“Il faut res­ter pru­dent”

Joël Gom­bin, po­li­to­logue, spé­cia­liste du Front na­tio­nal

Society (France) - - RÉACTIONS - – BB

“C’est sans conteste le meilleur score ja­mais ob­te­nu par le FN et l’ex­trême droite à une élec­tion na­tio­nale de pre­mier plan. De ce point de vue-là, c’est un suc­cès. Près de onze mil­lions de voix, soit le double de 2002, c’est consi­dé­rable. Dans le même temps, Ma­rine Le Pen avait fait naître de telles at­tentes au sein du par­ti que cet ex­cellent score ap­pa­raît au­jourd’hui mal­gré tout comme un échec: il est en de­çà de ce qui était pro­mis. Son père me­nait la stra­té­gie de ‘l’at­tra­pe­tout’ en es­sayant de pro­gres­ser dans tous les sec­teurs de la so­cié­té. Ma­rine Le Pen, elle, a choi­si de se concen­trer sur un élec­to­rat de classe po­pu­laire et de France pé­ri­phé­rique, dans le­quel elle at­teint des ni­veaux ex­trê­me­ment im­por­tants. Mais elle n’ar­rive pas à élar­gir au-de­là. Ça a été confir­mé par les ré­sul­tats du pre­mier tour, où elle a re­cu­lé en nombre de voix par rap­port à 2012 dans plu­sieurs villes de plus de 100 000 ha­bi­tants. Cette stra­té­gie marche pour se consti­tuer un bon socle de pre­mier tour, mais est beau­coup moins ef­fi­cace pour de­ve­nir ma­jo­ri­taire. Di­manche soir, Ma­rine Le Pen a an­non­cé un ob­jec­tif de ‘grande trans­for­ma­tion du Front na­tio­nal’. Mais il faut res­ter pru­dent: tout au long de son his­toire, le FN a an­non­cé à de mul­tiples re­prises son dé­pas­se­ment dans des struc­tures plus larges. Ma­rine Le Pen elle-même a fait le coup avec le ras­sem­ble­ment Bleu Ma­rine. Donc il faut voir ce qu’il en se­ra cette fois-ci, et quelle est la na­ture du mou­ve­ment qu’elle en­tend créer. Je vois un obs­tacle de taille avec les élec­tions lé­gis­la­tives, qui as­surent une grande par­tie du fi­nan­ce­ment des par­tis po­li­tiques en France: je doute qu’elle puisse lan­cer quoi que ce soit d’ici le dé­pôt

des can­di­da­tures. En réa­li­té, il s’agi­ra sû­re­ment d’un tour de pas­se­passe: le FN de­meu­re­ra, au moins à court terme, mais il pour­rait y avoir, à cô­té, une marque élec­to­rale qui ras­sem­ble­ra un peu au-de­là, afin de ca­pi­ta­li­ser sur le ral­lie­ment de Ni­co­las Du­pont-ai­gnan, même si je ne suis pas sûr qu’il amène tant de troupes et d’élec­teurs que ce­la. Ça peut être le dé­but d’une dy­na­mique plus large, mais c’est loin d’être ac­quis. Les lé­gis­la­tives vont être im­por­tantes. En in­terne, le FN se donne l’ob­jec­tif d’une cin­quan­taine de dé­pu­tés. Ce n’est pas in­fai­sable… Si le FN y par­vient, ce­la va lui don­ner de l’air pour mettre en place cette stra­té­gie d’élar­gis­se­ment de son au­dience po­li­tique. À l’in­verse, si les élec­tions s’avé­raient dé­ce­vantes, il pour­rait y avoir des dé­bats beau­coup plus vi­ru­lents en in­terne.”

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