L’autre his­toire de La Ro­tonde.

Society (France) - - SOMMAIRE - PAR VIC­TOR LE GRAND ET THO­MAS PITREL

Au soir du pre­mier tour de l’élec­tion, Em­ma­nuel Macron fê­tait son score à La Ro­tonde, sus­ci­tant de nom­breuses cri­tiques. Mais c’est sur­tout là, entre 2011 et 2012, que le jeune homme, en­tou­ré d’ex­perts, avait écrit le pro­gramme éco­no­mique du can­di­dat Hollande.

Au soir du pre­mier tour de l’élec­tion pré­si­den­tielle, Em­ma­nuel Macron avait fê­té le ré­sul­tat à La Ro­tonde, sus­ci­tant de nom­breuses cri­tiques: trop de triom­pha­lisme, trop de bling-bling… Mais pour le nou­veau pré­sident, le res­tau­rant du 105 bou­le­vard du Mont­par­nasse in­carne sur­tout autre chose: c’est là, entre 2011 et 2012, qu’il avait réuni au­tour de lui un groupe d’ex­perts pour écrire le pro­gramme éco­no­mique du can­di­dat Hollande. Re­tour à La Ro­tonde.

Le se­cond tour de l’élec­tion pré­si­den­tielle n’est que dans cinq jours et l’équipe d’em­ma­nuel Macron ne sait pas en­core où elle fê­te­ra l’éven­tuelle vic­toire de son cham­pion. “Il y a un pro­blème de mé­téo, il pour­rait pleu­voir, donc on ne sait pas si on se réunit en in­té­rieur ou en ex­té­rieur”, s’in­quiète Sta­nis­las Gue­ri­ni, ré­fé­rent En marche! à Pa­ris. Une chose est sûre: la fête ne de­vrait pas se dé­rou­ler à La Ro­tonde, où le dî­ner du can­di­dat au soir du pre­mier tour lui avait va­lu d’être com­pa­ré à Ni­co­las Sar­ko­zy et sa soi­rée de 2007 au Fou­quet’s. Peu im­porte si à la carte, les prix de La Ro­tonde n’ont rien à voir avec ceux du res­tau­rant his­to­rique des Champ­sé­ly­sées. L’image a lais­sé des traces. Et il n’y a pas que la com­pa­rai­son avec Ni­co­las Sar­ko­zy qui a bles­sé les ma­cro­nistes dans cette af­faire. Il y a aus­si celle avec Fran­çois Hollande. En 2011, après sa vic­toire à la pri­maire so­cia­liste, c’est éga­le­ment à La Ro­tonde que l’alors fu­tur pré­sident avait fê­té son suc­cès. Et c’est éga­le­ment ici qu’à la même époque, Em­ma­nuel Macron a ani­mé un cercle d’éco­no­mistes char­gés d’abreu­ver la cam­pagne d’hollande en idées nou­velles. “Pour être sin­cère, il y a tel­le­ment d’at­taques de nos ad­ver­saires sur le thème de la conti­nui­té d’em­ma­nuel Macron avec le quin­quen­nat de Fran­çois Hollande que l’on est at­ten­tifs à ce fil rouge, ad­met Sta­nis­las Gue­ri­ni. Je suis per­sua­dé que l’on porte quelque chose de dif­fé­rent, donc on ne veut pas nour­rir ce truc.” Les par­ti­ci­pants aux réunions or­ga­ni­sées par Em­ma­nuel Macron n’ont pas la même pu­deur.

Ce que l’on a fi­ni par ap­pe­ler “le groupe de La Ro­tonde” est sans doute né le 14 mai 2011. Ce jour-là, un po­li­cier new-yor­kais passe une paire de me­nottes à Do­mi­nique Strauss-kahn et anéan­tit ain­si ses chances de de­ve­nir un jour pré­sident de la Ré­pu­blique, pla­çant un cer­tain nombre de ses sym­pa­thi­sants dans le désar­roi. Vers qui, alors, vont-ils bien pou­voir se tour­ner dans l’op­tique de la pri­maire du PS pré­vue en oc­tobre? Un pe­tit groupe d’amis éco­no­mistes ten­dance so­ciale-li­bé­rale, com­po­sé d’élie Co­hen, an­cien du CNRS, de Gil­bert Cette, pro­fes­seur à l’uni­ver­si­té Aix-mar­seille, de Phi­lippe Aghion, du Col­lège de France, et de Jean Pi­sa­ni-fer­ry, an­cien conseiller éco­no­mique de DSK, jette alors son dé­vo­lu sur Fran­çois Hollande qui vient de prendre la tête des in­ten­tions de vote. “On l’a sur­tout choi­si parce qu’il avait un vrai dis­cours de ré­forme”, pré­cise Gil­bert Cette. De son cô­té, Phi­lippe Aghion, plu­tôt proche de Sé­go­lène Royal jusque-là, ne pen­sait pas la can­di­date bat­tue de 2007 “ca­pable de faire dé­ga­ger Sar­ko­zy”. Il lance alors les pre­miers ha­me­çons, en ren­dant vi­site au can­di­dat dans son bu­reau de l’as­sem­blée na­tio­nale. Les connexions se font. Quelques jours plus tard, une ren­contre est or­ga­ni­sée entre l’équipe d’ex­perts et celle de Hollande, qui réunit Michel Sa­pin, Pierre Mos­co­vi­ci et un jeune énarque dis­cret qui n’ap­pa­raî­tra ja­mais dans l’or­ga­ni­gramme de cam­pagne puisque en­core em­ployé par la banque d’af­faires Roth­schild & Cie: Em­ma­nuel Macron. À l’époque, Phi­lippe Aghion est le seul à le connaître. Il l’a croi­sé lors de la com­mis­sion At­ta­li, créée en 2007 par Ni­co­las Sar­ko­zy pour re­lan­cer la crois­sance fran­çaise et où Macron a fait ses classes en tant qu’ins­pec­teur des fi­nances. “On se connais­sait bien et on s’ap­pré­ciait beau­coup”, glisse Aghion, qui avait dé­jà pré­sen­té le jeune pro­dige à quelques connais­sances, mais pas en­core à ceux qu’il nomme ses “co­pains éco­no­mistes”. Lors d’un dî­ner à La Ro­tonde, la dé­ci­sion est prise: le groupe se réuni­ra ici une fois par semaine et Em­ma­nuel Macron fe­ra le “go-bet­ween” pour four­nir Fran­çois Hollande en notes de syn­thèse.

Éco­no­mistes contre po­li­tiques

Le ve­lours rouge est par­tout. Sur les sièges, sur le sol et au pla­fond. Les lampes à franges sont d’époque, comme la clien­tèle, faite d’ha­bi­tués ac­cueillis par une poi­gnée de main et ve­nus dé­gus­ter en so­lo la for­mule à 24 eu­ros en li­sant le jour­nal du jour. Sur les nappes en pa­pier s’ac­cu­mulent les noms des cé­lé­bri­tés pas­sées par là: Coc­teau, Pi­cas­so, Lé­nine, He­ming­way. Che­veux go­mi­nés en ar­rière, Gé­rard Ta­fa­nel sur­veille le ma­nège des ser­veurs. Il di­rige La Ro­tonde avec son frère Serge, troi­sième gé­né­ra­tion d’une très ty­pique fa­mille de res­tau­ra­teurs au­ver­gnats. “Le groupe ve­nait le soir et s’ins­tal­lait dans le sa­lon du haut, qui était un peu plus in­time à l’époque, évoque le pa­tron de la bras­se­rie. Ils pre­naient quel­que­fois un plat simple ou une en­trée simple, et par­fois ils ne man­geaient pas, ils ne fai­saient que boire... On a vu dé­fi­ler Michel Sa­pin, Jean-pierre Jouyet, des gens qui sont de­ve­nus mi­nistres par la suite.” C’est Phi­lippe Aghion qui a choi­si le lieu. En plus du noyau dur, d’autres éco­no­mistes sont in­vi­tés à ve­nir en­ri­chir la ré­flexion. Em­ma­nuel Macron ra­mène éga­le­ment quelques-uns de ses ca­ma­rades de pro­mo de L’ENA. “On voyait qu’il do­mi­nait ses co­pains de la tête et des épaules, consi­dère au­jourd’hui Élie Co­hen. Il avait toutes les ap­pa­rences d’un lea­der, d’un chef de bande, de quel­qu’un qui or­ga­ni­sait dé­jà son ré­seau au­tour de lui.” Si les réunions sont par­fois dé­lo­ca­li­sées dans une salle de la tour Mont­par­nasse ou de l’as­sem­blée na­tio­nale, elles se dé­roulent gé­né­ra­le­ment de la même ma­nière. En in­tro­duc­tion, un ou deux membres du groupe pré­parent une pré­sen­ta­tion sur un thème, lors de la­quelle ils ex­posent leurs idées de ré­forme. S’en­suit gé­né­ra­le­ment l’in­ter­ven­tion d’un contra­dic­teur, puis un tour de table, et en­fin un dé­bat par­fois ani­mé. “Cha­cun ap­por­tait quelque chose dans son do­maine, dé­taille Gil­bert Cette. Cer­tains di­saient: ‘Ça n’a pas de sens sur le plan ju­ri­dique’, ‘Les hy­po­thèses avan­cées sont trop fa­vo­rables’ ou ‘Ça va trop vite, trop len­te­ment’. Par exemple, je pré­co­ni­sais l’in­ver­sion de la hié­rar­chie des normes dans la ré­forme du code du tra­vail, et les ac­teurs du groupe n’étaient pas tous d’ac­cord.” Dé­tail amu­sant avec le re­cul, Jé­rôme Ca­hu­zac est pré­sent lors de la réunion abor­dant le su­jet de la fis­ca­li­té. “On avait beau­coup par­lé des niches fis­cales ce jour-là. On ne le sa­vait pas en­core mais Hollande avait dé­jà pré­vu de confier des res­pon­sa­bi­li­tés sur le su­jet à Jé­rôme”, sou­rit Co­hen. Après ces échanges, qui durent par­fois cinq ou six heures, Em­ma­nuel Macron est char­gé de syn­thé­ti­ser les conclu­sions dans une note adres­sée à Fran­çois Hollande. Sur son or­di­na­teur, Phi­lippe Aghion conserve en­core au­jourd’hui les dif­fé­rents fi­chiers d’une di­zaine de pages aux in­ti­tu­lés clairs: “Fh_é­du­ca­tion”, “Fh_im­mi­gra­tion”, “pour mon­trer que l’im­mi­gra­tion est très im­por­tante pour notre éco­no­mie”, ou “Fh_­co­hen7”. “C’était du sé­rieux, on n’était pas là pour pa­la­brer, hein.” Après la vic­toire de Hollande à la pri­maire, le 16 oc­tobre 2011, il s’agit de se pen­cher sur le fu­tur pro­gramme du can­di­dat à la pré­si­den­tielle. En­core une fois, c’est Macron qui se charge de com­pi­ler toutes les pro­po­si­tions dans un épais rap­port fi­na­le­ment re­mis en fé­vrier 2012. En­suite? “En­suite, on est sor­tis du jeu”, sou­rit Élie Co­hen. Em­ma­nuel Macron, lui, est res­té bien pré­sent. Son rôle? Être le ga­rant des idées du groupe de La Ro­tonde au­près de Fran­çois Hollande, qui entre dans la der­nière par­tie de sa cam­pagne. Ce qu’élie Co­hen ap­pelle “la phase po­li­tique”, chère au can­di­dat. “Il nous di­sait sou­vent: ‘Vous êtes les ex­perts, je suis le po­li­tique. Ce ne sont plus vos af­faires’, pour­suit l’éco­no­miste pré­fé­ré de C dans l’air, alors plu­tôt op­ti­miste. Hollande, comme Macron d’ailleurs, quand vous les pra­ti­quez, ils sont ave­nants, sou­riants,

“Ils ve­naient le soir et s’ins­tal­laient dans le sa­lon du haut. On a vu dé­fi­ler Michel Sa­pin, Jean-pierre Jouyet, des gens qui sont de­ve­nus mi­nistres par la suite” Gé­rard Ta­fa­nel, pa­tron de La Ro­tonde

à l’écoute, vous pou­vez avoir le sen­ti­ment que vous avez rem­por­té la par­tie.” Mais Co­hen & Co vont ra­pi­de­ment dé­chan­ter: à la lec­ture du pro­gramme, il ne reste plus grand­chose de leurs nom­breuses pro­po­si­tions. La rai­son? “Il pas­sait en même temps des com­pro­mis avec Mar­tine Aubry (deuxième de la pri­maire, ndlr) pour s’as­su­rer de l’uni­té du Par­ti so­cia­liste… J’aime beau­coup Mar­tine Aubry, mais c’est du pas­sé”, s’agace en­core au­jourd’hui Phi­lippe Aghion. Élie Co­hen est plus phi­lo­sophe: “La sé­pa­ra­tion du tra­vail des ex­perts et de ce­lui des po­li­tiques n’a ja­mais été mieux illus­trée que dans ce fonc­tion­ne­ment­là.” Pour Jean-her­vé Lo­ren­zi, ça n’au­rait pas tel­le­ment pu se dé­rou­ler au­tre­ment. Le pré­sident du Cercle des éco­no­mistes s’est ren­du à quelques réunions de La Ro­tonde et n’en garde pas un sou­ve­nir im­pé­ris­sable. “Ils res­taient un peu entre eux, j’ai vite com­pris que je ne ser­vi­rais à rien.” Il s’ex­plique: “Le groupe de La Ro­tonde, c’est un peu comme Tho­mas Pi­ket­ty avec Be­noît Ha­mon: une sorte de cau­tion, alors qu’en réa­li­té, Hollande n’a ja­mais vrai­ment vou­lu s’en­tou­rer d’éco­no­mistes.” Pour une rai­son toute simple, se­lon Lo­ren­zi: “Il a toujours pen­sé qu’il était lui-même un éco­no­miste et qu’il com­pre­nait tout à l’éco­no­mie mon­diale, alors qu’il n’y com­pre­nait rien.” Ce­rise sur le gâ­teau: la taxe à 75% sur les plus hauts re­ve­nus, an­non­cée par Hollande et vou­lue par le PS, alors que Jean-luc Mé­len­chon gagne du ter­rain dans la cam­pagne. Le groupe de La Ro­tonde re­jette la me­sure en bloc: fa­vo­rable à “l’éco­no­mie de l’offre”, il a long­temps pré­co­ni­sé de mettre en place un “choc de com­pé­ti­ti­vi­té” pour les en­tre­prises en bais­sant leurs charges. Un dis­cours sou­vent as­so­cié à la droite en ma­tière d’éco­no­mie mais qui sem­blait, au dé­part, sé­duire Fran­çois Hollande. “Il en­trait en rup­ture avec la tra­di­tion key­né­sienne du Par­ti so­cia­liste et se sou­ciait de trucs aus­si bi­zarres pour la gauche que les ques­tions de pro­duc­ti­vi­té et de com­pé­ti­ti­vi­té”, ex­plique Élie Co­hen. Ju­gé trop cli­vant à gauche par Michel Sa­pin, le concept ne se­ra fi­na­le­ment pas re­te­nu, mais ins­pi­re­ra for­te­ment la créa­tion du CICE (Cré­dit d’im­pôt pour la com­pé­ti­ti­vi­té et l’em­ploi) quelques mois plus tard. Dont les ar­ti­sans ne sont autres que… Michel Sa­pin et Em­ma­nuel Macron, dé­sor­mais se­cré­taire gé­né­ral ad­joint de l’ély­sée et cible de l’aile gauche du PS, qui voit en lui un “té­lé­gra­phiste du Me­def ”.

L’esprit de La Ro­tonde est-il toujours vi­vant?

Las, Em­ma­nuel Macron dé­mis­sionne du ca­bi­net pré­si­den­tiel, pense à créer une so­cié­té de con­seil fi­nan­cier, mon­ter une start-up dans la Si­li­con Val­ley et sol­li­cite même Phi­lippe Aghion, pro­fes­seur à

“Pen­dant les dis­cus­sions, Em­ma­nuel Macron do­mi­nait ses co­pains de L’ENA de la tête et des épaules. C’était un chef de bande, quel­qu’un qui or­ga­ni­sait dé­jà son ré­seau au­tour de lui” Élie Co­hen, éco­no­miste et membre du groupe de La Ro­tonde

Har­vard, pour don­ner des cours sur l’eu­rope à la pres­ti­gieuse uni­ver­si­té amé­ri­caine. “Je lui avais trou­vé un bu­reau”, fan­fa­ronne Aghion. Il n’en se­ra rien. Deux mois plus tard, Macron est rat­tra­pé par la manche par Hollande, qui le nomme mi­nistre de l’éco­no­mie, de l’in­dus­trie et du Nu­mé­rique. Avec dans son car­table un pro­jet à son nom: la loi Macron. L’ob­jec­tif? “Dé­ver­rouiller l’éco­no­mie fran­çaise”, dit le néo-mi­nistre. En­core une idée que pré­co­ni­sait le groupe de La Ro­tonde, et en­core une idée qui va se heur­ter aux contraintes po­li­tiques. À droite, cer­tains dé­pu­tés sont d’ac­cord sur le fond mais ne veulent pas la vo­ter parce qu’ils sont dans l’op­po­si­tion ; à gauche, mal­gré une ma­jo­ri­té par­le­men­taire, les fron­deurs veulent fron­der. Par pré­cau­tion, Ma­nuel Valls, Pre­mier mi­nistre, passe en force en uti­li­sant l’ar­ticle 49.3 de la Consti­tu­tion, mal­gré les heures pas­sées par l’homme de Ber­cy à es­sayer de convaincre ce beau monde. “Macron a com­pris qu’il ne pou­vait pas faire grand-chose dans ce gou­ver­ne­ment”, croit sa­voir Phi­lippe Aghion. La suite est dé­sor­mais connue: Macron monte son mou­ve­ment En marche!, dé­mis­sionne, et lance une cam­pagne éclair dont l’éco­no­miste en chef se nomme Jean Pi­sa­ni-fer­ry. “Il n’y a pas eu de deuxième groupe de La Ro­tonde parce qu’il a fait ça sur le mo­dèle de la start-up, un peu en com­man­do, mais avec Jean, c’est comme si on y était un peu”, songe Élie Co­hen. “Il s’est en­tou­ré de gens très so­lides, très sen­sibles à l’équi­libre ma­croé­co­no­mique, alors que quand j’al­lais au QG d’hollande en 2012, c’était ni fait ni à faire, rien n’était pré­pa­ré”, ajoute Jean­her­vé Lo­ren­zi. Évi­dem­ment, les éco­no­mistes de Mont­par­nasse sont ra­vis de l’élec­tion d’em­ma­nuel Macron. “Quand il a par­lé du­rant sa cam­pagne de ‘flexi­sé­cu­ri­té’, de ‘li­bé­rer les éner­gies de ceux qui peuvent et pro­té­ger les plus faibles’, de sur­coût du mil­le­feuille ter­ri­to­rial… Tout ça, c’est to­ta­le­ment le groupe de La Ro­tonde”, s’em­balle Élie Co­hen, de nou­veau op­ti­miste. Une théo­rie par­ta­gée par Phi­lippe Aghion: “Comme nous, Macron est sur la ligne du mo­dèle scan­di­nave, et non an­glo-saxon comme on l’en­tend par­tout.” Tra­duire: “Le tro­pisme scan­di­nave, c’est de dire qu’on n’échappe pas à la mon­dia­li­sa­tion: 30% de notre PIB, ce sont les ex­por­ta­tions, ce qui re­pré­sente quatre mil­lions d’em­plois, soit 14% de la po­pu­la­tion ac­tive. Jouer le jeu de la mon­dia­li­sa­tion avec le mo­dèle scan­di­nave, c’est pro­té­ger le sys­tème so­cial.” Mais une ques­tion reste en sus­pens: Macron va-t-il réus­sir à mettre en place ses ré­formes? Élie Co­hen écrit les scé­na­rios pos­sibles dans sa tête: “S’il perd les lé­gis­la­tives, il se­ra obli­gé de faire des al­liances et re­trou­ver des dy­na­miques de par­tis qu’il n’au­ra pas réus­si à faire dis­pa­raître. S’il les gagne, il au­ra bou­le­ver­sé le sys­tème. Mais il fau­dra aus­si ga­gner le ‘troi­sième tour so­cial’, comme l’ap­pellent la CGT et les In­sou­mis. Le ré­flexe de tout homme po­li­tique fran­çais a toujours été de dire: ‘Ce pays a une tra­di­tion in­sur­rec­tion­nelle, il vaut mieux re­cu­ler que main­te­nir une po­li­tique qui di­vise les Fran­çais.’” Em­ma­nuel Macron en fe­ra-t-il de même? De ce­la, se­lon ses an­ciens proches du groupe de La Ro­tonde, dé­pen­dra sa ca­pa­ci­té à évi­ter une nou­velle dé­cep­tion à la Hollande. Le 15 mai 2012, jour de son in­ves­ti­ture, Fran­çois Hollande avait re­mon­té les Champs-ély­sées sous la pluie. Ce di­manche, il n’a pas plu sur le Car­rou­sel du Louvre, où Em­ma­nuel Macron et ses sou­tiens ont fê­té leur vic­toire. Loin de La Ro­tonde. Dé­jà un signe.

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