Ser­bie

Society (France) - - SOMMAIRE - •TOUS PRO­POS RE­CUEILLIS PAR JB

Alors que l’eu­rope se ferme chaque jour da­van­tage aux migrants, la pe­tite ville du Sud-est de la Ser­bie, Bo­si­le­grad, a dé­ci­dé de prendre ses res­pon­sa­bi­li­tés. Ici, tout le monde est le bien­ve­nu, y com­pris les ré­fu­giés.

Il y a dé­jà cette sa­crée coif­fure, po­pu­la­ri­sée par les fans de hea­vy me­tal dans les an­nées 80. Der­rière, un mu­let qui des­cend en cas­cade dans le cou, et sur le des­sus, l’ébauche d’une per­ma­nente qui cherche à ca­cher par le vo­lume la ra­ré­fac­tion ca­pil­laire en marche. Et puis, il y a la musique qui sort de ses en­ceintes: du tur­bo folk, ce mé­lange de mu­siques tra­di­tion­nelles des Bal­kans boos­tées par de gros “boum boum” de tech­no de foire. Et alors? Mal­gré ce­la, et mal­gré le fait qu’il re­çoit en­ro­bé dans un large pan­ta­lon de jog­ging, Vladimir Za­ha­ri­jev est peut-être le maire le plus co­ol de Ser­bie. Ou tout sim­ple­ment ce­lui qui se rap­pelle tous les jours qu’il a été élu par le peuple, pour le peuple, et pour faire le bien. Sa ville, Bo­si­le­grad, 10 000 ha­bi­tants per­dus dans les mon­tagnes du Sud-est de la Ser­bie, à dix mi­nutes de la fron­tière bul­gare, est un cas unique en Eu­rope cen­trale. La seule du pays qui, par l’in­ter­mé­diaire de son maire, s’est of­fi­ciel­le­ment dé­cla­rée ci­tée “heureuse” d’ac­cueillir migrants et ré­fu­giés. À l’heure ac­tuelle, Bo­si­le­grad ac­cueille 60 ré­fu­giés, ins­tal­lés dans un an­cien hô­pi­tal de la ville. Uni­que­ment des fa­milles, dont 19 enfants. Des Af­ghans, des Sy­riens, des Kurdes d’irak, des Pa­kis­ta­nais. Un chiffre et un ef­fort qui peuvent pa­raître dé­ri­soires mais qui, rap­por­tés à la taille de la ville, re­vien­drait à ac­cueillir 13 000 ré­fu­giés à Pa­ris.

Vladimir est d’abord un vrai per­son­nage, ir­ra­diant et so­laire. Quand il tra­verse Bo­si­le­grad au vo­lant de son vieux 4x4 ago­ni­sant, il se fait hé­ler par les ha­bi­tants, qui le sa­luent tel un vieil ami re­ve­nu au pays après avoir fait for­tune en ville. Et quand il en des­cend, il en­toure de ses grands bras tous ceux qu’il croise dans la rue. À l’étage de la pe­tite mai­rie de Bo­si­le­grad, trois dra­peaux sont né­gli­gem­ment po­sés contre un mur de son bu­reau. Le serbe, le bul­gare et ce­lui de l’union eu­ro­péenne, alors que son pays n’est pas un État membre. Vladimir Za­ha­ri­jev est ins­tal­lé der­rière une pe­tite table. Élu de­puis 2001, il a dé­ci­dé de ne plus s’as­seoir dans le très of­fi­ciel fau­teuil de maire de­puis 2004, pour être “plus proche du peuple”. Il ra­conte que les pre­miers migrants ont été aper­çus à Bo­si­le­grad il y a quelques an­nées. “Ils ve­naient de par­tout, mais sur­tout de Bul­ga­rie. Cer­tains se ca­chaient pour pas­ser par les col­lines en­vi­ron­nantes. D’autres em­prun­taient la route et de­man­daient de l’aide au pre­mier poste de po­lice qu’ils trou­vaient. Quelques-uns par­mi eux avaient be­soin de soins médicaux. On leur en a pro­cu­ré gra­tui­te­ment.” Il ajoute, pour bien mon­trer qu’il ne feint pas de mettre cer­tains épi­sodes de l’his­toire de cô­té: “Et puis quand ils sont par­tis, on a ra­mas­sé les or­dures qu’ils avaient lais­sées. Et il y en avait beau­coup.” Ce­la au­rait pu n’être que l’af­faire de quelques jours. Mais les ré­fu­giés sont re­ve­nus à Bo­si­le­grad à la fa­veur de la dé­ci­sion du Pre­mier mi­nistre hon­grois, Vik­tor Or­ban, en sep­tembre 2016, de fer­mer sa fron­tière avec la Ser­bie et de construire un “mur an­ti-migrants” en bar­be­lés. En une jour­née où l’his­toire bas­cule, plu­sieurs mil­liers de ré­fu­giés se re­trouvent alors pié­gés en Ser­bie. Après quelques se­maines d’in­cer­ti­tude puis de prise de conscience po­li­tique, le gou­ver­ne­ment serbe dé­cide de les dis­pat­cher dans seize villes du pays. Par­mi celles-ci, Bo­si­le­grad, qui s’est por­tée vo­lon­taire. Le maire ne re­grette rien, et es­père dé­sor­mais ac­cueillir ra­pi­de­ment 200 ré­fu­giés sup­plé­men­taires. D’ailleurs, s’il le pou­vait, il ai­me­rait “en re­ce­voir 1 000. Il manque juste les bâ­ti­ments”.

“Le maire a été ma­lin”

Vladimir Za­ha­ri­jev s’en­gouffre dans son Nis­san dé­glin­gué pour re­joindre le centre pour ré­fu­giés, si­tué au mi­lieu d’un quar­tier de mai­sons mo­destes avec jar­di­nets, où poussent oi­gnons et pommes de terre. Mir­ja­na Jo­ca­no­vic, de L’OIM, l’or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale pour les mi­gra­tions, char­gée de gé­rer le lieu, fait la liste des pe­tites choses du quo­ti­dien qui construisent dé­sor­mais les liens entre les ré­fu­giés et la po­pu­la­tion de Bo­si­le­grad. “Avec le temps, ils sont de­ve­nus des gens du quar­tier. Quand quel­qu’un fait des pe­tits tra­vaux dans sa mai­son, ils viennent don­ner un coup de main, aident à re­peindre un por­tail. L’autre jour, ils ont vu des in­con­nus traî­ner dans le jar­din d’une mai­son, ils ont don­né l’alerte.” De­vant l’une des mai­sons qui fait face au centre des ré­fu­giés, Bo­ris et sa femme, un couple de pro­fes­seurs re­trai­tés, dis­tri­buent des bon­bons à deux enfants d’une fa­mille de ré­fu­giés. “Main­te­nant, ils vivent avec nous. Ces gens ont des sé­rieux pro­blèmes et on se doit de les sou­te­nir.” Dans une autre mai­son, éloi­gnée de quelques di­zaines de mètres, Alexan­der, Serbe, et Sa­dir, ori­gi­naire du Kur­dis­tan ira­kien, en­chaînent les clopes de­vant la té­lé­vi­sion. Les fils de ce der­nier, You­ness et Yous­sef, font les cons en sau­tant sur les fau­teuils en cuir d’alexan­der. L’ira­kien et le Serbe sont de­ve­nus amis. “Il n’y a pas

“Quelques com­men­taires sur des fo­rums d’ul­tra­na­tio­na­listes m’ont conseillé de m’oc­cu­per des gens d’ici qui ont faim plu­tôt que des migrants. Un ar­gu­ment peu lé­gi­time puisque per­sonne ne meurt de faim ici. Et puis, ce n’est pas les uns ou les autres, c’est tout le monde” Vladimir Za­ha­ri­jev

long­temps, j’ai dû par­tir en ur­gence à l’hô­pi­tal pour me faire opé­rer de l’ap­pen­di­cite et Sa­dir a vou­lu m’ac­com­pa­gner”, ra­conte Alexan­der. Il était en­core conva­les­cent quand Sa­dir a été ache­mi­né à son tour vers l’hô­pi­tal pour un pro­blème de vé­si­cule bi­liaire. Les deux ont alors de­man­dé à par­ta­ger la même chambre. “Les gens nous de­mandent comment on com­mu­nique, mais on n’a pas be­soin de mots, on a notre propre lan­gage”, s’en­thou­siasme Alexan­der, par ailleurs content que son nou­vel ami “bé­né­fi­cie de la même qua­li­té de soins et de trai­te­ment que n’im­porte quel Serbe”. Il a l’air fier de voir dans ces ré­fu­giés “les pre­miers mu­sul­mans” de la ville. À l’image de ce maire qui semble ai­mer tout le monde, l’ac­cueil des migrants à Bo­si­le­grad n’est pas un su­jet de cli­vage po­li­tique. Sans grand dis­cours de jus­ti­fi­ca­tion et peut-être faute de moyens fi­nan­ciers im­por­tants, l’in­té­gra­tion réus­sie des ré­fu­giés dans un en­vi­ron­ne­ment pour­tant peu confron­té à l’al­té­ri­té s’est ni­chée dans des ter­rains a prio­ri anec­do­tiques. Tous les jours vers 17h, les hommes du centre tra­versent en groupe la ville pour se rendre au ter­rain de sport mu­ni­ci­pal. Là, ils forment deux équipes et dis­putent un pe­tit match de foot­ball. Vladimir, le maire, prend sou­vent les buts. Au mi­lieu des hommes en jean et en san­dales, Amadh, un jeune Af­ghan, brille dans son maillot du FC Bar­ce­lone. Il était par­ti re­joindre des cou­sins en Rus­sie, du cô­té de Ka­zan, pour es­sayer de faire car­rière, avant fi­na­le­ment de chan­ger d’avis et de dé­ci­der de re­joindre l’al­le­magne. Il s’est fait prendre dans le fi­let de la fer­me­ture des fron­tières et a at­ter­ri à Bo­si­le­grad. Il évo­lue donc dé­sor­mais sous les cou­leurs du plus que mo­deste club lo­cal, le Mla­dost Bo­si­le­grad, trop heu­reux de bé­né­fi­cier du ta­lent d’un exo­tique joueur étran­ger. Une pa­ra­bole éclai­rante pour mon­sieur le maire. Car même si les ré­fu­giés n’ont of­fi­ciel­le­ment pas le droit de tra­vailler, lui compte sur eux. “Il y a un homme très com­pé­tent dans la cé­ra­mique, alors on va l’em­ployer pour qu’il nous donne un coup de main sur la re­cons­truc­tion de l’hô­pi­tal.” Au­tour du stade, les mères de fa­mille serbes et étran­gères se mé­langent en re­gar­dant le match. Cer­taines laissent leurs enfants quelques ins­tants pour jouer sur le ter­rain de bas­ket. “Au dé­but, les Serbes ont trou­vé étrange que des femmes voi­lées se mettent au sport et de­puis, plus per­sonne n’y prête at­ten­tion”, ré­sume Bo­zi­dar Iva­nov, ani­ma­teur sur une radio lo­cale, qui se dit “sur­pris” par la fa­ci­li­té avec la­quelle sa ville a ac­cueilli les ré­fu­giés. “Ce n’est même pas un su­jet de conver­sa­tion. Le maire a été ma­lin, il a été le pre­mier à se rendre au centre, il a pos­té des photos sur sa page Facebook et comme les ha­bi­tants lui font confiance, ils ont dé­ci­dé que c’était une bonne chose.” Vladimir Za­ha­ri­jev théo­rise: “Il ne faut rien im­po­ser. Lais­ser ces gens vivre comme ils le sou­haitent, leur mon­trer qu’on les res­pecte, qu’on les en­tend et croire en l’être hu­main. J’ai tou­jours pen­sé que pour être un homme, il fal­lait croire et avoir du cou­rage. C’est ce que l’on es­saye de faire.” Quand Vladimir Za­ha­ri­jev a pu­bli­que­ment an­non­cé le dé­sir de faire de sa ville une “wel­come re­fu­gees” zone, il n’a pas ren­con­tré de forte op­po­si­tion lo­cale. “Moins d’une di­zaine de per­sonnes, re­compte-til au­jourd’hui. Quelques com­men­taires sur des fo­rums d’ul­tra­na­tio­na­listes qui me conseillaient de m’oc­cu­per des gens d’ici qui ont faim plu­tôt que des migrants. Un ar­gu­ment peu lé­gi­time, puisque per­sonne ne meurt de faim ici. Et puis, ce n’est pas les uns ou les autres, c’est tout le monde.” Les plus vives cri­tiques sont, en vé­ri­té, ve­nues de son camp. Bo­si­le­grad est presque ex­clu­si­ve­ment peu­plée de Serbes d’ori­gine bul­gare, une mi­no­ri­té qui

bé­né­fi­cie d’un sta­tut of­fi­ciel et re­con­nu par les ins­ti­tu­tions. Vladimir Za­ha­ri­jev est d’ailleurs pré­sident du conseil na­tio­nal des Bul­gares de Ser­bie. “Le consul de Bul­ga­rie en Ser­bie m’a at­ta­qué en dé­non­çant ma vo­lon­té de vou­loir di­luer l’iden­ti­té de notre com­mu­nau­té avec ces ré­fu­giés.” Il s’en est dé­fen­du. Et a ga­gné. Aux der­nières élec­tions, sa liste, bap­ti­sée “Ce que nous sommes”, a rem­por­té le scru­tin avec 63% des voix. “Avant que les ré­fu­giés n’ar­rivent, cer­taines per­sonnes ra­con­taient qu’ils al­laient tuer et vo­ler, pour­suit le maire. Et ma ré­ponse a tou­jours été la même: dans notre ville, notre com­mu­nau­té, nous avons plus de gens à pro­blèmes que dans ce groupe de ré­fu­giés. Et ce n’est pas pour au­tant que ces gens re­pré­sentent notre ville ou notre so­cié­té.”

Exode et mé­moire fraîche

La mai­rie a aus­si pro­po­sé aux migrants coin­cés à Bo­si­le­grad de sco­la­ri­ser leurs enfants. “Cinq en ma­ter­nelle et deux en pri­maire, compte Me­to­di Ci­pev, le di­rec­teur de l’école. On n’a au­cune idée de ce qui va se pas­ser. C’est un choc cultu­rel, mais on va es­sayer de leur ap­prendre le serbe, le bul­gare, l’an­glais, et faire du sport. Les pa­rents sont plu­tôt heu­reux de l’ar­ri­vée de ces enfants.” À l’autre bout du pays, la ville de Sid, à la fron­tière avec la Croa­tie, a as­sis­té au phé­no­mène in­verse. Quelques pa­rents ont ten­té d’em­pê­cher la sco­la­ri­sa­tion d’enfants de ré­fu­giés comme le sou­hai­tait la mu­ni­ci­pa­li­té. “La si­tua­tion est dif­fé­rente, croit sa­voir le di­rec­teur de l’école. À Sid, ce sont sur­tout des hommes seuls, il y a eu des his­toires de viol et de dé­lin­quance at­tri­buées à des migrants. Ce­la a suf­fi à créer de la peur et du re­jet. Ici, on n’a que des fa­milles. On les a in­vi­tées quand on a fê­té Pâques, on leur a mon­tré notre folk­lore. Ils sont mu­sul­mans mais ils ont tous par­ti­ci­pé aux fêtes or­tho­doxes.” Au croi­se­ment de deux rues du centre-ville, un groupe de femmes dis­cute sur un banc après avoir ache­té quelques ki­los de pa­pri­ka à un couple d’agri­cul­teurs sor­tis d’une carte pos­tale de la You­go­sla­vie de Ti­to. “Je n’ai pas peur qu’ils viennent nous vo­ler. Ils es­sayent juste de sau­ver leur vie. Quand des gens fuient, ils ont tou­jours une bonne rai­son”, es­time Se­vet­ka Di­mi­trov, une mère de fa­mille d’une qua­ran­taine d’an­nées. Bo­zi­dar Iva­nov re­cadre lé­gè­re­ment la fable d’une ville to­ta­le­ment in­sen­sible à toute mé­fiance. “Quand les pre­miers ré­fu­giés sont pas­sés ici, les ha­bi­tants n’avaient au­cune idée de ce à quoi pou­vaient bien res­sem­bler des gens du Moyen-orient. Ils ont vu des fa­milles qui n’avaient rien à bouf­fer, obli­gées d’ar­ra­cher des pommes aux arbres ou dans les jar­dins. À part ça, ils n’ont pas vu cette pré­sence comme une me­nace, ils se sont vite ren­du compte que c’étaient des gens

bien qui s’oc­cu­paient de leurs enfants. Donc ils se sont sen­tis obli­gés d’ai­der. J’ai vu un vieil homme de la mon­tagne ac­cueillir 20 migrants chez lui et leur don­ner le seul truc qu’il avait à man­ger, une ga­lette de pain.” L’ani­ma­teur radio lâche une ex­pli­ca­tion à cet élan de so­li­da­ri­té pour les migrants. “Ici, la mé­moire de l’exode de Bos­nie, du Ko­so­vo ou de Croa­tie est en­core très fraîche pour les Serbes.”

Pour l’ins­tant, le grand coeur des ha­bi­tants de Bo­si­le­grad n’a pour­tant pas suf­fi à pan­ser les plaies de la dé­cep­tion des ré­fu­giés. “Ils sont ici et il n’y a pas beau­coup d’es­poir à part at­tendre leur tour. La Hon­grie laisse pas­ser cinq per­sonnes par jour seule­ment, jauge Mir­ja­na Jo­ca­no­vic. Donc ils sont en­core là pour des mois.” À leur ar­ri­vée en Ser­bie, les ré­fu­giés ont ob­te­nu un sta­tut “lé­gal d’illé­gal”, comme le dé­fi­nit la res­pon­sable de L’OIM. “Ils ont si­gné un do­cu­ment où ils s’en­gagent à de­man­der l’asile en Ser­bie qui leur per­met de res­ter ici. Sauf que per­sonne n’a émis le sou­hait de se fixer en Ser­bie.” Elle ajoute, au jeu de la com­pa­rai­son: “Ils voient comment on vit ici. Alors que l’ouest, pour eux, c’est le soleil.” Chaque fa­mille at­tend dans l’an­goisse que son nu­mé­ro soit ap­pe­lé au poste-fron­tière de Su­bo­ti­ca, dernière ville avant la fron­tière hon­groise. “Pour eux, c’est une ob­ses­sion. On peut or­ga­ni­ser un match de foot­ball, ache­ter des mou­tons pour que chaque fa­mille puisse fê­ter l’aïd, ils n’ont que ça en tête”, dé­plore Mir­ja­na. As­sis dans le ré­fec­toire du centre, un groupe d’hommes où se mêlent Af­ghans et Ira­kiens se tient fé­bri­le­ment au cou­rant de l’avan­cée au compte-gouttes du gui­chet mis en place pour les ré­fu­giés. “Vous sa­vez où en est notre si­tua­tion? Quels sont les nu­mé­ros ap­pe­lés?” de­mandent Mo­ha­med et Zol­mi, ori­gi­naires de Ma­zar-e-cha­rif, au nord de l’af­gha­nis­tan. Zi­ma­li pour­suit: “On est coin­cés. On ne peut pas re­tour­ner en ar­rière. On ne veut pas res­ter ici non plus, même si on ai­me­rait bien tra­vailler en at­ten­dant. On a tous des com­pé­tences, architecte, in­gé­nieur, peintre, mais on est condam­nés à ne rien faire.” Ils fus­tigent au pas­sage la dis­tinc­tion

“Je n’ai pas peur qu’ils viennent nous vo­ler. Ils es­sayent juste de sau­ver leur vie. Quand des gens fuient, ils ont tou­jours une bonne rai­son” Se­vet­ka Di­mi­trov, une mère de fa­mille

faite à la fron­tière entre Sy­riens et Ira­kiens, consi­dé­rés comme ré­fu­giés vic­times de con­flit, et les autres, Af­ghans, Pa­kis­ta­nais, pla­cés dans la file moins lé­gi­time, aux yeux des pays de L’UE, des migrants éco­no­miques. “Pour­quoi est-ce qu’on nous consi­dère comme des migrants éco­no­miques? s’em­porte Ali. Comme si on avait payé 12 000 dol­lars pour ve­nir ici alors qu’on n’a au­cun pro­blème à la mai­son. On nous a mis dans une cage juste parce que l’eu­rope a dé­ci­dé que nos pays étaient sûrs.” “Moi, je ne fais pas de dis­tinc­tion, ré­pond Vladimir Za­ha­ri­jev. Peu im­porte d’où ils viennent, pour­quoi ils sont par­tis, s’ils sont ré­fu­giés ou migrants. Je ne suis pas édu­qué, mais il faut ac­cep­ter leur pré­sence, leur gra­ti­tude pour ce que l’on fait, leur gen­tillesse. Je sais que je ne me suis pas trom­pé et c’est pour­quoi j’ai de­man­dé à l’état serbe d’en en­voyer plus ici.” Il prend une pause, puis, à la ma­nière d’un bi­lan des neuf mois que sa ville vient de tra­ver­ser: “De­puis que les ré­fu­giés sont ici, la seule chose qu’ils ont de­man­dée, c’est que l’on achète un fi­let pour les pan­neaux de bas­ket. Alors, on a vo­té au conseil mu­ni­ci­pal pour son achat. Mais un fi­let de bas­ket ne fait pas de nous des hé­ros.”

Mir­ja­na Jo­ca­no­vic, de l’or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale pour les mi­gra­tions.

Une fa­mille de migrants.

Dans la cui­sine du centre où sont ac­cueillis les migrants.

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