Mé­dine

Society (France) - - SOMMAIRE -

Coin­cé dans une po­lé­mique nau­séa­bonde de plus, le rap­peur du Havre s’ex­plique ici en ex­clu­si­vi­té.

De­puis l’of­fi­cia­li­sa­tion de l’an­nu­la­tion de tes dates au Ba­ta­clan, tu as dé­cli­né toutes les de­mandes d’in­ter­view. Pour­quoi? Je ne veux pas être dans un pe­lo­ton d’exé­cu­tion, un pla­teau té­lé ou un ar­ticle à charge, obli­gé de me jus­ti­fier. Qui se jus­ti­fie se cru­ci­fie. J’ai l’im­pres­sion que mes textes en disent dé­jà pas mal, et que ce­lui qui me de­mande de me jus­ti­fier fait preuve d’une cer­taine forme d’im­po­li­tesse. Mes pa­roles, je les as­sume. Mon en­vie de jouer au Ba­ta­clan, je l’as­sume. Mais je n’ai pas en­vie de m’ex­pri­mer n’im­porte où.

Quo­ti­dien m’a ap­pe­lé pour que je le fasse, par exemple. J’ai dit: ‘Je suis un ar­tiste, j’ai en­vie de rap­per. Donc je fais un mor­ceau, et en­suite on dis­cute si vous vou­lez.’ Ça n’a pas été pos­sible, donc je n’y suis pas al­lé. Je ne viens pas que pour par­ler, je n’ai pas en­vie de faire de cette po­lé­mique mon fonds de com­merce ni de l’en­ve­ni­mer.

Qu’est-ce qui a mo­ti­vé cette an­nu­la­tion? L’épée de Da­mo­clès a tou­jours été là, de­puis le dé­but de la po­lé­mique au mois de juin. Mais j’avais ren­con­tré les gens du Ba­ta­clan au mo­ment du clip de mon mor­ceau Ba­ta­clan, jus­te­ment, qui a été tour­né là-bas. Je me di­sais que si eux ne voyaient pas d’ob­jec­tion à ce que je joue dans leur salle, il n’y avait pas de rai­son de ne pas y jouer. Ma seule crainte, c’était qu’il y ait une in­com­pré­hen­sion de la part des fa­milles des vic­times. Dans un pre­mier temps, leur dis­cours était: ‘Le Ba­ta­clan est libre de sa pro­gram­ma­tion’, donc je n’avais au­cune rai­son d’an­nu­ler. Si ça ne fait chier que des gens qui n’aiment pas ma mu­sique, ce que je re­pré­sente et ce que j’in­carne, c’est que j’ai vi­sé juste. L’ex­trême droite est vi­sée dans mes textes, c’est nor­mal qu’elle ré­agisse. Mais quand j’ai vu qu’un pa­pa, M. Gi­roud, s’était ex­pri­mé dans Le Dau­phi­né li­bé­ré, je me suis dit: ‘Ça com­mence à créer de l’in­com­pré­hen­sion. Je n’ai pas en­vie de m’ex­pri­mer mais si j’ar­rive à ren­con­trer en off, sans ca­mé­ra, quelques fa­milles qui sont dans le doute...’ Ça n’a pas été pos­sible? C’est un bor­del pas pos­sible pour que les fa­milles puissent se réunir en un seul en­droit en termes de plan­ning. Et il y a plu­sieurs as­so­cia­tions dif­fé­rentes. Per­sonne ne parle d’une seule voix et –heu­reu­se­ment– tout le monde a sa sen­si­bi­li­té. Donc ça ne s’est ja­mais fait. La mau­vaise in­ter­pré­ta­tion est ar­ri­vée à cause de l’ex­trême droite, qui a men­ti et conti­nué à en­tre­te­nir la po­lé­mique parce que c’est ce qui l’in­té­resse. Je pense qu’elle se fout to­ta­le­ment de la dou­leur des fa­milles. Ce n’est pas mon cas. Dès que j’ai vu que ça créait de l’in­com­pré­hen­sion, j’ai com­men­cé à pen­ser à l’op­tion an­nu­la­tion. Donc voi­là, on va al­ler au Zé­nith.

Pour­quoi le Ba­ta­clan est-il si sym­bo­lique pour toi? C’était un rêve de gosse de pou­voir le faire, parce que c’est une salle my­thique pour les rap­peurs. En 1999, mon ma­na­ger, qui rap­pait à l’époque, avait un re­frain: ‘Mon but, c’est de faire le Ba­ta­clan, pas d’voir les clans s’battre.’ Et bien sûr, après, il y a la por­tée sym­bo­lique. On a vou­lu mettre à terre le Ba­ta­clan, on a vou­lu tuer le Ba­ta­clan. Le Ba­ta­clan est aus­si une vic­time des at­ten­tats du 13-No­vembre. Je trou­vais ça im­por­tant de conti­nuer à y jouer. Que les ex­tré­mistes re­li­gieux ne gagnent pas ce com­bat. Avec toute ma naï­ve­té, je vou­lais par­ti­ci­per à la ré­ha­bi­li­ta­tion cultu­relle du Ba­ta­clan. Mais ce n’est plus pos­sible à cause d’autres ex­tré­mistes, po­li­tiques et idéo­lo­giques.

Tu penses qu’un autre rap­peur mu­sul­man n’au­rait pas pu faire le Ba­ta­clan, juste parce qu’il est mu­sul­man? Ou c’est parce que toi tu en parles plus que d’autres ou d’une ma­nière dif­fé­rente? Je l’as­sume, en fait. Je pro­pose ce mo­dèle pour les per­sonnes qui sont de confes­sion mu­sul­mane, vivent en France, n’ont pas dé­ci­dé de re­tour­ner dans le pays de leurs pa­rents et ar­rivent à s’en­ra­ci­ner dans ce pays à tra­vers la cul­ture, l’art, la langue fran­çaise. C’est le fait d’être ce mu­sul­man-là qui pose pro­blème. Non, il faut que tu sois un mu­sul­man sans pro­po­si­tion. Fais-nous rire! Di­ver­tis-nous! Reste dans ton champ! Mon mor­ceau Don’t Laïk et le pas­sage où je dis ‘cru­ci­fions les laï­cards comme à Gol­go­tha’, ce n’est ni plus ni moins que de l’es­prit Char­lie. C’est l’ir­ré­vé­rence de Bras­sens, la plume de Charb. J’uti­lise ces ou­tils qui me sont pro­po­sés par la dé­mo­cra­tie fran­çaise comme bon me semble pour cri­ti­quer des va­leurs de plus en plus res­tric­tives. Je me sens plei­ne­ment fran­çais et en­ra­ci­né à ma fa­çon, pas à la fa­çon que l’on veut m’im­po­ser. Je ne suis pas là uni­que­ment pour di­ver­tir et faire dan­ser, et c’est ça qui pose pro­blème.

Tu as re­çu as­sez peu de sou­tiens. Com­ment tu l’ex­pliques? Cer­tains ont pris la pa­role pour dire que c’était un peu trop, mais moi, en­core une fois, je n’ai pas en­vie d’en faire mon fonds de com­merce. ‘Ve­nez der­rière moi, les gars, la li­ber­té d’ex­pres­sion est ba­fouée, les rap­peurs sont mis au ban!’ Non, je crois que ce qui m’ar­rive est anec­do­tique. Le sou­tien, je le vois dans le fait qu’au­cun pro­gram­ma­teur de ma tour­née n’a dé­pro­gram­mé mes concerts. Je conti­nue aus­si à avoir les fea­tu­rings que je sou­haite avoir. Mes potes du rap fran­çais ont tou­jours un mot pour moi dans leurs in­ter­views.

Pour­quoi cette po­lé­mique est-elle née en juin alors que ton clip qui an­non­çait les dates au Ba­ta­clan est sor­ti en mars? Je pense qu’ils n’avaient plus de com­bat à me­ner et qu’il fal­lait un épou­van­tail. Un gars a fait un coup de Pho­to­shop, il a mis une pho­to de moi qui date de 2005 à cô­té du Ba­ta­clan, et voi­là. C’est ça qui m’a fait le plus chier: re­voir des pho­tos de moi avec 30 ki­los de plus. Li­mite, je trou­vais ça gros­so­phobe plus qu’is­la­mo­phobe. Bref, coup de ba­guette ma­gique, on se re­trouve avec une belle po­lé­mique qui dure deux, trois mois où on fait par­ler des titres d’al­bum de 2005 en pen­sant que je vais jouer cet al­bum­là au Ba­ta­clan, alors que le mor­ceau Ji­had est un pam­phlet an­ti­mi­li­ta­riste. Per­sonne n’a pris le temps de re­gar­der de quoi il s’agis­sait. On a juste fait par­ler les sym­boles, l’émo­tion et les images.

Tu peux com­prendre que quel­qu’un qui ne te connaît pas, en voyant l’image, se dise ‘Ah ouais, c’est bi­zarre ça’? Bien sûr. Mais je lui dis: ‘Ne sois pas fai­néant! Com­prends la cul­ture de la po­lé­mique et de la pro­vo­ca­tion.’ On est fran­çais, on a ça dans notre ADN. On a les ou­tils pour al­ler au-de­là et com­prendre de quoi il s’agit. De­puis mon pre­mier titre, je joue énor­mé­ment sur la pro­vo­ca­tion. Sor­tir de ce com­mu­nau­ta­risme in­tel­lec­tuel, c’est mon ob­jec­tif de­puis le pre­mier mor­ceau.

Ce re­cours à la pro­vo­ca­tion était-il la seule voie pour per­cer dans la mu­sique, sa­chant que tu étais loin de Pa­ris? Oui, c’était aus­si une tech­nique d’ap­proche. On s’est dit: ‘Jouons sur la pro­vo­ca­tion pour se faire une place dans le rap fran­çais!’ Parce qu’on est nor­mands, que le mou­ve­ment est sur­tout pa­ri­sien et qu’il faut que l’on se fasse en­tendre. Mais ça n’a ja­mais été de la pro­vo­ca­tion gra­tuite. On a tou­jours fait ça pour créer un dé­bat.

Tu te re­ven­diques de gauche, et la laï­ci­té est jus­te­ment une ligne de frac­ture au sein de la gauche ac­tuelle. Tu ar­rives à com­prendre que cer­tains pensent que pour lut­ter contre le com­mu­nau­ta­risme, il faille de la laï­ci­té un peu dras­tique? Non, jus­te­ment. Pour soi­gner un can­cer, il y a ceux qui veulent la chi­mio et crament tous les autres or­ganes, et puis ceux qui passent par la mé­de­cine douce et disent qu’il faut soi­gner l’es­prit avant le corps. Moi, je suis de ces per­sonnes-là. Je n’ai pas en­vie d’être dans quelque chose où, pour lut­ter contre le ter­ro­risme, il faut ‘dé­com­mu­nau­ta­ri­ser’ les gens, les dés­is­la­mi­ser, les dé­cul­tu­ri­ser. Ce n’est pas comme ça que ça marche. Il y a des gens qui ac­cordent de l’im­por­tance au sa­cré, au cultu­rel, à la con­nexion avec leur propre his­toire. Tu ne peux pas ba­layer tout ça d’un re­vers de la main.

D’une cer­taine ma­nière, tu vas un peu à l’en­contre de ce qu’était le mo­dèle de laï­ci­té fran­çais pen­dant des an­nées: il n’y a pas de ca­tho­liques, pas de mu­sul­mans, pas de juifs, on est tous des Fran­çais. C’est ça, le pro­blème, en fait: même sur la laï­ci­té, on n’est plus d’ac­cord. On lui fait dire des choses qu’elle n’a ja­mais dites. Est-ce que la laï­ci­té, c’est in­ter­dire toute ex­pres­sion re­li­gieuse dans la sphère pu­blique? Non. Jus­te­ment, la laï­ci­té ga­ran­tit ça. C’est quand tu t’en sers pour ef­fa­cer le par­ti­cu­la­risme d’une per­sonne que ça de­vient res­tric­tif. On veut faire dire des choses à la laï­ci­té, c’est ce que je dis dans le mor­ceau Don’t Laïk, qui est un exor­cisme de la laï­ci­té. Quand tu exor­cises quel­qu’un, tu ne sou­haites pas le tuer. Tu sou­haites le li­bé­rer de ses dé­mons. Ce­la ré­vèle la mau­vaise foi de ceux qui isolent une ph­rase pro­vo­ca­trice –que je re­con­nais– mais ne vont pas au bout du mor­ceau, où l’exor­cisme de la laï­ci­té a lieu.

Quand on fait du rap, comme quand on fai­sait du punk, on ne peut pas être me­su­ré? L’art qui me touche doit être sub­ver­sif. Ça doit re­muer quelque chose, re­mettre en cause mes cer­ti­tudes, me faire dou­ter. Dans le bruit de tous les in­tel­lec­tuels qui s’ex­priment sur tout et n’im­porte quoi, les seuls mo­ments où je m’éman­cipe in­tel­lec­tuel­le­ment, c’est quand je vois une pièce de théâtre, un film, que je lis un poème. C’est là que ça me heurte au plus pro­fond de moi-même, et je re­mets en ques­tion mes croyances, mes cer­ti­tudes. Et ça, plus au­cun phi­lo­sophe, in­tel­lec­tuel, pro­fes­seur n’ar­rive à me le pro­cu­rer au­jourd’hui.

“Je vou­lais par­ti­ci­per à la ré­ha­bi­li­ta­tion cultu­relle du Ba­ta­clan. Mais ce n’est plus pos­sible à cause d’autres ex­tré­mistes, po­li­tiques et idéo­lo­giques”

C’est quoi, les der­nières oeuvres d’art qui t’ont re­mis en ques­tion? Le do­cu­men­taire Cos­mos, sur Net­flix, avec l’as­tro­phy­si­cien Neil de­grasse Ty­son. C’est Boo­ba qui m’a conseillé de le re­gar­der. À la suite de la po­lé­mique, je suis par­ti à Mia­mi pour des va­cances avec ma femme. À cette oc­ca­sion, j’ai ren­con­tré le duc de Bou­logne et il in­sis­tait for­te­ment pour que je re­garde ça. Je me suis pris une tarte! C’est sur la pe­ti­tesse de l’être hu­main dans l’uni­vers. Le gars pose de fa­çon ar­tis­tique des re­cherches scien­ti­fiques et il te pré­sente ça si sim­ple­ment que ça te heurte dans tes cer­ti­tudes. Dès le pre­mier épi­sode, il dit: ‘Dé­po­sez vos convic­tions et vos cer­ti­tudes à l’en­trée de ce do­cu­men­taire. Si vous êtes prêts à ac­cep­ter la mé­thode scien­ti­fique, bien­ve­nue! Si vous n’êtes pas prêts, ne ve­nez pas.’

C’est in­té­res­sant parce que le Big Bang, c’est en contra­dic­tion avec ta foi re­li­gieuse. Et c’est ce qui m’in­té­resse aus­si. Dans la même li­gnée, le der­nier bou­quin qui m’a frap­pé, c’est Sa­piens, de Yu­val Noah Ha­ra­ri. Il y a une es­pèce de frise chro­no­lo­gique qui se dé­ploie sous tes yeux. Comme mon mor­ceau Ji­had est une frise chro­no­lo­gique qui ra­conte l’his­toire du crime dans l’hu­ma­ni­té. Au­jourd’hui, on parle de ce mor­ceau comme d’un pam­phlet is­la­miste apo­lo­giste de l’ex­tré­misme re­li­gieux, alors que c’est to­ta­le­ment l’in­verse. Donc je vibre cultu­rel­le­ment, je me fais mon propre uni­vers pour conti­nuer à abor­der l’art de cette fa­çon et à pou­voir le pro­duire comme ça. Mais at­ten­tion, je conçois to­ta­le­ment que l’on aborde l’art uni­que­ment de fa­çon di­ver­tis­sante, es­thé­tique. Je fi­nis même par l’ap­pré­cier. Par­fois, je me mets en mode off et j’ap­pré­cie quelque chose uni­que­ment es­thé­ti­que­ment, pas pour sa por­tée so­cio­lo­gique, cultu­relle et in­tel­lec­tuelle.

Tu as été me­na­cé de mort sur des ré­seaux d’ex­trême droite. Con­crè­te­ment, com­ment ap­prend-on ce­la? C’est la po­lice qui ap­pelle? Pas du tout! Je l’ap­prends par un tweet de LCI qui dit: ‘Mé­dine me­na­cé de mort après l’ar­res­ta­tion des grou­pus­cules de L’AFO. Ten­ta­tive d’as­sas­si­nat sur lui au mo­ment des concerts au Ba­ta­clan.’ Moi, je suis à Los An­geles à ce mo­ment-là, je re­çois des tex­tos qui me de­mandent si c’est vrai ou pas. Pour moi, rien ne change dans mon quo­ti­dien, je conti­nue d’écou­ter de la mu­sique, d’écrire. J’ap­pelle mon père et ma mère: ‘Pas de pa­nique, il y a ça qui traîne sur les ré­seaux, ne vous in­quié­tez pas’, mais zé­ro contact de la po­lice. Quand je rentre chez moi, j’ouvre la boîte aux lettres en me di­sant qu’il y a peu­têtre un cour­rier du mi­nis­tère. Rien du tout. En re­vanche, en 2015, j’avais été me­na­cé par Daech. J’étais sur une liste, une es­pèce de ta­bleau Ex­cel avec un code cou­leurs. J’étais nu­mé­ro un de la ca­té­go­rie cul­ture, j’étais as­sez fier de moi! Là, j’avais re­çu une lettre du mi­nis­tère de l’in­té­rieur.

Com­ment tu t’es re­trou­vé sur cette liste? Je pense qu’il y a un mor­ceau, #Fais­ga­fat­wa, qui n’a pas plu. Il y a un cou­plet vrai­ment à charge contre le ra­di­ca­lisme et l’ex­tré­misme mu­sul­man, que je connais parce que dans les quar­tiers, j’ai eu af­faire à cette idéo­lo­gie. Je l’ai tou­jours com­bat­tue dans l’ar­gu­men­taire avec les gens qui ve­naient dans les mos­quées, puis avec l’al­bum Ji­had, le plus grand com­bat est contre soi-même, pour évi­ter que cette idéo­lo­gie ne se ré­pande un peu plus dans les quar­tiers. Et, donc, avec ce mor­ceau très à charge sur ces pré­di­ca­teurs de quar­tier qui vou­laient en­rô­ler les jeunes et leur fai­saient mi­roi­ter un monde meilleur dans l’au-de­là ou en Sy­rie. Je pense qu’ils ont mal pris ça. Et puis le mo­dèle du Fran­çais qui s’as­sume, qui a des convic­tions, qui est dans une quête de trans­cen­dance mais qui l’as­sume to­ta­le­ment dans un contexte eu­ro­péen, ça ne plaît pas aux ex­tré­mistes re­li­gieux pour qui seul le mo­dèle du Moyen-orient doit exis­ter. Pour eux, la dé­mo­cra­tie à l’eu­ro­péenne est in­com­pa­tible avec la foi. Je me bats un peu entre le mar­teau et l’en­clume.

Il y a des mor­ceaux dans les­quels tu te ré­clames de Ta­riq Ra­ma­dan. Tu dis par exemple: ‘J’suis un cock­tail ex­plo­sif: Ra­ma­dan, Bras­sens et Edwy Ple­nel.’ Comme tout ado­les­cent, j’ai eu be­soin de m’af­fir­mer. Tu en as qui de­viennent go­thiques et, par le même mé­ca­nisme, j’avais un be­soin de trans­cen­dance, quelque chose qui me rac­corde à la spi­ri­tua­li­té. Dans les quar­tiers, à ce mo­ment-là, c’était sur­tout l’is­lam qui était pré­sent. La pro­po­si­tion ne s’élar­gis­sait pas suf­fi­sam­ment pour al­ler chez Freud ou Nietzsche. Moi en plus, je suis lié à cette re­li­gion parce que mes grands-pa­rents sont mu­sul­mans, je porte un pré­nom à conso­nance mu­sul­mane, donc je me suis re­con­nec­té à ça. C’est là que l’on voit le verre à moi­tié vide ou à moi­tié plein. De l’ex­té­rieur du quar­tier, tu te dis: ‘Ces jeunes sont en train de se

ra­di­ca­li­ser, c’est dan­ge­reux.’ Dans le quar­tier, c’était plu­tôt: ‘Ça va nous évi­ter le deal, les bra­quos, tout un tas de trucs qui nous font prendre de mau­vaises dé­ci­sions.’ L’is­lam, c’était sur­tout une dis­ci­pline de vie. Je m’im­po­sais quelque chose de très ri­gou­reux pour ne pas être en proie à un sys­tème que l’on connaît dans tous les quar­tiers po­pu­laires: le tra­fic, les dé­lits, le crime. Mais une fois que j’ai réus­si à m’éman­ci­per du quar­tier grâce au rap, j’ai eu be­soin de connaître une autre ex­pé­rience spi­ri­tuelle, moins sur le plan de l’or­tho­doxie, de la pra­tique, et plus de l’ordre de la quête, de la foi. Quelque chose de bien­veillant au quo­ti­dien avec l’en­semble de l’hu­ma­ni­té. C’est ça qui fait que j’ai pris des dis­tances avec des ré­fé­rences, avec des mou­ve­ments. Au­jourd’hui, je me suis éloi­gné de ce que j’ai pu être ado­les­cent, comme un go­thique qui, à l’âge adulte, passe à autre chose.

Tes pa­rents ne sont pas mu­sul­mans? Ils ne sont pas re­li­gieux, en tout cas. J’ai dé­jà en­ten­du ma mère dire qu’elle était mu­sul­mane et mon père dire qu’il était croyant, on a de belles dis­cus­sions sur ça, mais ils ne sont pas re­li­gieux, pas or­tho­doxes au sens de la pra­tique. C’est aus­si ce qui m’a per­mis d’avoir le luxe de pou­voir choi­sir entre la pra­tique, la non-pra­tique, de pou­voir évo­luer. Dieu mer­ci, j’ai des pa­rents suf­fi­sam­ment flexibles pour m’ac­com­pa­gner dans ce che­mi­ne­ment et cette quête.

Tu t’es conver­ti à l’âge de 13 ans. Ils n’étaient pas in­quiets? Si, parce que c’était post-an­nées noires en Al­gé­rie. Les guerres ci­viles, avec le FIS, etc. Mes pa­rents avaient peur de tout ça. Le re­tour du re­li­gieux qui es­saye d’im­po­ser à la so­cié­té son idéo­lo­gie. Après, les at­ten­tats

du 11-Sep­tembre ont ajou­té à leur sus­pi­cion. Et puis j’étais très ri­gou­reux dans ma pra­tique, je suis quel­qu’un de jus­qu’au­bou­tiste. At­ten­tion, je ne fai­sais pas des camps d’en­traî­ne­ment dans le sous-sol de mes pa­rents! Non, je me le­vais à 5h37, je jeû­nais le lun­di et le jeu­di, je priais cinq fois par jour, j’al­lais ré­gu­liè­re­ment à la mos­quée. Je peux com­prendre qu’un parent s’in­quiète.

Il y a des potes que tu avais à l’époque qui ont mal tour­né? Ouais. Il y en a qui sont tom­bés du cô­té obs­cur de la force, mal­heu­reu­se­ment.

Tu as es­sayé de les ra­me­ner? Pas du tout. Le dia­logue n’était plus pos­sible. Il faut com­prendre que le rap, c’est dé­jà un su­jet dis­qua­li­fiant pour un mu­sul­man ri­go­riste. Il y a ce vieux dé­bat chez les mu­sul­mans: la mu­sique est-elle li­cite ou illi­cite? J’ai tou­jours bra­vé ce su­jet parce que c’était in­com­pa­tible avec ma pas­sion. J’étais face à des ar­gu­ments qui fai­saient droit, des trucs de ju­ris­pru­dence is­la­mique pro­fonde, mais mal­gré tout, je ser­pen­tais pour ac­com­mo­der ça à ma pas­sion. Et puis, à un mo­ment don­né, c’était la sur­en­chère. Après la vague de re­tour du re­li­gieux dans les quar­tiers, tu as eu la ver­sion 2.0, qui consis­tait à être plus roya­liste que le roi, plus ri­go­riste, plus ra­di­cal. C’était une es­pèce de com­pé­ti­tion pour trou­ver la me­sure la plus dif­fi­cile à ap­pli­quer dans le contexte eu­ro­péen, qui al­lait nous don­ner un grade su­pé­rieur vis-à-vis du reste des croyants du quar­tier. C’était un con­cours de bites. C’est à ce mo­ment-là que je me suis dé­ta­ché. Je ne conçois pas qu’une spi­ri­tua­li­té t’em­pêche de de­ve­nir l’in­di­vi­du que tu dois de­ve­nir. Toute cette phi­lo­so­phie liée aux quié­tistes, au sa­la­fisme, est ar­ri­vée, et j’ai été confron­té à ma propre in­co­hé­rence. Je me suis mis à dou­ter sur plein de trucs, à voya­ger. Je suis par­ti dé­cou­vrir l’asie, parce que ma belle-fa­mille est asia­tique. Je suis al­lé au Viet­nam, dans des cam­pagnes im­pro­bables. Je suis al­lé me res­sour­cer spi­ri­tuel­le­ment. Ça m’a fait re­la­ti­vi­ser, et au­jourd’hui je suis beau­coup plus en paix parce que je doute conti­nuel­le­ment. Chose que je ne fai­sais pas quand j’étais ado­les­cent: j’avais une cer­ti­tude et j’al­lais mou­rir avec. C’est triste, je trouve. Moi, je veux mou­rir avec des doutes. Dans ton en­tou­rage proche, per­sonne ne te dit d’ar­rê­ter avec la pro­voc’? Si. Ma mère, c’est: ‘Fais de la zum­ba, mon fils. Fais dan­ser les gens, faisles rire, di­ver­tis-les. Fais les ma­riages, les pla­teaux Ri­card.’ C’est bien­veillant. Mon père est as­sez cu­rieux de tout ce qui se dit sur le su­jet, même s’il garde de la dis­tance. Il est un peu comme moi: dans une boîte de strip-tease, il re­garde le pu­blic. Là, il ob­serve com­ment ses amis ré­agissent. Cette po­lé­mique l’a un peu écla­bous­sé par ri­co­chets. Il a été dit qu’édouard Phi­lippe, quand il était maire du Havre, avait don­né 14 000 eu­ros au club de boxe de mon père, donc pas mal de jour­na­listes ap­pe­laient pour le ren­con­trer, pour qu’il leur parle de la bête qu’est son fils... En fait, c’était une sub­ven­tion de 700 eu­ros.

Édouard Phi­lippe parle de toi dans son der­nier bou­quin. Ça t’a fait mar­rer? Il me l’avait dit. On s’est ren­con­trés à un ga­la de boxe. Il pra­tique dans un autre club, et il est ve­nu à une fi­nale fé­mi­nine de cham­pion­nat de France que j’or­ga­ni­sais avec mon père et mon frère. Sur le ring, juste avant le lan­ce­ment de la com­pé­ti­tion, il m’a dit: ‘J’ai par­lé de vous dans mon bou­quin.’ Je l’ai ache­té, et je me suis trou­vé beau­coup de points com­muns avec lui. J’ai même trou­vé hon­nête ce qu’il di­sait sur moi, mal­gré les désac­cords sur cer­tains su­jets.

Quels points com­muns? L’amour de la lec­ture, de l’écri­ture. On se sent fran­çais de la même fa­çon, à tra­vers la langue fran­çaise. C’est comme ça que je vis ma fran­ci­té –je ne sais pas si ça se dit (oui, ndlr). Je suis fier d’avoir la nuance et la sub­ti­li­té de cette langue.

Si au­jourd’hui, on lui de­man­dait de s’ex­pri­mer sur ton cas et sur la po­lé­mique avec le Ba­ta­clan, il se­rait quand même un peu gê­né aux en­tour­nures, non? Je ne lui en vou­drais pas d’avoir une pos­ture liée à son agen­da po­li­tique, même si je pense qu’au fond, il com­prend bien que tout ce bruit n’est pas com­pa­tible avec ce qu’il a vu de moi. Moi, dans mon quo­ti­dien, ce que j’ai vu quand il était maire, c’est qu’il y avait plus de sport dans ma ville, plus de bi­blio­thèques gra­tuites, de belles salles de concert de moins en moins chères. C’est ce qui m’in­té­res­sait.

Comme tu es contre la cen­sure, ça veut dire que tu n’es pas d’ac­cord avec ceux qui disent qu’il faut ar­rê­ter d’in­vi­ter Éric Zem­mour sur les pla­teaux té­lé? Je suis mal pla­cé pour in­ter­dire qui que ce soit. Après, j’ai le droit de cri­ti­quer a pos­te­rio­ri ce que j’ai en­ten­du. Vou­loir in­ter­dire un dis­cours, c’est an­ti­no­mique avec notre vo­lon­té de dia­lo­guer. Sim­ple­ment, il fau­drait que ce soit dans des en­droits où on prend le temps d’avoir de vrais in­ter­lo­cu­teurs, pas juste des pe­lo­tons d’exé­cu­tion. Vous re­gar­dez L’heure des pros, sur Cnews? C’est violent. Per­sonne ne s’écoute, on ne re­tient rien, on ne sait même pas quelle est la ques­tion po­sée,

“En 2015, j’avais été me­na­cé par Daech, j’étais sur une liste. J’étais nu­mé­ro un de la ca­té­go­rie cul­ture, j’étais as­sez fier de moi!”

qui est le mé­dia­teur... En vrai, la ques­tion n’est pas: est-ce qu’on doit in­ter­dire telle per­sonne? C’est: quelles sont les condi­tions réu­nies pour que l’on ait un vrai dé­bat? Le rôle des mé­dias, des jour­na­listes, là-de­dans, est vrai­ment im­por­tant. Est-ce qu’on or­ga­nise un com­bat de boxe ou un dé­bat sé­rieux? On sa­tis­fait un au­di­mat ou on pose des ques­tions de fond?

Tu dis que tu uti­lises la pro­vo­ca­tion pour créer un dé­bat. C’est aus­si ce que fait Zem­mour. Oui, il a pro­vo­qué un dé­bat, et ça ne me fait pas peur d’avoir ce dé­bat. Ceux qui montent au cré­neau sont ceux qui ont peur d’échan­ger sur les pré­noms, l’iden­ti­té, l’en­ra­ci­ne­ment, la part de cultu­rel à conser­ver et à épou­ser, com­ment on trouve le bon cur­seur pour que les gens is­sus de l’im­mi­gra­tion se sentent fran­çais, com­ment les Fran­çais de souche ar­rivent à abor­der le mul­ti­cul­tu­ra­lisme fran­çais… Ce sont des bêtes de ques­tions! Bien sûr, elles sont po­sées par un homme avec un back­ground de pro­vo­ca­teur, mais je suis mal pla­cé pour dire qu’il faut in­ter­dire de po­ser ce genre de dé­bats.

On a l’im­pres­sion que les gens de gauche ne veulent plus s’abais­ser à par­ti­ci­per à ces émis­sions de dé­bats, qui sont alors trus­tées par Zem­mour, Fin­kiel­kraut, etc. Re­garde, ça fait une heure et de­mie que l’on parle. À la té­lé, il y a un ti­ming. Je ne veux pas me sou­mettre à ça. Mes pun­chlines, je les fais dans mes al­bums, pas pour une émis­sion qui va les mettre en re­play pour faire du clic.

Mais ça veut dire que tu te prives d’une cer­taine au­dience. Je n’ai pas pour am­bi­tion de chan­ger toutes les men­ta­li­tés. Je fais un tra­vail cultu­rel, four­ni, qui –je l’es­père– ser­vi­ra sur la lon­gueur. Je n’ai pas en­vie de par­ler à un maxi­mum de per­sonnes pour que ça clique bien, que ça gé­nère un mo­dèle éco­no­mique. Je dé­couvre en­core de nou­velles in­ter­views de Bras­sens ou Fer­rat qui ont 50 ans et qui m’ap­prennent la vie. Je n’ai pas en­vie de me sou­mettre au temps mé­dia­tique.

Après l’af­faire Boo­ba-kaa­ris, beau­coup de spé­cia­listes du rap sol­li­ci­tés par les mé­dias grand pu­blic ont re­ven­di­qué de ne plus y al­ler, di­sant que, de toute fa­çon, ils avaient leurs propres mé­dias. On est tous pris dans des al­go­rithmes, dont le but est de te confor­ter dans ton mode de pen­sée. Si tu es un com­plo­tiste, tu ne vas re­ce­voir que des vi­déos et des ar­ticles sur le com­plo­tisme. Donc on se conforte tous dans nos modes de pen­sée. Mais quand un mé­dia mains­tream t’in­vite sous le cou­vert d’avoir des points de vue dif­fé­rents et qu’il t’im­pose un rythme, un su­jet, les dés sont pi­pés. Les gars du rap fran­çais ont rai­son de ne pas al­ler par­ler de Kaa­ris et Boo­ba. Est-ce qu’on va re­ve­nir sur le cô­té sain du clash dans le rap? Ja­mais on ne va prendre ce temps. Ja­mais on va re­par­tir ou­treat­lan­tique pour par­ler de 2Pac, Big­gie, Nas, Jay-z, qui ont fi­ni bras des­sus, bras des­sous après s’être cla­shés. On ne va ja­mais re­mon­ter à Ver­laine et Rim­baud, à Hu­go et La­mar­tine, à ces au­teurs du clas­sique qui se ti­raient la bourre comme des ma­lades men­taux. Parce qu’on veut confor­ter un pu­blic qui voit Boo­ba et Kaa­ris comme des gens qui se foutent sur la gueule, symp­to­ma­tiques d’une so­cié­té vio­lente, qui re­flète les quar­tiers, l’im­mi­gra­tion. Mais si on re­monte 100 ou 200 ans plus tôt, vos gars du clas­sique, ils se ti­raient des­sus, frère. Ils étaient ca­li­brés!

Ce qui est bi­zarre, c’est que l’on ne parle de Boo­ba et Kaa­ris que quand ils se battent, pas quand ils sortent un al­bum. Fais un son­dage. Sur dix per­sonnes, tu en au­ras huit qui di­ront: ‘Oui, les

ba­gar­reurs, les voyous dans l’aé­ro­port’, alors que les gars ont une car­rière in­croyable, une es­thé­tique de l’écri­ture, ils ont in­ven­té un style, un cou­rant. Les mé­ta­gores, c’est Boo­ba qui porte ça de­puis long­temps. Le gars cite Céline. C’est lu­naire de ré­duire le rap à une ba­garre.

Tu es pas­sé, en fé­vrier 2014, dans l’émis­sion Sa­lut les Ter­riens, où­won t’a beau­coup par­lé des pho­tos sur les­quelles on te voit faire des que­nelles. C’était dans un contexte post-dieu­don­né, je n’au­rais ja­mais dû y al­ler pour prendre les pa­tins de qui que ce soit. J’ai ajou­té de l’in­com­pré­hen­sion à mon propre dis­cours, pour ex­pli­quer des choses que je re­grette au­jourd’hui, comme ces que­nelles qui n’avaient ni queue ni tête. C’était un truc de ga­min, d’em­bar­que­ment dans le com­bat d’un autre qui te fait croire que sau­ver sa car­rière, c’est un plan pour sau­ver l’hu­ma­ni­té. On s’est tous fait avoir là-de­dans. Faire des que­nelles sur des pho­tos, c’est mal­adroit, sur­tout au re­gard de ce qu’est de­ve­nu ce sym­bole. À la base, c’était une conne­rie, une bou­tade. C’est comme le signe de Jul: ima­gine que de­main, ce soit ré­cu­pé­ré par des néo­na­zis et que ça de­vienne un double gun pour as­sas­si­ner le grand rem­pla­ce­ment, tu te re­trouves avec six mil­lions de per­sonnes qui ont fait ça et sont consi­dé­rées comme des fa­chos.

Tu as un mor­ceau qui s’ap­pelle MC So­raal. La ques­tion du com­plo­tisme, c’est un truc qui t’in­té­resse? Ça pre­nait de l’am­pleur dans les quar­tiers. Je voyais les pe­tits, même dans le club de boxe, qui com­men­çaient à avoir des at­ti­tudes scep­tiques sur tout et à ci­ter So­ral et d’autres comme des ré­fé­rences d’au­to­ri­té. Je trou­vais que c’était un dan­ger, mais je ne vou­lais pas dire au jeune ‘c’est de la merde, pense autre chose’, parce que ça veut dire qu’il se ques­tionne quand même sur le monde qui l’en­toure, sur com­ment il se sent ma­ni­pu­lé, sur son mode de consom­ma­tion. Je trouve ça sain, fi­na­le­ment, mais pas avec les bonnes ré­fé­rences. J’ai vou­lu faire un mor­ceau qui rap­pelle que les choses ne sont ni noires ni blanches, qu’il faut al­ler cher­cher l’in­for­ma­tion. Ces ré­fé­rences-là, je sa­vais ce qui se ca­chait der­rière. J’ai es­sayé de les dé­non­cer ha­bi­le­ment, je ne sais pas si ça a par­ti­ci­pé à je ne sais quoi. J’ai eu la sen­sa­tion d’être in­com­pris. Il y a plein de com­bats que j’ai ini­tiés et que j’ai fi­ni par aban­don­ner parce que je me di­sais qu’ils al­laient mou­rir dans l’oeuf. C’est ce qui est ar­ri­vé. Cette es­pèce de dis­si­dence. Ils se sont man­gé la gueule jus­qu’à ce qu’il n’en reste plus un. Fran­che­ment, au­jourd’hui, il n’y a plus d’im­pact.

Peu de rap­peurs ar­rivent à bien vieillir. Tu as un plan B? Mon plan B, c’est le rap. Il y a au­jourd’hui tel­le­ment de mé­tiers pé­ri­phé­riques dans le rap que tu peux res­ter dans le game sans être sur le de­vant de la scène. De­main, je peux ai­sé­ment écrire un texte pour quel­qu’un d’autre.

Pour­quoi ne ja­mais l’avoir fait jus­qu’ici? Parce que je vais trop loin dans mes textes (rires). Ce n’est pas as­su­mable par n’im­porte qui.

Donc ce n’est pas toi qui as écrit Pen­dez les blancs?

(Rires) Non, pas ce­lui-là. C’est dingue que Gé­rard Col­lomb fasse une dé­cla­ra­tion à ce pro­pos, d’ailleurs. En fait, la po­lé­mique, c’est ça, pour moi. Si tu vas dans un autre pays, tu pour­rais fa­ci­le­ment avoir un titre d’ar­ticle: ‘Gé­rard Col­lomb, mi­nistre de l’in­té­rieur, s’en prend à un rap­peur dont le clip

•TOUS a 500 vues.’ PRO­POS RE­CUEILLIS PAR MP ET TP

“Oui, Éric Zem­mour a pro­vo­qué un dé­bat, et ça ne me fait pas peur d’avoir ce dé­bat. Ceux qui montent au cré­neau sont ceux qui ont peur d’échan­ger”

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.