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Un Fran­çais sur deux pra­tique dé­jà la consom­ma­tion col­la­bo­ra­tive. En par­te­na­riat avec la MAIF, So­cie­ty vous ra­conte ce nou­veau monde plein de sur­prises.

Society (France) - - SOMMAIRE - – AR­THUR CERF Re­trou­vez l’en­semble des ar­ticles #idee­col­la­bo­ra­tive sur conso­col­la­bo­ra­tive.com

Toute la se­maine, Eno­ra Gou­lard, étu­diante en ges­tion, com­mence à 9h et ter­mine à 18h. Avec des épreuves par­tielles le ma­tin, 30 mi­nutes de pause, puis en­core d’autres exa­mens l’après-mi­di. De grosses jour­nées des­quelles elle sort les­si­vée. “C’est un peu le stress”, ré­pète-t-elle d’une voix es­souf­flée, entre deux salles de cours. Dans ces condi­tions, dif­fi­cile de se mi­jo­ter un bon plat pour dé­jeu­ner. Le mi­di, elle se rend plu­tôt au su­per­mar­ché et achète une sa­lade pré­pa­rée au rayon frais. Pas la joie. Mais avant d’y re­tour­ner, Eno­ra jette un oeil à son smart­phone, his­toire de pro­fi­ter par pro­cu­ra­tion. “Je re­garde les re­tours des uti­li­sa­teurs de Pau­piette!” Pau­piette? La pla­te­forme qu’elle a créée et qui met en re­la­tion des sé­niors et des étu­diants pour qu’ils puissent échan­ger au­tour d’un dé­jeu­ner fait mai­son. Eno­ra en a eu l’idée il y a trois ans, alors qu’elle était ly­céenne à Quim­per.

“Ça per­met à cha­cun de sor­tir de sa so­li­tude”

À l’époque, elle dé­jeune chaque mer­cre­di mi­di avec une amie chez la grand-mère de cette der­nière. “C’était le mo­ment de sa se­maine, sa grand-mère at­ten­dait avec im­pa­tience que sa pe­tite-fille vienne.” Un déclic. La jeune femme se met à s’in­té­res­ser au pro­blème de l’iso­le­ment des per­sonnes âgées. En pa­ral­lèle, elle quitte la Bretagne pour al­ler étu­dier à Bor­deaux. Loin des plats cui­si­nés par ses grands-pa­rents, avec un tout pe­tit bud­get et, à mi­di, tou­jours le même me­nu. Sa­lade in­dus­trielle, sand­wich triangle ou, les meilleurs jours, cour­gettes aux lar­dons. Sur son temps libre, Eno­ra Gou­lard dé­cide alors de mon­ter sa pla­te­forme de mise en re­la­tion d’étu­diants et de per­sonnes âgées. L’idée: faire en sorte que des sé­niors pro­posent des me­nus avec en­trée, plat et des­sert et que des étu­diants ou jeunes ac­tifs viennent dé­jeu­ner chez eux. “Ça per­met à cha­cun de sor­tir de sa so­li­tude et d’échan­ger au­tour d’un bon plat, dans la convi­via­li­té. Avec les jeunes, les sé­niors ne sont pas for­cé­ment dans la com­plainte comme ils pour­raient l’être avec d’autres per­sonnes, et les jeunes peuvent se confier sur leurs ga­lères d’étu­diants.” Et si le cou­rant passe au­tour d’un gueu­le­ton des bonnes fa­milles, Pau­piette pro­pose de re­nou­ve­ler l’ex­pé­rience. À grands ren­forts d’al­go­rithmes? Pas seule­ment. “Quand on constate que le bi­nôme fonc­tionne, on en­voie un mes­sage: ‘Ça te di­rait de re­tour­ner man­ger chez Fran­çoise?’” Tout sim­ple­ment. Pour chaque re­pas, les étu­diants paient entre cinq et sept eu­ros. “Il y a un prix pour que les étu­diants n’en pro­fitent pas pour man­ger à l’oeil, pose Eno­ra. Mais on ne touche pas de com­mis­sion sur les re­pas. On es­saie plu­tôt de construire avec les col­lec­ti­vi­tés lo­cales, les dé­par­te­ments et de faire en sorte qu’ils puissent être bé­né­fi­ciaires et pas seule­ment fi­nan­ceurs du pro­jet.”

L’idée? Une pla­te­forme qui met en re­la­tion des sé­niors et des étu­diants pour qu’ils puissent échan­ger au­tour d’un dé­jeu­ner fait mai­son

Au­jourd’hui, Pau­piette comp­te­rait près de 700 membres. Et après avoir lan­cé la pla­te­forme à Bor­deaux, Eno­ra en­tend la dé­ve­lop­per dans d’autres villes comme Quim­per et Pa­ris, no­tam­ment. “On va rendre plus ac­ces­sibles nos sup­ports de mise en re­la­tion en conti­nuant à uti­li­ser les mails, les SMS et en im­pli­quant des ac­teurs lo­caux, dé­taille la jeune en­tre­pre­neuse, conqué­rante. Et on va es­sayer de faire des bé­bés Pau­piette par­tout en France.” L’été der­nier, Eno­ra fai­sait d’ailleurs un tour des ini­tia­tives in­ter­gé­né­ra­tion­nelles et sillon­nait le pays à la ren­contre de jeunes en­tre­pre­neurs qui, comme elle, se de­mandent com­ment mieux vieillir au­jourd’hui en France. Elle est ren­trée avec des heures de film qu’elle es­saie de mon­ter dès qu’elle a un mo­ment de libre. Mais avant toute chose, Eno­ra cherche à réus­sir ses exa­mens. “Après les par­tiels, j’irai dé­jeu­ner chez ma grand­mère, dit-elle. Ou bien je l’em­mè­ne­rai à la mer.”

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