JO­SÉ ANGE GAR­DIEN LES CLES MI­CHE­LIN

Il est le gar­dien du temple du rug­by au­ver­gnat de­puis 1987. En trente ans, Jo­sé a vu les murs du stade consi­dé­ra­ble­ment évo­luer, tout comme le rug­by. Quant à lui, il est toujours res­té le même. D’un tour de clé, il nous confie ses sou­ve­nirs.

Sports Auvergne - - Rencontre - Texte Sté­pha­nie Mer­zet Pho­tos Florent Gif­fard

Vous avez peut-être tra­ver­sé la pe­louse du stade Mar­cel Mi­che­lin en cou­rant après un match, un grand sou­rire ac­cro­ché aux lèvres. Eh bien sa­chez que pen­dant ce temps, il est fort pro­bable qu’une autre per­sonne de­vait s’ar­ra­cher les che­veux, alors que dans l’in­sou­ciance la plus to­tale, vous pié­ti­niez sur son ter­rain de jeu et son pré­cieux ga­zon. Cet homme, c’est Jo­sé Ber­nardes. Il est ar­ri­vé en France avec sa fa­mille en 1965. Il a ain­si quit­té le Por­tu­gal, la pa­trie du foot, pour ve­nir en Au­vergne, terre de rug­by… Mais à l’époque, l’ova­lie était pour lui une science as­sez obs­cure. Il a seule­ment com­men­cé à s’in­té­res­ser à ce sport quand Mi­che­lin lui a pro­po­sé de s’oc­cu­per du stade épo­nyme : « C’était en 1987. Je tra­vaillais à cette pé­riode comme ou­vrier à la Com­baude. Ils vou­laient que j’en­tre­tienne la pe­louse, alors que je n’étais pas vrai­ment un ex­pert des es­paces verts ! J’avais tout juste chez moi un po­ta­ger », ex­plique-t-il en riant. Mais Jo­sé s’adapte très bien à ses nou­velles mis­sions et se voit même do­té d’une pe­tite mai­son au pied du stade dans la­quelle il ins­talle femme et enfants. « On m’avait don­né en fait comme poste ce­lui de concierge. Je de­vais ou­vrir le stade le ma­tin, le fer­mer le soir, net­toyer les tri­bunes, tra­cer les lignes sur les ter­rains… Il fal­lait que je sois tout le temps pré­sent. Du lun­di au di­manche, 24 heures sur 24 et toute une vie dé­diée à l’un des plus cé­lèbres stades de l’hexa­gone.

LE TEMPS DE L’ÉPONGE MA­GIQUE Si le stade n’a eu de cesse de se trans­for­mer de­puis son ar­ri­vée, ce qui se passe sur le ter­rain les jours de match au­jourd’hui n’a plus rien à voir éga­le­ment par rap­port à au­tre­fois. Ces jours d’an­tan, Jo­sé de­vait cou­rir au­tant qu’un joueur sur le ter­rain et por­ter dif­fé­rentes cas­quettes : ra­mas­seur de balle, as­sis­tant mé­di­cal, res­pon­sable du ra­vi­taille­ment… « Au cours de la semaine qui pré­cé­dait la ren­contre du week-end, j’al­lais ache­ter des ci­trons et des oranges. Je les met­tais dans une pa­nière et je les ser­vais moi-même aux joueurs à la mi-temps qui, à l’époque, res­taient sur le ter­rain. De nos jours, ils ont des bois­sons et des barres ali­men­taires bien plus spé­ci­fiques ! », se sou­vient-il avec un brin de nos­tal­gie. Avant 1999 et que la tri­bune Au­vergne ne soit construite, le stade pos­sé­dait une tri­bune beau­coup plus pe­tite et beau­coup moins haute. Il s’agis­sait de “la Po­pu­laire” : « Il n’était pas rare que je doive prendre mon échelle pour ac­cé­der à son toit afin de ré­cu­pé­rer le bal­lon pen­dant les matches. Je cour­rais aus­si dans las jar­dins des mai­sons avoi­si­nantes pour al­ler le cher­cher. Nous dis­po­sions que de quatre ou cinq bal­lons, il n’y avait donc pas le choix! » se sou­vient-il avant de pour­suivre : « Je m’oc­cu­pais aus­si du sceau et de la fa­meuse “éponge ma­gique”. Les bles­sés du dé­but de la ren­contre avaient la chance de bé­né­fi­cier d’une eau fraîche et propre, tan­dis que les autres pro­fi­taient de la sueur et du sang de leurs par­te­naires… Au­jourd’hui, avec les me­sures d’hy­giène et de san­té, ça n’existe plus ! »

D’AUTRES LO­CA­TAIRES AU MI­CHE­LIN Lors de ces week-ends avant les an­nées

2000, le Mi­che­lin se par­ta­geait avec le foot. D’abord avec le Clermont Foot­ball Club, qui, dans les an­nées 80, at­ti­rait les foules avec l’en­traî­neur­joueur An­dr­zej Szar­mach et la pré­sence du lé­gen­daire Serge Chie­sa. Ce fut en­suite à L’ASM Foot­ball d’in­ves­tir les lieux. « Mais l’am­biance du rug­by me plai­sait beau­coup plus », avoue sans dé­tour Jo­sé. Il se sou­vient éga­le­ment de l’époque où d’autres lo­ca­taires un peu in­con­grus ve­naient s’en­traî­ner sur la pe­louse du grand com­plexe cler­mon­tois : un club de pêche à la mouche. « Ils ve­naient une fois par semaine, pré­pa­raient leur ma­té­riel dans une salle, puis lan­çaient leur fil de pêche le plus loin pos­sible sur le ter­rain… ». Et puis, il y a eu aus­si quelques squat­teurs d’une nuit… « Quand il n’y avait pas d’ar­ro­sage au­to­ma­tique, je me le­vais à deux heures du ma­tin pour dé­pla­cer le ca­non à eau. Une fois, j’ai vu des jeunes par­ta­ger un verre au mi­lieu du ter­rain. Mais, ce n’est ar­ri­vé qu’une fois ! ». Et pour ceux qui se­raient éven­tuel­le­ment ten­tés d’or­ga­ni­ser un pique-nique ro­man­tique au clair de lune au coeur du stade, sa­chez qu’au­jourd’hui, il n’est plus pos­sible d’y pé­né­trer ain­si (on vous au­ra pré­ve­nu !).

JOUR DE NEIGE Le gar­dien du stade a toujours scru­té la mé­téo avec attention, sur­tout en pé­riode hi­ver­nale. Ce livre ou­vert de l’his­toire du Mi­che­lin nous ra­conte “ses dé­fis” face au man­teau nei­geux et au froid : « Il y a deux ren­contres qui m’ont mar­qué, l’une face à Bayonne en 2005. On avait com­men­cé à dé­nei­ger le ma­tin et les gars de l’avi­ron Bayon­nais étaient per­sua­dés qu’il se­rait im­pos­sible de jouer. Pour­tant, en dé­but d’après-mi­di, tout était dé­ga­gé, nous avions réus­si. L’autre face au Ra­cing en 2012. L’hi­ver avait été plu­tôt ri­gou­reux. Ici, nous avions pu as­su­rer la ren­contre face au club pa­ri­sien alors que le soir même, le match de l’équipe de France face à l’ir­lande dans le cadre du tour­noi des VI na­tions avait été an­nu­lé pour cause de ter­rain ge­lé. De notre cô­té, nous avions chauf­fé et bâ­ché le ter­rain du­rant toute la nuit qui pré­cé­dait le match. Les gens de la fé­dé vou­laient même ve­nir à Clermont pour voir comment on s’y était pris. » Qu’il pleut, qu’il vente ou qu’il neige, Jo­sé s’est mis un point d’hon­neur à ce que les matches aient toujours lieu.

LES AN­NÉES GLO­RIEUSES Par­mi ses sou­ve­nirs les plus émou­vants, Jo­sé ne peut s’em­pê­cher de se re­mé­mo­rer l’an­née 1994. Ce­la fai­sait seize an­nées que le club n’avait pas at­teint la marche ul­time de la fi­nale. À cette oc­ca­sion, des écrans géants avaient été ins­tal­lés dans la for­te­resse de Mont­fer­rand. « Une nom­breuse foule avait en­va­hi le stade pour re­gar­der la ren­contre. Mais je me sou­viens sur­tout du len­de­main. Saint-an­dré et sa bande sont ar­ri­vés avec le bus au Mi­che­lin et ils se sont mis à pleu­rer en voyant tous ces sup­por­ters qui les ac­cueillaient dans une grande fer­veur. C’était très émou­vant. » Évi­dem­ment, il est im­pos­sible de ne pas évo­quer le 29 mai 2010. Un bout de la pe­louse du Stade de France avait même été pré­le­vé ce jour-là, que le sé­millant gar­dien s’était em­pres­sé de gref­fer sur le ter­rain des “jaune et bleu”. Des his­toires, le jar­di­nier peut vous en ra­con­ter à la pelle ! Mais ce qui res­te­ra plan­té dans la mé­moire de Jo­sé, c’est aus­si ses nom­breuses ren­contres avec le staff et les joueurs. « De­puis qu’ils sont de­ve­nus pro­fes­sion­nels, les joueurs passent leur jour­née au stade. Tous les ma­tins, je leur dis bon­jour. J’ai toujours eu beau­coup d’af­fi­ni­tés avec ceux de Bour­goin ! Ju­lien Pierre, Ju­lien Bon­naire, Mor­gan Par­ra… Ce sont des gars qui aiment la na­ture. Mais, je m’en­tends très bien avec l’en­semble de toute l’équipe », in­siste-t-il. Au­jourd’hui, la pe­louse du Mi­che­lin bé­né­fi­cie des meilleures tech­no­lo­gies au monde, mé­lan­geant ga­zon na­tu­rel et syn­thé­tique. Plus de mottes ar­ra­chées et d’herbe grasse en hi­ver. Jo­sé peut en­fin res­pi­rer ! Sa pe­louse est sû­re­ment l’une des plus belles de France. Alors, ne vous avi­sez pas de la pié­ti­ner après un match, le gar­dien du temple a l’oeil.

Jo­sé pos­sède les clés du temple au­ver­gnat. Pen­dant de nom­breuses an­nées, Jo­sé et sa fa­mille ont vé­cu dans cette pe­tite mai­son de style “Mi­che­lin” tout à cô­té de la tri­bune Li­ma­grain.

Le jar­di­nier de L’ASM a toujours su prendre soin de la pe­louse du Mi­che­lin.

Jo­sé montre fiè­re­ment l’ar­ticle réa­li­sé quand il avait dé­nei­gé le ter­rain avant la ré­cep­tion de Bayonne en 2005.

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