Un tram­way nom­mé Beau­joire

So Foot - - DOSSIER - Par Abdoulaye Tou­ré PAR ALEXY BO­SET­TI, ELISE BUS­SA­GLIA, FA­BRI­CIO CO­LOC­CI­NI, JO­SÉ MA­NUEL GAR­CIA MAU­RIN, LOÏC PER­RIN ET ABDOULAYE TOU­RÉ, AVEC MA­THIEU ROLLINGER, MA­THIAS ED­WARDS, AQUILES FURLONE ET JA­VIER PRIE­TO SAN­TOS

Ré­vé­la­tion du mi­lieu nan­tais cette sai­son et joueur clé de Clau­dio Ra­nie­ri

Quand tu as la Beau­joire comme ré­fé­rence, dès que tu dé­couvres un autre stade, tu t’amuses à com­pa­rer la taille, la pe­louse, l’am­biance, la lu­mière, tout. Et fran­che­ment, je pense que c’est l’une des plus belles en­ceintes que j’ai pu fré­quen­ter. C’est mon père et mon grand frère qui m’ont trans­mis cette pas­sion. J’ai com­men­cé à y al­ler à par­tir du mo­ment où j’ai joué au foot. En tant que jeune du club, j’avais le droit d’y al­ler gra­tui­te­ment. Au­tant dire que j’en ai pro­fi­té. En gé­né­ral, c’était avec mes co­équi­piers ou des amis, mais il m’est aus­si ar­ri­vé d’y al­ler seul. J’ai gran­di dans le quartier Ma­la­koff. On avait juste à prendre un tram et à s’ar­rê­ter au ter­mi­nus pour s’y rendre. Rien de plus simple. Mon pe­tit ri­tuel, c’était d’ar­ri­ver avant l’échauf­fe­ment: j’ado­rais ob­ser­ver les joueurs et sen­tir la pres­sion monter. Le pre­mier match au­quel j’ai as­sis­té était un Nantes-Stras­bourg, en 2002-2003. C’était l’époque des Va­hi­rua, Mol­do­van, Lan­dreau, Mon­ter­ru­bio. Mon pro­fes­seur d’école pri­maire nous avait in­vi­tés, mon frère et moi. Nous étions ins­tal­lés en tri­bune Loire, un peu à l’écart du kop. Mais mon meilleur sou­ve­nir à la Beau­joire, c’est face à l’OM en 2006. Ce jour-là, j’ai eu la chance de pou­voir es­cor­ter les joueurs sur le ter­rain. Dans le cou­loir, j’avais tout fait pour être avec Franck Ri­bé­ry, quitte à pous­ser un peu tout le monde parce que je vou­lais ab­so­lu­ment être à ses cô­tés. Sauf qu’il fal­lait être en file in­dienne, et au mo­ment d’en­trer sur le ter­rain, on a tous dû re­cu­ler d’un cran et je me suis re­trou­vé à te­nir la main de Re­na­to Ci­vel­li… Sur le mo­ment j’étais dé­çu, mais quand on a fou­lé la pe­louse, je n’étais même plus im­pres­sion­né par les joueurs, juste par le stade. Je tour­nais ma tête dans tous les sens, et au mo­ment de me mettre face à la tri­bune of­fi­cielle, j’ai eu des four­mis dans les jambes. J’avais l’im­pres­sion que c’était moi qui al­lais dé­bu­ter le match. C’est ma vraie pre­mière fois sur la pe­louse de la Beau­joire. Après ça, on a ra­pi­de­ment re­ga­gné la tri­bune Loire avec mes co­équi­piers pour re­gar­der le match et en­cou­ra­ger l’équipe. On était ins­tal­lés à l’avant du kop. Quand Guillaume Nor­bert met le se­cond but, tous les sup­por­ters des­cendent la tri­bune pour se mas­ser au ni­veau des pan­neaux publicitaires. On n’était pas ha­bi­tués à ça et on a été pris dans la bous­cu­lade. On a ga­gné 2-1 mais j’ai fi­ni avec la lèvre ou­verte. Sur le coup, je ne vou­lais plus y re­tour­ner. Ça ne m’a pas em­pê­ché de vivre d’autres grandes émo­tions, comme contre Se­dan en 2013, où on a en­va­hi la pe­louse pour fê­ter la re­mon­tée en ligue 1. Des mo­ments uniques que tout fan de foot rêve de vivre. Quand au­jourd’hui j’entre sur la pe­louse, il m’ar­rive de re­pen­ser à cette pé­riode où j’étais de l’autre cô­té de la bar­rière. Après tout, j’ai au­tant de re­pères sur le ter­rain qu’en tri­bune. Je connais les chants. Ce­lui que je pré­fère est: “Qui ne saute pas n’est pas Nan­tais.” À l’époque, tout le stade le fai­sait, on sen­tait les tri­bunes vi­brer, mais vivre les choses sur le ter­rain reste in­com­pa­rable. L’am­biance au mo­ment de mon pre­mier but pro­fes­sion­nel (le 21 oc­tobre 2017 face à Guin­gamp,

ndlr), ça res­te­ra gra­vé. Avec mes potes, on s’était pro­mis que si je mar­quais, on fe­rait une cé­lé­bra­tion en­semble. Mais sur le mo­ment, l’émo­tion était tel­le­ment forte que j’ai ou­blié ce que je de­vais faire. Et quand je me suis re­trou­vé face à eux, j’ai eu un flash, ça a com­men­cé à me re­ve­nir, mais au fi­nal, je l’ai fê­té à ma ma­nière: les mains ten­dues vers la tri­bune.

“Les sup­por­ters des­cendent la tri­bune pour fê­ter le but. On gagne 2-1 mais j’ai la lèvre ou­verte” Abdoulaye Tou­ré

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