“Je ne crois plus que je pour­rais être heu­reux en fai­sant ce mé­tier”

Society (France) - - COUVERTURE - SI­MON, 29 ANS CONSUL­TANT “SCRUM MAS­TER” DANS UNE GRANDE EN­TRE­PRISE DE TÉ­LÉ­COMS

“J’ai été en­voyé dans une grande boîte de té­lé­coms pour ‘agi­li­ser’ l’en­tre­prise se­lon la mé­thode ‘scrum’, qui est cen­sée re­mettre les dé­ve­lop­peurs au coeur du pro­ces­sus de créa­tion de pro­duits. Ils ont em­bau­ché 60 coachs pour pous­ser les équipes en ce sens. Mais ce n’est qu’une his­toire d’image. La di­rec­tion se sa­tis­fait de l’ef­fet d’an­nonce et du fait de dire

‘On est pas­sés en agile.’ Cette mé­tho­do­lo­gie a été im­po­sée sans que per­sonne n’ait été for­mé en in­terne. Je suis là pour ap­por­ter le chan­ge­ment mais je ne peux pas, par exemple, ré­ser­ver de salle de réunion parce que je n’ai pas les au­to­ri­sa­tions. Mon boss s’en sa­tis­fait, il dit: ‘Ici, c’est long et c’est comme ça.’

Au­jourd’hui, à 11h, j’avais fi­ni ma réunion quo­ti­dienne et je n’avais rien d’autre de pré­vu en­suite. Je n’en ai pas par­lé à mon n+1. Comme il ne com­prend pas ce que je fais et qu’il voit bien que deux ou trois trucs changent mal­gré tout, ça passe. Je suis ha­bi­tué. Dans mon an­cien taf, j’avais ex­pli­qué à mon boss que je me fai­sais chier, que j’étais sur Fa­ce­book alors que je ne pas­sais dé­jà que quatre heures par jour là-bas. Mais il ne vou­lait pas me vi­rer parce que s’il me vi­rait, ça vou­lait dire qu’il n’avait pas be­soin de moi. Et s’il di­sait à son boss à lui que je me fai­sais chier, ça vou­lait dire qu’il avait échoué, donc il pré­fé­rait lui ca­cher le fait que je ne tra­vaillais pas pour gar­der la même taille d’équipe. Parce que avoir une grosse équipe, ça lui per­met­tait de ré­cu­pé­rer des pro­jets en in­terne et de res­ter là, tran­quille, avec son poste, ses ho­raires pé­pères et son gros sa­laire.

Au­jourd’hui, je ne crois plus que je pour­rais être heu­reux en fai­sant ce mé­tier dans ce genre d’en­tre­prise. Je pré­pare donc une re­con­ver­sion –je vais mon­ter une ferme en per­ma­cul­ture– et entre-temps, je donne aus­si des cours à cô­té. Ça me per­met de me sen­tir mieux par rap­port à tout ça, et de ré­pa­rer le kar­ma, quoi.”

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