IN­TER­VIEW RÉ­MI LA­ME­RAT « J’ÉTAIS PLUS AT­TI­RÉ PAR LE FOOT QUE PAR LE RUG­BY »

Avec sa bon­ho­mie et une ama­bi­li­té non feinte, Ré­mi La­me­rat, une des re­crues phares cette sai­son à L’ASM, ra­conte pour Sports Au­vergne son par­cours spor­tif. De Sainte-foy-la-grande à Clermont, en pas­sant par Tou­louse et Castres, d’un bal­lon à l’autre, il é

Sports Auvergne - - Interview -

Quels sont tes pre­mières images, tes pre­miers sou­ve­nirs de rug­by ?

« Je suis der­rière l’en-but du ter­rain de mon pe­tit club, à Sainte-foy-la-grande (près de Ber­ge­rac) et mon père est sur le ter­rain avec l’équipe pre­mière en Fé­dé­rale. J’ai tout juste 5 ans, ma mère ve­nait sup­por­ter mon père et moi, je fai­sais par­tie d’une pe­tite bande de ga­mins, des enfants de joueurs ou de di­ri­geants sans doute et on cou­rait après les bal­lons. À cette époque, je n’avais pas en­core l’âge d’être li­cen­cié, je n’avais pas in­té­gré l’école de rug­by. »

Tu criais donc « al­lez papa ! » ?

« Pas du tout, je m’en fou­tais (rires). Je ne re­gar­dais pas les matches. On jouait avec les autres ga­mins et mon sou­ve­nir est d’être ren­tré chez moi plus d’une fois les vê­te­ments cras­seux. Moi, je me ré­ga­lais de cou­rir et de tou­cher le bal­lon. Peut-être que l’on s’ar­rê­tait pour re­gar­der les grands, donc mon père, quand ils ve­naient près de l’en-but où nous étions et on criait quand ils mar­quaient un es­sai. Mais le match et le ré­sul­tat fi­nal, ce n’était pas notre pré­oc­cu­pa­tion. »

Puis est ar­ri­vé le cadre plus strict de l’école de rug­by ?

« Oui, vers 7 ans je pense. Mais je suis pas­sé au foot as­sez vite. Et je suis re­ve­nu au rug­by plus tard car tous mes co­pains y étaient. »

RUG­BY – FOOT­BALL… RUG­BY Pour­quoi ce pas­sage par le bal­lon rond ?

« À la base, je pré­fère le foot­ball. J’ado­rais, et j’adore en­core, ce jeu, pas le mi­lieu par contre. J’ai joué en club deux ou trois sai­sons, mais les potes ont su me convaincre de re­ve­nir au rug­by quand j’étais au col­lège. Mes pa­rents ne m’ont ja­mais for­cé à choi­sir l’un ou l’autre, même si mon père était rug­by­man. »

Tu étais doué pour le foot ?

« (sou­rires). Pas trop, je ne crois pas. J’ado­rais ça par contre. Ga­min, je me sou­viens très bien de jouer avec un bal­lon rond dès que j’avais un mo­ment de libre. Mon père m’avait fa­bri­qué des cages dans le jar­din et je jouais avec mon voi­sin qui est res­té mon meilleur ami. Et puis, on fai­sait fa­ci­le­ment un foot à deux, c’était plus com­pli­qué de jouer au rug­by. »

Qu’est-ce qui t’a plu alors dans le rug­by, au-de­là des co­pains et de l’am­biance ?

« À l’école de rug­by, on fai­sait beau­coup d’ate­liers sur le jeu. On s’en­traî­nait, à base de pe­tits matchs et ça me plai­sait. En fait, on pro­gres­sait sans vrai­ment s’en rendre compte. Nos édu­ca­teurs étaient bons car on avait vrai­ment plai­sir à ve­nir. À au­cun mo­ment, l’en­traî­ne­ment était une cor­vée ».

Quels joueurs et quelles équipes te fai­saient rê­ver à cette époque ?

« Ado­les­cent, j’ai com­men­cé à m’in­té­res­ser à l’équipe une de Sainte-foy, où mon père jouait toujours. Après, en re­gar­dant le rug­by à la té­lé ou en li­sant les jour­naux et les ma­ga­zines, j’avais un faible pour Agen qui était l’équipe phare de la ré­gion. Ce club mar­chait bien, je me sou­viens de sa fi­nale face à Biar­ritz (en 2002). C’est là que je me suis in­té­res­sé au rug­by de l’élite. En plus, les Age­nais étaient ve­nus un jour faire un match ami­cal à Sainte-foy. Pour la pre­mière fois, je voyais des joueurs que je ne connais­sais qu’en pho­to. Je crois qu’à cette pé­riode-là, je n’avais pas 14 ans, je me suis dit « pour­quoi pas toi »... »

De­ve­nir pro­fes­sion­nel ?

« Non, non je ne sa­vais pas vrai­ment ce que ce­la si­gni­fiait à cette époque. C’est quand j’ai été re­pé­ré par Ro­bert La­ba­tut, le re­cru­teur chez les jeunes au Stade Tou­lou­sain, que l’idée a pris forme dans ma tête. J’avais 15 ans et j’ai fait le grand saut en al­lant vivre à Tou­louse au mo­ment d’en­trer au ly­cée. J’étais in­terne la semaine et j’avais une fa­mille d’ac­cueil le week-end, jus­qu’à ma ma­jo­ri­té. Après, j’ai eu l’âge d’avoir un ap­par­te­ment. »

Jus­qu’à quel âge es-tu res­té au Stade Tou­lou­sain ?

« Jus­qu’à 21 ans, après avoir joué un peu chez les pros. J’étais en Cra­bos la pre­mière fois que j’ai in­té­gré le groupe pro­fes­sion­nel à l’en­traî­ne­ment. Suite à une cas­cade de bles­sures, Guy No­vès a vou­lu que je monte avec les grands. J’ai re­çu un coup de fil le di­manche soir et le lun­di ma­tin j’étais dans les ves­tiaires... Là, on est en 2008 je pense et je viens d’avoir 18 ans. »

Le rêve quoi ?

« Ouais (il fait la moue), sauf que le mar­di, on s’en­traîne face aux Es­poirs et je me dé­chire. Je de­vais jouer le week-end, je m’en sou­viens, contre Brive. J’avais vrai­ment les boules, sur­tout que l’équipe s’était ré­ga­lée et c’est un Es­poir qui avait pris ma place. »

Et la suite avec Tou­louse ?

« Je sa­vais que No­vès gar­dait un oeil sur moi. J’ai in­té­gré dans la fou­lée le pôle France à Mar­cous­sis. J’ai fait alors mes dé­buts au Stade tout en si­gnant un premier contrat pro de 2 ans. Au bout de ces deux sai­sons, je n’avais pas beau­coup joué et j’ai dit à Guy que je vou­lais par­tir pour avoir du temps de jeu. Il m’a dit que c’était la bonne so­lu­tion. À Tou­louse, j’étais bar­ré par Fritz, Da­vid, Cau­cau­ni­bu­ca et aus­si Jau­zion. Je suis donc par­ti à Castres. »

C’était une dé­cep­tion de ne pas faire vrai­ment car­rière au Stade Tou­lou­sain ?

« Oui, j’étais dé­çu car Tou­louse est une ré­fé­rence et y avoir pas­sé six ans de ma vie de très jeune joueur m’avait don­né en­vie de ga­gner ma place. Avec le re­cul, je sais que je n’avais peut-être pas tout fait pour réus­sir. Cet échec m’a ser­vi par la suite, no­tam­ment dans mon éclo­sion à Castres. »

Qu’est-ce que tu ap­pré­cies par­ti­cu­liè­re­ment à Clermont de­puis ton ar­ri­vée il y a presque six mois ?

« Ou­la… J’aime beau­coup de choses ici. La liste est longue. Dé­jà, de­puis que je suis pro, L’ASM est le club qui m’a toujours at­ti­ré par son pro­fes­sion­na­lisme, ses am­bi­tions, sa ri­gueur, son exi­gence, son cô­té un peu en­cla­vé avec des sup­por­ters in­croyables. Alors je sais ce que l’on va me dire, que ça ne gagne pas sou­vent... (sou­rires). C’est vrai, mais avec ce qu’il y a ici de mis en oeuvre pour le groupe de joueurs, je me dis que ça ne peut qu’un jour ga­gner. »

Res­sens-tu une pres­sion par­ti­cu­lière, no­tam­ment par rap­port à Castres, en termes de ré­sul­tats à ob­te­nir ?

« Bien sûr. C’est lo­gique quand on voit les moyens qui sont don­nés pour réus­sir. Ici, on ne joue pas pour fi­gu­rer, tu le sens plus qu’ailleurs sans doute. Mais je ne sens au­cune ré­per­cus­sion né­ga­tive sur le groupe. Au contraire, chaque joueur cherche à éle­ver son ni­veau. C’est du moins mon res­sen­ti. Après, la pres­sion… je n’ai pas en­core connu de pé­riode spor­tive com­pli­quée ici, mais je ne pense pas que l’on nous jette des to­mates à la fi­gure non plus. C’est vrai qu’à Castres, il n’y a pas cette pres­sion-là. On reste plus ca­ché par rap­port aux am­bi­tions, on avance tran­quille­ment et ça va bien à tout le monde, club et en­vi­ron­ne­ment. »

Quand tu n’es pas rug­by­man à L’ASM, que fais-tu à Clermont ?

« J’ha­bite à Cha­ma­lières. Quand la fa­mille ou les amis viennent me voir, on part très sou­vent dans les mon­tagnes, les vol­cans. J’ai dé­jà fait plu­sieurs lacs, c’est très chouette. Le cô­té na­ture est ex­cep­tion­nel, même si j’aime aus­si beau­coup la ville que je trouve très dy­na­mique. »

Tu as des pas­sions, des passe-temps dans la vie ?

« Je n’ai pas une ac­ti­vi­té par­ti­cu­lière... Si, j’aime cui­si­ner. Étant gas­tro­nome, j’ap­pré­cie de pas­ser der­rière les four­neaux après avoir été faire mon mar­ché. Ici, on est gâ­té, no­tam­ment avec le fro­mage. J’ai un très, très bon fro­ma­ger à cô­té de chez moi et il me voit sou­vent... »

À 26 ans, est-ce que l’on pense dé­jà à son après-car­rière ?

« Oui, tout à fait. À Castres, il y a une cel­lule de re­con­ver­sion au club. Nous étions une dou­zaine de joueurs à être in­té­res­sés, avec des bi­lans de com­pé­tences, des ren­contres avec des or­ga­nismes pro­fes­sion­nels. Cer­tains joueurs avaient dé­jà des pro­jets en tête, moi j’étais plus dans la dé­cou­verte. En fait, il y avait un deal avec des par­te­naires du CO, aux­quels on prê­tait notre image en re­tour d’une for­ma­tion. Moi, j’ai choi­si le vin. »

Et con­crè­te­ment...

« J’ai sui­vi une for­ma­tion avec un re­grou­pe­ment de quatre caves, quatre ap­pel­la­tions : Gaillac, Ca­hors, Fron­ton et Rabastens. J’avais des “jour­nées dé­cou­verte” sur mes temps de re­pos. Et ça m’a in­té­res­sé. J’ai sur­tout ap­pris toutes les fa­cettes au­tour du vin. Ce choix a été un peu na­tu­rel pour moi, dé­jà en rai­son de ma ré­gion na­tale (le Bor­de­lais) puis avec mon père qui tra­vaille dans le vin, mon oncle aus­si qui était maître de chais dans un châ­teau du Mé­doc. Je suis par­ti jeune de chez moi, mais j’ai eu le temps de faire quelques ven­danges. J’en suis en­core au stade des dé­cou­vertes, je n’ai pas en­core choi­si ma vé­ri­table orien­ta­tion, mais j’y pense… »

Tu as eu le temps de dé­cou­vrir les vins d’au­vergne ?

« Non pas du tout. Mais Mor­gan (Par­ra) m’en parle sou­vent. En fait, bien qu’étant por­té sur le Bor­deaux par mes ori­gines, je me suis ren­du compte que j’ai­mais de plus en plus les Bour­gogne. J’ap­pré­cie énor­mé­ment la lé­gè­re­té de ces vins rouges… beau­coup moins boi­sés que les Bor­deaux et, fi­na­le­ment, plus à mon goût. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.