ER­DO­GAN

Pour­quoi les in­tel­lec­tuels fuient la Tur­quie

Society (France) - - LA UNE - PAR LAURE MAR­CHAND, À IS­TAN­BUL

Emre* n’osait pas en­core s’ex­pri­mer en fran­çais lors de notre pre­mière ren­contre, en dé­cembre der­nier. Le qua­dra­gé­naire consa­crait ses jour­nées à l’ap­pren­tis­sage de sa langue d’exil. Ce jour-là, la 24e le­çon de son ma­nuel trai­tait de la pé­tanque. “Cette pra­tique cultu­relle” l’in­tri­guait. Il avait eu le loi­sir de l’ob­ser­ver dans un parc pa­ri­sien. Mais Emre pei­nait “sur la conju­gai­son des verbes, une hor­reur”. Quatre mois plus tard, ses progrès sont ful­gu­rants. “Je dois ap­prendre, ma nou­velle vie est ici”, dit-il. Ce jour­na­liste d’un mé­dia de la confré­rie de Fe­thul­lah Gü­len, ac­cu­sée par Re­cep Tayyip Er­do­gan d’être der­rière la tentative de coup d’état du 15 juillet der­nier, a fui la Tur­quie quelques heures après la pro­cla­ma­tion de l’état d’ur­gence. “J’ai im­mé­dia­te­ment com­pris qu’un tsu­na­mi ar­ri­vait”, ana­lyse-t-il. Il a tra­ver­sé la fron­tière avec la Géor­gie à pied, avant de prendre un avion pour l’eu­rope. Bien lui en a pris. Pen­dant qu’il quit­tait la Tur­quie, un man­dat d’ar­rêt a été dé­li­vré contre lui. Au­jourd’hui, ses amis res­tés au pays pei­ne­raient à le re­con­naître. Emre a mo­di­fié son ap­pa­rence phy­sique. “Je ne suis pas un gros pois­son, mais les ser­vi­teurs du sul­tan Er­do­gan se­raient ra­vis de lui ap­por­ter ma tête sur un pla­teau, ré­sume-t-il. N’ou­bliez pas, l’actuel am­bas­sa­deur de la Tur­quie en France est l’an­cien nu­mé­ro 2 du MIT (les ser­vices se­crets turcs, ndlr). Les sbires du ré­gime sont par­tout.” Emre a dé­po­sé une de­mande d’asile. Il pense que son sé­jour en France se­ra long. “Le fas­cisme s’est ins­tal­lé en Tur­quie, la ligne de non-re­tour est dé­pas­sée.” De­puis bien­tôt un an, nom­breux ont été les par­ti­sans du pré­di­ca­teur Gü­len à par­tir de Tur­quie. Res­ter, c’était la pri­son as­su­rée, la tor­ture par­fois. Mais ces exils for­cés masquent un phé­no­mène plus large. Pro­fi­tant d’un vi­sa Schen­gen ou étu­diant, sai­sis­sant une op­por­tu­ni­té pro­fes­sion­nelle, des mil­liers de Turcs font ac­tuel­le­ment leurs va­lises. Qui sont-ils? Des uni­ver­si­taires chas­sés par les purges, des jeunes qui filent à l’étran­ger et en­vi­sagent d’y res­ter, des dé­fen­seurs des droits de l’homme, des ar­tistes ou des hommes d’af­faires... À l’ins­tar de l’iran après la ré­vo­lu­tion is­la­mique en 1979, la Tur­quie est en train de perdre son élite oc­ci­den­ta­li­sée, dé­mo­crate, économique. Et cette di­ver­si­té des pro­fils montre à quel point l’ave­nir res­semble à une nuit sans fin au pays d’er­do­gan: plus per­sonne ne croit à un re­tour de l’état de droit. Et en­core moins de­puis que la ma­jo­ri­té des élec­teurs a don­né les pleins pou­voirs au pré­sident de la Ré­pu­blique –qui les exerce dé­jà de fa­çon ul­tra-au­to­ri­taire– lors du ré­fé­ren­dum du 16 avril. À Pa­ris, Zey­nep donne ren­dez-vous à cô­té de Beau­bourg, au café Les Fon­taines. “Un bon plan pour l’hap­py hour.” À 24 ans, elle suit un mas­ter sur “la dia­bo­li­sa­tion de l’oc­ci­den­ta­li­sa­tion en Tur­quie” dans une fac de la ca­pi­tale fran­çaise. “Au­cune uni­ver­si­té en Tur­quie n’ac­cep­te­rait un tel su­jet de re­cherche et in­ter­ro­ger des gens sur le ter­rain se­rait tout sim­ple­ment im­pos­sible, ex­plique-telle. Le dis­cours of­fi­ciel consiste à dire que la Tur­quie est en­tou­rée d’en­ne­mis cher­chant à di­vi­ser le pays. Je se­rais donc per­çue comme

une en­ne­mie ou une traî­tresse.” Cette Stam­bou­liote en­vi­sage de plus en plus sé­rieu­se­ment de faire sa vie en France. Pour­tant, il y a six mois en­core, “[elle] ima­gi­nai[t] tou­jours la Tur­quie comme [s]a destination fi­nale”. S’y ins­tal­ler avec son pe­tit co­pain fran­çais fai­sait par­tie des op­tions. Mais Zey­nep se sent de plus en plus étran­gère à Is­tan­bul. Elle en re­vient tout juste. Entre la me­nace d’at­ten­tats et la ré­pres­sion po­li­tique, la ville su­bit une pro­fonde trans­for­ma­tion. Comme tant d’autres éta­blis­se­ments noc­turnes, son bar pré­fé­ré, dans le quar­tier de Beyo­glu, ré­pu­té pour ses concerts de mu­sique des Bal­kans, a fer­mé. “Dan­ser n’a pas été in­ter­dit mais je n’ai pas trou­vé un en­droit où le faire. Par­tout, il y a cette ten­sion, in­vi­sible.” Zey­nep dit être re­ve­nue avec ce sen­ti­ment désa­gréable que les gens comme elle, ins­truits et op­po­sés à Er­do­gan, sont dé­sor­mais in­dé­si­rables dans l’es­pace pu­blic. Les en­quêtes d’opi­nion ne disent pas autre chose. Elles montrent que moins les gens sont édu­qués, plus ils ont vo­té “oui” lors du ré­fé­ren­dum. Dans une en­quête conduite en no­vembre par le dé­par­te­ment de sciences po­li­tiques de l’uni­ver­si­té du Bos­phore, à la ques­tion: “Si vous en avez l’op­por­tu­ni­té, vou­driez-vous vivre dans un autre pays?”, près de six per­sonnes sur dix dé­ten­trices d’un bac +5 ont ré­pon­du par l’af­fir­ma­tive. Chez les per­sonnes illet­trées, le chiffre des­cen­dait à une per­sonne sur cinq.

Exil et mort ci­vile

Par­tir ou res­ter? À Is­tan­bul, la jeu­nesse oc­ci­den­ta­li­sée use la ques­tion jus­qu’à la corde. Une par­tie s’ap­prête à re­joindre celle qui l’a pré­cé­dée. Cô­té Asie, l’ap­par­te­ment d’umit offre une vue ma­gique sur le Bos­phore. De la fe­nêtre, on pour­rait presque tou­cher le pont sur le­quel de vio­lents af­fron­te­ments ont op­po­sé put­schistes et ci­vils le 15 juillet 2016. Ca­lées au fond du ca­na­pé, des co­pines dis­cutent des dif­fi­cul­tés de lo­ge­ment à Pa­ris. Dans le jar­din, deux amis qui ont dé­mé­na­gé ré­cem­ment à Mu­nich se lancent dans une par­tie de ping-pong. L’avion d’umit a fi­na­le­ment dé­col­lé le di­manche 16 avril, à 12h10. Destination Ber­lin, où il a ob­te­nu une invitation de six mois dans une uni­ver­si­té. En par­tant à l’aé­ro­port, il avait pré­vu de s’ar­rê­ter au bu­reau de vote pour dé­po­ser son bul­le­tin “non” dans l’urne pour le ré­fé­ren­dum. L’as­sis­tant cher­cheur s’en va “en douce”, cou­vert par sa hié­rar­chie, dit-il. À trois re­prises, de­puis sep­tembre, il a fait une de­mande d’au­to­ri­sa­tion de sor­tie au­près du rec­teur. “Toutes re­je­tées, sans au­cune jus­ti­fi­ca­tion et à l’oral, bien sûr, car c’est illé­gal.” Son contrat dans l’ins­ti­tut qui l’em­ploie doit s’ache­ver en 2019. “L’uni­ver­si­té a dé­jà fait trois en­quêtes sur moi. Si je ne suis pas ren­voyé d’ici là, le non-re­nou­vel­le­ment de mon contrat se­ra l’oc­ca­sion de se dé­bar­ras­ser de moi.” La car­rière scien­ti­fique d’umit reste à construire, alors il pré­fère prendre les de­vants et re­joindre la “dia­spo­ra scien­ti­fique qui s’est dé­jà consti­tuée à Ber­lin, pous­sée par la ré­pres­sion”. À 36 ans, il ne s’ima­gine pour­tant pas quit­ter son pays dé­fi­ni­ti­ve­ment. Il veut croire à un re­tour, “pour [s]e battre aux cô­tés de [s]on peuple”, car “ne pas par­ti­ci­per est in­ima­gi­nable”. Bülent, lui, fait par­tie des 4 500 uni­ver­si­taires li­mo­gés du jour au len­de­main de­puis cet été. Son nom fi­gu­rait dans le dé­cret­loi 672 pa­ru le 1er sep­tembre. Son crime? Avoir si­gné une pé­ti­tion de­man­dant la fin de la ré­pres­sion des forces de l’ordre dans les pro­vinces kurdes. Lors du coup d’état de 1980, Bülent ache­vait des études d’in­gé­nie­rie en France. Comme nombre de ses com­pa­triotes, il au­rait pu res­ter, mais il était ren­tré en Tur­quie. “À l’époque, les mi­li­taires s’étaient em­pa­rés du pou­voir,

ils ont fi­ni par re­cu­ler pour le rendre aux ci­vils. Au­jourd’hui, la si­tua­tion est beau­coup plus dan­ge­reuse. Les ci­vils l’ont pris et n’ont pas l’in­ten­tion de le rendre. L’am­biance est op­pres­sante, j’ai vrai­ment be­soin de m’éloi­gner pour res­pi­rer.” À 63 ans, cet éco­no­miste étu­diait l’im­pact des im­mi­grés sy­riens sur le mar­ché du tra­vail turc. Il sou­haite pour­suivre ses re­cherches en ban­lieue pa­ri­sienne et pos­tule à des bourses uni­ver­si­taires. Bülent montre un mail qu’il vient juste de re­ce­voir de l’uni­ver­si­té de Fran­checom­té. Son su­jet a re­te­nu “l’in­té­rêt”. “Où se trouve la Fran­checom­té? s’en­quiert-il. Dans l’est de la France? Il y a la mon­tagne? Par­fait, j’aime l’al­pi­nisme.” Avant de cra­pa­hu­ter dans le Ju­ra, cet en­sei­gnant va néan­moins devoir ré­soudre un pro­blème épi­neux: com­ment sor­tir du pays? Les renvois de la fonc­tion pu­blique s’ac­com­pagnent d’une sus­pen­sion des droits à la sé­cu­ri­té so­ciale, à la re­traite, au chômage et… d’une an­nu­la­tion du pas­se­port. Cer­tains de ses confrères sont pas­sés clan­des­ti­ne­ment en Grèce. Ils ont tra­ver­sé la mer Égée en ba­teau, comme les Sy­riens. Ce pé­rilleux tra­jet ne tente guère Bülent. Sa chance: en France, comme ailleurs, le monde aca­dé­mique se mo­bi­lise pour ve­nir en aide aux uni­ver­si­taires de Tur­quie. Se­lim Es­kiiz­mir­li­ler, maître de confé­rences en neu­ros­ciences à Pa­ris-di­de­rot, monte les dos­siers de can­di­da­ture comme ce­lui de Bülent. Il vient d’en dé­po­ser 30 à la deuxième ses­sion du pro­gramme mi­nis­té­riel Pause, qui fa­ci­lite l’ac­cueil par des centres de re­cherche ou d’en­sei­gne­ment su­pé­rieur de scien­ti­fiques en dan­ger dans leur pays. “La trans­for­ma­tion de la so­cié­té vou­lue par Er­do­gan passe for­cé­ment par un contrôle des uni­ver­si­tés, ex­plique-t-il. Il faut qu’il les vide des op­po­sants à son pro­jet.” Se­lim Es­kiiz­mir­li­ler com­pare la si­tua­tion ac­tuelle des uni­ver­si­taires turcs ren­voyés à celle “des in­tel­lec­tuels juifs dans l’al­le­magne d’hit­ler des an­nées 30. Ils perdent tous leurs droits, dont ce­lui de pos­tu­ler pour un autre em­ploi dans la fonc­tion pu­blique, voire dans le sec­teur pri­vé. Ce­la s’ap­pelle la mort ci­vile”. For­cé­ment, il s’attend, dit-il, “à une aug­men­ta­tion des de­mandes”. Mais même les ca­té­go­ries pro­fes­sion­nelles épar­gnées par la ré­pres­sion bouclent leurs va­lises. Ar­zu et Ah­met ont ven­du leur mai­son et leur voi­ture pour fi­nan­cer leur ins­tal­la­tion au Canada, avec leur pe­tite fille. À Is­tan­bul, Ar­zu tra­vaillait dans une ma­jor de l’in­dus­trie mu­si­cale. Au Canada, elle a re­pris des études tan­dis qu’ah­met suit une for­ma­tion de chauf­fa­giste. Le dé­sir de vivre dans un pays dé­mo­cra­tique est tel que ces mi­grants is­sus de la bour­geoi­sie sont prêts à un dé­clas­se­ment so­cial. Fi­liz, 43 ans, est quant à elle em­ployée dans une mul­ti­na­tio­nale. “Pen­dant des an­nées, j’ai re­fu­sé toutes les offres à l’étran­ger, pour­tant al­lé­chantes. La vie en Tur­quie était agréable, le sys­tème édu­ca­tif fonc­tion­nait. Mais cette fois, j’ai dit oui”, avance-t-elle. Elle ne voit plus au­cun ave­nir en Tur­quie pour ses en­fants. “Les pro­grammes sco­laires sont de plus en plus re­li­gieux et na­tio­na­listes. Mon fils et ma fille sont turcs et mu­sul­mans, mais je veux les édu­quer dans un en­vi­ron­ne­ment neutre.” Lun­di pro­chain, Fi­liz fe­ra un saut à Londres pour trou­ver un ap­par­te­ment. Le dé­mé­na­ge­ment est pro­gram­mé à cet été, afin de ne pas per­tur­ber l’an­née sco­laire. D’ici là, elle tra­vaille de­puis son do­mi­cile, dans la ban­lieue cos­sue d’is­tan­bul, ca­lée sur le fu­seau ho­raire de la Grande-bretagne. Il s’agit de sa pre­mière jour­née du tra­vail qu’elle pour­sui­vra en An­gle­terre. “En­vi­ron 90% de mon en­tou­rage veut par­tir”, té­moigne-t-elle. Elle énu­mère les des­ti­na­tions de ses amis qui ont fran­chi le pas: Sin­ga­pour, France, Afrique du Sud, Ita­lie, Al­le­magne, États-unis… “Nous re­pré­sen­tons les tra­vailleurs avec des com­pé­tences in­tel­lec­tuelles. Nous tra­vaillons dur pour notre pays, de 8h à 20h, six jours sur sept, di­manche si be­soin.” Elle fait par­tie de cette gé­né­ra­tion qui a contri­bué au mi­racle économique des an­nées 2000, au cours des­quelles le PIB par ha­bi­tant a été mul­ti­plié par trois en Tur­quie. Mais, dit-elle, dans un proche fu­tur, “ne res­te­ront en Tur­quie que les tra­vailleurs peu qua­li­fiés”. Il y a quelques an­nées, la so­cié­té qui l’em­ploie avait fait d’is­tan­bul son hub ré­gio­nal. “Sur les 40 ex­perts étran­gers, il n’y en a plus un seul au­jourd’hui.” Avant cette ca­tas­trophe an­non­cée, les consé­quences éco­no­miques de l’autoritarisme d’er­do­gan pointent dé­jà. Les in­ves­tis­se­ments étran­gers ont for­te­ment re­cu­lé en 2016. Et, se­lon le ca­bi­net d’ana­lyse sud-afri­cain New World Wealth, 6 000 mil­lion­naires se sont éta­blis hors des fron­tières l’an pas­sé. Soit une aug­men­ta­tion de 500% par rap­port à 2015.

“Il y avait un vrai es­poir de dé­mo­cra­tie”

L’his­toire d’ebru et Sa­mih Öz­turk, elle, n’est pas celle d’un dé­part mais d’un re­tour… en Suède. Leur tra­jec­toire ré­sume l’échec de la dé­mo­cra­ti­sa­tion de leur pays d’ori­gine. À Stock­holm, cette di­rec­trice lo­gis­tique et ce fonc­tion­naire ont re­pris leur quo­ti­dien sué­dois après un break qui au­ra du­ré plus de treize ans. Le temps de l’es­poir, d’abord, puis ce­lui de la dés­illu­sion. En 2004, leur nou­veau-né dans les bras, le couple était parti s’ins­tal­ler à Diyar­ba­kir, la “ca­pi­tale” kurde, aux confins du pays. La ré­gion, meur­trie par la guerre ci­vile entre la gué­rilla et l’état turc, se met­tait alors à croire en la paix. “C’étaient les dé­buts de L’AKP, la main­mise de l’ar­mée dé­cli­nait, il y avait un vrai es­poir de dé­mo­cra­tie, d’ac­cep­ta­tion des dif­fé­rentes mi­no­ri­tés, nous vou­lions y contri­buer”, se re­mé­more Ebru. Les né­go­cia­tions d’adhé­sion à l’union eu­ro­péenne dé­mar­raient. À Diyar­ba­kir, la jeune femme de­vient res­pon­sable du dé­par­te­ment de com­mu­ni­ca­tion in­ter­na­tio­nale à la mai­rie. Son ma­ri, kurde, qui était ré­fu­gié po­li­tique en Suède de­puis 1995, ré­cu­père ses droits ci­viques. Il ouvre un bar, tou­jours bon­dé, dans le­quel la bière coule à flots. Puis, il est au­to­ri­sé à exer­cer de nou­veau sa pro­fes­sion d’avo­cat, “après 17 ans de lutte”. Le couple de­vient même pro­prié­taire d’une vil­la avec pis­cine. “Nous avons vrai­ment cru que nous pour­rions vivre là-bas”, disent-ils au­jourd’hui. À l’époque, les ré­formes dé­mo­cra­tiques, por­tées par L’AKP, se suc­cé­daient, rap­pro­chant le pays des stan­dards eu­ro­péens. En 2013, Re­cep Tayyip Er­do­gan de­vint même l’homme qui pou­vait faire taire les armes. Il en­ga­gea of­fi­ciel­le­ment des né­go­cia­tions de paix avec la ré­bel­lion du Parti des tra­vailleurs du Kur­dis­tan, le PKK. Puis la guerre a re­pris. En­core plus vio­lente que la pré­cé­dente. Gül­tan Ki­sa­nak, la maire de la mu­ni­ci­pa­li­té pour qui tra­vaille Ebru, a été em­pri­son­née, comme des mil­liers d’autres élus kurdes. Des bull­do­zers ont ra­sé des pans de la vieille ville de Diyar­ba­kir, joyau ar­chi­tec­tu­ral. Un jour, Sa­mih et son fils aî­né se re­trouvent au mi­lieu d’une in­ter­ven­tion des forces de l’ordre. Les balles fusent. Les pas­sants se jettent au sol. Le pe­tit gar­çon, au­tiste, re­fuse de s’al­lon­ger. Par mi­racle, il est in­demne. Mais cet épi­sode trau­ma­ti­sant signe la fin de la contri­bu­tion des Öz­turk à l’ins­tal­la­tion de la dé­mo­cra­tie sur leur terre na­tale. La fa­mille est re­par­tie en Scan­di­na­vie. “Je suis heu­reuse d’être de re­tour dans ce beau pays qu’est la Suède, mais mon coeur a mal, il est res­té là­bas, dit Ebru. Avec le re­cul, je me dis que nous avons été bien naïfs. Com­ment avons-nous pu croire en la paix, en la dé­mo­cra­tie, que ça pou­vait mar­cher?”

“Le fas­cisme s’est ins­tal­lé en Tur­quie, la ligne de non-re­tour est dé­pas­sée” Emre, exi­lé en France

*Le pré­nom a été mo­di­fié à la de­mande de l’in­té­res­sé

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