Trois filles, une his­toire. Une paille mi­racle.

Une simple paille ca­pable, une fois glis­sée dans un verre, de dé­tec­ter si votre bois­son contient la drogue du viol. Telle est l’in­ven­tion de trois ly­céennes amé­ri­caines. À la­quelle per­sonne ne croyait, mais qui se­ra bien­tôt en vente.

Society (France) - - SOMMAIRE - POUR SO­CIE­TY – HÉ­LÈNE COUTARD / ILLUSTRATION: HEC­TOR DE LA VAL­LÉE

Chaque jour, Su­sa­na, Vic­to­ria et Ca­ro­li­na errent dans les cou­loirs de la Gul­li­ver Pre­pa­ra­to­ry School comme des ly­céennes lamb­da, vont en cours, ap­prennent leurs le­çons, font du sport et boivent des li­mo­nades avec leurs amis. Sauf que les trois ado­les­centes au sou­rire brillant sont fé­li­ci­tées à chaque dé­tour de cou­loir par des pro­fes­seurs, des élèves ou le per­son­nel ad­mi­nis­tra­tif du ly­cée. À Pi­ne­crest, pe­tite ville de 18 000 ha­bi­tants en ban­lieue de Mia­mi, tout le monde a en­ten­du par­ler de leur ré­cent suc­cès, Smart Straw. C’est une “paille in­tel­li­gente” per­met­tant de sa­voir si la per­sonne en com­pa­gnie de qui vous si­ro­tez votre whis­ky-co­ca s’ap­prête à vous vio­ler. Il suf­fit de trem­per la paille dans votre verre, et si le bout de­vient bleu ma­rine, mau­vaise nou­velle: c’est qu’elle y a dé­tec­té la pré­sence de GHB ou de ké­ta­mine. “Le pe­tit frère d’un pote de ma soeur a dé­jà été dro­gué dans un bar à Mia­mi. Ma plus grande soeur est à l’uni­ver­si­té Nor­th­wes­tern, à Chi­ca­go, et elle en­tend par­ler de viols qui ont lieu sur les cam­pus. Le plus sou­vent, l’al­cool ou la drogue y ont joué un rôle…”, ra­conte Su­sa­na pour ex­pli­quer sa mo­ti­va­tion. Aux États-unis, on dit qu’une femme sur cinq a été agres­sée sexuel­le­ment ou vio­lée à la fac. Dif­fi­cile de sa­voir com­bien de ces viols sont fa­ci­li­tés par l’usage d’une drogue. Dif­fi­cile aus­si de dé­ter­mi­ner si la­dite drogue a été prise vo­lon­tai­re­ment ou pas. Mais à l’uni­ver­si­té Nor­th­wes­tern, par exemple, où deux étu­diantes ont été dro­guées et agres­sées en jan­vier lors d’une soi­rée, 85% des étu­diants in­ter­ro­gés ont dé­cla­ré être in­té­res­sés par un tel pro­duit. La moi­tié d’entre eux connais­sait d’ailleurs quel­qu’un ayant dé­jà in­gé­ré une drogue du viol à une soi­rée. Ces drogues –le GHB, le Ro­hyp­nol, la ké­ta­mine– sont in­co­lores, in­odores et fa­ciles à lais­ser tom­ber dis­crè­te­ment dans un in­no­cent Co­ca-co­la.

C’est à l’oc­ca­sion d’un pro­jet sco­laire que les trois jeunes filles ont dé­ve­lop­pé l’idée. Sans trop y croire. “Hon­nê­te­ment, notre classe n’a pas vrai­ment adhé­ré au dé­part. Nos pre­miers pitchs étaient as­sez mau­vais, notre pré­sen­ta­tion a été avan­cée d’un jour et on n’était pas prêtes du tout. En gros, on n’avait que l’idée”, re­met Su­sa­na. Sauf qu’elles ne se dé­cou­ragent pas. Il faut dire qu’elles ont de qui te­nir. Le père de Su­sa­na, Juan Pa­blo Cap­pel­lo, est un en­tre­pre­neur et in­ves­tis­seur connu des en­vi­rons de Mia­mi. Tout comme le grand-père de Vic­to­ria, fon­da­teur de Di­gi­tel au Ve­ne­zue­la, ou la tante et l’oncle de Ca­ro­li­na, de­si­gners d’une ligne de jouets pour en­fants. “La classe était un peu pes­si­miste sur le fait que trois ly­céennes puissent dé­ve­lop­per un dis­po­si­tif an­ti­viol. On nous ap­pe­lait ‘les filles à la paille’. Mais on a conti­nué”, disent-elles. Fi­na­le­ment ga­gnantes d’une com­pé­ti­tion lo­cale, Su­sa­na, Vic­to­ria et Ca­ro­li­na ont dé­po­sé un bre­vet et se lancent ac­tuel­le­ment dans une cam­pagne Kicks­tar­ter afin de faire fa­bri­quer et de com­mer­cia­li­ser leur ob­jet. Tout en tra­vaillant en pa­ral­lèle à une nou­velle fonc­tion­na­li­té: rendre leur paille éco­lo. Et pour­quoi pas?

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.