Femi Kuti.

Au com­men­ce­ment, il y eut Fe­la, lé­gende ul­time de la mu­sique afri­caine et in­ven­teur de l’afro­beat. De­puis trente ans, Femi Kuti, son fils aî­né, a re­pris le flam­beau sur toutes les scènes du monde. Y com­pris celle de la coupe du monde 2010, dont le chan­teu

So Foot - - SOMMAIRE - Dans les bacs: Femi Kuti, One People, One World, chez Par­ti­san Re­cords/Knit­ting Fac­to­ry.

Le fils de Fe­la, lé­gende de l’afro­beat, dé­chiffre les chances de la sé­lec­tion ni­gé­riane dans ce mon­dial russe. Et plus glo­ba­le­ment des joueurs afri­cains.

Ce se­rait quoi, un bon ré­sul­tat pour

les Su­per Eagles au mon­dial? Dès qu'une équipe afri­caine at­teint les quarts de fi­nale, on fait la fête. Si cette fois une sé­lec­tion du conti­nent at­teint les de­mi-fi­nales, ce se­ra pa­reil, on se­ra fous de joie. C'est notre pla­fond de verre. Quand l'Ar­gen­tine perd en fi­nale, il n'y a pas de pa­rade dans la rue. (Il s’agace) Ar­rê­tons d'être stu­pides, cette men­ta­li­té n'a au­cun sens. On gagne? On cé­lèbre! Tout autre ré­sul­tat est un échec.

La sé­lec­tion de cette an­née ne res­semble pas

à ses glo­rieuses de­van­cières… Elle n'a pas de su­per­stars, mais elle pos­sède des joueurs ha­bi­tués aux joutes de la Pre­mier League, comme Ke­le­chi Ihea­na­cho, John Obi Mi­kel, Alex Iwo­bi ou Vic­tor Moses. C'est le genre d'équipe où le col­lec­tif peut être plus fort que la somme des in­di­vi­dua­li­tés. Dans les an­nées 90, c'était plu­tôt le contraire et ça ne nous a pas trop réus­si… Les joueurs étaient très bons et le sa­vaient, mais l'ar­ro­gance n'est pas la prin­ci­pale rai­son à leurs éli­mi­na­tions en 94 et en 98. Ils avaient le ta­lent pour être cham­pions du monde mais ils man­quaient de repères, de concen­tra­tion. In­cons­ciem­ment, ils se sont sa­tis­faits d'être par­mi les meilleurs, pas les meilleurs. Le men­tal fait tou­jours la dif­fé­rence.

Il y 250 eth­nies au Ni­ge­ria, sou­tiennent

elles les Su­per Eagles? La plu­part d'entre elles, oui. Moi, je ne crois pas au Ni­ge­ria (comme en­ti­té po­li­tique, ndlr). J'adhère à ce que pro­fes­sait Kwame Nkru­mah

(pre­mier pré­sident du Ghana in­dé­pen­dant et théo­ri­cien du pan­afri­ca­nisme). Je conti­nue de rê­ver à une Afrique unie, une et in­di­vi­sible, qui fe­rait table rase du dé­cou­page géo­gra­phique co­lo­nial. Il y a des sé­lec­tions eu­ro­péennes qui évo­luent avec de nom­breux joueurs

aux as­cen­dances afri­caines. Tu les re­gardes

dif­fé­rem­ment? Je m'en fous. Re­garde la France, qui a ga­gné le mon­dial 98 avec des joueurs ve­nus de par­tout: Zi­dane a des pa­rents al­gé­riens, De­sailly est né au Ghana, Viei­ra au Sé­né­gal, et qu'est-ce que ça a chan­gé? Rien, c'est de­ve­nu de pire en pire. Quatre ans après, l'ex­trême droite était au se­cond tour de l'élec­tion pré­si­den­tielle…

Tu es né à Londres, tu sup­portes des clubs

an­glais? Avant, oui. Main­te­nant, non. Ga­min, je sup­por­tais les Wolves de Wol­ve­rhamp­ton, puis Man­ches­ter Uni­ted, prin­ci­pa­le­ment à cause de potes. C'est un truc d'ap­par­te­nance, de com­mu­nau­té. Avec ça, tu restes lié avec tes ho­me­boys. En­suite, la vie t'em­mène ailleurs, tu te pas­sionnes pour d'autres choses, comme la mu­sique. Je suis né à Londres mais j'ai gran­di au Ni­ge­ria. Au­jourd'hui, le foot est un spec­tacle glo­bal et les en­fants s'en­tichent d'équipes qui sont à cinq ou dix mille ki­lo­mètres de chez eux. Dé­so­lé, je ne peux plus… Com­ment m'in­té­res­ser à des joueurs, une équipe si loin de chez moi alors qu'à La­gos, il n'y a qu'une heure d'élec­tri­ci­té par jour par­fois, que le gou­ver­ne­ment est gan­gre­né et que la mi­sère est par­tout alen­tour? J'adore le foot, les beaux matchs, mais ça rend stu­pide, ça fait perdre le sens des prio­ri­tés.

“Au­jourd’hui, le foot est un spec­tacle glo­bal et les en­fants s’en­tichent d’équipes qui sont à dix mille ki­lo­mètres de chez eux. Dé­so­lé, je ne peux plus…”

Les joueurs afri­cains qui réus­sissent en Eu­rope ne sont-ils pas des mo­dèles? Bien sûr. Il y a vingt ou trente ans, per­sonne n'au­rait ima­gi­né des car­rières comme celles de Di­dier Drog­ba à Chel­sea ou Sa­muel Eto'o en Es­pagne et en Ita­lie. Leur ap­port est consi­dé­rable, et ça fait évo­luer les men­ta­li­tés. En Afrique, nous avons beau­coup de ta­lents, nous avons de très bons mé­de­cins et d'ex­cel­lents ath­lètes… Ils sont la preuve tan­gible que les Afri­cains ont du suc­cès… in­di­vi­duel­le­ment. C'est en tant que na­tions que nous avons des pro­blèmes.

Fe­la, ton père, ai­mait-il le foot? Il jouait un peu et re­gar­dait des matchs. C'était un sup­por­ter achar­né des Black Stars (il a vé­cu au Ghana

en exil) et de la Gui­née. En­fant, je me sou­viens aus­si qu'à la coupe du monde 74, il sou­te­nait Haï­ti.• PAR RR / PHO­TO: OP­TI­MUS DAMMY

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