Dans l’oeil du Ci­clón

In­ter­na­tio­nal ar­gen­tin che­ve­lu, hin­cha et dé­fen­seur pas­sion­né de San Lo­ren­zo

So Foot - - DOSSIER - Par Fa­bri­cio Co­loc­ci­ni

“À 13 ans, j’ai fu­gué à 300 ki­lo­mètres de chez moi pour as­sis­ter à un match de San Lo­ren­zo” Fa­bri­cio Co­loc­ci­ni

Quand j’étais tout pe­tit, on m’a of­fert un maillot de Bo­ca Ju­niors à Noël. Ce n’était pas ce que j’avais de­man­dé. Moi, je vou­lais sup­por­ter la même équipe que mon grand-père: le Ci­clón. Puis, quand j’ai eu 7 ans, mon pa­pa, Os­val­do, a si­gné à San Lo­ren­zo: c’est là que mes sen­ti­ments pour ce club se sont confir­més. J’ai com­men­cé à al­ler au stade et je suis tout de suite tom­bé amou­reux de ses tri­bunes. Mon vieux était sur le ter­rain mais je ne le re­gar­dais même pas. J’étais fas­ci­né par les sup­por­ters. Ils por­taient tous des cha­peaux et des dra­peaux aux cou­leurs de l’équipe. Je vou­lais être comme eux. Je me sou­viens en­core de la fois où San Lo­ren­zo a été sa­cré cham­pion d’Ar­gen­tine après 21 ans de di­sette. C’était en 95. Je vi­vais à Bue­nos Aires, et San Lo­ren­zo de­vait jouer le match du titre à Ro­sa­rio, à plus de 300 ki­lo­mètres de chez moi. Comme j’avais 13 ans et que mon bul­le­tin sco­laire était hor­rible, c’était mis­sion im­pos­sible pour que j’y aille. Alors j’ai fu­gué. J’ai ra­con­té des bo­bards à ma mère et je suis par­ti voir le match avec un pote et son père. En ren­trant à la mai­son à 4 heures du ma­tin, ma­man dor­mait. J’ai sau­té dans son lit pour l’em­bras­ser. C’est là que je lui ai dit la vé­ri­té et que j’ai com­men­cé à chan­ter “Dale Cam­peon”. Elle était com­plè­te­ment dans le gaz, mais elle a com­men­cé à fre­don­ner, elle aus­si, le re­frain des cham­pions. Ce jour­là, le titre de San Lo­ren­zo m’a évi­té une vi­laine rouste. Plus je gran­dis­sais et plus j’ai­mais as­sis­ter aux matchs avec les bar­ras (ul­tras ar­gen­tins sul­fu­reux, ndlr). Je pre­nais soin de ne ja­mais me mettre au mi­lieu du kop, c’était dan­ge­reux, j’en avais peur. Un jour, un pote et moi sommes ar­ri­vés quelques heures avant le dé­but d’un match contre Ri­ver Plate. On a pro­fi­té du fait qu’il n’y avait qua­si­ment per­sonne en tri­bunes pour monter sur le pa­ra­va­lanche (struc­ture pré­ve­nant la chute des sup­por­ters lors des mou­ve­ments de foule). C’était notre rêve. Les bar­ras nous ont fait payer ce crime de lè­se­ma­jes­té en nous dé­ga­geant à coups de man­dales. Peu im­porte: je porte au­jourd’hui un ta­touage de mon vieux avec le maillot de San Lo­ren­zo. Beau­coup de joueurs disent qu’en de­ve­nant pros, ils ar­rêtent de sup­por­ter une équipe. Je le com­prends, mais ce n’est pas mon cas. Je n’ai ja­mais ca­ché ni per­du ma pas­sion pour San Lo­ren­zo. Pe­tit, j’ai voya­gé dans toute l’Ar­gen­tine pour suivre les matchs du Ci­clón. J’ai conti­nué à le faire même lorsque je pre­nais des va­cances avec les clubs eu­ro­péens où j’étais sous contrat. En 2011, avec mon fils, qui est aus­si fa­na­tique que moi, j’ai ain­si fait plus de 1100 ki­lo­mètres en voi­ture pour al­ler voir un match de San Lo­ren­zo. En Eu­rope, je ren­dais fous mes co­équi­piers avec ce club. Je leur mon­trais des vi­déos You­Tube, je leur fai­sais ap­prendre des chan­sons du club. J’ai tou­jours ten­té de conver­tir tout le monde à la pas­sion

azul­gra­na. C’est tout sauf un sen­ti­ment ra­tion­nel. J’ai fait mes dé­buts dans l’élite avec Bo­ca en 2001. Et quand je suis re­ve­nu du Mi­lan AC, à 19 ans, j’avais deux offres sur la table. Celle de Ri­ver Plate, un club fa­vo­ri pour le titre, qui comp­tait dans son équipe Ai­mar et Sa­vio­la. Et puis il y avait San Lo­ren­zo, une équipe avec d’énormes pro­blèmes fi­nan­ciers et spor­tifs, et des sup­por­ters en co­lère. Au mo­ment de tran­cher, mon agent m’a dit: “Va à Ri­ver, mets tes sen­ti­ments de cô­té et pense à ta car­rière.”

Même mon vieux, qui était fan du Ci­clón, me conseillait la même chose. J’ai fi­na­le­ment dé­ci­dé d’écou­ter mon coeur: j’ai si­gné à San Lo­ren­zo, avec qui j’ai rem­por­té le cham­pion­nat d’Ar­gen­tine. Ce club est un mo­tif de fier­té, et pas seule­ment pour ce qu’il fait sur le ter­rain. J’aime son his­toire, ses cou­leurs, ses gens. Ça fait par­tie de moi. Quand je ne se­rai plus joueur, je re­tour­ne­rai là-haut, en tri­bunes, comme ce ga­min fu­gueur pou­vait le faire pour voir son San Lo­ren­zo ado­ré.

der­nière ligne droite jus­qu’à So­chaux, où l’on ar­rive deux heures plus tard, sur les coups de 13 heures. Là, on dé­couvre une vé­ri­table ville fan­tôme. Le match n’étant qu’à 19 heures, on cherche un en­droit où se po­ser. Di­rec­tion Mont­bé­liard, soi-di­sant plus ani­mée. Sur place, on tombe sur un vil­lage de Noël fraî­che­ment inau­gu­ré, avec une pa­ti­noire en plein air. C’est très sym­pa, ça res­te­ra même comme le meilleur sou­ve­nir du dé­pla­ce­ment. On s’as­soit en ter­rasse pour boire quelques verres sous les yeux mé­fiants des ba­dauds, et très vite, on en­va­hit la fa­meuse pa­ti­noire en bas­kets et on s’amuse à s’en­voyer de grands tacles. On ri­gole bien, mais les lo­caux n’ar­rêtent pas de ré­pé­ter: “Ce vil­lage de Noël, c’est le seul truc qu’on a dans l’an­née, faites pas les cons.” Fi­na­le­ment, on se fait char­ger par les condés, sur qui on jette quelques chaises. C’est mar­rant, mais on se dis­perse en pe­tits

groupes avant de se re­trou­ver dans un autre bar, près du stade, où on at­tend l’es­corte po­li­cière pour se di­ri­ger vers Bo­nal. Dans le par­cage vi­si­teurs du stade, même s’il fait su­per froid, l’am­biance est bonne. Heu­reu­se­ment, c’est pour ça qu’on est là. Le foot, on s’en fout. On perd 1-0, mais c’était une pé­riode où Nice per­dait tout le temps. À la fin du match, je ré­cu­père le maillot de Ma­ma­dou Ba­gayo­ko, avec qui je joue­rai plus tard en équipe pre­mière. Le re­tour vers Nice est beau­coup plus calme qu’à l’al­ler. On est de re­tour chez nous vers 9 heures le di­manche ma­tin. Un pote me jette chez moi et part jouer son match à 11 heures. Il se pé­te­ra la cla­vi­cule, his­toire de rendre ce week-end en­core plus in­ou­bliable.

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