De­vine qui vient dor­mir ce soir

Society (France) - - SOCIAL NETWORK - – AME­LIA DOLLAH

Au té­lé­phone, Hu­go est plu­tôt la­co­nique. Sans doute ti­mide. D’ha­bi­tude, ce n’est pas lui qui ré­pond aux jour­na­listes. Mais Teresa, char­gée des re­la­tions presse chez Go­cam­bio, est ab­sente cette se­maine, et c’est le pe­tit fren­chie que l’on a char­gé de ra­con­ter l’his­toire de la start-up ir­lan­daise qui l’em­ploie. “Go­cam­bio est une pla­te­forme gra­tuite dé­diée à l’échange de ser­vices. Les uti­li­sa­teurs se di­visent en deux ca­té­go­ries: les hosts et les guests (hôtes et in­vi­tés en VF, ndlr), ex­plique-t-il. En échange d’un lo­ge­ment, les guests offrent leurs com­pé­tences –cours de langues, de cui­sine, de bri­co­lage… On trouve de tout. Les uti­li­sa­teurs se mettent d’ac­cord entre eux par échange de mails. Un jour d’hé­ber­ge­ment équi­vaut à deux heures de cours.” La start-up compte au­jourd’hui près de 12 500 uti­li­sa­teurs re­cen­sés dans 120 pays. Si les “cam­bios” se réa­lisent prin­ci­pa­le­ment en Eu­rope, le concept s’ex­porte aus­si dans le reste du monde –à Taï­wan, au Mexique ou au Ja­pon. Un rayon­ne­ment pro­met­teur pour une entreprise née il y a à peine plus d’un an, en mars 2015. C’est que pour se faire connaître au­près des in­ter­nautes, Go­cam­bio a un autre atout dans sa manche: les blogs de voyage. Des sites qui car­tonnent. “Plus de 200 ar­ticles ont été écrits par des voya­geurs-blo­gueurs dans le monde en­tier, ce qui nous a per­mis de faire connaître Go­cam­bio. En tant que toute nou­velle start-up, nous n’avons qu’un bud­get très li­mi­té consa­cré à la pu­bli­ci­té”, ex­plique Hu­go. Sur le blog de Go­cam­bio, Lu­cilla, une étu­diante ita­lienne de 22 ans, par­tage ain­si son ex­pé­rience au­près des autres uti­li­sa­teurs. Elle a ac­cueilli une guest ja­po­naise chez elle pen­dant dix jours, en échange de quelques cours de langue et de cui­sine nip­pone. “J’ai trou­vé très in­té­res­sant de par­ta­ger mon quo­ti­dien avec quel­qu’un qui a une culture com­plè­te­ment dif­fé­rente de la mienne. Je vais conti­nuer à ap­prendre le ja­po­nais, et Aya­ka et moi al­lons sû­re­ment nous re­voir à To­kyo l’été pro­chain. C’est une ex­pé­rience que je re­ten­te­rai sans doute.”

L’au­berge es­pa­gnole, pour de vrai

L’équipe de Go­cam­bio est à l’image de ses fi­dèles: mul­ti­cul­tu­relle. Une di­zaine d’em­ployés ve­nus des quatre coins du monde se cô­toient dans cette pe­tite entreprise, ins­tal­lée à You­ghal (pro­non­cer: “Yawl”) dans le com­té de Cork, au sud de l’ir­lande. “Au ni­veau de la mé­téo, ça ne me change pas trop, plai­sante Hu­go, ori­gi­naire d’amiens, avant de re­prendre, plus sé­rieu­se­ment: C’est tout de même très en­ri­chis­sant de tra­vailler dans un en­vi­ron­ne­ment aus­si cos­mo­po­lite. De temps en temps, on or­ga­nise des re­pas où cha­cun rap­porte un plat de son pays. En plus, je peux pra­ti­quer mon an­glais avec des col­lègues ir­lan­dais, ita­liens ou co­réens, entre autres. Ça donne par­fois lieu à des qui­pro­quos, mais de ma­nière gé­né­rale, on s’en­tend bien.” Le Fran­çais de la bande avoue n’avoir en­core ja­mais tes­té le “cam­bio”: “Peut-être un jour, pour­quoi pas… Mais Ro­sie va en faire un cet été.” Ro­sie, c’est la “ma­na­ging di­rec­tor” de l’équipe. “Mon job consiste à faire en sorte que les pro­jets des dif­fé­rents ser­vices –com­mu­ni­ca­tion, tech­nique, com­mer­cial– se co­or­donnent bien entre eux. On forme une équipe in­ter­na­tio­nale, alors je fais aus­si gaffe à ce qu’on main­tienne une bonne co­hé­sion de groupe”, dit-elle. La jeune femme de 33 ans a quit­té l’ir­lande du Nord il y a dix ans pour re­joindre l’autre cô­té de la fron­tière. Elle par­ti­cipe au pro­jet Go­cam­bio de­puis son lancement, mais elle s’ap­prête à de­ve­nir host pour la pre­mière fois. Au mois d’août pro­chain, elle ac­cueille­ra deux Fran­çaises, en échange de quelques ba­siques de la langue de Mo­lière pour sa fille de 19 mois. “À cet âge, les en­fants sont de vraies éponges”, jus­ti­fie la ma­man, qui compte aus­si ap­prendre à cui­si­ner des crêpes “à la fran­çaise” et par­faire sa tech­nique en ma­quillage. “Mes guests ne sont pas du tout ma­quilleuses pro­fes­sion­nelles, non, pré­cise Ro­sie. Mais c’est ça qui est chouette: on n’est pas obli­gé d’être ex­pert dans un do­maine pour ai­der son hôte à ap­prendre.”

Le troc de ser­vices entre par­ti­cu­liers fait de l’oeil aux nou­veaux en­tre­pre­neurs de l’éco­no­mie col­la­bo­ra­tive. Les pla­te­formes du genre poussent sur le web comme des cham­pi­gnons. Pour­tant, à voir le de­si­gn vieillot des sites internet et la dif­fi­cul­té à contac­ter leurs uti­li­sa­teurs, la réus­site du concept pa­raît en­core in­cer­taine. Sur­tout quand il s’agit de faire son trou dans le sec­teur de l’hé­ber­ge­ment col­la­bo­ra­tif, où la place est dé­jà prise. “Quand on veut évi­ter les hô­tels ou les au­berges de jeu­nesse, il existe dé­jà Airbnb ou le couch­sur­fing. On paie ou pas, mais c’est en­core rare de don­ner deux heures de son temps pour en­sei­gner quelque chose”, ana­lyse ain­si Guillaume, un globe-trot­ter plu­tôt adepte de couch­sur­fing. Pour l’ins­tant, seuls 250 échanges ont été ef­fec­tués grâce à Go­cam­bio. Mais l’équipe mi­jote dé­jà des pro­jets d’ex­pan­sion. Ro­sie la pre­mière: “Je m’oc­cupe ac­tuel­le­ment de trou­ver des fi­nan­ce­ments pour que l’on puisse pas­ser à une autre étape de notre dé­ve­lop­pe­ment. L’avan­tage avec le mo­dèle de Go­cam­bio, c’est que l’on peut s’adres­ser à des in­ves­tis­seurs du monde en­tier.”

“En échange d’un lo­ge­ment, les guests offrent leurs com­pé­tences –cours de langues, de cui­sine, de bri­co­lage… On trouve de tout”

Hu­go, de l’équipe Go­cam­bio

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