« NOTRE PÔLE PERCHE EST UNE STRUC­TURE HORS-NORME »

Sports Auvergne - - Entretien -

PHI­LIPPE D’ENCAUSSE

ex­pé­rience à ces jeux ne se passe pas très bien. Il faut être lu­cide par rap­port à tout ça et ne pas se conten­ter de dire « ce sont mes pre­miers, je suis jeune, ce n’est pas grave ». Il faut ana­ly­ser et c’est comme ça que la 2e ten­ta­tive se­ra une réus­site. Avec Stan, nous en avons par­lé et je reste per­sua­dé qu’avec une se­maine de plus, il pou­vait se qua­li­fier en fi­nale.

Pour Re­naud, c’était un contexte com­plè­te­ment dif­fé­rent…

Le chal­lenge de Re­naud, c’était le plus dif­fi­cile : conser­ver un titre olym­pique à la perche. C’est très rare de faire ça. Par exemple, Bub­ka a été six fois cham­pion du monde et seule­ment une fois cham­pion olym­pique sur quatre par­ti­ci­pa­tions. Ce n’est pas si simple. Qu’est-ce qu’on peut dire sut la pres­ta­tion de Re­naud, si ce n’est qu’elle a été ex­cep­tion­nelle… Il a été su­per fort. Il bat le re­cord olym­pique. Il saute en tête de liste, ce qui n’était pas un avan­tage. Même s’il met la pres­sion sur ses ad­ver­saires, ces der­niers sont obli­gés de faire des im­passes, c’est tout le temps lui qui saute. Du coup, il lui a peut-être man­qué un pe­tit coup de fraî­cheur lors­qu’il tente de fran­chir cette barre à 6,03 m, la pe­tite mi­nute de re­pos en plus qui lui au­rait per­mis de pas­ser. Il s’est fait battre par un mec qui était en­core plus ex­cep­tion­nel que lui ce jour-là. Tant qu’il reste un es­sai à un ad­ver­saire, tu peux te faire battre, c’est ce qui s’est pas­sé.

Est-ce que le mau­vais com­por­te­ment du pu­blic a pu dé­sta­bi­li­ser Re­naud ?

Pas tant que ça. Il réa­lise son saut à 5,98 m sous les sif­flets, dans un brou­ha­ha énorme et à l’athlétisme, nous ne sommes pas ha­bi­tués à ça.

Oui, mais on voit Re­naud qui a ce geste avec le pouce en bas. Est-ce qu’il n’est pas sor­ti de son concours à ce mo­ment-là ?

Non. Il y a une chance sur 1 mil­lion que Thia­go Braz da Sil­va passe et… il passe, donc là, Re­naud prend un coup sur la tête. Ce ne sont pas les sif­flets qui font qu’il rate 6,08 m. C’est juste que le Bré­si­lien le met dans une si­tua­tion qui est in­gé­rable. Quand tu mènes tout le concours, que tu bats le re­cord olym­pique, même si tu sais que tu n’as pas en­core ga­gné, tu com­prends que tu as une forte pro­ba­bi­li­té de le faire et, sur­tout, tu ne t’at­tends pas à de­voir sau­ter 6,08 m au der­nier es­sai.

Les rares fois où Re­naud pas­sait à cô­té d’une com­pé­ti­tion, c’était parce que lui-même n’avait pas réus­si à la gé­rer de la bonne fa­çon. Là, il a eu af­faire à de la concur­rence…

Mais Re­naud sait de­puis tou­jours qu’il n’est pas tout seul… Ce sont les mé­dias, ça. Quand il gagne trop fa­ci­le­ment, on lui re­proche de ne pas avoir de concur­rence, mais il y a tou­jours eu de la concur­rence. S’il est ca­pable de sau­ter 6 mères plu­sieurs fois dans l’an­née, il est aus­si tri­bu­taire des condi­tions dans les­quelles il saute et il y a des condi­tions qui fe­ront qu’il se­ra moins bon que d’autres en rai­son de son ga­ba­rit no­tam­ment. Il n’est pas im­bat­table par­tout, il le sait qu’il y a des mecs qui peuvent être meilleurs que lui. Re­naud est un gars qui connaît ex­ces­si­ve­ment bien le saut à la perche et il est conscient de tout ça. Il y a d’autres per­chistes qui peuvent sau­ter 6 mètres. Est-ce que c’est un mal pour un bien ce qui s’est pas­sé à Rio ? Non, je ne suis pas d’ac­cord. C’est dom­mage pour lui qu’il y en a eu un qui ait sor­ti un saut ex­tra­or­di­naire alors qu’il était à deux doigts de rem­por­ter son deuxième titre olym­pique.

Dans quel état d’es­prit est sor­ti Re­naud de ces jeux de Rio ?

Il est vrai qu’il n’a pas vrai­ment pu sa­vou­rer un concours où il a été par­ti­cu­liè­re­ment bon. Il y a eu un cô­té ex­cep­tion­nel ce soir-là et mal­heu­reu­se­ment les gens n’ont re­te­nu que “la merde”, les sif­flets et les dé­cla­ra­tions, alors qu’il y a eu un concours ex­cep­tion­nel, ce­la n’a ja­mais eu lieu ! Et contrai­re­ment à toutes les bê­tises qu’on en­tend, Re­naud est un mec qui peut ac­cep­ter la dé­faite quand il se fait battre par plus fort que lui. Il l’a dit lui-même que spor­ti­ve­ment il n’y pou­vait rien. Il va se re­mettre au bou­lot et il au­ra des ob­jec­tifs, comme es­sayer d’al­ler ga­gner le seul titre qu’il n’a ja­mais eu (N.D.L.R : le titre de cham­pion du monde) et ce se­ra un chal­lenge en­core une fois, avec d’autres écueils peut-être. Il est tel­le­ment ex­po­sé que

Re­naud Lavillenie et son en­traî­neur juste après le concours olym­pique.

Le per­chiste Stan­ley Jo­seph a par­ti­ci­pé à ses pre­miers jeux Olym­piques.

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