Le mar­cheur contre Du­pont-ai­gnan.

Et si La Ré­pu­blique en marche réa­li­sait une raz­zia élec­to­rale? Im­pro­bable il y a quelques mois en­core, le scé­na­rio pour­rait bien de­ve­nir réa­li­té aux lé­gis­la­tives. Cas pra­tique dans la 8e cir­cons­crip­tion de l’es­sonne, où un can­di­dat ma­cro­niste aux dents lo

Society (France) - - SOMMAIRE - PAR ANTOINE MESTRES, DANS LA 8E CIR­CONS­CRIP­TION DE L’ES­SONNE PHOTOS: RE­NAUD BOU­CHEZ POUR SO­CIE­TY

Dans la 8e cir­cons­crip­tion de l’es­sonne, un can­di­dat ma­cro­niste aux dents longues, Antoine Pa­va­ma­ni, rêve de faire tom­ber “le maire le mieux élu de France”, Nicolas Du­pont-ai­gnan. Beau match de catch.

Il est 8h ce jeu­di 18 mai. À la gare de Bru­noy, dans la grande cou­ronne pa­ri­sienne, une dame âgée tient un pe­tit stand où des écrits saints sont em­pi­lés der­rière une pan­carte sur la­quelle on peut lire la ques­tion sui­vante: “Qu’en­seigne réel­le­ment la Bible?” À quelques mètres de là, Antoine Pa­va­ma­ni ignore l’in­ter­ro­ga­tion. Il est dé­jà en train de trac­ter, veste en tweed sur les épaules et bas­kets La­coste aux pieds. “Pour être plus ac­ces­sible”, sou­rit-il. La cam­pagne des élec­tions lé­gis­la­tives n’a pas en­core dé­mar­ré of­fi­ciel­le­ment, mais le can­di­dat En marche! n’a at­ten­du per­sonne. Il trim­balle sa propre af­fiche scot­chée sur un tré­teau aux quatre coins de la place de­vant la gare. “J’adore les tré­teaux, c’est ma marque de fa­brique. Tu peux les por­ter toi-même et chan­ger l’af­fiche si tu prends la pluie.” Il ex­plique le sens de sa dé­marche: “J’ai un dé­fi­cit de no­to­rié­té, alors je dois être vu. C’est pour ce­la que je dé­bute avant les autres.” Le RER D en di­rec­tion de Pa­ris ne va pas tar­der à par­tir, une quin­zaine de per­sonnes dé­barquent en cou­rant. À pe­tites fou­lées, Pa­va­ma­ni dis­tri­bue le maxi­mum de tracts. Il es­suie quelques re­fus po­lis, ré­colte quelques sou­rires aus­si. Il s’en fout, il est là pour les stats. Son ob­jec­tif, avance-t-il, est de “par­ler à 100 per­sonnes par jour”. Par­ler à 100 per­sonnes par jour pour faire tom­ber le sei­gneur lo­cal, Nicolas Du­pont-ai­gnan, maire le mieux élu de France de­puis qu’il a pris la ville de Yerres, la prin­ci­pale de la cir­cons­crip­tion, en 1995, puis la dé­pu­ta­tion en 1997. Ce que l’on ap­pelle un ba­ron, et un gros. Quand il avait can­di­da­té en mars sur la pla­te­forme En marche! pour de­man­der à être in­ves­ti dans la 8e cir­cons­crip­tion de l’es­sonne, Antoine Pa­va­ma­ni, 37 ans, s’était d’ailleurs, de l’avis de beau­coup, lan­cé dans un com­bat per­du d’avance. “Ma mère m’a dit: ‘Tu as conscience que tu n’as au­cune chance?’” Lui se di­sait qu’il y avait un “trou de sou­ris”, qui pour­rait gran­dir ou se re­fer­mer lors de l’élec­tion pré­si­den­tielle, “en fonc­tion du score de Du­pont-ai­gnan”. De­puis, c’est peu dire que le trou s’est agrandi. Em­ma­nuel Ma­cron a été élu pré­sident de la Ré­pu­blique et Nicolas Du­pont-ai­gnan a conclu cet ac­cord de gou­ver­ne­ment de l’entre-deux-tours avec Ma­rine Le Pen qui a exas­pé­ré ses tra­di­tion­nels élec­teurs du coin, de droite comme de gauche, qui avaient jus­qu’ici confiance en leur dé­pu­té “gaul­liste”. Les cartes ain­si re­bat­tues, Pa­va­ma­ni se dit au­jourd’hui qu’il pour­rait bien pro­fi­ter “de l’ali­gne­ment des pla­nètes ma­cro­nien.” Il faut juste évi­ter les couacs lors des der­niers jours”. Pense-t-il à l’af­faire Ri­chard Fer­rand? “Hon­nê­te­ment, je n’ai pas eu le temps de m’y in­té­res­ser, je suis en apnée jus­qu’au 11 juin.” Dans le camp ad­verse, en tout cas, on se pré­pare dé­jà à un se­cond tour contre le can­di­dat En marche!. “Antoine Pa­va­ma­ni est mon prin­ci­pal ad­ver­saire, oui, et la par­tie va être ser­rée, an­nonce Du­pont-ai­gnan. Mais les gens d’ici me connaissent. Alors que Pa­va­ma­ni, c’est un pur ap­pa­rat­chik du PS. Il a été for­mé par Valls et a été au ca­bi­net de Le Guen. Faut ai­mer, hein…”

Dif­fi­cile de contre­dire Du­pont-ai­gnan sur ce point. Car Antoine Pa­va­ma­ni a beau souf­frir d’un dé­fi­cit de no­to­rié­té, il ne vient pas de nulle part. Par­mi ses pères spi­ri­tuels fi­gurent Mi­chel Ber­son, sé­na­teur de l’es­sonne, et Ma­nuel Valls, avec qui il a com­men­cé à Évry en tant qu’“as­sis­tant par­le­men­taire, à 21 ans”. Les deux hommes sont du reste tou­jours en contact. “Quand je suis al­lé dé­po­ser ma can­di­da­ture à la pré­fec­ture, j’ai croi­sé Dieu­don­né, ra­conte Pa­va­ma­ni. J’ai com­pris ce qui se tra­mait et j’ai tout de suite pré­ve­nu Ma­nuel par SMS. Il m’a ré­pon­du: ‘Ah.’ Il est dans un mo­ment dif­fi­cile, Ma­nuel, mais le cirque face à lui avec Dieu­do, La­lanne, ça peut l’ai­der à re­mon­ter la pente.” Le reste de la car­rière de Pa­va­ma­ni, qui a gran­di à Cor­bei­les­sonnes, se ré­sume pour l’heure à des di­zaines de cam­pagnes me­nées pour di­verses listes de gauche dans l’es­sonne ain­si que des man­dats de conseiller mu­ni­ci­pal à Évry ou à Crosne, où il ha­bite dé­sor­mais, dans la 8e cir­cons­crip­tion. En 2012, quand Fran­çois Hol­lande est élu, une belle pro­mo­tion l’attend: il est nom­mé chef de ca­bi­net de Bru­no Le­roux, pré­sident du groupe so­cia­liste à l’as­sem­blée. “Mon job était de comp­ter les votes des dé­pu­tés sur chaque texte de loi.” Dans House of Cards, sai­son 1, Antoine Pa­va­ma­ni au­rait donc été l’as­sis­tant de Franck Un­der­wood. Un pion es­sen­tiel au coeur de la ma­chine, qui a pu ob­ser­ver de très près tous les tra­vers du quin­quen­nat Hol­lande. “Je pour­rais écrire un best-sel­ler avec ça, on ver­ra plus tard”, ri­gole-t-il. Car en at­ten­dant est ar­ri­vé Ma­cron, donc. La lumière de la bien­veillance est ve­nue lors du vote de la loi qui porte le nom du nou­veau pré­sident. “La dis­cus­sion sur le pro­jet de loi se lance en com­mis­sion spé­ciale, tout le monde est d’ac­cord avec lui. La gauche, la droite, même les dé­pu­tés com­mu­nistes pré­sents sont in­té­res­sés, c’est dingue! On se dit qu’on peut avoir un consen­sus na­tio­nal. Puis on passe dans l’hé­mi­cycle, ça de­vient un su­jet mé­dia­tique, les états-ma­jors des par­tis mettent la main des­sus, et les dé­pu­tés sont tout à coup vent de­bout contre le texte.” En dé­cembre der­nier, Antoine Pa­va­ma­ni saute le pas. Il re­joint En marche!, par­ti­cu­liè­re­ment aga­cé par le manque de vi­sion “du gou­ver­ne­ment” et les fron­deurs “qui ont abî­mé le quin­quen­nat avec leur pro­cès en tra­hi­son per­ma­nente”. Il est vi­si­ble­ment re­mon­té contre Be­noît Ha­mon, “qui dit vou­loir re­nou­ve­ler les pra­tiques mais n’ha­bite même pas dans sa cir­cons­crip­tion dans les Yve­lines, pré­fé­rant vivre à Bas­tille”, ou en­core Anne Hi­dal­go, “qui a pous­sé des cris d’or­fraie pen­dant la loi Ma­cron contre le tra­vail le di­manche, cette abo­mi­na­tion, tout en pous­sant en sous-main pour que le centre com­mer­cial Beau­gre­nelle entre dans une ‘zone tou­ris­tique in­ter­na­tio­nale’ et puisse ain­si ou­vrir le di­manche…” Dans un mo­ment d’em­bal­le­ment, il pré­vient: “Le PS se­ra le Parti radical de gauche de ce quin­quen­nat, une va­riable d’ajus­te­ment.”

Pa­va­ma­ni se­rait-il un traître? Il jure que non. “J’ai tou­jours été un ov­ni au PS.” En tout cas, sur son tract, le jeune homme, qui a pris soin d’y mettre “an­cien chef du groupe majoritaire à l’as­sem­blée”, a lais­sé de cô­té le terme “so­cia­liste”. À cô­té, il a pré­fé­ré ins­crire un slo­gan: “L’au­dace de l’es­poir”, “[qu’il a] pi­qué à Oba­ma. Bon, c’est vrai, ‘Au­da­ci­ty of hope’, ça rend mieux en anglais”. Il em­braye: “C’est pas ano­din, j’adore la gauche américaine. Elle va­lo­rise plus le mérite que la gauche fran­çaise. Moi, fils d’un im­mi­gré in­dien, qui ai dû tou­jours être pre­mier de la classe, ça me parle.” C’est l’heure de l’in­tros­pec­tion: “Comme tous les po­li­tiques, tout se joue dans le rap­port au père.” Ce qui est sûr, c’est que dans cette aven­ture, Pa­va­ma­ni ne s’est pas lan­cé seul. Dans son équipe de cam­pagne, on re­trouve ain­si des amis de longue date “qui ont po­sé des vacances” pour l’ai­der et ont par­ti­ci­pé au fi­nan­ce­ment de son aven­ture, “à hau­teur de 10 000 eu­ros. De [s]on cô­té, [il a] mis 20 000 eu­ros d’épargne et [s]a man­da­taire fi­nan­cière [lui] a don­né 13 000 eu­ros”. Antoine Pa­va­ma­ni est as­sis dans son sa­lon, qui lui sert aus­si de QG de cam­pagne. Une alerte in­fo tombe sur son por­table: “Tiens, Tho­mas Thé­ve­noud vient d’éco­per de trois mois avec sur­sis.” Il re­bon­dit: “On avait un pe­tit re­tard de paie­ment sur la can­tine de ma fille, j’ai dit à ma femme: ‘On règle tout.’” Au même mo­ment, une amie re­vient d’une séance de “trac­tage”, pas­sa­ble­ment aga­cée. La cam­pagne a dé­mar­ré il y a une se­maine et la guerre des af­fiches a dé­jà com­men­cé. “La can­di­date so­cia­liste a en­core tout ar­ra­ché”, souffle-t-elle. Im­mé­dia­te­ment, Pa­va­ma­ni passe un pe­tit coup de fil –“bien­veillant, tou­jours”– à Fa­ten Ben Ah­med pour mettre les points sur les i. Il s’ex­plique fa­ci­le­ment ces agis­se­ments: “Je suis un an­cien du PS, ils pensent que je si­phonne leurs voix.”

Comme un sym­bole du mo­ment, les deux “par­tis de gou­ver­ne­ment” tra­di­tion­nels éprouvent les pires dif­fi­cul­tés à exis­ter dans cette cam­pagne lo­cale. Ain­si, le Parti so­cia­liste, coin­cé entre La Ré­pu­blique en marche! sur sa droite et La France in­sou­mise sur sa gauche. Ac­cou­dée dans un café de Yerres avec son di­rec­teur de cam­pagne, Ben Ah­med, la­bel­li­sée “so­cié­té ci­vile” et qui a fait la cam­pagne pré­si­den­tielle pour Be­noît Ha­mon, sou­pire: “On est dans une si­tua­tion com­pli­quée. On doit ex­pli­quer le bi­lan de Ma­cron à l’éco­no­mie sous Hol­lande alors que le can­di­dat qui a tra­vaillé sur ce pro­jet de loi est contre nous. Notre cre­do, c’est de dé­fendre les va­leurs de la gauche.” Pas mieux chez les Ré­pu­bli­cains. Sur le par­king de l’in­ter­mar­ché de Yerres, le can­di­dat LR-UDI, Ir­vin Bi­da, 30 ans, a du mal à se faire re­con­naître. En pleine conver­sa­tion avec un élec­teur de Du­pont-ai­gnan re­mon­té, il est obli­gé de rap­pe­ler deux fois en l’es­pace de dix mi­nutes que “non, [il] n’est pas le can­di­dat En marche!”. Pour se dé­mar­quer, Ir­vin Bi­da ré­pète à qui veut l’en­tendre qu’il est parti en cam­pagne “bien avant Pa­va­ma­ni, en 2015”, et qu’il est un “en­fant du pays”, lui qui “ha­bite Crosne de­puis 25 ans”. Dans un cos­tume qui flotte, entre quelques sa­lu­ta­tions aux clients de l’in­ter­mar­ché, il monte en pres­sion: “La Ré­pu­blique en marche n’en­voie per­sonne face à Valls et Bou­tih dans le dé­par­te­ment mais quel­qu’un face à moi alors que je se­rai construc­tif, moi aus­si, avec le gou­ver­ne­ment. Je rap­pelle que mon père en po­li­tique est Bor­loo, le théo­ri­cien de la ‘construc­ti­vi­té’, le seul qui a fait vo­ter sa loi à l’una­ni­mi­té à l’as­sem­blée avec le Gre­nelle de l’en­vi­ron­ne­ment. En met­tant deux can­di­dats cen­tristes face à Du­pont-ai­gnan, on lui donne une chance de ga­gner. C’est de l’ir­res­pon­sa­bi­li­té to­tale!” Sans doute parce qu’ils sen­taient les dif­fi­cul­tés poindre, les deux can­di­dats PS et LR-UDI ont d’ailleurs in­vi­té Pa­va­ma­ni à dé­jeu­ner avant qu’il ne soit in­ves­ti pour lui conseiller de se re­ti­rer. Pas tou­jours avec tact, vi­si­ble­ment: “Fa­ten Ben Ah­med m’a in­vi­té dans un Buf­fa­lo Grill et elle m’a fait payer.”

Du­pont-ai­gnan, le FN et la bien­veillance

Le mois de mai se ter­mine et Antoine Pa­va­ma­ni dé­couvre une af­fiche éton­nante en face de chez lui. Celle de Fay­çal Laa­raj, qui a tout l’air d’un can­di­dat En marche! dis­si­dent. “Son af­fiche n’est pas ter­rible, la ty­po res­sort mal.” Pas de pa­nique. Il ré­cu­père son nu­mé­ro de té­lé­phone et l’ap­pelle. “Ça va, il a l’air ré­glo, sin­cère, il est dé­çu de ne pas avoir été in­ves­ti mais il n’est pas là pour foutre le souk.” Plus à droite, la ru­meur court que Nicolas Du­pon­tai­gnan au­rait lui-même de­man­dé un can­di­dat Front na­tio­nal face à lui pour prendre ses dis­tances avec le parti de Ma­rine Le Pen. L’in­for­ma­tion a fui­té dans la presse, de l’en­tou­rage même de la pré­si­dente du parti fron­tiste. Évi­dem­ment, le lea­der de De­bout la France nie en bloc: “C’est com­plè­te­ment faux! Mais si les gens disent des conne­ries, j’y peux rien. Je suis la cible parce que j’ai bri­sé un ta­bou.” Son di­rec­teur de ca­bi­net, Jean-phi­lippe Tan­guy, qui a pi­lo­té l’ac­cord de l’entre-deux-tours avec le parti le­pé­niste, se montre plus pré­cis: “On avait pré­vu 50 cir­cos ré­ser­vées au FN, 50 cir­cos ré­ser­vées à De­bout la France et des can­di­da­tures

“Quand je me suis lan­cé, ma mère m’a dit: ‘Tu as conscience que tu n’as au­cune chance?’”

des deux par­tis par­tout ailleurs, mais l’ac­cord est tom­bé à l’eau après le se­cond tour… Et de toute fa­çon, un can­di­dat FN était pré­vu contre Du­pont-ai­gnan quoi qu’il ar­rive.” Le can­di­dat en ques­tion, Ben­ja­min Bou­cher, va­lide cette thèse. “J’ai été in­ves­ti en mars”, as­sure-t-il. L’homme re­pré­sente presque de fa­çon ca­ri­ca­tu­rale le Front na­tio­nal new look. Pa­tron de boîte de pro­duc­tion au look de qua­dra bran­ché, se re­ven­di­quant des thèses du géo­graphe Christophe Guilluy sur la France pé­ri­phé­rique, il in­siste: “Je n’au­rais pas pu re­joindre le Front avant l’an­née der­nière.” Lui aus­si rêve de re­com­po­si­tion po­li­tique et “d’un grand mou­ve­ment pa­triote trans­classes”, mais a dé­mar­ré très dou­ce­ment. “J’ai un bou­lot, moi, je ne suis pas un po­li­ti­cien professionnel. Mais je pré­vois de pos­ter des vi­déos sur mon compte Youtube cette se­maine et je vais être of­fen­sif ”, pré­vient-il. Jusque-là, Pa­va­ma­ni avait ju­gé la cam­pagne “bien­veillante” –quoi d’autre? Il ai­me­rait que ce­la conti­nue ain­si. “J’ai été trau­ma­ti­sé par la vio­lence de la pre­mière se­maine de l’entre-deux-tours de l’élec­tion pré­si­den­tielle, ça a vrai­ment abî­mé la po­li­tique. D’ailleurs, je me suis fait vo­ler mon tré­teau avec l’af­fiche de Ma­cron par des ly­céens qui m’ont en­voyé chier. C’était la honte. Je pense que si on ne re­fait pas du tra­vail po­li­tique avec la jeu­nesse, on va fa­bri­quer de l’abs­ten­tion, de l’ex­trême droite, de la ra­di­ca­li­té re­li­gieuse…” Il conti­nue: “J’ai donc dé­ci­dé de ne plus uti­li­ser dans la cam­pagne la ques­tion du rap­pro­che­ment de Du­pont-ai­gnan et du FN, on a tous be­soin d’apai­se­ment.” Illustration lors­qu’une jour­na­liste d’eu­rope 1 l’in­ter­roge de­vant la gare de Yerres. L’homme tient bon. “Elle vou­lait que je car­tonne Du­pont-ai­gnan. Mais je veux être plus fin. D’ailleurs, je re­marque qu’il n’est pas trop agres­sif non plus, il garde ses car­touches pour le se­cond tour et ne veut pas me mettre au centre du jeu.” Vi­si­ble­ment, les deux ad­ver­saires se sont pas­sé le mot. “On s’est dé­jà croisés, on s’est sa­lués ; je suis po­li, vous sa­vez”, in­dique Du­pont-ai­gnan, par ailleurs vi­si­ble­ment pas in­quiet de la règle du non-cu­mul des man­dats dé­sor­mais en vi­gueur. “Si je suis élu dé­pu­té, je pour­rai tou­jours être pre­mier ad­joint au maire, je ne me fais pas de sou­ci.” Tout ce­la fait sou­rire Antoine Pa­va­ma­ni: “On avait pen­sé dire aux gens: ‘Gar­dez votre maire, chan­gez de dé­pu­té, vo­tez pour Pa­va­ma­ni’, mais c’est plus com­pli­qué que ça. C’est le syn­drome du cu­mu­lard. Il est ‘im­bou­geable’. Il a son man­dat de dé­pu­té pour faire de la po­li­tique na­tio­nale et être can­di­dat à la pré­si­den­tielle, et le man­dat de maire pour faire du lo­cal et avoir des col­la­bo­ra­teurs qui mettent en place son sys­tème.”

Alors, le can­di­dat En marche! tente de jouer sur ses atouts. Pour ne pas flan­cher, Antoine Pa­va­ma­ni a sa pré­pa­ra­tion per­son­na­li­sée. Chaque ma­tin, il prend une capsule de gin­seng dis­soute dans un verre d’eau. “Une plante asiatique qui donne du peps. Il faut faire at­ten­tion à soi”, glisse-t-il en ren­trant chez lui d’une longue jour­née de trac­tage, avant de faire une mi­cro­sieste dans son jar­din, pen­dant que sa mère pré­pare une tarte aux poi­reaux et une sa­lade pour le dî­ner. “C’est im­por­tant de souf­fler. Quand je fa­tigue, je re­pense à Oli­vier Fer­rand, l’an­cien pré­sident de Ter­ra No­va. En 2012, il a été élu dé­pu­té à 43 ans dans une cir­co très dif­fi­cile des Bouches-du-rhône après une tri­an­gu­laire. Il a réa­li­sé son rêve de tou­jours, avant de dé­cé­der dix jours plus tard d’un ar­rêt car­diaque. Par­fois, ça me hante.” Et par­fois, ça va mieux. Ré­cem­ment, Pa­va­ma­ni a eu une nou­velle idée: écrire “une lettre aux as­sis­tantes ma­ter­nelles”. Pour­quoi elles? “C’est un fi­chier fa­cile à ré­cu­pé­rer à la mai­rie, il suf­fit d’ap­pe­ler et de de­man­der, vante-t-il. Elles font la pluie et le beau temps en ville, elles parlent beau­coup à la sor­tie des écoles. L’en­jeu, c’est de sor­tir la lettre au bon mo­ment.” Aus­si, Pa­va­ma­ni ai­me­rait, d’ici le pre­mier tour, or­ga­ni­ser une grande réu­nion pu­blique avec un poids lourd du gou­ver­ne­ment. Le Drian, Hu­lot, Gou­lard… Il a ac­ti­vé son ré­seau pour en ra­me­ner un dans le coin. “Hu­lot, ce se­rait gé­nial, tout le monde l’adore, es­pè­ret-il à haute voix. Gou­lard aus­si, une vraie eu­ro­péenne face à Du­pon­tai­gnan, ce se­rait top.” En vain, pour le mo­ment. Alors qu’il se di­rige vers une zone pa­villon­naire de Vi­gneux pour faire du porte-à-porte, le té­lé­phone sonne. Mo­ment d’ex­ci­ta­tion, c’est le ca­bi­net de Hu­lot au bout de fil. L’es­poir ne dure pas long­temps. “C’était la chef de cab, elle m’a ap­pe­lé par er­reur…”

L’un des deux a eu l’idée du point d’ex­cla­ma­tion le pre­mier. Mais le­quel?

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