Gui­née pour ga­gner

Cham­pionne d’Afrique 2008 et 2012 avec la Gui­née équa­to­riale, joueuse du Tur­bine Pots­dam

So Foot - - TOUR DU MONDE - Par Ge­no­ve­va Añon­ma

J’ai com­men­cé à jouer à cinq ans avec des gar­çons de mon vil­lage, Mi­donde Leone, à l’ouest de la Gui­née équa­to­riale. Ce­la ne plai­sait pas du tout à ma mère, j’ai eu de nom­breux pro­blèmes avec elle à ce pro­pos et le seul sou­tien que j’avais ve­nait de mon père et de mon oncle. C’est d’ailleurs ce der­nier qui m’a fait quit­ter le vil­lage, à 13 ans, pour que je puisse al­ler à l’école dans la ville de Ba­ta. Là-bas, je jouais avec des filles du centre. Dans mon en­fance, le foot féminin de mon pays était vrai­ment bien: on n’avait rien, pas d’ar­gent non plus, mais on s’amu­sait. Puis un jour, un mon­sieur m’a vue et m’a de­man­dé de faire par­tie de son équipe, les Agui­las verdes. Mon oncle et lui se sont ar­ran­gés et c’est comme ça qu’à 15 ans, je me suis re­trou­vée à Ma­la­bo, la ca­pi­tale, pour jouer dans une équipe fé­dé­rale. J’ai connu ma pre­mière sélection na­tio­nale un an plus tard. On nous fai­sait tra­vailler tous les jours et les condi­tions n’étaient pas bonnes mais on avait le gîte, le cou­vert et des frais de sco­la­ri­té. Pour une équipe de Gui­née équa­to­riale, c’était lar­ge­ment suf­fi­sant. Quand je suis al­lée étu­dier en Afrique du Sud, j’ai été obli­gée de me faire re­cru­ter dans une équipe pour conti­nuer à jouer. Je me suis donc re­trou­vée aux Ma­me­lo­di Sun­downs. Je ne m’y en­traî­nais que trois fois par se­maine mais le ni­veau gé­né­ral était meilleur qu’au pays. En 2008, l’an­née de mon re­tour en Gui­née équa­to­riale, mon pays or­ga­ni­sait la coupe d’Afrique pour la pre­mière fois. Et nous avons ga­gné. Ça a été le plus beau jour de ma vie et, sur­tout, la pre­mière fois que ma mère me fé­li­ci­tait pour quelque chose lié au foot­ball. Pen­dant cette CAN, on m’a aus­si sus­pec­tée d’être un homme et j’ai dû prou­ver le contraire en me dé­nu­dant. Je ne sais pas com­ment cette idée est ve­nue à l’es­prit des gens, ni com­ment ils ont pu pen­ser une chose pa­reille, mais au départ ça m’a amu­sée. Puis beau­coup bles­sée, puisque j’ai presque per­du l’en­vie de conti­nuer le foot­ball. On avait dé­jà eu deux joueuses qui res­sem­blaient à des hommes dans l’équipe, Sa­li­ma­ta et sa soeur. C’est à cette époque que toutes les sus­pi­cions ont com­men­cé. C’est in­com­pré­hen­sible. Je n’ai pas d’ex­pli­ca­tion à ce­la, mais ce qui est sûr, c’est que c’est une in­sulte pour n’im­porte quelle femme d’être trai­tée d’homme. 2008, c’est aus­si l’an­née ou j’ai été re­cru­tée par l’USV Je­na, un club al­le­mand. C’était la pre­mière fois que j’étais aus­si contente, et ma mère aus­si, même si je n’étais âgée que de 19 pe­tites an­nées. Elle ne vou­lait pas que j’aban­donne mes études. À l’époque, je ne pou­vais pas voya­ger seule, car la loi gui­néenne in­ter­di­sait aux jeunes de moins de 19 ans de le faire. Je suis donc par­tie avec une tante. Après l’Al­le­magne, j’ai pour­sui­vi ma car­rière en Eu­rope, au Moyen-Orient et en Asie. Les clubs de Gui­née équa­to­riale n’ont pas un très bon ni­veau, mais au moins l’équipe na­tio­nale fé­mi­nine a de bons ré­sul­tats. Pour­tant, les femmes qui jouent au foot ne sont pas très bien per­çues dans mon pays, les hommes si. Au moins, je suis tou­jours bien re­çue au pays et je pense que ce se­ra tou­jours le cas après tout ce que j’ai fait avec la sélection. D’au­tant qu’en 2011, j’ai même été la pre­mière femme afri­caine à faire par­tie du onze de lé­gende d’une coupe du monde fé­mi­nine.

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