Comment sur­vivre à la mor­sure d’un co­bra?

Society (France) - - RÉUSSIR SA VIE - – MARC BEAUGÉ

Comment la faire cra­quer? Ce­la fait une se­maine que vous avez ren­con­tré cette jeune tou­riste ins­tal­lée dans le même hô­tel-club de Bom­bay que vous et, im­per­cep­ti­ble­ment, vous vous en­fon­cez dans la friend­zone. Il est urgent de lui en mettre plein la vue, pour sor­tir de cette spi­rale in­fer­nale. Re­mon­té comme un cou­cou, vous la traî­nez donc vers le char­meur de ser­pents ins­tal­lé au coin de la rue. Un pe­tit billet, et hop! voi­là que l’homme au tur­ban vous tend sa flûte. La belle semble tout ex­ci­tée. Quelques notes de musique plus tard, le co­bra royal se dresse sous ses yeux amou­ra­chés. La par­tie est presque ga­gnée quand, sou­dain, cette sa­lo­pe­rie vient de vous mordre la main! Bor­del! La dose lé­tale 50 (DL50) du ve­nin du co­bra royal étant de 1,31 mg/kg, ce qui en fait l’un des ser­pents les plus re­dou­tables, la si­tua­tion est grave. Que faire pour ne pas dé­cé­der sur-le-champ, et ain­si pas­ser pour un lo­ser aux yeux de ma­de­moi­selle? Plus en­core que d’ha­bi­tude, il est cru­cial que vous res­tiez calme. En ef­fet, plus votre coeur bat­tra vite, plus votre flux san­guin aug­men­te­ra au­tour de la zone af­fec­tée, plus le taux de toxine se dif­fu­se­ra dans votre sang. Pour ra­len­tir la dis­per­sion du ve­nin, veillez aus­si à ce que la mor­sure reste bien en des­sous du ni­veau de votre coeur. Dans la me­sure du pos­sible, gar­dez donc la main basse. Et abs­te­nez-vous de toute ini­tia­tive mal­heu­reuse. Si vous la­vez la bles­sure, les doc­teurs met­tront plus de temps à iden­ti­fier le ser­pent qui vous a bles­sé. Si vous l’in­ci­sez pour su­cer le ve­nin, comme cer­tains le pré­co­nisent, vous ac­cé­lè­re­rez le sai­gne­ment et cau­se­rez sans doute une né­crose ou une in­fec­tion. Con­ten­tez-vous donc de nouer, sans le ser­rer ex­ces­si­ve­ment, un ban­dage cinq cen­ti­mètres en­vi­ron au-des­sus de la bles­sure. Ce­lui-ci blo­que­ra l’af­flux san­guin et évi­te­ra que le ve­nin ne se ré­pande dans votre sys­tème. En­fin, priez. Priez très fort. En ef­fet, seuls deux types de sé­rum an­ti­ve­nin per­mettent de trai­ter les mor­sures de co­bra royal. La Croix-rouge thaï­lan­daise en pro­duit un. Le Cen­tral Re­search Ins­ti­tute in­dien pro­duit l’autre. Mais ce­lui-ci n’est que très mo­des­te­ment dis­tri­bué. Si vos se­cours n’en sont pas équi­pés, la neu­ro­toxine conte­nue dans le ve­nin conti­nue­ra donc d’at­ta­quer votre sys­tème ner­veux, votre vi­sion se brouille­ra, vous se­rez vic­time de ver­tiges sui­vis d’une pa­ra­ly­sie fa­ciale, votre sys­tème res­pi­ra­toire ces­se­ra en­suite de fonc­tion­ner, puis vous tom­be­rez dans un co­ma hy­poxique. Fi­na­le­ment, vous dé­cè­de­rez par as­phyxie. Et là, vous pour­rez dire au-re­voir pour de bon à votre tar­get!

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