’on voie ce que ça donne. Même à Li­ver­pool, on n’a ja­mais joué en­semble” An­tho­ny Le Tal­lec

même poste. Par exemple, quand mon grand pote Pe­guy Luyin­du­la jouait, comme l’équipe jouait avec un mi­lieu de ter­rain en moins, moi je ne jouais pas. Vous le vi­viez com­ment?

FSP: Les places étaient chères. En ré­serve, on jouait vrai­ment tous les deux en même temps, ça mar­chait pas mal. Mais en équipe pro… An­tho­ny était mi­lieu et moi je ga­lé­rais à avoir du temps de jeu face à Hes­key, Owen qui ve­nait de prendre le Bal­lon d’or… C’était un peu plus com­pli­qué. An­tho­ny com­mence beau­coup plus vite que moi. Il marque en pré­li­mi­naire de Cham­pions League.

FSP: On était tel­le­ment in­cons­cients, tel­le­ment jeunes que je ne me rap­pelle pas une quel­conque ten­sion ou quoi que ce soit sur ces choix-là. On ne par­lait même pas de foot.

Est-ce que ça vous pe­sait d’être liés? Vous n’en aviez pas marre par­fois?

FSP: Ça nous a ser­vi d’avoir des gens au­tour de nous qui avaient com­pris qu’on était liés, mais pas comme les mé­dias se l’ima­gi­naient. Et je pense qu’on a fait car­rière tous les deux aus­si grâce à ça. Parce que t’ima­gines, si on avait été liés toute notre car­rière avec tous les mo­ments qu’on a eus, on se­rait dans la merde!

ALT: Mais c’est dom­mage qu’on n’ait pas fait un club tous les deux en L1, qu’on nous mette tous les deux de­vant et qu’on voie ce que ça donne. Je sais juste que Lyon a vou­lu nous ré­cu­pé­rer en prêt quand Le Havre est des­cen­du en L2. C’était Le Guen le coach. Mais ça ne s’est pas fait.

FSP: C’est mon plus gros re­gret! Au­cun coach n’a eu l’in­tel­li­gence de se dire: “On va les faire jouer tous les deux.”

ALT: Même à Li­ver­pool, on n’a ja­mais joué en­semble. On était sé­pa­rés.

À Li­ver­pool, il y en a un qui part en pre­mier. FSP: An­tho­ny, di­rect. Il est par­ti dans les bu­reaux: “Je veux jouer avec lui!”

ALT: Moi, quand je ne le sens pas, je frappe aux portes. Ça a été la plus grosse er­reur de ma car­rière, frap­per à la porte de Be­ni­tez et lui de­man­der de par­tir à Saint-Étienne. Il est ar­ri­vé avec son ar­ma­da es­pa­gnole et je me suis de­man­dé: “Où est-ce que je vais jouer avec tous ces joueurs?”

FSP: L’an­née où An­tho­ny est par­ti, je suis res­té. Et l’an­née d’après, je vou­lais par­tir en prêt et il n’a pas vou­lu. C’est cette an­née-là que je me blesse…

Vous étiez bons? Parce que moi quand je suis ar­ri­vé à Mi­lan, le ni­veau était trop éle­vé, j’ai ex­plo­sé. J’ai tra­vaillé, j’ai réus­si à trou­ver un ni­veau même si je n’étais pas un joueur ma­jeur. ALT: Jus­te­ment, t’étais là à la fi­nale de ligue des cham­pions 2005? Je me sou­viens de t’avoir croi­sé

à la fin du match.

Ouais, sur le banc. À la mi-temps, An­ce­lot­ti me de­mande d’al­ler m’échauf­fer. Je de­vais ren­trer. Et bam bam bam, but. Il me dit: “Al­lez viens t’as­seoir à cô­té de moi.” (rires) FSP: Tu te rap­pelles de Gat­tu­so dans le tun­nel, qui chambre Car­ra­gher? Il lui dit: “Pu­tain com­ment vous avez pu ar­ri­ver en fi­nale?”

(Rires) Je me sou­viens pas de ça. Dans le ves­tiaire pour­tant c’était calme. FSP: C’est Dji­mi Trao­ré qui m’a ra­con­té ça: “J’étais à cô­té de Ja­mie, on est res­tés bouche bée. On ne pou­vait rien lui ré­pondre.” Du Gat­tu­so pur jus.

J’es­père que vous lui avez ré­pon­du, à ce con. Toi t’es sur le banc An­tho? ALT: Non, il me met en tri­bune, le sa­lo­pard de Be­ni­tez (rires). Je fais toute la cam­pagne et Har­ry Ke­well re­vient de bles­sure. Il le fait jouer ti­tu­laire et il le sort au bout de vingt mi­nutes. J’avais la rage. FSP: Moi je suis en tri­bune, bles­sé. Je me fais les croi­sés en de­mi-fi­nales de coupe contre Wat­ford. Er­reur de jeu­nesse. Je joue le match al­ler, qu’on gagne, et au re­tour, il me met sur le banc parce qu’il avait pré­vu de me mettre ti­tu­laire sur le match qu’on jouait trois jours après. J’étais dé­goû­té. T’as 19 ans, tu fais la gueule, t’as pas en­vie, donc tu t’échauffes mal. Je suis en­tré à la 84e mi­nute, et je suis res­sor­ti à la 86e. Il me

fait en­trer mi­lieu droit, il me dit: “Tu vois le mi­lieu gauche? Il va vite. Tu le suis pen­dant dix mi­nutes,

ça fe­ra le taf.” J’ai un bal­lon qui vient et au lieu de faire un in­té­rieur pied gauche à Hyy­piä, je fais un ex­té­rieur pied droit, je tape à moi­tié dans le vide et le bal­lon part à deux mètres. Je vois le pe­tit Black mi­lieu gauche an­ti­ci­per, je veux pous­ser pour rat­tra­per le coup, et là j’ai tout le poids du corps qui passe sur la jambe gauche et clac! C’est fi­ni!

La bles­sure, c’est le plus dur! On se sent seul.

FSP: J’en suis à trois croi­sés. En une car­rière, c’est cos­taud. Au­jourd’hui, je pense que sans mes en­fants… À un mo­ment don­né, tu n’y crois plus spé­cia­le­ment. Quand je vois les com­men­taires: “Il est par­ti prendre

ci, prendre-ça…” Mais la Thaï­lande m’a re­don­né une vie ex­tra­or­di­naire. Je n’ou­blie pas qu’il y a deux ans, des équipes de Na­tio­nal ne vou­laient pas me prendre en es­sai. C’est ça la vé­ri­té. On te dit que c’est parce que tu as joué à Li­ver­pool, que tu as tou­ché tant d’ar­gent, et que donc tu vas te la ra­con­ter… Je n’ai ja­mais eu, en seize ans de car­rière, de pro­blème sur mon com­por­te­ment avec au­cun club. C’est ce qui est en­core plus dur à ac­cep­ter.

Ça t’est ar­ri­vé ce genre de trucs, An­tho? Le fait de jouer dans des grands clubs te des­sert à l’ar­ri­vée? ALT: Oui bien sûr! On parle sou­vent de ma ré­pu­ta­tion, on dit qu’on était des en­fants gâ­tés. Il y a tou­jours eu

“À un mo­ment don­né, je suis tom­bé très bas. J’ai pas honte de le dire, j’ai fait trois ans de thé­ra­pie!” Florent Si­na­ma-Pon­golle

ce re­tour bi­zarre. Avant de si­gner à Or­léans, il y avait cinq-six clubs in­té­res­sés, mais ils par­laient de mon com­por­te­ment, du fait que j’étais “cra­mé”. J’ai eu la chance qu’un di­rec­teur spor­tif n’écoute pas les gens, les re­cru­teurs et tout ce qui se passe au­tour. Parce que ce qu’il faut dire aus­si, c’est qu’il n’y a pas grand monde qui connaît vrai­ment le foot. Quand j’ai vu com­ment Flo a ga­lé­ré, je trou­vais ça vrai­ment bi­zarre et stu­pide de ne pas le prendre.

FSP: Même pas me prendre, mais me voir! Après quatre ans de ga­lère et deux li­ga­ments croi­sés, je n’étais même pas dans la lo­gique de si­gner di­rec­te­ment dans une équipe, je ne suis pas fou. Mais re­gar­der ce que j’ai en­core dans le corps, les jambes, c’est bien. Ça ne leur coûte rien.

ALT: Mais il y a aus­si un pro­blème avec l’âge en France. Dès que tu passes 30 ans, ils disent que c’est fi­ni.

Au mi­lieu de tout ça, vous avez fait cha­cun votre par­cours. Vous en êtes heu­reux?

ALT: (Rires) Moi oui! Je suis fier de ma car­rière. J’ai pas eu de trous, j’ai pu vivre de ma pas­sion pen­dant beau­coup d’an­nées, jus­qu’à au­jourd’hui. Après, j’ai quelques pe­tits re­grets quand même. Quand tu signes à Li­ver­pool à 18 ans, tu te dis que tu vas vivre toute ta car­rière au plus haut ni­veau, que tu vas jouer en équipe de France, et mal­heu­reu­se­ment je n’ai pas tou­ché à ça.

FSP: Pa­reil, je suis fier. J’ai eu la chance, après avoir quit­té Li­ver­pool, d’al­ler à Huel­va, le pe­tit pou­cet de la Li­ga, d’y faire deux grosses sai­sons et de si­gner à l’At­lé­ti­co Ma­drid. Je sai­sis l’op­por­tu­ni­té quand For­lan se blesse, je re­plante des buts di­rect, je suis ti­tu­laire en Li­ga, et der­rière on m’ap­pelle en équipe de France. Là, je me suis dit que tout était ni­ckel. Et tout change quand For­lan re­vient de bles­sure. Le coach me fait un truc qu’il peut faire avec des dé­fen­seurs, mais pas des at­ta­quants… Il me dit: “Je ne vais pas te faire en­trer là, mais tu vas jouer le match de Cham­pions League mer­cre­di.” For­lan re­vient, et il met un tri­plé contre Sé­ville. Tu vas jouer quel match le mer­cre­di, après ça? Tu vas ter­mi­ner toute la sai­son sur le banc, oui. C’est la sai­son qu’il ter­mine avec 36 buts, Sou­lier d’or, et moi je me re­trouve comme An­tho­ny à jouer sur le cô­té droit. À cette époque-là, l’At­lé­ti­co a be­soin d’énor­mé­ment d’ar­gent et doit trou­ver un joueur qu’ils peuvent lais­ser par­tir en ré­cu­pé­rant une bonne somme, dix mil­lions d’eu­ros, sans que ça ne leur fasse un trou dans leur groupe. Ce joueur, c’était moi. Le Spor­ting me fait une grosse offre, l’At­lé­ti­co me fait com­prendre clai­re­ment qu’il faut que je l’ac­cepte. La plus grosse er­reur de ma car­rière. À par­tir de là, c’est la descente.

Mais pourquoi? Ça a l’air bien quand tu le ra­contes comme ça: beau sa­laire, beau contrat.

FSP: Oui, sauf que c’est une époque où j’ai au­cun in­té­rêt à par­tir. Mon ex-com­pagne est en­ceinte de huit mois, chan­ge­ment de pays, de langue, le stress de la femme en­ceinte, tu sais com­ment c’est. À cô­té de ça, j’ar­rive dans un club qui est en pleine re­cons­truc­tion, avec beau­coup d’at­tentes. C’est quand même un grand club. Et six mois après mon ar­ri­vée, chan­ge­ment de pré­sident. Comme tou­jours, le nou­veau doit dé­mon­trer que l’an­cien pré­sident a fait de la merde sur son plus gros trans­fert. Et c’est qui? C’est bi­bi! On me dit de ne plus re­mettre les pieds au Spor­ting. Là, c’était la ga­lère: je suis par­ti un an en prêt à Sa­ra­gosse…

Est-ce qu’à ce mo­ment-là, vous êtes en­core en contact?

FSP: Non, pas vrai­ment. Comme je suis par­ti très tôt loin de mes pa­rents, j’ai ap­pris à res­ter dans le si­lence et à me for­ger ain­si pour être plus fort. J’ai ap­pris tout pe­tit à ne pas ap­pe­ler mes pa­rents quand ça al­lait mal. Au­jourd’hui j’es­saye de m’ou­vrir parce que j’ai des en­fants.

ALT: Moi j’ai tou­jours re­gar­dé ce que fai­saient Flo et le HAC.

Je me rap­pelle que j’ai joué contre vous avec Lyon à Des­cha­seaux. Cette an­née-là, on vous a envoyés en ligue 2, on vous a bat­tus deux fois. Vous per­dez onze matchs de suite, c’est pas ça?

ALT: Si. Ça n’existe pas, ça. On avait une su­per équipe en plus, mais avec que des ta­rés (rires). Il y avait une at­tente de dingue pour notre pre­mière sai­son en L1. Les mé­dias nous sont tom­bés des­sus parce qu’on n’a pas mar­qué beau­coup de buts, les sup­por­ters ont été très cri­tiques. Ils sont durs au Havre, quand-même. Quand on fait monter Le Havre en pre­mière di­vi­sion, il n’y a que des éloges, et l’an­née d’après, que des cri­tiques. Je l’ai vrai­ment mal pris, je me suis ren­fer­mé sur moi-même, je ne sor­tais plus. Fi­na­le­ment j’étais content de par­tir du Havre.

Comme quoi, les foot­bal­leurs se res­semblent tous: on ne sup­porte pas la cri­tique.

ALT: Moi, je ne la sup­por­tais pas du tout! Je me de­man­dais com­ment un mec qui n’a ja­mais joué au foot pou­vait me ju­ger comme ça! J’ar­ri­vais pas à com­prendre.

FSP: Après avoir voya­gé au­tant, j’ai re­la­ti­vi­sé. Le pro­blème, c’est que les gens voient des foot­bal­leurs avant de voir des hommes. Il y a plein de per­sonnes au­jourd’hui qui n’ar­rivent pas à faire la dif­fé­rence. Il faut en­core ex­pli­quer les choses, que tu as un pro­blème dans ta fa­mille, un truc psy­cho­lo­gique, ce­ci, ce­la. Je suis tom­bé très, très bas à un mo­ment don­né. J’ai pas honte de le dire: pen­dant ma car­rière, j’ai fait trois ans de thé­ra­pie. Tu le dis parce que c’est la fin de ta car­rière, mais tu n’au­rais ja­mais pu le dire avant. FSP: C’est ça qui est triste. ALT: Moi, à un mo­ment don­né, j’ai fait ap­pel à un coach men­tal, un su­per mec: De­nis Troch. J’ai aus­si eu des sou­cis en de­hors du foot et j’avais be­soin d’un mec qui me parle. Ça aide beau­coup.

Je ne veux pas dire, mais la fin de car­rière ar­rive, les gars.

ALT: Tu penses? Moi par­fois, j’en ai marre! Les mises au vert, le tra­vail phy­sique, ne pas pou­voir man­ger ce que je veux. Je suis un gros man­geur, en plus, j’aime bien les fast food. C’est pas com­pa­tible avec le foot, le McDo, mais c’est bon. Par­fois ça fait mal à la tête de voir tes potes qui peuvent sor­tir tous les jours, qui sont bien. Nous, on ne peut pas. Sur­tout qu’à trente ans, il faut faire très at­ten­tion. Parce que les jeunes, ils poussent der­rière. Quelle que soit l’équipe. Heu­reu­se­ment, j’ai en­core la pas­sion. J’es­père jouer en­core six ans. Comme Ni­vet.

“La femme d’An­tho­ny est black, mon ex-femme était blanche, donc c’était comme si elle était la soeur d’An­tho­ny et qu’Ophé­lie était ma soeur. C’était drôle, je te jure!” Florent Si­na­ma-Pon­golle

C’est pas comme ça que tu vas cho­per Adria­na.

Plus ja­mais ça!

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.