ETA

Elle avait tout vu, tout com­pris, tout écrit avant tout le monde. Mais il au­ra fal­lu at­tendre ses 78 ans pour qu’elle de­vienne l’écri­vaine la plus cool d’amé­rique. Mar­ga­ret At­wood est l’au­teure de The Handmaid’s Tale, le ro­man qui a ins­pi­ré la sé­rie phare

Society (France) - - SOMMAIRE - PAR HÉ­LÈNE COUTARD

Livre évé­ne­ment en Es­pagne, Pa­tria, de Fer­nan­do Aram­bu­ru, fresque de 600 pages sur L’ETA, ar­rive en­fin en France. L’oc­ca­sion de par­ler na­tio­na­lisme, vio­lence et terrorisme.

LE 5 FÉ­VRIER 2017 au NRG Sta­dium de Hous­ton, 70 000 per­sonnes sont réunies pour as­sis­ter au Su­per Bowl. Cent onze mil­lions d’amé­ri­cains sont de­vant leur té­lé­vi­sion. À la fin du deuxième quart-temps, les Fal­cons d’at­lan­ta mènent contre toute at­tente 21 à 3 face aux re­dou­tables te­nants du titre, les Pa­triots de la Nou­velle-angleterre, qui viennent de concé­der trois tou­ch­downs d’af­fi­lée. Avant que Lady Ga­ga ne vienne faire le show, l’heure est aux pu­bli­ci­tés: les plus grandes marques amé­ri­caines se dis­putent ce temps de cer­veau dis­po­nible de l’amé­rique, à cinq mil­lions de dol­lars les 30 se­condes. Entre une mi­nute de Bud­wei­ser et 30 se­condes d’airbnb, la pe­tite pla­te­forme de vi­déos à la de­mande Hu­lu a in­ves­ti dans 37 se­condes de bande-an­nonce. S’af­fichent alors les pre­mières images de la sé­rie The Handmaid’s Tale (La ser­vante écar­late en VF). “D’après le livre de Mar­ga­ret At­wood”, an­nonce le grand écran du stade, de­vant une foule de gens qui n’ont, au mieux, pro­ba­ble­ment pas en­ten­du le nom de la ro­man­cière ca­na­dienne de­puis leur der­nière an­née de ly­cée. Pour­tant, en­core quelques se­maines et il se­ra bien­tôt sur toutes les lèvres. Avec The Handmaid’s Tale, qui a de­puis rem­por­té cinq Em­my Awards et ob­te­nu le titre of­fi­cieux de grande sé­rie de l’époque, Hu­lu a réa­li­sé les meilleures au­diences de son his­toire. Quant au ro­man, pu­blié en 1985, il a été ré­édi­té à 100 000 exem­plaires. De telle sorte que le nom de Mar­ga­ret At­wood est de­ve­nu comme un sé­same à Hol­ly­wood. Alors que Net­flix vient d’ache­ter l’adap­ta­tion d’alias Grace, le ci­néaste Dar­ren Aro­nof­sky a an­non­cé tra­vailler sur celle de la tri­lo­gie Mad­dad­dam. Deux oeuvres d’at­wood. Fait en­core plus rare, le nom de l’écri­vaine cir­cule ex­pli­ci­te­ment dans la so­cié­té ci­vile. À la Wo­men’s March an­ti-trump de jan­vier der­nier, les ca­mé­ras ont sai­si des sil­houettes rouges, dé­gui­se­ments de “ser­vantes”, et une mul­ti­tude de pan­cartes “Make Mar­ga­ret At­wood Fic­tion Again” ou “The Handmaid’s Tale n’est pas un ma­nuel d’ins­truc­tion”. Per­sonne n’au­rait pa­rié des­sus, mais c’est un fait: à 78 ans, Mar­ga­ret At­wood, bien­tôt 50 ans de car­rière, vient de de­ve­nir l’au­teure la plus bran­chée d’amé­rique.

Pas tout à fait un ha­sard, se­lon ceux qui la connaissent. Si The Handmaid’s Tale, qui ima­gine un fu­tur proche où les États-unis, de­ve­nus un pays po­pu­liste et pu­ri­tain dans le­quel les femmes, triées se­lon leur ca­pa­ci­té à pro­créer, sont les pre­mières vic­times, prend tout son sens en ces temps de Trump, Mar­ga­ret At­wood a en réa­li­té tou­jours eu le don de s’in­té­res­ser aux su­jets qui font l’époque. Sa tri­lo­gie Mad­dad­dam, pu­blié entre 2003 et 2013, par­lait ain­si de crise fi­nan­cière, de la cu­pi­di­té du ca­pi­ta­lisme, des éven­tuelles consé­quences d’avan­cées tech­no­lo­giques trop pous­sées et, comme sou­vent chez elle, d’éco­lo­gie et de ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique. “Elle a ce don d’iden­ti­fier les su­jets im­por­tants qui dé­fi­nissent une époque”, af­firme Na­tha­lie Cooke, qui lui a consa­cré une biographie, Mar­ga­ret At­wood, A Cri­ti­cal Com­pa­nion. Valérie Mar­tin, une amie de longue date ren­con­trée lors­qu’elles étaient toutes les deux pro­fes­seures à Tuscaloosa, en Ala­ba­ma, dans les an­nées 80, confirme: “C’est comme si tout le monde, au­jourd’hui, sem­blait por­ter un gène Mar­ga­ret At­wood dans son ADN. Car elle parle de­puis tou­jours de tous les su­jets im­por­tants

ac­tuel­le­ment!” Il est vrai que rien n’échappe à Mar­ga­ret At­wood qui, mal­gré son grand âge, se tient au courant de tout et tweete qua­si quo­ti­dien­ne­ment. “Elle s’est ins­crite sur Twit­ter très vite, elle l’uti­li­sait même lors d’une croi­sière trans­at­lan­tique sur un ba­teau entre New York et l’angleterre”, se sou­vient, en­core éton­née, Nan Ta­lese, son édi­trice de­puis 1976. Drôle de femme que Mar­ga­ret At­wood. Drôle de des­tin, aus­si. Née au dé­but de la Se­conde Guerre mon­diale, elle gran­dit dans le nord du Québec. Ses pa­rents ne la sco­la­risent pas avant ses 8 ans. Chaque an­née, au prin­temps, la fa­mille At­wood dis­pa­raît dans la fo­rêt, pour ne ré­ap­pa­raitre qu’à l’au­tomne. “Ils pas­saient une par­tie de l’an­née sur une pe­tite île, dans une ca­bane sans eau ni élec­tri­ci­té, raconte Valérie Mar­tin. Ce qui fait qu’au­jourd’hui en­core, elle peut pa­gayer d’île en île, trou­ver des baies sau­vages, les rap­por­ter et vous en faire une tarte dans un four en bois. Si vous vous per­dez en fo­rêt avec Mar­ga­ret At­wood, vous êtes tran­quille.” Et si fi­na­le­ment, c’était là l’en­fance idéale d’un écri­vain en de­ve­nir? Na­tha­lie Cooke: “Ima­gi­nez une en­fance en­tou­rée de livres et de gens très in­tel­li­gents, sans té­lé­vi­sion, au mi­lieu de la na­ture: c’est l’in­cu­ba­teur idéal pour des en­fants qui de­vien­dront de grands ob­ser­va­teurs du monde qui les en­toure.” Et en ef­fet, Mar­ga­ret, pe­tite, lit les contes de Grimm et re­pro­duit la ba­taille de Wa­ter­loo avec ses pe­luches. À 5 ans, elle écrit dé­jà. Un an plus tard, elle signe une pièce de théâtre, puis des poèmes. En 1947, les At­wood re­joignent To­ron­to et la pe­tite fille est en­voyée à l’école. “Je me suis alors re­trou­vée face à la vraie vie, sous la forme d’autres pe­tites filles. Leur pru­de­rie et leur sno­bisme, leur vie so­ciale in­croyable ba­sée sur les mur­mures et les vi­cieux ra­gots, et l’in­ca­pa­ci­té à ra­mas­ser un ver de terre sans se tor­tiller et émettre des pe­tits bruits de cha­ton”, ra­con­te­ra-t-elle plus tard dans le Guar­dian. À 16 ans, c’est dé­ci­dé: elle de­vien­dra écri­vaine. “Mes pa­rents ne m’ont pas par­ti­cu­liè­re­ment en­cou­ra­gée, se sou­ve­nait-elle en 1978, in­ter­viewée par Joyce Ca­rol Oates pour le New York Times. Mais ils m’ont ap­por­té un autre genre de sou­tien: ils at­ten­daient de moi que je me serve de mon in­tel­li­gence et ils ne m’ont ja­mais mis la pres­sion pour que je me ma­rie.” Mar­ga­ret rom­pra d’ailleurs deux fois des fiançailles, puis di­vor­ce­ra au bout de cinq ans de ma­riage, pour fi­na­le­ment pas­ser sa vie avec le ro­man­cier Graeme Gib­son, sans ja­mais l’épou­ser.

“Je n’ai pas in­ven­té le fé­mi­nisme”

Mar­ga­ret At­wood a ra­con­té un jour que c’est en pas­sant du Ca­na­da aux États-unis –“un pays construit par des pu­ri­tains du xvii e siècle, un groupe do­mi­né par des hommes”– qu’elle s’est vrai­ment ren­du compte des dif­fé­rences de trai­te­ment qui pou­vaient exis­ter entre les femmes et les hommes. En 1986, alors en pro­mo à New York pour la sor­tie de The Handmaid’s Tale, At­wood est invitée au PEN In­ter­na­tio­nal Con­gress, or­ga­ni­sé cette an­née-là par Nor­man Mai­ler. Pro­blème: seule­ment huit femmes prennent part à la ma­ni­fes­ta­tion, qui re­groupe 51 écri­vains. La Ca­na­dienne ne se gêne pas pour le faire re­mar­quer à Mai­ler. L’al­ter­ca­tion lui vaut une ré­pu­ta­tion de dé­fen­seuse de la cause fé­mi­nine. Et il est vrai que tous les romans d’at­wood sont peu­plés de nar­ra­trices, fait rare à l’époque. The Edible Wo­man, son pre­mier ro­man pu­blié en 1969, raconte la vie d’une jeune femme qui, à peine fian­cée, ar­rête soudainement de s’alimenter. Alias Grace re­prend l’his­toire vraie du meurtre d’un bour­geois ca­na­dien par sa ser­vante en 1843. The Blind As­sas­sin, l’his­toire de deux soeurs dans un triangle amou­reux au xxe siècle, rem­porte le pres­ti­gieux Boo­ker Prize en 2000. Pour au­tant, l’au­teure n’a pas une re­la­tion simple avec l’éti­quette fé­mi­niste que l’on semble vou­loir lui im­po­ser. Même si elle ex­prime sans pro­blème sa “sym­pa­thie na­tu­relle” en­vers la cause, lorsque la presse se pré­ci­pite pour consa­crer The Edible Wo­man “oeuvre fé­mi­niste de pre­mier ordre”, At­wood se contente de ré­pondre:

“Je le consi­dère plu­tôt comme du réa­lisme social… Je n’ai pas in­ven­té le fé­mi­nisme et il ne m’a cer­tai­ne­ment pas in­ven­tée.” Plus tard, dans le New Yor­ker: “Je ne vou­lais pas de­ve­nir un mé­ga­phone pour une cause par­ti­cu­lière. J’ai vé­cu la pre­mière vague du fé­mi­nisme, où on n’était plus cen­sées por­ter des robes et du rouge à lèvres. Bon, ça n’a ja­mais été mon truc non plus. Mais vous de­vriez pou­voir por­ter ce que vous vou­lez sans que l’on vous dise que vous tra­his­sez votre sexe.” Pour elle, même The Handmaid’s Tale n’est pas par­ti­cu­liè­re­ment fé­mi­niste. “Dans une dys­to­pie stric­te­ment fé­mi­niste, tous les hommes au­raient plus de droits que toutes les femmes. Mais Gi­lead (le nom du ré­gime au pou­voir dans le livre, ndlr) est plu­tôt une dic­ta­ture clas­sique, avec un sys­tème py­ra­mi­dal: ceux qui ont du pou­voir en haut, des hommes et des femmes, gé­né­ra­le­ment un peu en des­sous, puis ceux qui n’en ont pas, des deux sexes”, écrit-elle dans le Guar­dian. En jan­vier der­nier, At­wood a même été prise à par­tie par quelques fi­gures du mou­ve­ment #Metoo. En cause: le fait qu’elle ait si­gné une pé­ti­tion ré­cla­mant une en­quête juste pour Ste­ven Gal­lo­way, ro­man­cier et pro­fes­seur à l’université de la Co­lom­bie-bri­tan­nique, ac­cu­sé de har­cè­le­ment et vi­li­pen­dé sur les ré­seaux so­ciaux. “Il sem­ble­rait que je sois une mau­vaise fé­mi­niste”, écrit-elle à ce pro­pos dans un édito du Globe and Mail. Avant d’ex­pli­quer: “Le mou­ve­ment #Metoo est le symp­tôme d’un sys­tème lé­gal cas­sé. Trop sou­vent, des femmes n’ont pas pu être en­ten­dues comme il se doit par les ins­ti­tu­tions, alors elles se servent d’in­ter­net. Ce­la s’est ré­vé­lé très ef­fi­cace. Mais en­suite, quoi? Le sys­tème lé­gal peut être ré­pa­ré. Les ins­ti­tu­tions peuvent être net­toyées. Une guerre entre femmes est tou­jours une op­por­tu­ni­té pour ceux qui ne leur veulent pas du bien. Ce­ci est un mo­ment im­por­tant. J’es­père qu’il ne se­ra pas gas­pillé.” Fi­na­le­ment, la hache de guerre se­ra vite en­ter­rée. Et The Handmaid’s Tale est res­té ce livre culte qu’il est de­ve­nu avec le temps.

“Ce ro­man me fait peur mais je dois l’écrire”

“Il y a des livres qui hantent le lec­teur et des livres qui hantent l’au­teur. The Handmaid’s Tale fait les deux”, écrit At­wood dans les pages du Guar­dian en 2012. Le livre qui la hante est né à Ber­lin en 1984. “Le mur était tout au­tour de nous, écrit-elle dans un texte pu­blié dans le der­nier nu­mé­ro de la re­vue Ame­ri­ca. De l’autre cô­té, il y avait Ber­lin-est et aus­si la Tché­co­slo­va­quie et la Po­logne, où je suis al­lée à l’époque. Je me sou­viens de ce que me di­saient les gens et de ce qu’ils ne me di­saient pas. Je me sou­viens des pauses si­gni­fi­ca­tives. Je me sou­viens que j’étais moi-même obli­gée de faire at­ten­tion à ce que je di­sais, de peur de mettre quel­qu’un en dan­ger par in­ad­ver­tance. Tout ce­la s’est re­trou­vé dans mon livre.” Chaque di­manche, At­wood en­tend le bruit que fait l’ar­mée de Ber­lin-est pour rap­pe­ler sa pré­sence. En écri­vant, elle pense aus­si à l’iran, à Ka­boul, qu’elle a vi­si­tée six ans plus tôt. Mais tout au­tant à l’amé­rique et à l’oc­ci­dent. “Étant née en 1939, je ne sais que trop bien que l’ordre éta­bli peut bas­cu­ler du jour au len­de­main”, ré­pète-t-elle sou­vent. À son re­tour aux États-unis, At­wood rend visite à son agent de longue date, Phoebe Lar­more. La­quelle ra­con­te­ra leurs re­trou­vailles au New Yor­ker de la ma­nière sui­vante: “J’ai été ma­lade cette an­née-là, mais quand Mar­ga­ret est ar­ri­vée, elle avait une mine en­core pire que la mienne. Je lui ai de­man­dé ce qui n’al­lait pas et elle m’a ré­pon­du: ‘C’est le nou­veau ro­man, il me fait peur. Mais je dois l’écrire.’” Mar­ga­ret prend un poste de pro­fes­seure à Tuscaloosa, en Ala­ba­ma (où elle ren­contre Valérie Mar­tin), et y ter­mine The Handmaid’s Tale. “Elle ne par­lait pas de ce qu’elle écri­vait, mais quand elle a eu fi­ni, elle m’a de­man­dé de le lire, se sou­vient cette der­nière. Et elle m’a ten­du un gros ma­nus­crit ta­pé à la ma­chine. J’ai trou­vé ça ex­tra­or­di­naire et alar­mant.” Valérie est per­sua­dée d’avoir alors dit à son amie: “Tu vas de­ve­nir très riche.” Elle a rai­son. Une se­maine avant la sor­tie du ro­man, Nan Ta­lese, l’édi­trice, com­mande dé­jà une se­conde im­pres­sion. À sa sor­tie en 1985, The Handmaid’s Tale fait l’ef­fet d’une claque aux mil­lions d’amé­ri­cains qui viennent de ré­élire Ro­nald Reagan. Le Par­ti ré­pu­bli­cain se rap­proche alors dan­ge­reu­se­ment de la Mo­ral Ma­jo­ri­ty, un lob­by pous­sant des ré­formes fa­vo­rables aux groupes évan­gé­liques. La dys­to­pie de The Handmaid’s Tale ne pa­raît pas tel­le­ment en être une: c’est parce qu’elle ne l’est pas. Pour At­wood, la science-fic­tion, c’est “des monstres et des vais­seaux spa­tiaux”. The Handmaid’s Tale ne se­rait, à l’in­verse, que de la “fic­tion spé­cu­la­tive”. “Elle écoute, ob­serve, lit et ima­gine en­suite ce qui pour­rait se pas­ser. Elle regarde en profondeur un monde mi­nia­ture ima­gi­naire et re­mue cer­tains élé­ments pour voir ce qu’il en res­sort”, ex­plique sa bio­graphe, Na­tha­lie Cooke. Quant à savoir si ses livres sont un présage de l’ave­nir, At­wood a ré­pon­du un jour dans le New York Times: “Disons que c’est un an­ti­pré­sage. Si ce fu­tur peut être dé­crit en dé­tails, peut-être qu’il n’ar­ri­ve­ra pas.” Sauf que Do­nald Trump a été élu. Si le 45e pré­sident des États-unis ne semble pas être très re­li­gieux –deux di­vorces au comp­teur et pas un ha­bi­tué des églises–, sa mi­so­gy­nie ne fait guère de doute. At­wood el­le­même en convient. “Une tren­taine d’an­nées plus tard, The Handmaid’s Tale fait son re­tour parce que tout à coup, il ne semble plus du tout une dys­to­pie ti­rée par les che­veux. Il est de­ve­nu trop réel”, écrit-elle dans Ame­ri­ca. Hu­lu ne s’y est pas trom­pé non plus, en dé­ci­dant de dif­fu­ser les trois pre­miers épi­sodes de la se­conde sai­son de la sé­rie à trois jours du 100e jour de pré­si­dence de Do­nald Trump. Tout comme 24 heures chro­no avait bé­né­fi­cié du 11-Sep­tembre, The Handmaid’s Tale pro­fite du dé­sastre Trump. Mais le monde du di­ver­tis­se­ment n’est pas le seul à ti­rer avan­tage de l’in­quié­tant réa­lisme du ro­man: l’ac­ti­visme po­li­tique aus­si. Emi­ly Mor­gan a fon­dé Handmaid Coa­li­tion, un groupe d’ac­ti­vistes po­li­tiques, en avril 2017. “Nous sommes pré­sentes dans 46 États et cer­taines d’entre nous ont pro­tes­té en se ren­dant à des as­sem­blées législatives ha­billées en ser­vantes lors de votes de ré­formes mi­so­gynes ou contre l’élec­tion de Roy Moore (can­di­dat ré­pu­bli­cain au Sénat dans l’ala­ba­ma, ac­cu­sé d’abus sexuels en no­vembre der­nier, ndlr), ou à Hol­ly­wood lors des cé­ré­mo­nies de re­mise de prix”, ex­plique-t-elle. Pour la mi­li­tante, rien de plus ef­fi­cace que cette cape rouge pour faire pas­ser son mes­sage. “Inu­tile de crier ou de bran­dir des pan­cartes. Au­jourd’hui, c’est ce cos­tume qui ex­prime le mieux l’op­pres­sion.” Mar­ga­ret At­wood s’en est aper­çue éga­le­ment. Dans la rue, dé­sor­mais, il est de­ve­nu courant que des lec­teurs et des lec­trices l’ar­rêtent pour lui dire qu’elle avait rai­son. Pas sûr que ce­la la ras­sure. En 1976, dans un es­sai in­ti­tu­lé On Being a [Wo­man] Wri­ter, elle écri­vait: “Ce n’est pas si ré­con­for­tant que ça que l’on vous dise que vous aviez rai­son de­puis le dé­but… C’est comme être ju­gée in­no­cente après que l’on vous a pen­due. La sa­tis­fac­tion est amère.”

“Ce n’est pas pas si ré­con­for­tant que ça que l’on vous dise que vous aviez rai­son de­puis le dé­but… C’est comme être ju­gée in­no­cente après avoir été pen­due” Mar­ga­ret At­wood

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.