POSE LA­PIN

Society (France) - - EXTRAVAGANZA -

Un axe Saint-pé­ters­bourg-port­land pla­cé sous le signe du la­pin: tel est l’éton­nant pé­riple que la pho­to­graphe Ka­tya Rez­vaya a en­tre­pris de­puis sa Rus­sie na­tale jusque dans le Nord-ouest amé­ri­cain, où se tient la plus grande con­ven­tion au monde d’éle­veurs de la­go­morphes à grandes oreilles. Fo­lie vieille de plus d’un siècle, L’AR­BA (Ame­ri­can Rab­bit Bree­ders’ As­so­cia­tion) ac­cueille chaque an­née quelque 20 000 la­pins et leurs éle­veurs, concou­rant pour des prix aus­si di­vers que le plus beau spé­ci­men, le meilleur saut, la meilleure per­for­mance scé­nique et le titre ul­time: de­ve­nir le nou­veau Rab­bit King ou la nou­velle Rab­bit Queen. “Je suis tom­bée par ha­sard sur un do­cu­men­taire, et ça avait l’air tel­le­ment dingue que j’ai com­men­cé à m’y in­té­res­ser sé­rieu­se­ment, ex­plique la pho­to­graphe. Je ne sa­vais vrai­ment pas à quoi m’at­tendre. Je me suis dit que si rien n’en sor­tait, j’au­rais au moins ten­té une aven­ture in­croyable à l’autre bout de la pla­nète.”

Ce se­ra fi­na­le­ment toute une ga­laxie qui s’of­fri­ra au re­gard de Ka­tya, les éle­veurs et pro­prié­taires de la­pins for­mant une ga­le­rie de per­son­nages hé­té­ro­clites quelque part entre le freak show et une sous-culture à part en­tière. Du sto­ner cé­leste qui a nom­mé les pa­triarches de son éle­vage Oz­zy et Sha­ron Os­bourne au gar­çon va­gue­ment hil­l­billy et ses 60 la­pins sans nom, en pas­sant par ce couple “Da­vy Cro­ckett” et leurs spé­ci­mens géants bap­ti­sés chaque an­née se­lon une lettre de l’al­pha­bet et un thème, ou une mi­ni riot grrrl de 10 ans qui fait dan­ser son la­pin sur scène af­fu­blé d’un masque du Fan­tôme de l’opé­ra, la do­mes­ti­ca­tion de ces man­geurs de ca­rottes semble abri­ter la quin­tes­sence ul­time de la my­tho­lo­gie amé­ri­caine, comme si ces créa­tures ha­bi­tuées aux cha­peaux de ma­gi­cien et autres contes psy­ché­dé­liques étaient fi­na­le­ment l’apa­nage des mar­gi­naux. Plus dé­ran­geant en­core: la pho­to­graphe af­firme que les la­pins et leurs pro­prié­taires fi­nissent tou­jours par se res­sem­bler, inexo­ra­ble­ment. “Il y a tou­jours quelque chose dans le re­gard ou dans la pose, un trait fa­cial. Je lais­se­rai les lec­teurs se faire leur propre opi­nion.” Re­gar­dez bien. – JU­LIEN LANGENDORFF

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