Écri­vains en sé­rie

En France, de plus en plus sou­vent, les écri­vains se mettent à écrire ou di­ri­ger des sé­ries. Et ce­la ne fait vi­si­ble­ment que com­men­cer. Pour­quoi, comment?

Society (France) - - SCRIPT -

Les Re­ve­nants, Les Sau­vages, Ver­non Su­bu­tex…

Avec le re­cul, Em­ma­nuel Car­rère a presque des re­grets. En 2011, il tra­vaille à l’écri­ture des Re­ve­nants, la sé­rie de Ca­nal +. À l’époque, il bosse quo­ti­dien­ne­ment avec le réa­li­sa­teur Fa­brice Go­bert et Pa­trick Blos­sier, le che­fo­pé­ra­teur. Pour se fo­ca­li­ser sur ce tra­vail d’écri­ture, il met même en stand-by son nou­veau ro­man, Le Royaume. Mais l’ex­pé­rience tourne mal. Car­rère est confron­té à des “pe­tits jeunes à barbe de trois jours qui avaient l’âge d’être [s]es fils et fai­saient des moues bla­sées de­vant ce qu’[ils écri­vaient]”. Contre l’avis de ses proches, de sa femme et de son agent, il fi­nit par cla­quer la porte. Avec le re­cul, et alors que son nom est res­té dans les cré­dits comme cos­cé­na­riste de la sai­son 1, l’écri­vain ad­met vo­lon­tiers qu’il a peu­têtre ré­agi un peu vite, et un peu fort. “J’en ai eu marre, je le re­con­nais. Je pense aus­si que j’avais pas­sé l’âge. Si j’avais été plus jeune, comme Fa­brice Go­bert, je me se­rais ac­cro­ché”, confiet-il. Avant d’ana­ly­ser: “Avec un livre, on est seul maître à bord. Sur une sé­rie, on tient un rôle pré­cis dans une entreprise col­lec­tive. Pour moi, ce sont deux mé­tiers to­ta­le­ment dif­fé­rents.” Pour­tant, ils tendent ir­ré­sis­ti­ble­ment à se re­joindre. Lit­té­ra­ture et sé­ries, le ma­riage n’est pas nou­veau. À cette époque, NBC a adap­té un livre de Da­vid Si­mon, Bal­ti­more, pour pro­duire la sé­rie Ho­mi­cide. Plus tard, Da­vid Si­mon convie­ra lui même George Pe­le­ca­nos, Den­nis Le­hane et Ri­chard Price pour par­ti­ci­per à l’écri­ture de… The Wire, la sé­rie cette fois. Puis Nic Piz­zo­lat­to crée­ra lui True De­tec­tive et Tom Per­rot­ta The Lef­to­vers. Pour ne ci­ter que les cas les plus connus. Pour Ariane Hu­de­let, en­sei­gnan­te­cher­cheuse en cinéma et sé­ries à l’uni­ver­si­té Pa­ris­di­de­rot, “la hié­rar­chie cultu­relle est beau­coup moins ri­gide aux États-unis. Il y a tou­jours eu des échanges entre la lit­té­ra­ture et le pe­tit écran. En France, c’est moins dans les moeurs. Mais on fait des pro­grès: la sé­rie est de moins en moins une oeuvre au ra­bais pour les écri­vains”. Outre le cas d’em­ma­nuel Car­rère, on ap­pre­nait ain­si, il y a quelques se­maines, que Vir­gi­nie Des­pentes al­lait adap­ter son Ver­non Su­bu­tex pour Ca­nal+. Pour la même chaîne, Sa­bri Loua­tah achève, lui, en ce mo­ment, l’adap­ta­tion des quatre tomes des Sau­vages. Se­lon le cri­tique Pierre Sé­ri­sier, cette ten­dance en rap­pelle une autre. “Ce pas­sage ac­tuel du ro­man à la sé­rie fait pen­ser à ce­lui de cer­tains au­teurs des an­nées 80 et 90 vers le po­lar, alors vu comme un genre mi­neur et po­pu­laire. Pour des écri­vains comme Lu­cien de Pe­na ou To­ni­no Be­nac­quis­ta, ce­la avait un cô­té trans­gres­sif à l’époque.”

De l’oeuvre in­di­vi­duelle à l’oeuvre col­lec­tive

Dans les faits, pour­tant, tout n’est pas simple. Quand on a

“Pa­ra­doxa­le­ment, je suis ob­sé­dé par l’in­trigue quand j’écris un ro­man, et par les per­son­nages quand j’écris un scé­na­rio” Sa­bri Loua­tah

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