Les notes des jour­na­listes

So Foot - - DOSSIER - Par Ni­co­las Mau­rice-Belay

Un len­de­main de match, il y a deux types de com­por­te­ments chez les joueurs: ceux qui se ruent sur les jour­naux pour dé­cou­vrir leur note et le com­men­taire des jour­na­listes ; et ceux qui ne re­gardent même plus, par ex­pé­rience ou pour évi­ter de se mettre de mau­vaise hu­meur. L’im­pact des notes sur les joueurs en gé­né­ral est im­pres­sion­nant. Un joueur peut en­suite “boy­cot­ter” un jour­na­liste parce qu’il n’a pas ai­mé la note qu’il a re­çue. C’est de­ve­nu un su­jet sen­sible, vu l’im­pact qu’ont les jour­na­listes de nos jours. Une opi­nion –po­si­tive ou né­ga­tive– de leur part au­ra une in­fluence sur les fans… et même sur ton en­tou­rage. Un jour, en coupe de France, je sors au bout de 30 mi­nutes de jeu: le soir, un membre de ma fa­mille me de­mande pourquoi je suis sor­ti si tôt et je lui ré­ponds que je n’ai pas été bon. Le len­de­main, il lit un jour­nal qui dit que j’étais bles­sé. Il me rap­pelle: “T’es sûr que t’étais pas bles­sé?” Je suis res­té bouche bée. Re­mettre en ques­tion ton propre vé­cu, c’est ré­vé­la­teur de l’im­pact des jour­naux sur la pen­sée des gens.

Entre les joueurs, c’est un su­jet de mé­fiance, car quand un co­équi­pier est mieux no­té que toi plu­sieurs fois et que tu es­times que ce n’est pas mé­ri­té, tu peux vite faire at­ten­tion à ce que tu dis. Les “taupes”, il y en a par­tout dans un ves­tiaire, donc tu prends

tes pré­cau­tions. Une fois, à Se­dan, un co­équi­pier me dit: “T’as vu la note d’un­tel? Tu trouves qu’il a bien joué? Tu ver­ras, il y a des joueurs qui n’ont ja­mais en des­sous de 5.” Il avait plus d’ex­pé­rience que moi et ça m’a in­ter­pel­lé. D’une cer­taine fa­çon, ses paroles sont res­tées en moi puisque j’ai pu le vé­ri­fier pen­dant toute ma car­rière. Cer­tains joueurs ont les fa­veurs des jour­na­listes parce que ce sont eux qui donnent des in­fos sur ce qui se passe au sein du ves­tiaire. For­cé­ment, ce­la pose des pro­blèmes dans un groupe, et ce­la fait du foot­ball le sport col­lec­tif le plus in­di­vi­duel. Au-de­là de ce manque d’ob­jec­ti­vi­té, c’est aus­si dif­fi­cile de se faire éva­luer par des jour­na­listes qui n’ont ja­mais été foot­bal­leurs pros. Leur exi­gence à notre égard fait qu’on vou­drait leur de­man­der des comptes sur leurs propres com­pé­tences. Sa­chant que même pour nous, il est pra­ti­que­ment im­pos­sible de no­ter 22 joueurs après un match, il est dif­fi­cile d’ac­cep­ter qu’eux, ils ar­rivent à le faire chaque week-end. Heu­reu­se­ment, il y en a qui, sans avoir été pro­fes­sion­nels, ont de vraies connais­sances. Et il y a aus­si de plus en plus d’an­ciens pros qui donnent leur avis, qui est plus écou­té, et donc en­core plus éner­vant quand il est in­juste.

Il y a aus­si beau­coup de pro­pos dé­for­més par la presse. Un jour, un jour­na­liste me de­mande: “Pourquoi tu ne marques pas plus de buts?” Je lui ré­ponds que ce n’est pas dans mon état d’es­prit: “Je suis ai­lier, donc j’ai plus ten­dance à vou­loir cen­trer qu’à ti­rer. Cris­tia­no Ronaldo ou Ales­san­dri­ni marquent plus car eux, ils sont plus égoïstes, ils pensent plus à ti­rer qu’à cen­trer.” Le len­de­main, le titre de l’ar­ticle était: “Ales­san­dri­ni et Cris­tia­no Ronaldo sont égoïstes.” Je me suis de­man­dé à quoi il jouait. Cette his­toire m’a ren­for­cé dans l’idée que cer­tains jour­na­listes es­saient de foutre la merde. Le ré­sul­tat, c’est que les joueurs font at­ten­tion à ce qu’ils disent en in­ter­view et mettent la main de­vant la bouche quand ils parlent.

“Quand un co­équi­pier est mieux no­té que toi plu­sieurs fois, tu peux vite faire at­ten­tion à ce que tu dis. Les ‘taupes’, il y en a par­tout dans un ves­tiaire”

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